Année 3, 28 janvier

Job 29, 1-25

Et Job reprit son discours sentencieux et dit :

Oh ! que ne suis-je comme aux mois d’autrefois, comme aux jours où +Dieu me gardait ;

Quand sa clarté luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à sa lumière ;

Comme j’étais aux jours de mon automne, quand le conseil secret de +Dieu présidait sur ma tente ;

Quand le Tout-puissant était encore avec moi, [et] que mes jeunes gens m’entouraient ;

Quand je lavais mes pas dans le caillé, et que le rocher versait auprès de moi des ruisseaux d’huile ! —

Quand je sortais [pour aller] à la porte par la ville, quand je préparais mon siège sur la place :

Les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient [et] se tenaient debout ;

Les princes s’abstenaient de parler et mettaient la main sur leur bouche,

La voix des nobles s’éteignait, et leur langue se collait à leur palais.

Quand l’oreille m’entendait, elle m’appelait bienheureux ; quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage ;

Car je délivrais le malheureux qui implorait du secours, et l’orphelin qui était sans aide.

La bénédiction de celui qui périssait venait sur moi, et je faisais chanter de joie le cœur de la veuve.

Je me vêtais de la justice, et elle me revêtait ; ma droiture m’était comme un manteau et un turban.

J’étais, moi, les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux ;

J’étais un père pour les pauvres, et j’examinais la cause de celui qui m’était inconnu ;

Et je brisais la mâchoire de l’inique, et d’entre ses dents j’arrachais la proie.

Et je disais : J’expirerai dans mon nid, et mes jours seront nombreux comme le sable ;

Ma racine sera ouverte aux eaux, et la rosée séjournera sur ma branche ;

Ma gloire [restera] toujours nouvelle avec moi, et mon arc rajeunira dans ma main.

On m’écoutait et on attendait, et on se taisait pour [avoir] mon conseil ;

Après que j’avais parlé on ne répliquait pas, et mon discours distillait sur eux ;

Et on m’attendait comme la pluie, et on ouvrait la bouche [comme] pour la pluie de la dernière saison.

Si je leur souriais, ils ne le croyaient pas, et ils ne troublaient pas la sérénité de ma face.

Je choisissais pour eux le chemin et je m’asseyais à leur tête, et je demeurais comme un roi au milieu d’une troupe, comme quelqu’un qui console les affligés.


Au début du livre, Dieu nous avait brièvement parlé du premier état de Job. Ces versets en complètent le tableau. Mais cette fois, c’est Job qui fait son propre portrait. Tout ce qu’il dit de ses œuvres est certainement exact. Ainsi, les accusations de Tsophar (chap. 20, 19) et d’Éliphaz (chap. 22, 6, 7, 9), étaient de pures calomnies (comp. v. 12, 13). — Qui pourrait, encore aujourd’hui, aligner autant de titres à l’approbation de Dieu et à la considération des hommes ? Toutefois, la complaisance avec laquelle Job décrit sa précédente condition, montre qu’il y mettait son cœur. Il n’avait pas encore appris, comme l’apôtre, « à être content » dans les circonstances où il se trouvait ; il supportait beaucoup moins bien d’être « abaissé » ou « dans les privations » que d’être « dans l’abondance » (Phil. 4, 11, 12). De plus, nous avons pu remarquer les « je », « moi », « me » qui se succèdent dans ces versets (environ cent fois). Petits mots qui trahissent la haute opinion que Job conserve de sa propre personne. Il avait jusque-là caché dans son cœur, sous une apparente modestie, ce sentiment, qui maintenant éclate au grand jour. Ce qui va permettre à Dieu de l’en délivrer, mais seulement lorsque Job l’aura confessé.