Le fils perdu

(Traduit de l’anglais)
Luc 15, 11 à 32
W. Kelly

[Bible Treasury N2 p. 85-86]
[Paroles d’évangile 7.10]

Le Sauveur ajoute une troisième parabole, pour compléter aussi bien que pour confirmer, la vérité de la grâce de Dieu qui sauve celui qui est perdu et qui se repent. La première présentait l’égarement actif et insouciant du pécheur ; la seconde, son état de mort insensible jusqu’à ce que l’Esprit opère par la Parole vivante ; la troisième utilise l’image, non d’une brebis ou d’une pièce d’argent, mais d’un homme, pour souligner le fait d’un travail intérieur dans la conscience, et de l’accueil que l’âme qui revient trouve dans l’amour du Père et dans les privilèges de la grâce.

« Et il dit : Un homme avait deux fils ; et le plus jeune d’entre eux dit à son père : Père, donne-moi la part du bien qui me revient. Et il leur partagea son bien. Et peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, s’en alla dehors en un pays éloigné ; et là il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Et après qu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays-là ; et il commença d’être dans le besoin. Et il s’en alla et se joignit à l’un des citoyens de ce pays-là, et celui-ci l’envoya dans ses champs pour paître des pourceaux. Et il désirait de remplir son ventre des gousses que les pourceaux mangeaient ; et personne ne lui donnait rien. Et étant revenu à lui-même, il dit : Combien de mercenaires de mon père ont du pain en abondance, et moi je péris ici de faim ! Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et se levant, il vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers. Et le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses esclaves : Apportez dehors la plus belle robe, et l’[en] revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-[le] ; et mangeons et faisons bonne chère ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils se mirent à faire bonne chère » (v. 11-24).

Impossible de concevoir un tableau illustratif plus vrai. Le plus jeune fils montre de façon très claire le chemin du pécheur, depuis son point de départ dans la propre volonté et l’indépendance, jusqu’à la débauche ouverte et les profondeurs de la dégradation. Tels étaient « quelques-uns de vous », aussi éloignés que cela ; tels étaient la plupart, dans une certaine mesure. Nous entendrons parler d’une autre forme de péché au moins aussi grave, avant de l’avoir pratiqué. Mais ce « pays éloigné » sait ce qu’est une famine extrême. « Personne ne lui donnait rien ». Mais comme le prodigue ressent la pression d’un besoin impérieux, de telle sorte que même les gousses des pourceaux deviennent désirables, Dieu fait tout tourner en bien, dans Sa grâce.

Ô mon lecteur, avez-vous connu une telle expérience ? Avez-vous déjà essayé de secouer l’autorité parentale, en particulier quand elle était pieuse ? Vous êtes-vous, quand vous le pouviez, plongé dans les délices du péché, avec d’autant plus d’empressement que vous étiez débarrassé de l’œil d’un père ou d’une mère ? Êtes-vous tombés dans les profondeurs de l’immoralité, et avez-vous été « de peu dans toute sorte de mal » ? Et dans votre misère, avez-vous appris ce que le monde ressent envers quelqu’un qui a tout perdu ? « Et personne ne lui donnait rien ». Quoi ! aucun de ceux qui avaient contribué à vider la bourse autrefois pleine ? Non, pas un. C’est ainsi que le Seigneur décrit le fils perdu. Êtes-vous comme lui, dans le péché et la misère ? Que vous le soyez aussi dans la repentance. Car revenant à lui-même, il vit la folie, le mal et la ruine de sa vie. Sa décision est prise. Il doit nettoyer sa conscience chargée, et confesser son iniquité. Il ira vers Celui devant qui il a péché, et Lui confessera tout, pour Sa justification et à sa propre honte.

La crainte du Seigneur peut alarmer, mais la bonté de Dieu mène à la repentance, comme ici, et toujours. Elle produit le véritable jugement de soi-même, sous Son regard. Mais quelle que soit l’espérance de la miséricorde qui attire, en dépit de la honte, du dégoût de soi et de la peine quant à son propre péché, la grâce de Dieu la dépasse de beaucoup. « Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers. Et le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses esclaves : Apportez dehors la plus belle robe, et l’en revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et faisons bonne chère ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils se mirent à faire bonne chère ».

Combien la grâce de Dieu est incomparable ! Le fils prodigue revint à pas lents et tristes, l’espoir se mêlant avec la honte et beaucoup d’interrogations dans le cœur, dans les haillons qui racontaient l’histoire de la ruine jusqu’à son paroxysme. Il n’en fut pas ainsi du père, qui le vit de loin, mais, ému de compassion, courut, se jeta à son cou, et le couvrit de baisers, tel qu’il était. Quelle fut l’impression laissée par un tel amour ? S’il y a jamais eu un fils aussi vil, il n’y eut certainement jamais un tel père. Le fils dit ce qu’il a sur la conscience, mais pas : « traite-moi comme l’un de tes mercenaires » : l’amour du père arrête cela. Ce n’était, après tout, pas l’humilité de la grâce, mais plutôt celle de la loi, tirant des déductions de sa mauvaise conduite passée.

Mais dans l’évangile, il est question de l’amour de Dieu, qui donne Christ et qui se repose sur ce qui est dû et à Lui et à Son œuvre, devant laquelle le mal du pécheur disparaît. « Jésus se trouva seul », la base de toute bénédiction. C’est pourquoi c’est la justice de Dieu, non pas celle de l’homme. La plus belle robe est amenée et mise sur le prodigue repentant, un anneau à sa main et des sandales à ses pieds. Au-delà de toute restauration, le fils perdu maintenant retrouvé est béni et honoré comme jamais auparavant. Il a revêtu Christ, non pas Adam, même non tombé ; il est devenu justice de Dieu en Lui. Il festoie, et non pas lui seul, mais tous ceux qui sont de Dieu, avec le veau gras ; oui, Dieu Lui-même se réjouit en cela d’une joie qui Lui est propre, et bien plus profonde que celle de tous les autres réunis.

Dans le fils aîné, le Seigneur dépeint le vivant portrait du propre juste, ceux qui murmuraient contre la grâce, comme les pharisiens et les scribes ; et ils sont nombreux, dans toutes les époques, en particulier là où l’Écriture est répandue et où les hommes se vantent de la religion. Comme il est représenté revenant des champs et s’approchant de la maison, la musique et les danses qui s’y trouvent frappent son oreille de façon offensante, quand il apprend d’un serviteur que c’était la joie de son père concernant son frère de retour (v. 25-27). Il se mit en colère et ne voulut pas entrer (v. 28). Et quand son père sortit et le supplia (car que ne ferait pas la grâce ?), il répond avec une propre suffisance qui insultait son père et l’objet de sa compassion, tout autant qu’elle l’exaltait lui-même. « Voici tant d’années que je te sers, et jamais je n’ai transgressé ton commandement ; et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis ; mais quand celui-ci, ton fils, qui a mangé ton bien avec des prostituées, est venu, tu as tué pour lui le veau gras » (v. 29, 30). Quelle réponse alors de l’amour patient du père ! « Enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait faire bonne chère et se réjouir ; car celui-ci, ton frère, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (v. 31, 32). C’est le jour de la grâce, non pas celui du jugement. Celui qui méprise la grâce, sera jugé un autre jour.