Le pharisien et le publicain

(Traduit de l’anglais)
Luc 18, 9 à 14
W. Kelly

[Bible Treasury N2 p. 164-166]
[Paroles d’évangile 8.3]

De l’obstination de la veuve prévalant sur l’injustice du juge inique, le Seigneur tira l’assurance que Dieu vengera finalement le cri des élus. Ici, Il se tourne vers l’estimation pleine de pitié que fait Dieu d’un esprit contrit méprisé par la propre justice hautaine. Quel encouragement pour le pauvre qui se juge lui-même ! Quel avertissement à ceux qui présument de leur propre supériorité supposée ! Les deux paraboles illustrent la lumière morale jetée ici par le Fils de l’homme, sur l’homme tel qu’il est. Elles sont caractéristiques de Luc, qui seul les donne.

« Et il dit aussi cette parabole à quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes comme s’ils étaient justes, et qui tenaient le reste des hommes pour rien : Deux hommes montèrent au temple pour prier, l’un pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien, se tenant à l’écart, priait en lui-même en ces termes : Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont ravisseurs, injustes, adultères ; ou même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Et le publicain, se tenant loin, ne voulait même pas lever les yeux vers le ciel, mais se frappait la poitrine, disant : Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! Je vous dis que celui-ci descendit en sa maison justifié plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève, sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé » (v. 9-14).

Combien « Jésus Christ, le juste », ressentait profondément la fausseté d’un pécheur revendiquant la justice ! Combien Il avait compassion de l’âme qui sentait réellement son péché devant Dieu ! Il est le Sauveur de tous ceux qui croient l’évangile, le Juge de tous ceux qui ne croient pas. La scène est simple et illustrative, et la sentence est saine, sûre et concluante. Mais dans la brume qui recouvrait le temple, le pharisien avait une réputation d’autant plus haute, que le publicain n’en avait aucune.

Là, le pharisien prit une position et déversa sa suffisance sur lui-même. « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes ». Pas un mot quant à ses péchés, ni même quant à son besoin. Pas un soupçon de sa culpabilité et de sa ruine. Il est exalté dans le sentiment qu’il n’était pas ceci ou cela, ravisseur, injuste, adultère, « ou même comme ce publicain ». Et non seulement cela, mais il se vante de sa religion. « Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède ». C’était un autre Caïn. Oh, la multitude qui marche dans le chemin de Caïn ! Ils viennent devant Dieu tels qu’ils sont ; ils offrent leurs jeûnes et leurs dîmes, car ils se sentent assurés d’être meilleurs que le reste des hommes. Qu’ont-ils fait pour offenser Dieu ? Pourquoi douteraient-ils de ce qu’Il les accepte ?

C’est ainsi que les hommes se trompent encore eux-mêmes, et même font Dieu menteur, comme l’exprime l’apôtre. Ils voilent leurs propres péchés ; ils dénoncent les péchés des autres ; mais on ne se moque pas de Dieu. Sa parole est que tous ont péché et n’atteignent pas à Sa gloire. Mais Abel s’inclina et apporta son sacrifice. Des fruits du sol labouré par l’homme ne pouvaient convenir pour le péché. La mort doit prendre place entre Dieu et le pécheur. Ainsi Caïn, juste à ses propres yeux, n’avait aucun sentiment de sa ruine ; Abel, qui était juste, sentait justement et reconnaissait la ruine par son offrande, tandis que Caïn la niait. En un mot, Caïn se confiait en lui-même, Abel en un autre. Le péché ou la mort n’étaient rien pour Caïn, mais étaient grands pour la foi d’Abel, qui recherchait le Sauveur.

Et qu’en était-il du publicain ? Lui, se tenant loin, ne voulait pas même lever ses yeux vers le ciel, mais se frappait la poitrine en disant : Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur. C’était son péché qui pesait sur son esprit, alors qu’il criait à Dieu. Il n’avait pas une pensée pour les bonnes œuvres qu’il avait faites, ou des mauvaises qu’il avait évitées. Il ne songeait pas à se cacher dans une foule de pécheurs ou derrière une confession vague. Il se désignait comme le pécheur par excellence. Que savait-il des autres ? Ou, si même il en avait une légère connaissance, il se connaissait lui-même bien mieux et à fond. « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ». La lumière qu’il avait venant de Dieu pouvait être bien petite, mais elle était réelle ; et alors qu’elle dévoilait son propre état de péché, il se reconnaît lui-même comme pécheur. Il regardait en dehors de lui, à Dieu, quant à sa condition, sans une parole pour se recommander lui-même, ou en comparaison avec d’autres, ou d’excuse. Non, il était le pécheur, et devant Dieu, il se tient lui-même tel qu’il est. Il compte sur Dieu, un Dieu de grâce, dans la simple mais vraie confession de sa ruine.

C’était la crainte de Dieu, et le commencement de la sagesse ; et le Seigneur le reconnaît en conséquence. « Je vous dis que celui-ci descendit en sa maison justifié plutôt que l’autre ». De là suit le principe général : « car quiconque s’élève, sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé ».

Ce n’était pas « justifié par la foi » de manière à avoir la paix avec Dieu. Le Seigneur ne décrit pas quelqu’un qui a entendu et cru la parole de la vérité, l’évangile du salut. Il n’y avait pas, et il ne pouvait pas encore y avoir, la présentation de la grande œuvre de la grâce, l’œuvre de Christ. La justice de Dieu en Lui devait encore être manifestée. Mais le publicain fut amené là où tous les hommes pieux en Israël avant lui avaient été, à regarder hors de lui-même à la miséricorde divine ; il fut enseigné avec foi comme étant un pécheur, là où les hommes pieux en dehors d’Israël étaient enseignés à renoncer à dépendre d’eux-mêmes. Voyez un saint comme Job, brisé ainsi par une sévère discipline, pour sa plus grande bénédiction : « Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu : C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (Job 42, 5-6).

Pour des pécheurs ou des saints, il y a et il doit y avoir repentance. Même celui que l’Éternel recommandait comme un homme parfait et droit, qui craignait Dieu et se retirait du mal, en avait besoin, car Lui seul a fait tourner l’épreuve ardente en cette bonne fin. Car Job pensait trop bien et trop fortement à ce que la grâce lui avait permis de faire, et s’exaltait en conséquence. L’ennemi échoua complètement à l’ébranler. L’Éternel toucha le point faible par le moyen de ses amis (encore plus ignorants de Dieu et d’eux-mêmes que Job), et finalement, il s’humilia lui-même profondément et fut exalté au temps convenable. Ce fut quand il pria dans un esprit de grâce pour ses amis fiers et qui le jugeaient sévèrement. Quel contraste avec le pharisien ! C’est à cela que le publicain fut conduit selon sa mesure, un cas de repentance véritable, si elle n’était pas aussi profonde que celle de Job ; toutes deux étaient précieuses aux yeux du Seigneur. « Je vous dis que celui-ci descendit en sa maison justifié plutôt que l’autre ».

Dans la justification par le sang de Christ, on ne trouve aucun degré. Par Lui, tous ceux qui croient sont justifiés de toutes choses (Act. 13, 39). Là, c’était la foi et la repentance, et par là un état moralement droit devant Dieu (ce que n’était pas le pharisien), quoique manquant de la délivrance et de la liberté qu’apportent la foi dans l’évangile.