Chant de cantiques

L. Gibert

[Feuille aux jeunes n° 145]

Nous avons précédemment considéré dans l’Ancien Testament quelques scènes remarquables où des cantiques furent chantés par le peuple d’Israël rassemblé. Nous en avons tiré des exhortations diverses, en rapport avec l’expression de la louange dans le culte rendu en commun.

Portons maintenant notre attention sur un aspect particulier de notre vie spirituelle, en parlant de Jacques 5, 13 : « Si quelqu’un est joyeux, qu’il chante des cantiques ».

Ici, l’exhortation est personnelle : « Quelqu’un », dit l’apôtre, l’un de ceux qui connaissent la vraie joie dont Jésus parle, disant : « Que ma joie soit en vous et que votre joie soit accomplie » (Jean 15, 11), et encore : « Personne ne vous ôte votre joie » (Jean 16, 22).

Joyeux de la joie de son Sauveur, le chrétien chante. Dans l’élan de son cœur, il fait monter vers Lui les cantiques qui traduisent sa gratitude profonde, sa paix intérieure, sa soumission confiante, son attente en Dieu, son espérance, tous les sentiments dont l’Esprit pénètre son âme.

Comme David, il loue son Dieu, même si la terre est aride et altérée, sans eau (Ps. 63, 1), même si les ennemis sont nombreux… lutte au-dehors, crainte au-dedans. Mais il se réjouit en Dieu (Ps. 63, 11), et à l’ombre de Ses ailes, il chante de joie (Ps. 63, 7). C’est l’expression heureuse de sa joie en Celui qu’il cherche au point du jour (Ps. 63, 1).


Qu’on nous permette de rappeler quelques souvenirs illustrant ce remarquable psaume 63.

Au début du siècle, deux chrétiens pieux, très simples et très fidèles, redoutant d’avoir à se servir d’armes meurtrières, s’étaient exposés aux dangers et aux souffrances d’une longue retraite dans des grottes presque inaccessibles en haute montagne. « L’été, cela pouvait s’endurer, nous disait l’un d’eux ; on trouvait quelque nourriture dans les chalets des pâturages. Mais l’hiver, dans la neige, et traqués comme nous l’étions, les mois étaient interminables ; nous arrivions parfois au bout de nos maigres provisions. Alors nous lisions un psaume, nous chantions un cantique, et nous n’avions plus faim ».

Chants d’obscurs pèlerins du saint lieu, dans leur foi quasi naïve, mais leur sincère consécration de cœur à leur Sauveur et Maître ; chants dans la nuit (Job 35, 10), donnés de Dieu, reçus de Lui comme une vraie nourriture !

Puis un souvenir moins lointain. C’était pendant la dernière guerre ; comme un voile gris s’étendait dans la région sur les êtres et les choses. Un dimanche matin, un chrétien descendait vers son village, se rendant au culte. Seul sur la route, il méditait : Que de sujets de craintes et de tristesses, si même la grâce divine veillait sur ses enfants !

Soudain s’éleva, dans le grand silence de la vallée, le chant grave d’une voix d’homme. C’était aussi impressionnant qu’inattendu. Les accents de l’hymne bien connue :

Agneau de Dieu, par tes langueurs,
Tu pris sur toi notre misère… »

accents pénétrés de ferveur et de recueillement, descendaient de la lande au haut d’une combe, animant les pentes silencieuses :

Et tu nous fis pour Dieu ton Père
Et rois et sacrificateurs…

Sans doute quelque berger, déjà âgé d’après le timbre de la voix, juste et assurée, chantait à son Sauveur un cantique d’adoration.

Amen ! Amen ! Seigneur ! Amen !

répéta dans son cœur le chrétien tout réconforté, en reprenant sa route.


Enfin, ce fait plus récent : Nous faisions visite, voici quelques semaines, à une chère chrétienne très impotente, empêchée d’assister au rassemblement et fort éprouvée dans sa famille. C’était un soir de dimanche ; nous savions son grand chagrin de devoir rester à la maison quand les enfants de Dieu étaient réunis. Mais nous l’entendions, dès le vestibule, chanter à pleine voix ; comme nous ouvrions la porte, les paroles du cantique devinrent distinctes :

… Heureux et pleins d’espoir, car ton œuvre bénie
Nous a frayé l’accès du repos éternel.

La Bible ouverte sur ses genoux montrait qu’elle avait médité dans sa solitude les passages lus au culte le matin, et qu’elle s’était fait indiquer ; la communion des saints lui était ainsi rendue plus sensible ; avec eux, elle affirmait son espérance, en chantant la dernière strophe :

Dans une hymne d’amour et de reconnaissance,
Nos âmes, ô Sauveur, s’élèvent jusqu’à toi.
Nous attendons le jour de notre délivrance
Qui déjà resplendit aux regards de la foi.

Dans la maison de son pèlerinage, les statuts divins et les promesses du Seigneur lui étaient des cantiques (Ps. 119, 54).

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Laisse-moi te demander, cher jeune ami dont Jésus est le Sauveur, si tu fais ainsi monter vers Lui, en toute circonstance, l’élan de ton cœur qui Lui appartient.

Serait-ce que ta joie n’est pas accomplie, comme Il le voudrait ? Pourtant, c’est Sa joie qu’Il met dans ton cœur, et Il en attend un témoignage tout naturellement rendu.

« Voici, il prie », disait le Seigneur à Ananias, parlant de Saul converti. « Voici, il chante », pourront dire tes parents et tes proches, si ton cœur sait ainsi exprimer ce qui le remplit, car de son abondance ta bouche doit parler (Luc 6, 45) avec des lèvres qui chantent de joie. C’est bien là, en effet, une forme de témoignage quant à la foi sincère qui est en toi (2 Tim. 1, 5).

Dans un congrès professionnel se trouvaient rassemblées de nombreuses personnes de diverses nationalités. À l’issue d’un repas pris en commun, on proposa que chacun chantât dans sa langue. Pressée de se lever à son tour, une jeune chrétienne entonna le cantique : Si vous saviez quel Sauveur je possède

Quelle ne fut pas sa surprise heureuse de voir l’un des assistants, « homme de couleur » vivant presque aux antipodes, se lever aussitôt et s’approcher pour chanter avec elle l’un des cantiques de sa propre enfance, enseigné dans quelque lointaine mission ; il traduisait ainsi sa joie de connaître, lui aussi, le Seigneur Jésus, … l’ami le plus tendre de tous !

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Le Seigneur demandait un jour : Comment lis-tu ? Nous pourrions dire, nous aussi : Comment chantons-nous ?

Parce que nous goûtons surtout la mélodie ? Pour la satisfaction de quelque sens artistique ?

Ce serait nous attirer le reproche de Dieu à Israël : « Vous inventez à votre usage (pour vous) des instruments pour le chant » (Amos 6, 5). « Et voici, disait-Il à Ézéchiel, parlant aux fils de son peuple, tu es pour eux comme un chant agréable, une belle voix et quelqu’un qui joue bien ; et ils entendent tes paroles, mais ils ne les pratiquent nullement » (Éz. 33, 32).

Car l’Éternel regarde au cœur (1 Sam. 16, 7). Il sait quels sentiments nous animent ; nos cantiques pourraient n’avoir qu’un lointain rapport avec la piété sincère.

Toutefois, pour pouvoir chanter, la voix doit être formée. Et cela s’apprend comme toutes choses, avec persévérance, parfois au prix de quelques efforts. Si des chrétiens, illettrés et déjà âgés, ont appris à lire pour pouvoir se nourrir de la Parole, d’autres peu doués pour le chant, se sont appliqués à discipliner et assouplir leur voix pour louer le Seigneur.

Pensez-y, chers parents chrétiens qui nous lisez : enseigner vos enfants à prier est une excellente chose ; mais leur enseigner à chanter de très bonne heure ne l’est pas moins. Ces petits cantiques, adaptés à leur âge, se graveront dans leur mémoire et leur reviendront plus tard au cœur, de salutaire façon, leur rappelant les enseignements d’autrefois, peut-être en partie oubliés.

Hélas ! on chante de moins en moins dans nos foyers chrétiens, et c’est loin d’être une preuve de saine spiritualité. On y entend davantage la musique enregistrée ou diffusée. Nous ne contestons pas la valeur, relative, des émotions que cela procure, car la belle musique élève toujours l’âme ; mais à quel niveau ? Seul, le chant vocal peut vraiment traduire les sentiments de nos cœurs chrétiens. Si les instruments de David et les trompettes des sacrificateurs retentirent à la dédicace du temple, la louange de l’Éternel fut offerte par les chantres, « comme un seul homme pour faire entendre une même voix » (2 Chron. 5, 11-14).

Heureuse la maison où l’on chante des cœurs à Dieu, dans cet esprit de grâce que donne l’Esprit du Seigneur ! Heureuse l’âme qui s’élève vers Lui en d’habituelles dispositions de louanges en chantant de joie !

Ajoutons qu’il faut user de discernement dans le choix des cantiques. Il est heureux que les divers recueils, édités en plusieurs milieux chrétiens, en contiennent de fort beaux et d’entièrement scripturaires ; mais on ne pourrait le dire de tous. Cependant, il n’y a de réelle édification dans le chant que si les pensées exprimées supportent le contrôle strict de la Parole.

Vers le début du siècle, nous exercions à plusieurs nos jeunes voix, avec peut-être plus de bonne volonté que de satisfaisants résultats. On venait d’éditer la traduction des cantiques du réveil au Pays de Galles. Un soir, en nous entendant répéter :

Jésus, nous te couronnons Roi !

un cher chrétien nous dit : « Pensez-vous que nous puissions couronner le Seigneur ? C’est Dieu Lui-même qui a mis sur Sa tête la couronne d’or fin ! » (Ps. 21, 3).

Il en est des cantiques comme des écrits religieux : l’à-peu près y est à redouter, pour ne rien dire de ce qui n’est parfois que simple sentimentalisme en certaines œuvres musico-religieuses qui rappellent trop la romance… Quand l’apôtre dit : Soyez hommes (1 Cor. 16, 13), il pense à tout ce qui doit marquer notre vie chrétienne de saine et forte virilité ! Or, grâces à Dieu, nous ne manquons pas de cantiques ; mais appliquons la règle des Béréens, et examinons d’après les Écritures si ce que nous chantons « est bien ainsi » (Act. 17, 11).

Qu’on nous pardonne ces réflexions, inspirées seulement du souhait que, en toutes choses, le Seigneur soit glorifié ! Et ce n’est pas l’un de nos moindres sujets de reconnaissance que nos recueils de cantiques, sans oublier ceux spécialement composés pour l’enfance et la jeunesse ; nous disposons d’une gamme variée et étendue de chants pour tous âges et tous états d’âme. Si seulement nous avions à cœur de les chanter plus souvent, nous remplirions nos moments de solitude et élèverions le niveau de notre vie familiale.

Il y aurait aussi, par ce moyen, une préparation de nos cœurs pour le service de la louange en assemblée. Nous parlons souvent, à propos de Deutéronome 26, des fruits du pays placés dans la corbeille pour les offrir à Dieu par Jésus Christ ; les plus excellents sont, sans contredit, ceux qui découlent d’un contact vivant avec Lui par Sa Parole même et Son Esprit. N’a-t-Il pas dit : « Je crée le fruit des lèvres » (És. 57, 19) ?

Mais célébrer Sa bonté, exalter Son saint et beau nom, par des cantiques chantés durant la semaine, n’est-ce pas aussi préparer des prémices de tous ces fruits tirés du pays que Dieu nous a donné, pour les Lui apporter dans Son jour, au lieu qu’Il a choisi pour y faire habiter Son nom (Deut. 26, 2) ?

Deux époux chrétiens, qui avaient beaucoup chanté avec leur nombreuse famille, aimaient dans leurs dernières années à relire ensemble chaque jour quelques-uns de nos hymnes et cantiques. « Ainsi, disaient-ils, nous ne les oublions pas ; nous en jouissons plutôt comme toujours de nouveau. Que de belles pensées y sont exprimées ! Nous ne pouvons plus les chanter comme autrefois, mais nous en goûtons bien davantage la valeur ».

Chantez, jeunes amis ; chantez avec vos voix claires, chantez de tout votre cœur le Seigneur qui vous aime.

Chantez à l’Éternel ! Bénissez Son nom, racontez Sa gloire. Il est grand et fort digne de louange. Rendez à l’Éternel la gloire et la force (voir Ps. 96).

Louez Jah ! c’est une chose bonne.

Chantez les louanges de notre Dieu ; c’est une chose agréable (voir Ps. 147).