« Comme un enfant sevré… » (Ps. 131, 2)

P. Jeannin

[Feuille aux jeunes n° 181]

Ce dut être une épreuve douloureuse pour la mère du jeune Moïse que de laisser son fils seul au palais du Pharaon, et de rentrer chez elle ! Cet enfant n’était désormais plus le sien. — D’abord « caché » par ses parents, puis comme prêté par la fille du Pharaon, Moïse, maintenant sevré, venait de quitter pour toujours la maison paternelle. « Et l’enfant grandit, et sa mère l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils » (Ex. 2, 10).

Moins pénible sans doute, pour Anne, fut le moment où elle laissa le petit Samuel à « la maison de l’Éternel ». Mais là encore, l’enfant avait été sevré, et pour toujours, il quittait la maison des parents. « Et sitôt qu’elle l’eut sevré, elle l’emmena avec elle… à la maison de l’Éternel à Silo, et l’enfant était très jeune »… (1 Sam. 1, 24).

La plupart d’entre nous, chers jeunes croyants, n’avons-nous pas fait cette expérience de l’enfant sevré, tout à la fois dans notre vie affective et dans notre vie spirituelle, le jour où il a fallu quitter le cercle de la famille ?

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Aussi longtemps qu’ils l’ont pu, nos parents, dans l’atmosphère d’une famille chrétienne, nous ont « cachés » à l’écart du monde ; la lecture des Écritures et la prière quotidiennes, les joies vécues sous le regard du Seigneur, les problèmes si divers résolus avec Lui, ont imprimé à notre éducation une marque particulière.

Mais un jour vient où les parents doivent « sevrer » l’enfant ; il faut alors laisser la porte du foyer s’ouvrir sur le monde. Et nous partons : l’un en apprentissage, l’autre pour faire des études, un autre pour le service militaire, et nous voilà livrés au fleuve ou à la maison du Pharaon, c’est-à-dire au monde et à son prince. Ce contact avec le monde va-t-il compromettre toute une éducation ?

Les prières de nos parents, celles de l’assemblée, les conseils d’un frère ou d’une sœur n’ont-ils pas alors été, par la grâce de Dieu, la sauvegarde de beaucoup d’entre nous ?

Et toi, jeune ami qui viens à peine de franchir le seuil de la maison, que vas-tu faire ? Le monde se présente à toi sous son aspect le plus séduisant, « toute la sagesse des Égyptiens » dans laquelle tu désires t’instruire peut-être, et aussi — tu le verras bientôt — sous son aspect le plus vil. Puisses-tu suivre l’exemple de Moïse qui, conduit par la providence de Dieu sur le marchepied même du trône, au lieu de voir là un remarquable champ d’action préparé pour lui — même en faveur de son peuple — s’engagea résolument dans le chemin de la foi :

il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon ;

il choisit l’affliction avec le peuple de Dieu ;

il estima l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ;

il regarda à la rémunération ;

il tint ferme comme voyant Celui qui est invisible (Héb. 11, 24-27).

Le chemin de la foi garde pour le fidèle la même clarté dans tous les temps. « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives » (Deut. 30, 19).

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Mais, dans le moment où les nécessités de la vie te faisaient franchir ce grand pas et te « sevraient » de tout ce qui constitue la paisible et chaude atmosphère du home chrétien : n’as-tu pas senti s’élever au fond de toi-même la plainte de « l’enfant sevré », dont le psalmiste parle après l’avoir apaisée (Ps. 131, 2) ?

Tes parents ont patiemment semé dans ta jeune âme la semence de vie. Ils t’ont moralement conduit jusqu’à la maison de Dieu, comme Anne y avait conduit tout jeune le petit Samuel. Le jour où, te disant converti, ils ont vu les premiers fruits de la semence ainsi jetée, ils se sont réjouis avec toi. Et voilà ton âme comme sevrée soudain de cette nourriture spirituelle du foyer, et peut-être même isolée de l’assemblée. Tu apprécieras un jour le sens profond du geste de la mère de Samuel, qui « lui faisait une petite robe et la lui apportait d’année en année quand elle montait avec son mari pour sacrifier le sacrifice annuel ». Elle savait bien, la pieuse femme, qu’être dans la maison de Dieu ne suffit pas ; les fils d’Éli lui en offraient le triste exemple ! D’année en année, les besoins de son fils avaient changé : sans faiblir, elle y avait pourvu, ayant sans aucun doute accompagné de muettes prières le geste de sa main. Si « d’année en année », les besoins de ton âme se font nouveaux, tes parents et ceux qui t’aiment continueront sans relâche à les exposer à genoux au Dieu de grâce et d’amour…

Mais surtout, l’enfant sevré, s’il l’est par la volonté de Dieu, recevra de Lui-même une nourriture plus solide pour parvenir un jour à la stature d’homme fait : à la foi des parents succèdera une foi personnelle. C’est ce que nous voyons en Samuel qui « servait l’Éternel » (1 Sam. 2, 11), « grandissait auprès de l’Éternel » (v. 21), « agréable à l’Éternel et aux hommes » (v. 26), pour, plus tard, aller « d’année en année » et faire « le tour à Béthel, et à Guilgal, et à Mitspa » (7, 16). Toujours le même voyage, mais chaque fois apprécié davantage, car ces trois lieux n’évoquent-ils pas pour tout fidèle « la maison de Dieu » (Gen. 28, 19), « la fin de l’homme » (Jos. 5, 9), « le retour à Celui qui nous a secourus jusqu’ici » (1 Sam. 7, 12) ?

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Cher jeune ami, éprouver la fidélité du Seigneur est une expérience toujours sanctifiante. N’a-t-Il pas dit : « Une femme oubliera-t-elle son nourrisson ?… même celles-là oublieront ; mais moi, je ne t’oublierai pas. Voici, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (És. 49, 15).

Quelle que doive être la route que tu auras à suivre, quels que soient les exercices de ton âme, médite pour toi-même ce que David exprimait après une longue expérience de la grâce de Dieu : « Mon cœur n’est pas hautain, et mes yeux ne s’élèvent pas… N’ai-je pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ? ».

Car, tu le verras, au jour où il faudra « choisir » et « tenir ferme », au jour où viendra à manquer le « lait » de la maison, Celui qui pour nous est plus qu’une mère demeure fidèle à nos côtés et nous fait découvrir dans Sa Parole, dans la prière, dans la méditation, des réponses insoupçonnées et des ressources inépuisables.

Un seul dut dire un jour : « J’ai attendu que quelqu’un eût compassion de moi, mais il n’y a eu personne » (Ps. 69, 20). C’était dans l’heure où Il gravait ton nom de racheté dans les paumes de Ses mains, où Il allait — mais tout seul — livrer Son âme à la mort pour sauver la tienne. Ne l’oublie jamais !