Contraints par la famine (Gen. 47, 13-26)

G. André

[Feuille aux jeunes n° 154]

« L’amour du Christ nous étreint »

2 Cor. 5, 14

La famine avait contraint les frères de Joseph à descendre en Égypte et, malgré tout ce qu’ils avaient pu affirmer auparavant (Gen. 37, 8), à se prosterner devant lui. Et lorsque Jacob ne voulait à aucun prix les y laisser retourner, la famine qui pesait sur le pays les a obligés à y descendre à nouveau, accompagnés cette fois de Benjamin, malgré toute l’anxiété qui marquait ce voyage. C’était pourtant le chemin de la bénédiction ; dans Ses voies d’amour, Dieu voulait les amener à reconnaître le péché qui pendant vingt ans avait pesé sur leur conscience. L’épreuve douloureuse à laquelle ils furent soumis était pour le rétablissement de leurs âmes et devait donner à Jacob la joie de retrouver Joseph.

Dans la scène que nous venons de lire (Gen. 47, 13-26), c’est encore la famine qui presse les Égyptiens à progressivement se mettre entièrement à la disposition du Pharaon : leur argent, leur bétail, leurs terres, eux-mêmes. Nous y pouvons voir une figure des voies de Dieu qui, par des épreuves successives, veut amener les siens, en vue de leur réelle bénédiction, à s’en remettre entièrement à Lui.

Et pourtant tel n’est pas le chemin normal du chrétien. C’est « par les compassions de Dieu » (Rom. 12, 1) qu’il est exhorté à présenter son corps en sacrifice vivant, agréable à Dieu. C’est « étreints par l’amour du Christ », que ceux qui vivent sont appelés à ne plus vivre pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité. Sera-ce le sentiment profond de la grâce et de la miséricorde de Dieu, de l’amour infini de notre Sauveur, qui nous amènera à vraiment mettre à Sa disposition ce que nous avons et ce que nous sommes, ou Dieu devra-t-Il nous y contraindre par l’épreuve et la discipline ?

Les Égyptiens doivent mettre tout d’abord leur argent à la disposition de Joseph et du Pharaon (Gen. 47, 14). En Israël, la dîme était pour l’Éternel, mais en Luc 16, le Seigneur Jésus montre que tout ce dont les siens peuvent disposer n’est qu’une administration qui leur est confiée en vue des intérêts de leur Maître. Nous ne savons que trop combien souvent nous avons besoin d’être rappelés à cet enseignement précis, dont nous nous écartons si facilement.

Mais il y avait plus : après l’argent, ce fut le bétail, les instruments de leur travail (v. 17). Avons-nous suffisamment réfléchi que tout notre travail peut et doit être fait pour le Seigneur (Col. 3, 17, 23) ? Romains 6, 13 précise encore : « Livrez vos membres à Dieu comme instruments de justice ». Sans doute est-il normal, à moins d’un appel spécial du Seigneur, de consacrer la majeure partie de nos forces à nos études, à notre formation professionnelle, à l’activité qui assurera la fondation et le maintien d’un foyer. Mais tout cela peut être fait sous le regard du Seigneur et avec Lui. Et de plus, n’avons-nous pas à veiller pour que toute notre activité, toutes nos forces, ne soient pas absorbées par le travail journalier, mais qu’il en reste à la disposition du Seigneur, pour Son service et celui des siens ? Il y aura toujours un choix à faire : tel service, tel secours, telle visite, telle lettre que le Seigneur place devant nous dans l’intérêt des âmes qui Lui sont chères, ou bien telle distraction, tel délassement, telle activité supplémentaire que nos cœurs naturels recherchent. Non pas que le Seigneur ne veuille nous donner le repos, la détente dont nous avons besoin (en Israël, une année sur sept y était consacrée !), mais Il désire rafraîchir à la fois nos corps et nos âmes, si nous savons mettre à Sa disposition notre travail, notre activité, nos forces, « nos membres ».

Les Égyptiens ont dû remettre aux mains du Pharaon plus encore que leur argent et leur bétail : leurs terres, eux-mêmes (v. 19). Tout le fondement de leur vie, leurs personnes mêmes, devaient être entièrement à la disposition du Pharaon. « Je ne cherche pas vos biens, mais vous-mêmes », dira Paul aux Corinthiens (2 Cor. 12, 14). Le chrétien est appelé à offrir des sacrifices de louange (Héb. 13, 15), mais aussi le sacrifice de ses biens (v. 16), auquel s’ajoute celui de son corps (Rom. 12, 1). Serions-nous plus enclins à offrir le premier (le plus élevé, certes), parfois le second, mais en gardant jalousement pour nous-mêmes le troisième ?

Lorsqu’ils eurent apporté leur argent, leur bétail, leurs terres, eux-mêmes, les Égyptiens reçurent alors non seulement la nourriture nécessaire pour ceux qui étaient dans leurs maisons et leurs petits enfants, mais aussi la semence pour les champs (v. 24). Se livrer soi-même à Dieu, comme d’entre les morts étant fait vivant, est le secret de la joie dans la vie chrétienne, mais aussi le seul moyen de porter réellement du fruit. Le sarment qui a reconnu sa non-valeur demeure attaché au cep, parce que, séparé de lui, il ne peut rien faire ; il porte du fruit (Jean 15, 2), plus de fruit, beaucoup de fruit. Dieu est « celui qui fournit de la semence au semeur et du pain à manger » (2 Cor. 9, 10).

Encore une fois serons-nous amenés à de tels « sacrifices », étreints par l’amour du Seigneur et pénétrés des compassions et de la grâce de Dieu, ou bien devrons-nous y être contraints par la famine et l’épreuve ? Toutefois, que ce soit avec joie ou par la discipline, toujours nous aurons affaire à un Père plein de grâce (Jean 15, 1 ; Héb. 12, 7) qui désire le vrai bien de Ses enfants.