Dernier message à un jeune homme (seconde épître à Timothée)

É. Argaud

[Feuille aux jeunes n° 138]

C’est une lettre que nous lisons avec une émotion et un intérêt tout particuliers si nous pensons qu’elle a été écrite dans une prison de Rome, par l’apôtre bien-aimé. C’est sans doute la dernière lettre que nous ayons de lui, « car le temps de (son) départ est arrivé » (4, 6). Il a « achevé la course » (4, 7). Vers qui sa pensée va-t-elle se tourner ? Pour qui seront ses dernières recommandations ? Pour un jeune homme, Timothée. À travers Timothée, c’est à chacun de nous que l’apôtre s’adresse. Jeunes gens, lisez cette lettre, relisez-la comme si Paul vous l’adressait à vous. C’est Dieu Lui-même qui, par Son serviteur, veut vous parler.

Les temps où nous vivons ressemblent en bien des points à ceux que connaissait l’apôtre. Il y avait des larmes versées (1, 4), de l’opprobre dans le témoignage (1, 8-12), des âmes qui se détournaient (1, 15 ; 4, 10) ou s’écartaient de la vérité (2, 18), des convoitises à fuir (2, 22), des raisonneurs et des opposants (2, 25), des hypocrites n’ayant que la forme de la piété (3, 5), des méchants et des imposteurs (3, 13 ; 4, 14), de faux docteurs qui flattent les oreilles de ceux qui ne veulent plus supporter un sain enseignement (4, 3). N’est-ce pas là encore les caractères des temps où nous vivons ? Eh bien ! écoutons l’enseignement de Paul.

Timothée risquait-il, lui encore relativement jeune, d’avoir « un esprit de crainte » (1, 7) et de se décourager au milieu d’un tel état de choses ? Allait-il manquer de fermeté, d’amour, de sagesse ? Dès le début de sa lettre, Paul semble lui dire comme le Maître disait autrefois à Son disciple : « Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Luc 22, 32). Ici, Paul dit : « Je suis reconnaissant envers Dieu… de ce que je me souviens si constamment de toi dans mes supplications nuit et jour » (1, 3). Quel encouragement pour Timothée ! Dans sa prison, le grand apôtre priait pour lui. Chers jeunes gens, que de prières sont aussi montées et montent encore pour vous devant le trône de Dieu : parents et amis, l’assemblée font monter de pressantes prières à Dieu pour vous. Quel encouragement aussi pour vous !

Mais ce n’est pas tout. On pourrait penser que l’apôtre plaçant devant son enfant Timothée les misères et les ruines dont nous avons parlé, va lui dire : Prends garde, c’est un temps de faiblesse, un temps de petites choses. Non ! Les faiblesses sont là mais la puissance de Dieu aussi. Et c’est cette puissance que l’apôtre place devant Timothée. Il y a des larmes, mais Paul est rempli de joie (1, 4), une chaîne mais pas de honte (1, 16), des reniements d’amis mais jamais du Seigneur (4, 16-17). Trois fois dans le premier chapitre, sous la plume de ce vieillard, lié de chaînes, revient ce mot : puissance ! Il faut que nous sentions notre misère, notre faiblesse (nous en parlons plus volontiers que nous ne l’éprouvons dans nos cœurs), mais ne doutons jamais de la puissance de Dieu. Elle est toujours là, à notre disposition. Jeune homme, jeune fille, si tu sens le découragement (et n’est-ce pas un peu de paresse parfois), ne cherche pas pour excuse la faiblesse de notre témoignage. Regarde ! la puissance de Dieu est toujours là : « Je suis persuadé qu’il a la puissance de garder ce que je lui ai confié jusqu’à ce jour » (1, 12). Nous sommes appelés comme Timothée à être un bon soldat de Jésus Christ (2, 3), un ouvrier qui n’a pas à avoir honte (2, 15).

La ressource est donc là mais le chemin de la foi est un chemin d’exercices de cœur. Et la première exhortation de Paul est pour inviter Timothée à se séparer de tout ce qui n’est pas selon Dieu : « Ne t’embarrasse pas dans les affaires de la vie » (2, 4), « qu’on n’ait pas de disputes de mots » (2, 14), « étudie-toi à te présenter approuvé à Dieu » (2, 15), « qu’il se retire de l’iniquité quiconque prononce le nom du Seigneur » (2, 19), « fuis les convoitises de la jeunesse » (2, 22), « évite les questions folles » (2, 23). C’est aussi le premier enseignement pour nous. Dans notre marche collective, nous devons être comme « un peuple qui habitera seul » et qui n’est « pas compté parmi les nations » (Nomb. 23, 9), et dans notre marche individuelle nous devons porter le caractère d’une sainte séparation pour Dieu. Plus la souillure est grande autour de nous, plus la confusion augmente, plus l’ennemi multiplie ses pièges, plus les croyants ont besoin de veiller et d’être vigilants pour pouvoir avec la puissance de Dieu porter ce caractère. Ne disons pas que la chose a été plus facile autrefois pour nos aînés. La puissance de Dieu est là, toujours la même, infinie. Croyez-vous qu’il était facile aux jeunes Hébreux d’être fidèles, à Babylone ? Je ne le pense pas. Mais Daniel l’a été en son temps et il le serait sans nul doute dans le nôtre.

Alors, séparés pour Lui, nous pouvons entrer à Son service et être ce bon soldat et cet ouvrier approuvé. Mais pour cela il nous faut maintenant connaître Sa pensée, Sa volonté, et elles nous sont révélées dans Sa Parole « utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire » et nous rendre « parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (3, 16). Aussi l’apôtre insiste-t-il avec force auprès de son disciple comme déjà il l’avait fait dans sa première lettre (4, 13, 15 : « attache-toi à la lecture… occupe-toi de ces choses, sois-y tout entier ») pour qu’il demeure dans les choses qu’il a apprises, dans la connaissance des saintes Lettres. Demeurer dans les choses que nous avons apprises : quel programme ! Dans la chambre d’un jeune ami qui poursuit ses études, j’ai lu, l’autre jour, ce verset : « Toi, demeure dans les choses que tu as apprises » (3, 14). C’est une place humble et dépendante. Gardons-nous de la recherche du nouveau. Enquérons-nous touchant les sentiers anciens et marchons-y (Jér. 6, 16). N’allons pas glaner dans d’autres champs puisque nous avons puissance et richesse (Ruth 2, 1). Nous risquerions de rapporter dans nos robes des coloquintes sauvages (2 Rois 4, 39), belles d’apparence mais n’apportant que la mort.

Ainsi donc, ne nous laissons pas, avec paresse et facilité, aller au découragement. Les ressources divines sont là, toujours les mêmes, toujours infinies. Son bras ne s’est pas raccourci. La Parole et la prière sont toujours les deux deniers laissés pour le temps de notre séjour ici-bas. Séparons-nous de tout ce qui Le déshonore et demeurons attachés au Seigneur de tout notre cœur (Act. 11, 23).