Deux désirs

G. André

[Feuille aux jeunes n° 126]

« Faites ceci en mémoire de moi »

Luc 22, 19

« J’ai fort désiré », avait dit Jésus lors de la dernière Pâque où Il instituait la cène, « j’ai fort désiré de manger cette Pâque avec vous avant que je souffre ». Et l’apôtre, rappelant l’institution du Seigneur, ajoute : « la nuit qu’il fut livré, le Seigneur Jésus prit du pain… ». C’est ainsi que le dernier désir exprimé par le Seigneur Jésus avant Sa mort fait appel à nos cœurs pour les engager, durant le temps de Son absence, à se souvenir de Lui. Sentant quelque peu combien Il a souffert pour nous, comment « Son amour a tout achevé », plusieurs parmi nous sans doute ont désiré répondre à ce dernier vœu et, en toute simplicité, mais aussi en toute révérence, se sont approchés de la table sainte. Annoncer là Sa mort, appartient à la terre ; c’est « jusqu’à ce qu’il vienne » que nous pouvons le faire. Au jour des noces dans le ciel, il n’y aura plus de mémorial, mais Lui-même sera présent au milieu de tous Ses rachetés. Ici-bas, Il se présente à nous, tout spécialement en rapport avec la cène, comme le Seigneur ; alors, à toujours, Il restera l’Agneau.

*
*     *

« Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création »

Marc 16, 15

Trois fois dans les évangiles, une fois dans les épîtres, nous avons le dernier désir du Seigneur Jésus avant Sa mort. Quatre fois dans les évangiles et une fois au premier chapitre des Actes, nous avons le dernier désir du Seigneur avant Son ascension. Dans Matthieu, Il dit aux onze : « Allez donc et faites disciples toutes les nations ». L’évangile n’était pas restreint aux Juifs, mais la mission confiée aux onze allait s’étendre à toute la terre. En Marc, évangile du service, le Seigneur précise : « allez dans tout le monde… à toute la création ». En Luc, évangile du Sauveur, Il rappelle qu’« il fallait que le Christ souffrît et qu’il ressuscitât… et que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations ». En Jean, l’envoyé du Père, faisant suite à la prière exprimée sur le chemin de Gethsémané, dira au soir de la résurrection : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Et en Actes 1, au moment de quitter les siens, Jésus leur dit : « Vous serez mes témoins… jusqu’au bout de la terre ».

Attacherions-nous moins d’importance à ce dernier désir — dirions-nous cette injonction ? — du Seigneur Jésus avant de quitter Ses disciples qu’à celui exprimé à la veille de Sa crucifixion ? L’un et l’autre ont toute leur place ; l’un et l’autre venaient de la même bouche et ont été adressés aux mêmes personnes. Et aujourd’hui encore, à travers les pages de la Parole de Dieu, l’Esprit Saint les présente tous deux à nos cœurs. D’ailleurs, ne sont-ils pas intimement liés, la cène formant le centre d’un témoignage (1 Cor. 11, 26) qui embrasse toute la vie ?

Annoncer l’évangile est, de même, limité à notre séjour sur la terre ; c’est pendant notre vie que nous pouvons répondre à ce désir du Seigneur. Qu’arrivera-t-il si nous le négligeons ? D’aucuns diront peut-être : Si j’omets de répandre l’évangile, je perdrai une récompense, mais les élus seront sauvés quand même. N’est-ce pas là un raisonnement humain ? La Parole s’exprime-t-elle jamais ainsi ? Écoutons le grand apôtre : « J’endure tout pour l’amour des élus afin qu’eux aussi obtiennent (ne soient pas privés de) le salut qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 2, 10). Le salut est dans le Christ Jésus ; c’est Lui qui l’a acquis ; les élus l’ont été en Christ avant la fondation du monde ; et pourtant l’apôtre dit : « J’endure tout… afin que… », comme si l’obtention du salut par ceux que Dieu a choisis d’avance dépendait de sa persévérance dans la diffusion de la Parole.

Nul n’a le droit de dire : Je ne peux pas croire, parce que je n’ai pas été élu. De même aucun chrétien ne peut dire : Les élus seront sauvés, même si je ne répands pas l’évangile. Il y a le côté de Dieu, de Sa souveraineté, de Sa grâce, de Son œuvre ; il y a le côté de l’homme et de sa responsabilité. Notre esprit humain ne peut pas concilier ces deux choses, mais elles nous sont présentées dans la Parole, chacune d’elles à sa place, tout aussi réelles et définitives l’une que l’autre.


« Une sainte sacrificature… une sacrificature royale »

1 Pier. 2

Sous une autre forme, l’apôtre Pierre, conduit par l’Esprit de Dieu, nous présente la responsabilité et le privilège du croyant correspondant au double désir du Seigneur. D’un côté, une sainte sacrificature « pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ ». C’est le culte dont la cène est le centre. D’un autre côté, une sacrificature royale « pour que vous annonciez les vertus de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ». C’est la diffusion de l’évangile et le témoignage pratique journalier, par lesquels brillera cette lumière dont nous jouissons par les vertus de Celui qui nous y a appelés, et qu’Il nous demande « d’annoncer » à ceux qui l’ignorent.

« N’incline ni à droite, ni à gauche », dit la Parole. Combien c’est facilement notre tendance. L’un répondra avec joie à la pensée de Dieu quant à la sainte sacrificature et négligera d’annoncer Ses vertus. L’autre, préoccupé du salut des âmes et de la diffusion de l’évangile, laissera à l’arrière-plan le désir du Seigneur « la nuit où il fut livré ». Mais si nous voulons vraiment répondre à la pensée de Dieu, au vœu de notre Sauveur, n’aurons-nous pas à cœur, aussi bien de faire ceci en mémoire de Lui, que d’être Ses « témoins » là où nous sommes placés et même, s’Il y conduit, jusqu’au bout de la terre ?