« Dieu n’est pas un Dieu de désordre » (1 Cor. 14, 33)

É. Argaud

[Feuille aux jeunes n° 148]

Les Corinthiens avaient été enrichis en Christ en toute parole et connaissance (1, 5), mais… ils marchaient dans le désordre ! Vous pouvez connaître le Seigneur, être riches en parole et en connaissance, avoir reçu peut-être un don… et marcher dans le désordre.

Quels étaient donc ces désordres de Corinthe ? Tout d’abord, un esprit de parti (1, 12-13), des divisions et des dissensions. Donner à un serviteur la place qui ne revient qu’au Maître, c’est du désordre. Pourtant, n’oublions pas de « connaître ceux qui travaillent parmi nous et qui sont à la tête parmi nous dans le Seigneur et de les estimer très haut en amour, à cause de leur œuvre » (1 Thess. 5, 12-13). Ne pas le faire serait aussi du désordre. De quelle manière recevons-nous enseignements et exhortations dans nos réunions ? Dans quel esprit lisons-nous ce qui est écrit pour notre édification ? On entend dire parfois : « Il n’y a plus de dons comme autrefois, personne pour nous enseigner ». Ne devrions-nous pas dire plutôt : « Il n’y a personne pour écouter » ? Les mauvais élèves rendent souvent leurs maîtres responsables de leurs faiblesses. Que dire de ceux qui, avant même de commencer telle lecture, ont déjà, dans leur cœur, formulé un jugement téméraire qui les prive de toute bénédiction ! C’est de l’esprit de parti, c’est du désordre.


Il y avait d’autres désordres. À Corinthe, du mal connu était toléré (chap. 5), des frères avaient des procès avec d’autres frères et cela devant les incrédules (chap. 6). Vous direz peut-être que vous ne connaissez pas ces désordres. Mais, je vous le demande : Savez-vous « supporter les injustices » et vous laisser faire tort (6, 7) ? Désordres non seulement dans les relations avec les frères, mais aussi dans les relations familiales (chap. 7). Le désordre peut s’introduire partout. Le chapitre 8 est bien sérieux à cet égard encore. Nous pouvons de bonne foi blesser la conscience plus faible d’un de nos frères et pécher contre Christ. Vous dites peut-être : Ce frère est de l’ancien temps, et puis ce n’est qu’un frère. La Parole de Dieu ne parle pas ainsi : c’est « un frère pour lequel Christ est mort ». Je n’irai pas ici, je ne ferai pas cela — bien que moi-même je n’y trouve point de mal — si je risque de blesser la conscience de mon frère.

Aux chapitres 9 et 10, tous courent dans la lice, un seul reçoit le prix (9, 24) ; en Israël autrefois, tous ont été dans la nuée, tous ont mangé et bu dans le désert, mais Dieu n’a point pris plaisir en la plupart d’entre eux. Pourquoi en fut-il ainsi ? Parce qu’ils ont convoité, ils ont été idolâtres, ils ont commis la fornication, ils ont tenté Dieu et murmuré. Tout cela était du désordre ; et les Corinthiens risquaient de prendre le même chemin.

À l’égard de la table du Seigneur, il y avait aussi à Corinthe du désordre. L’apôtre avertit solennellement ces croyants et nous-mêmes : « Provoquerons-nous le Seigneur à la jalousie ? ». Je le sais bien, vous direz peut-être : il n’y a pas de table des démons maintenant. Je répondrai : Il y a la table du Seigneur, celle où Son autorité est reconnue, celle où Il peut se trouver au milieu des siens soumis à Sa Parole. Vous voudriez l’élargir ? L’apôtre nous pose alors cette question : « Êtes-vous plus fort que lui ? » (10, 22).

La femme égale de l’homme, c’est encore un désordre (chap. 11). Puis l’apôtre place devant nos cœurs l’invitation si précieuse que le Seigneur adressa aux siens la nuit qu’Il fut livré ; pas un commandement, un désir ; mais pour celui qui aime le Seigneur, plus que l’ordre le plus impératif. Le Seigneur de gloire avançait vers la croix, Il allait mourir pour moi, et Il me dit : Fais ceci « en mémoire de moi ». Je ne puis pas refuser ; bien au contraire, je suis tellement heureux de répondre à Son désir. Cher ami croyant, si tu ne l’as point fait, cela encore est du désordre. Si nous ne le faisons pas dans le jugement de nous-mêmes et avec les sentiments requis par Celui qui est le Seigneur, cela encore est du désordre.

Au chapitre 14, l’apôtre place devant nos cœurs le moment si précieux du rassemblement : « Quand vous vous réunissez… » (v. 26). C’est bien parce qu’il est précieux entre tous que l’ennemi veut encore y semer du désordre. Je dis « du désordre » comme à Corinthe (v. 27-32) et peut-être, chose tout aussi grave, de l’ordre, mais un ordre humain, un ordre flattant la chair, que Dieu ne peut accepter. Aussi ne nous est-il pas dit ici — comme peut-être nous l’attendrions — « Dieu n’est pas un Dieu de désordre… mais d’ordre », non !… « mais de paix ». Paix dans la liberté de l’Esprit — liberté pour chaque frère de prendre part à l’action, étant conduit par l’Esprit Saint — action vivante, variée peut-être, édifiante, apportée par les divers membres selon qu’ils sont conduits par l’Esprit et non selon un ordre préétabli.

Est-ce ainsi que nous nous réunissons ? Ne venons-nous pas parfois dans un état de passivité voulue, avec des cœurs peu engagés, comme si nous devions « subir », si j’ose dire, cette réunion ? Oh ! il y aura de l’ordre, un ordre trop habituel : tel frère prie, tel autre rend grâces, un troisième médite la Parole. Avons-nous quelquefois, avant la réunion, ou pendant des moments de silence qu nous pèsent trop vite, demandé au Seigneur de choisir Lui-même Son instrument et de lui donner, dans la puissance de l’Esprit, ce qui est selon Lui ? Si nous venions avec des cœurs plus exercés et si nous restions mieux dans la dépendance de l’Esprit, peut-être y aurait-il moins d’ordre apparent, mais le Seigneur en serait davantage glorifié !

Le secret, vous le connaissez : vivre près du Seigneur. Si nous vivons près de Lui, nous ne marcherons pas dans le désordre, nous n’aurons pas besoin non plus d’une autre loi. Il nous enseignera Sa pensée et, si nous L’aimons, nous aurons à cœur de la respecter.


Lire le Messager Évangélique de 1897, page 105 ; et celui de 1957, page 57.