Jéroboam (1 Rois 11, 26-40 ; 12 ; 13, 1-10, 33-34 ; 14, 1-20)

G. André

[Feuille aux jeunes n° 196]

Salomon inspectait les fortifications qu’il faisait élever autour de Jérusalem, à Millo. Un jeune homme, fils d’une veuve, attire son attention par son ardeur à l’ouvrage ; le roi le choisit pour lui confier la direction de tout le travail de sa tribu. Ainsi le jeune Jéroboam, parti d’une condition humble, acquérait un poste d’importance.

Sorti un jour de Jérusalem, porteur d’un beau manteau neuf, il rencontre sur le chemin le prophète Akhija. Soudain l’homme de Dieu s’empare de son manteau et le déchire en douze morceaux. Ils étaient seuls les deux dans la campagne, et le jeune homme, étonné, ne peut résister. Le prophète lui annonce que, comme le manteau vient d’être déchiré, le royaume d’Israël sera divisé, dix tribus choisissant Jéroboam pour roi, les deux autres restant au fils de Salomon. Le prophète rappelle toute l’idolâtrie qui s’est introduite en Israël sous l’égide du roi et des femmes qu’il a aimées. Au lieu de suivre l’exemple de son père David, Salomon s’est détourné de l’Éternel. Le jugement va atteindre sa famille, non de son vivant, mais dès sa mort. Cependant une tribu (de fait Juda et Benjamin) restera fidèle à la maison de David ; les autres suivront Jéroboam.

Comment cette prophétie fut-elle connue, la Parole de Dieu ne le dit pas. On peut bien penser que Jéroboam ne l’a pas gardée pour lui ; la perspective était trop belle ! Quoi qu’il en soit, la nouvelle parvient à Salomon, qui cherche à faire mourir le jeune homme ; celui-ci s’enfuit en Égypte, où il reste jusqu’à la mort du roi.

Le prophète avait bien précisé que la bénédiction divine reposerait sur le royaume des dix tribus si Jéroboam écoutait la Parole de Dieu et marchait dans Ses voies. Le voici donc placé devant une promesse que la foi peut saisir, mais dont l’accomplissement dépend de sa marche. Sera-t-il fidèle à l’Éternel, ou imitera-t-il le roi son maître ?

Le jour décisif arrive : Salomon est mort ; son fils Roboam se présente devant le peuple pour être oint roi. Il est toujours difficile de succéder à un grand homme ; mais notre prince, imbu de lui-même, se montre particulièrement maladroit. Au lieu de suivre le conseil des vieillards, qui l’engagent à « devenir serviteur de ce peuple, et à leur dire de bonnes paroles », il répond à la délégation des dix tribus avec dureté et orgueil : « Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père… je vous corrigerai avec des scorpions ». La révolte se précise : Jéroboam à leur tête, les Israélites retournent « à leurs tentes » ; seul Juda reconnaît le descendant de David.

La prophétie d’Akhija s’accomplit : Jéroboam est établi roi sur tout Israël, sauf Juda. Comment va-t-il se comporter ? Prendra-t-il garde à l’exhortation du prophète ? Aura-t-il foi en l’Éternel, qui lui a promis le royaume ?

Jéroboam ne consulte que ses propres pensées : si le peuple monte à Jérusalem pour offrir les sacrifices périodiques, ils retourneront à Roboam, et ils me tueront. Il installe donc deux veaux d’or, l’un à Béthel, l’autre à Dan, engageant Israël à les considérer comme ses dieux. Sans doute avait-il un prédécesseur en la personne d’Aaron, qui avait amené un terrible jugement sur le peuple. Mais Jéroboam ne s’en préoccupe pas. Il établit des sacrificateurs à son gré, une fête selon l’imagination de ses pensées, et offre lui-même l’encens sur l’autel. La foi et la fidélité envers l’Éternel auraient assuré le royaume, à lui et à sa descendance ; quel sera le résultat de ce qu’il a imaginé « dans son propre cœur » ?

Pourtant l’Éternel ne l’abandonne pas. Il lui envoie un homme de Dieu qui vient de Juda. Jéroboam se tenait à côté de l’autel pour faire fumer l’encens, quand soudain retentit une voix terrible : « Autel, autel ! ainsi dit l’Éternel : Voici un fils naîtra à la maison de David ; son nom sera Josias[1], et il offrira sur toi les sacrificateurs des hauts lieux qui font fumer de l’encens sur toi ». Le roi se retourne ; qui donc a l’impudence de crier ainsi ? Mais la voix continue : « Voici le signe que l’Éternel a parlé : l’autel se fendra, et la cendre qui est dessus sera répandue ».

Jéroboam, au lieu de prêter attention à la voix de Dieu par Son prophète, se retourne, étend sa main et donne l’ordre de saisir l’intrus. Mais « sa main qu’il avait étendue contre lui, sécha, et il ne put la ramener à lui. Et l’autel se fendit, et la cendre fut répandue de dessus l’autel, selon le signe que l’homme de Dieu avait donné par la parole de l’Éternel ».

De toute évidence, Jéroboam est placé en présence de Dieu. Sa conscience sera-t-elle touchée ? Reviendra-t-il à Celui qui l’a tiré de l’obscurité pour le placer sur le trône ?

Il implore le prophète de crier au Seigneur pour que sa main lui soit rendue. L’homme de Dieu prie, le roi est guéri, mais… son cœur n’est pas changé. Le prophète s’en va… le roi ne revient pas de sa mauvaise voie. Il établit d’autres sacrificateurs pour son culte idolâtre ; « et par cela il y eut du péché sur la maison de Jéroboam, pour l’exterminer et pour la détruire de dessus la face de la terre ».

Pourtant, dans Sa grâce, Dieu veut lui parler encore. Son aîné, Abija, son héritier présomptif, que le peuple aime, en qui avait été trouvé « quelque chose d’agréable à l’Éternel » — ce fils chéri tombe malade. Jéroboam est dans l’angoisse. Vers qui se tourner ? Ses veaux d’or ne peuvent l’aider. Il se souvient du vieux prophète, qui dans sa jeunesse lui avait annoncé qu’il régnerait. Il envoie sa femme le consulter, sous un déguisement approprié. Akhija est aveugle ; l’Éternel lui révèle le nom de son visiteur. La femme à peine entrée, le prophète la démasque : « Je suis envoyé vers toi pour t’annoncer des choses dures ». Il rappelle la bonté de Dieu envers Jéroboam ; l’infidélité du roi, qui s’en est allé et a fait d’autres dieux, et a jeté l’Éternel « derrière son dos ». Le jugement va s’abattre sur sa maison ; tous les mâles en seront retranchés, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. « Et toi, lève-toi, va-t’en dans ta maison ; quand tes pieds entreront dans la ville, l’enfant mourra ».

Désolée, la mère s’en retourne à Thirtsa. Y a-t-il du repentir dans son cœur ? Va-t-elle exhorter son mari à revenir à l’Éternel ? Pas un mot ne nous en est dit. Elle entre dans la ville… l’enfant vit toujours ; la grâce offre encore la possibilité de se repentir. Rien ne se passe, et « comme elle arrivait sur le seuil de la maison, l’enfant mourut ».

La bonté de Dieu, Ses promesses, Ses bienfaits, la prophétie puis les avertissements des prophètes, rien n’a touché le cœur de Jéroboam. Il aurait pu… mais il n’a pas voulu. Après vingt-deux ans de règne, il s’en va ; Nadab, son fils, lui succède pour deux ans à peine ; et c’en est fait de sa maison qui est exterminée selon la parole du prophète.

Si nous ouvrons les yeux, ne pouvons-nous pas voir, aujourd’hui encore, de telles tragédies autour de nous ?