Jeune ami, habitant la campagne

L. Gibert

[Feuille aux jeunes n° 161]

Permets qu’aujourd’hui nous parlions l’un à l’autre, loin du tumulte des villes, au contact de cette belle nature qui est le cadre de ta vie.

Peut-être es-tu parfois tenté d’envier ceux de tes camarades qui, pour leurs études ou leurs occupations, ont quitté la ferme et le hameau ? Le cours de ton existence champêtre t’apparaît-il trop monotone ?

Notre intention n’est pas de faire la balance des avantages et des inconvénients de ta vocation de terrien. Au reste, à ces derniers, bien des améliorations ont été apportées depuis quelques années, et l’existence à la campagne ne pose plus guère de problèmes ardus. Pour le chrétien, elle reste tellement plus saine que celle des citadins !

Mais ouvrons ensemble la Bible.

Elle nous dit que Salomon avait reçu de Dieu sagesse, grande intelligence et cœur large comme son peuple (1 Rois 4, 20, 29) pour lui enseigner les pensées divines. On voit au verset 33 que sa connaissance s’étendait sur tout ce qui touchait à la création, les arbres, les bêtes et ce qui vit sur la face de la terre. Quand il parle des grandes choses qu’il a faites, il évoque les jardins et les parcs, ses plantations d’arbres à fruits de toute espèce, ses réservoirs d’eau pour les irriguer (Eccl. 2, 4-6). Ce grand roi aimait les forêts, les travaux des champs. Combien de proverbes reçus de Dieu, et transcrits par lui pour l’enseignement « des fils de la sagesse », ont leurs leçons profondes basées sur l’observation des faits de la nature, pris comme exemples ou comparaisons !

Quand le psalmiste veut décrire les bénédictions millénaires, il parle de l’abondance du froment jusqu’au sommet des montagnes ; de la pluie sur un pré fauché ; de l’herbe tendre qui, à la clarté du soleil, germe de la terre après la pluie ; du pain qui soutient le cœur de l’homme ; des plants d’oliviers autour de la table ; des troupeaux par milliers sur les montagnes ; de la moelle du froment et du miel du rocher…

Quand Dieu voulut que Job s’incline devant Lui, en rendant les vaines armes de sa propre justice, il ouvrit au patriarche le livre de Sa création dont Il a écrit les pages magnifiques. Élihu avait déjà, de Sa part, élevé le débat jusqu’à ces merveilles de la puissance divine : pluies et averses de Sa force ; trésors de la neige ; mystérieux chemin vers le séjour de la lumière (lire Job 36 et 37).

Quand le prophète rappelle au peuple rebelle les soins de l’Éternel envers lui, il chante le cantique de Sa vigne sur le coteau fertile ; il évoque le pays ruisselant de lait et de miel, dont Moïse déjà avait fait une si belle description : un bon pays, de ruisseaux d’eau, de sources et d’eaux profondes, de froment, d’orge, et de vignes et de figuiers et de grenadiers, d’oliviers à huile… (voir És. 5 ; Deut. 8, 7-10).

Et le travail de Sa grâce en nous, qui peut mieux le comprendre que le vigneron, dans la figure qu’emploie Jésus, des sarments liés au cep, tirant de Lui leur sève et nettoyés pour porter plus de fruit (Jean 15) ?

Rappelons-nous que l’occupation d’Adam, placé par Dieu dans le jardin planté par Lui, était de le cultiver et de le garder.

Rien d’étonnant, donc, que le travail de la terre ouvre en nous un courant de pensées toutes simples mais nous rendant plus intelligibles les pensées de Dieu Lui-même ; on est près du Créateur, on est au contact même de Sa bonté qui dispense tant de biens.

Apprécie, mon jeune ami, le privilège très réel qui est le tien, dans cette activité qui se déploie aux champs, avec comme cadre permanent cette nature où tout dit la sagesse et la grandeur de Dieu. Prends goût toujours davantage à ces saines occupations qui te rapprochent de Lui ; elles nécessitent souvent l’exercice salutaire de la patience, de l’attente en Dieu de qui tu parais tenir plus directement le pain quotidien, selon l’expérience du laboureur en Jacques 5. Quand la grêle ravage les cultures, que l’orage brise les ramures, saccage les fruits, anéantit en une heure le travail de plusieurs années, cette école de Dieu paraît dure ; mais Habakuk nous enseigne à marcher alors sur nos lieux élevés, avec la joie que le Seigneur met en nos cœurs, même quand tout paraît manquer (Hab. 3, 17-19).

Apporte à ces travaux tous tes soins ; tes ancêtres ont peut-être créé, mis en valeur tes champs, au prix d’efforts ardus ; pour plusieurs d’entre eux, voici trois ou quatre siècles, la ferme où tu vis (et dans des conditions d’existence heureusement tout autres) fut bâtie de leurs mains, et les terres défrichées, dans des contrées d’accès alors difficiles, où ils cherchèrent un refuge contre leurs persécuteurs.

Mais n’y mets pas ton cœur, si même comme eux tu dois faire preuve de persévérance dans ce travail des champs. Que Dieu t’épargne de la tendance si naturelle à s’attacher à la terre, au propre comme au figuré. De règle courante, l’agriculteur pousse loin l’économie, parce qu’il connaît plus que d’autres le prix du travail à la sueur du visage. Mais tiens ton âme élevée plus haut que l’augmentation du rapport de tes champs.

« Pense au Seigneur en faisant ton ouvrage ». Ce fut le conseil donné par une chère chrétienne à l’un de ses neveux qui la visitait à son lit de mort. Elle revoyait, dans la vieille maison paternelle et dans les terres d’alentour, ses parents que Dieu avait bénis de bien des manières ; et elle s’efforçait d’orienter vers Lui l’un de leurs petits-fils qu’attirait le monde, vers qui hélas ! il a fini par se tourner. Elle évoquait son père, laissant souffler le petit attelage au bout du sillon, et ouvrant un moment le Nouveau Testament qui ne le quittait guère, pour rafraîchir son âme aux sources divines. Vision de l’autre siècle, sans doute ; le tracteur a remplacé bœufs et chevaux ; mais qu’en dépit de ce dévorant progrès, le travail des champs te laisse le loisir d’élever ton cœur en haut. Le chant d’un cantique, ou la récitation à pleine voix d’un paragraphe de l’Écriture, la nourriture de l’Esprit savourée dans le profitable rappel d’une méditation récente, cela n’est-il pas possible, sans effort, au long de tes journées que Dieu veut remplir de force et de joie ?

Place comme premier but de ta vie, tellement plus paisible que celle des villes, la prospérité de l’assemblée à laquelle tu te rattaches. C’est peut-être une réunion peu nombreuse, celle des « deux ou trois » groupés autour du Seigneur. Au siècle dernier, elle fut prospère et la piété d’humbles chrétiens y fut bénie. Depuis lors, bien des départs, des défections même, l’ont réduite au petit troupeau auquel Jésus dit : « Ne crains pas », car Lui demeure quand tout passe. Raison de plus pour qu’ils te soient chers, ces frères et sœurs aimés du Seigneur, qui te voient grandir au milieu d’eux avec joie, et qui ont le droit d’attendre de toi et à ton sujet, des encouragements de Sa part.

Apporte donc tout zèle au rassemblement. L’auto familiale a remplacé le vélo, voire la canne solide des ancêtres. N’en use, le dimanche surtout, que pour la gloire de Dieu. C’est un sujet de reconnaissance envers Lui que ces nombreuses voitures aux abords des locaux de réunions ; les familles ont par là d’heureuses facilités pour être toutes présentes au culte, malgré les distances ; mais cela te crée aussi le devoir d’y être toujours assidu.

Mon jeune ami, fais qu’on y sente l’élan de ton cœur dans la fraîcheur des affections pour ton Sauveur. Oui, « pense au Seigneur en faisant ton ouvrage », et tu te trouveras préparé pour le rassemblement. Mets à profit les journées d’hiver ou de mauvais temps pour lire la Parole et l’étudier, avec le souhait d’apprendre du Maître débonnaire et humble de cœur, avec le désir sincère de ces dons de grâce qui viennent à nous dans le plus excellent chemin, celui de l’amour. « Il y a, dis-tu, si peu de « dons » à l’assemblée… ». Cherche toi-même à en être pourvu pour l’édification, la tienne, puis celle des autres (1 Cor. 14, 12).

N’y a-t-il pas, à la maison, quelques-uns de ces bons livres et traités qui ont nourri trois ou quatre générations de chrétiens, depuis le réveil du siècle dernier ? C’est le trésor de la Parole découpée droit, contenant tout à la fois « le vieux blé du pays » et « la manne au désert » — Christ en haut contemplé par la foi, dans Sa gloire — et Christ avec nous, dans le chemin où Il consentit à vivre, vrai homme et vrai Dieu.

Aime ce contact permanent avec Lui. Tu le vois, Créateur tout-puissant dans les œuvres majestueuses de Ses mains ; cherche-Le dans le Livre qui Le révèle tout entier. Ta nourriture corporelle, tirée du sol que tu cultives, n’est pas falsifiée comme celle des gens de la ville ; que ta nourriture spirituelle se puise toujours aux pures sources.

Tu dois lutter contre les épines et les ronces, sanction du péché sur une terre maudite, qui ne donne son fruit qu’au prix d’un travail pénible ; et il faut que ta main, que l’outil passe et repasse pour détruire ce qui nuirait aux récoltes, ivraie, herbes mauvaises ; tu soutiens un combat incessant contre tant d’ennemis visibles ou invisibles ; tout cela nous parle de la portée morale de la croix de Christ, appliquée à notre vieille nature, en un combat chrétien qui ne cessera que là-haut ; combat dont l’issue victorieuse dépend de la victoire qu’Il remporta, par Sa mort même, sur tout ce qui nous tenait asservis au péché.

Mais il y a aussi les journées d’heureuse récolte, quand s’engrangent les chars de foin, quand les sacs de blé s’empilent au grenier, quand les camions portent au citadin les fruits où il retrouve la sève et le suc cachés du pays natal.

Alors, pour ceux qui ont peiné, la joie vient dans le cœur quand abondent le froment et le moût, joie mêlée à la reconnaissance envers Dieu qui Lui-même nous nourrit en bénissant le travail de nos mains. Que de leçons s’enseignent à l’âme pieuse, pour que le fruit de l’Esprit soit recherché, selon Galates 5, 22, pour son bien et celui des autres ! Alors, semée par l’Esprit, la moisson de l’Esprit est faite au temps propre, après l’épreuve de la persévérance sans défaillance.

Nous pourrions poursuivre ce parallèle édifiant entre le travail qui t’incombe pour la vie présente et le travail de la grâce en vue de l’éternité. Si tu veux y appliquer ton cœur, tu verras combien précieuses doivent être pour nous les pensées divines, ainsi souvent exprimées par des allusions et des comparaisons avec les fatigues et les satisfactions de ta vocation de terrien.

Que le Seigneur te bénisse, cher jeune chrétien, comme l’arbre planté près des ruisseaux d’eau, qui porte son fruit en sa saison,

— maintenant, au foyer paternel où tu remplis avec joie ta tâche, secours de tes bras, réconfort de ton dévouement filial, avec l’humeur égale d’un esprit paisible,

— et plus tard — Dieu te l’accorde — à ton propre foyer dont l’âme selon Lui sera celle que tu recevras de Sa part, aide qui te corresponde, formée aux mêmes travaux, objet d’une même grâce, femme vertueuse craignant le Seigneur.

C’est le vœu sincère de ton vieil ami en Lui.

Jacob ou la discipline — H. Rossier

Ésaü, chasseur, reprenait le caractère de Nimrod, celui qui veut s’imposer par la force aux dépens de sa victime. Jacob, berger, dans une longue carrière, devait apprendre sous la discipline le vrai caractère du berger qui ne cherche pas son propre intérêt, mais celui des brebis qui lui sont confiées. Dans sa jeunesse, Jacob était « un homme simple, qui habitait les tentes ». Sa vie aurait pu s’écouler heureuse et calme. Sa hantise d’évincer son frère, la tromperie qui en a découlé, ont attiré sur lui une sérieuse discipline. Discipline d’amour du Père qui voulait amener plus près de Lui l’homme dans le cœur duquel, malgré tout, il y avait une foi réelle.

Il vaut la peine d’en suivre les étapes à l’aide de la brochure ci-dessus que nous recommandons vivement à tous nos lecteurs.