L’aire

G. André

[Feuille aux jeunes n° 167]

« Il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire »

Luc 3, 17

Nous sommes aujourd’hui dans le temps de l’« aire », pas encore dans celui du « grenier », où le Seigneur assemblera bientôt tous ceux qui sont à Lui.

Que de fois dans l’évangile le Seigneur Jésus parle de la moisson ! Levant les yeux sur les campagnes, Il déclare : « Elles sont déjà blanches pour la moisson » (Jean 4, 35), vision de tout ce que la grâce allait opérer à la suite de Son œuvre à la croix pour tirer de ce monde des âmes sauvées pour l’éternité.

Considérant ailleurs la grandeur de cette moisson, Il engage Ses disciples à supplier le Seigneur « en sorte qu’il pousse des ouvriers dans sa moisson » : si d’un côté Dieu seul peut opérer le salut d’une âme, d’autre part Il veut se servir des siens pour répandre l’évangile et attirer des pécheurs à Lui. Il n’est pas dit seulement de demander au Seigneur qu’Il envoie des ouvriers dans Sa moisson, mais qu’Il les y pousse ! Car tant d’obstacles s’élèvent, lorsque se fait sentir l’appel pour le service du Seigneur, qu’il faut bien toute l’action de Son Esprit pour y être « poussé ».

Mais le Seigneur ne recueille pas tout de suite auprès de Lui ceux qui ont été sauvés. Presque toujours, Il les laisse un temps plus ou moins long sur la terre, pour les enseigner et les former, les discipliner s’il le faut, les préparer pour la gloire. C’est le temps de l’« aire ».

Sous le grand ciel bleu pâle de l’Amérique du Sud, où flottent quelques nuages, s’étendent à perte de vue les champs qu’on moissonne. Les grandes moissonneuses-batteuses s’avancent, coupant les épis à leur gauche, laissant à leur droite tomber les sacs pleins de grains, qu’un camion recueillera tout à l’heure.

Il n’en était pas ainsi lorsque le Seigneur Jésus était sur la terre. La moisson s’effectuait à la faucille, et les épis amenés dans l’aire devaient y subir une double opération. Tout d’abord ils étaient battus ; figure de la discipline du Père, à laquelle tous participent (Héb. 12, 8), pour leur profit, « afin que nous participions à sa sainteté ». Il ne s’agit pas de châtiments, mais des épreuves diverses par lesquelles le Père fait passer Ses enfants, pour qu’ils réalisent concrètement la séparation du mal, et que leur vie corresponde à la sainteté dont Il les a déjà revêtus. Ils n’ont pas à parvenir à la sainteté, mais à montrer qu’ils « sont » saints.

Le blé battu devait ensuite être vanné. L’aire se trouvait généralement sur une colline, exposée au vent. Le blé était projeté en l’air par le van, et le courant d’air emportait la balle. D’où l’expression du psaume 1 : « les méchants sont comme la balle que le vent chasse ». Qui songerait à recueillir dans le grenier des grains de blé encore enveloppés d’une balle sans valeur ? Tout ce qui ne compte pas pour Dieu doit être éliminé de la vie du croyant. C’est ce que produit le Saint Esprit, dont Jean, dans le verset précédant notre texte, annonçait le baptême par le Seigneur Jésus. Le blé nous parle de Christ Lui-même. La balle doit être ôtée afin que Christ soit vu dans les siens. Les « vallées » — tant de déficiences dans notre marche — doivent être comblées ; les « montagnes et les collines » — l’orgueil et la vanité — doivent être abaissées ; les « choses tortueuses » — ne sont-elles pas trop fréquentes dans nos vies ? — doivent être rendues droites ; et les « sentiers raboteux » — où trébuchent ceux pour lesquels nous sommes si facilement une pierre d’achoppement — doivent devenir des sentiers unis (Luc 3, 5).

Dans l’aire d’Ornan, David, couvert d’un sac, vient confesser son péché : « C’est moi qui ai péché et qui ai mal agi… que ta main soit sur moi » (1 Chron. 21, 17). C’est là aussi qu’il éprouvera toute la grâce de Dieu, dans les mains duquel il a désiré « tomber ». Sur cette colline de Morija, où Isaac avait été offert, où s’élèvera le temple de Salomon, non loin du Golgotha, David offrira l’holocauste sur lequel descendra le feu des cieux.

Dans l’aire de Boaz, Ruth viendra la nuit « à ses pieds ». Étrangère, elle trouvera les compassions de celui qui avait le droit de rachat, et la fera plus tard entrer dans sa maison.

Dans l’aire d’Atad, on se lamente (Gen. 50, 10) ; à celle de Nacon la mort frappe celui qui a osé porter la main sur l’arche de Dieu (2 Sam. 6, 6). Dans l’aire, enfin, Gédéon étend la toison, figure de l’Agneau de Dieu, qui, ayant pleinement glorifié Dieu dans Sa vie, pouvait être l’objet de Sa faveur : sur Lui descendait la rosée (Jug. 6, 31-38). Mais dans la nuit qui suit, la sécheresse sera sur la toison : le jugement et l’abandon atteignent Celui qui, fait péché pour nous, doit, dans l’aire, supporter la colère divine, afin que la bénédiction de Dieu s’étende à tous, et que « sur toute la terre il y ait de la rosée ».

L’aire de la discipline, du jugement du mal, de la séparation de tout ce qui est de la chair, fera bientôt place au « grenier » du bonheur éternel, dont, plus que tout autre, jouira Celui qui « revient avec chants de joie portant ses gerbes » (Ps. 126, 6).