Le soleil se levait

G. André

[Feuille aux jeunes n° 195]

« Le soleil se levait sur la terre, quand Lot entra dans Tsoar »

Gen. 19, 23

La veille au soir, Lot était un homme considéré, assis à la porte de Sodome, prenant place avec les gens importants. Les souvenirs s’en allaient bien en arrière vers une autre ville, Ur de Chaldée, où il avait passé sa jeunesse. C’est là que l’appel de Dieu avait atteint son oncle Abraham ; et « par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage ; et il s’en alla, ne sachant où il allait » (Héb. 11, 8). Lot avait suivi ; leur vie nomade les avait menés ici et là, jusqu’à parvenir en Canaan, pays de la promesse, où ils avaient habité. La foi de Lot était réelle, c’était un « juste » (2 Pier. 2, 7) ; mais dans quelle mesure s’appuyait-elle sur celle de son oncle ?

Il y avait eu le séjour en Égypte. Le jeune homme y avait admiré l’irrigation, les jardins, les cultures. Puis était venu ce jour décisif où il avait fallu choisir. Lot avait levé ses yeux, avait vu la plaine du Jourdain, arrosée « comme le pays d’Égypte »… « et Lot choisit pour lui toute la plaine du Jourdain… et dressa ses tentes jusqu’à Sodome » (Gen. 13).

Là, une nouvelle période de la vie avait commencé. Le choix était fait. Le chemin de la foi, dans la séparation des hommes « méchants », n’était plus qu’un souvenir. Dans cette ville perverse, Lot n’était pas heureux : « Il tourmentait de jour en jour son âme juste à cause des actions iniques » des habitants de la ville. Pourtant il y avait prospéré ; il avait eu plusieurs enfants, ses filles s’y étaient mariées, deux seules restaient encore à la maison.

Il y avait bien eu l’intermède de la guerre, où, prisonnier avec sa famille, il n’avait dû la délivrance qu’au courage d’Abraham. Mais l’épreuve n’avait pas parlé à sa conscience ni à son cœur. Au lieu de revenir sur la montagne, de reprendre le chemin plus dépouillé de la foi, il était retourné à Sodome ; et là le malheur l’avait atteint.

« Le soleil se levait sur la terre… ». Un vieillard s’enfuyait en hâte, laissant en arrière ses filles, ses gendres, ayant perdu sa femme, et n’emmenant avec lui que les deux plus jeunes qui allaient le tromper. Quelle issue d’un chemin de propre choix (Prov. 14, 12) !


« Le soleil se levait sur lui, comme il passait Peniel »

Gen. 32, 31

La veille au soir Jacob était plein d’angoisse (Gen. 32, 7). Ésaü venait à sa rencontre avec quatre cents hommes armées, et sa conscience n’était pas en paix. Bien des années avaient passé depuis qu’il avait trompé son frère et lui avait volé la bénédiction ; années d’exil, de lutte, de renoncements, où « de jour la sécheresse le dévorait et de nuit la gelée, et son sommeil fuyait ses yeux » (Gen. 31, 40). Lorsqu’il s’était enfui de la maison paternelle, il avait passé la nuit à Béthel, « car le soleil était couché » (Gen. 28, 11). Non seulement sur la nature, mais sur son âme la nuit était venue ; et pendant ces vingt années, il y avait marché.

Dans cette nuit de Peniel, il avait pris ses femmes, ses servantes, ses onze enfants, leur avait fait passer le torrent, et était resté seul. « Un homme avait lutté avec lui jusqu’au lever de l’aurore ». Qui était-il, ce personnage mystérieux qui ne voulait même pas déclarer son nom, mais l’avait obligé, lui, Jacob, à reconnaître qu’il n’était autre que le trompeur ? Dieu avait lutté avec lui jusqu’au lever de l’aurore ; Il ne voulait pas le laisser tant que l’œuvre de la grâce ne serait pas opérée dans son cœur. Et Jacob avait pu dire à la fin : « J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée ». L’homme avait disparu, mais « le soleil se levait sur lui » comme il passait Peniel. Aube d’un nouveau jour, où il marcherait dans la faiblesse, dans les épreuves, mais dans la joie de la communion retrouvée avec son Dieu, communion bénie avec Celui dont il pourrait dire au soir de sa vie : « Il a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour ».


« Elles viennent au sépulcre, comme le soleil se levait »

Marc 16, 2

La veille au soir, avec les autres disciples, elles étaient dans le deuil et pleuraient (Marc 16, 10). Celui qu’elles avaient aimé, qu’elles avaient suivi et servi lorsqu’Il était en Galilée, abandonné de tous, avait fini Sa carrière dans la honte et la douleur. Dernier devoir, elles avaient acheté des aromates pour venir L’embaumer. De fort grand matin, le premier jour de la semaine, elles venaient au sépulcre. Mais voici que « le soleil se levait ». La lumière avait jailli ; elles allaient apprendre à ne pas « chercher parmi les morts Celui qui est vivant ». Elles vont Le voir, se jeter à Ses pieds, apporter aux disciples la nouvelle incroyable, puis, réunies avec eux, se réjouir en la présence du Seigneur Lui-même, qui va leur montrer Ses mains et Son côté. N’avaient-elles pas en vérité été amenées des ténèbres à « sa merveilleuse lumière » ?

Le soleil s’est-il levé dans nos vies à tous ? A-t-il éclairé un jour de désolation et de tristesse ? ou plutôt une aube de délivrance ou mieux encore un réveil de « joie ineffable » dans la connaissance personnelle de Celui que « quoique nous ne l’ayons pas vu, nous aimons » (1 Pier. 1, 8) ?