Le sommeil

H. Abel

[Feuille aux jeunes n° 159]

« Quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire »

Luc 9, 32

Qu’il est doux et paisible, qu’il est réconfortant, le sommeil du bien-aimé de Dieu : la conscience et le cœur en ordre, il jouit de ce repos sur lequel Celui qui le garde ne sommeillera pas (Ps. 121, 3).

Heureuse communion ! Le Père vient lui dire : « Si tu te couches tu n’auras point de crainte ; mais tu te coucheras et ton sommeil sera doux » (Prov. 3, 24), et l’enfant de Dieu répond : « Je me coucherai et aussi je dormirai en paix » (Ps. 4, 8). Les circonstances ne sauraient rien changer à la tranquillité de cette âme, à ce repos de Dieu. Même dans la prison, Pierre, enchaîné, gardé par seize gardiens, ayant devant lui pour le lendemain le supplice et la mort, dort d’un profond sommeil. Ses soucis et ses requêtes, au temps convenable, Pierre les avait exposés à Dieu. Il savait aussi que les siens priaient pour lui. Et la paix de Dieu gardait son cœur et ses pensées. Quel repos !

Tout autre est le sommeil spirituel qui, gagnant les pensées et le cœur, éloigne de la personne de Christ. Et nous sommes exhortés à ne pas « dormir comme les autres » (1 Thess. 5, 6). Ces autres « qui n’ont pas d’espérance », n’ont que les choses d’ici-bas devant eux. Beaucoup de ces choses peuvent être très bonnes à leur place, mais deviennent un piège et même un désastre si elles remplissent le cœur. Satan utilisera ceci ou cela suivant les goûts de chacun. Ce sera un soporifique qui empêchera de croître et formera des nains spirituels, s’il ne conduit pas à la déchéance complète. Salomon vient nous dire : « N’aime pas le sommeil de peur que tu ne deviennes pauvre » (Prov. 20, 13), et ailleurs : « Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, un peu croiser les mains pour dormir,… et ta pauvreté viendra comme un voyageur, et ton dénuement comme un homme armé » (Prov. 6, 10, 11).

Eutyche, alors que Paul prêchait, était à la fenêtre. La fenêtre, c’est ce qui permet de voir l’extérieur, de jouir de ce qui remplit le monde. Nous pouvons penser que Paul était intéressant dans son discours ; pourtant Eutyche dormait et sa chute amène sa mort. Rappelé à la vie, en aura-t-il gardé le souvenir ? Et nous-mêmes, ainsi mis en garde, serons-nous attirés par la « fenêtre » pour dormir en présence des choses les meilleures ?

Regardons Élie dormant sous le genêt, irrité contre son sort et demandant la mort (1 Rois 19). Et pourtant les soins de l’Éternel ne lui avaient pas manqué quand il était nourri par une veuve, ou même par les corbeaux ! Maintenant, grâce divine, c’est un ange qui lui est envoyé !

Non, ne dormons pas. Dans le chemin le plus aride, Celui qui nous aime voudra toujours nous faire du bien ! Il sait que le chemin est long et que nous sommes sans force.

Et que dirons-nous de Jonas, dormant dans la cale du navire en péril ? Nous devrions dire : dormant dans le chemin de la désobéissance, où sans doute il avait trouvé bien des facilités (1, 3) mais où (1, 10) sa conscience endormie ne pouvait cependant que lui reprocher sa culpabilité !

Que dirons-nous des trois disciples choisis parmi les autres, qui, à Gethsémané, dormaient, alors que leur Maître était dans la douleur du combat ? Un ange vint les remplacer ! Pour nous, n’est-ce pas « déjà l’heure de nous réveiller du sommeil » (Rom. 13, 11) ? Le Maître ne nous a-t-Il pas dit de veiller avec Lui, car dans Sa grâce Il travaille encore…

Enfin l’exhortation d’Ésaïe 60 vient à nous dans l’épître aux Éphésiens avec toute la splendeur de la pleine révélation : « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Éph. 5, 14). C’est ce que les disciples ont éprouvé sur la sainte montagne : « Et quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire » (Luc 9, 32).

Quelle perte pour ceux qui dorment ! Quel enrichissement pour ceux qui sont réveillés ! Et « nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3, 18).