Mais je suis toujours avec toi

P. Jeannin

[Feuille aux jeunes n° 191]

« Je me suis réjoui quand ils m’ont dit : Allons à la maison de l’Éternel… c’est là que montent les tribus… pour célébrer le nom de l’Éternel »

Ps. 122, 1-4

« Mais je suis toujours avec toi : tu m’as tenu par la main droite »

Ps. 73, 23

Ces versets de la Parole nous présentent deux aspects de la vie chrétienne ; dans le premier passage, une âme s’élève jusqu’à Dieu ; dans le second, Dieu s’abaisse jusque vers le fidèle aux prises avec les difficultés. Nous en trouvons l’illustration dans bien des portions des Écritures.

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Quelques montagnes

— À Morija, montagne de la foi (Gen. 22), deux hommes montent vers le lieu où Dieu les a appelés. Et depuis le moment où le père, à la question inquiète de son enfant, a répondu : « Mon fils, Dieu se pourvoira de l’agneau pour l’holocauste », on sent que quelque chose de nouveau les cimente l’un à l’autre : « ils allaient les deux ensemble » ; le secret de la foi d’Abraham et le secret de la confiance d’Isaac est que là-haut Dieu sera avec eux — et Dieu s’y révèle merveilleusement.

Le patriarche, animé d’une foi sans défaillance, vient d’entrevoir le jour futur où, n’épargnant pas Son propre Fils, Dieu Le livrera pour nous tous (Rom. 8, 32).

— De Rephidim, trois hommes ont gravi la montagne de l’intercession (Ex. 17, 8). Mais à eux trois, ils font plus pour l’issue du combat que l’armée entière de Josué ; leur force n’est pas en Moïse ou dans l’un de ses compagnons, elle est dans l’union totale de ces bras, de ces regards, de ces pensées tendus vers le ciel. Et Dieu, de Sa demeure, ou Josué, de la plaine, ne voient que deux colonnes formées par ces bras réunis dans une même intercession. « De faibles qu’ils étaient, ils furent rendus vigoureux » (Héb. 11, 34). À la demande de l’Éternel, « le livre » gardera consigné pour les générations futures le magnifique exaucement donné à ces intercesseurs.

— Un homme monte, tout seul, vers le sommet du Pisga, d’où l’on contemple le pays promis (Deut. 34). C’est Moïse. Mais Dieu Lui-même, se joignant à Son serviteur, veut l’accompagner dans ce dernier pèlerinage. En bas, c’est encore Moab, le désert, l’aridité, mais sur la montagne un jour nouveau déjà se lève : Regarde, dit Dieu, ici Éphraïm, là Dan, plus loin Nephthali…

Depuis le jour où l’Éternel avait dit à Abraham : « je le donnerai à ta semence », Il n’avait pas trouvé un tel confident, quelqu’un qu’Il « ait connu face à face » pour lui révéler toute la beauté de l’héritage de demain.

— Sur la montagne qui est en face d’Hébron, la montagne de l’homme fort (Jug. 16, 3), Samson, après avoir dépouillé l’ennemi, a déposé son butin. Samson l’homme de la plaine est souvent bien misérable, mais ici nous avons l’homme fort d’Hébreux 11. D’Hébron, ce haut lieu où dorment encore Abraham et les héros de la patience de la foi, on peut contempler, sur la montagne de la victoire, les restes démantelés de la forteresse de Gaza. Mais un jour, en Hébron, les patriarches se lèveront et contempleront sur une autre montagne les vestiges de la forteresse de notre plus grand ennemi, Satan lui-même : car en Golgotha aussi, on a fait sceller la pierre et on a mis la garde ; mais, au petit matin, l’ange roule la pierre et s’assied sur elle : le tombeau est vide, les linges sont à terre et le suaire plié en un lieu à part. « Christ a dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix » (Col. 2, 15).

Des retraites secrètes

— « Viens, mon peuple, entre dans tes chambres et ferme les portes sur toi ; cache-toi pour un petit moment, jusqu’à ce que l’indignation soit passée » (És. 26, 20). Les fidèles avaient, enfin, entrevu la délivrance, ils avaient chanté un cantique… et puis, éprouvant que l’ennemi est toujours présent, ils sont saisis de peur. Mais Dieu leur a préparé des « chambres secrètes », un lieu de sécurité ; là, Il s’informe : Quel est l’objet de votre tourment ?

— « Mais toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret, et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera » (Matt. 6, 6). Jésus révèle aux siens le Père. Quel réconfort pour l’âme : Il écoute, Il répond, plus encore, Il récompense. Telle est l’expérience faite dans la chambre secrète de la prière.

« Ils montèrent dans la chambre haute… Tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière » (Act. 1, 13, 14). Lieu béni d’où l’on éprouve la communion fraternelle !

— « Au mauvais jour, il me mettra à couvert dans sa loge, il me tiendra caché dans le secret de sa tente » (Ps. 27, 5). Plus qu’un « lieu fort » ou « de repos » (Ps. 71, 3 ; Ps. 84), un lieu de communion avec Dieu où l’âme se réfugie au mauvais jour et apprend à connaître les désirs, les joies, les pensées intimes du Père.

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Chers jeunes amis, Dieu dans Sa grâce nous accorde quelquefois de « marcher sur des lieux élevés » (Hab. 3, 19) : rencontre entre amis chrétiens, réunion d’assemblée… mais il faut redescendre et retrouver, avec le chemin quotidien, tant de problèmes et d’occupations qui mobilisent notre temps, notre esprit, notre cœur aussi parfois. Alors que faire ? Compartimenter notre vie ? Un temps pour Dieu, et un temps pour nous-mêmes ?

Il est trois manières de donner à Dieu :

— donner tout : certains l’ont fait ;

— donner les restes : restes de son temps, de ses forces, de ses affections ; bien triste offrande !

— donner les prémices : celles de ses journées et de son amour déjà.

Mais Il veut plus encore. Dans toutes nos activités, dans tous nos choix, dans tous nos soucis, Il veut être là vivant, agissant, apportant, moment après moment, la lumière de Sa présence, l’efficacité d’un secours qui ne trompe pas et la chaleur d’un cœur qui ne repousse jamais. C’est là le secret d’une vie de communion constante avec Lui.

Apprenons à connaître chaque jour davantage les retraites secrètes où l’on trouve Dieu ; le chemin de nos journées n’est pas très long, les joies y sont courtes, les épreuves quelquefois foudroyantes ; qu’il fait bon aller, un pas après l’autre, la main dans celle d’un tel Père, et toujours avec Lui, gravir ensuite le sentier des cimes pour voir, croire, aimer au-delà de nos horizons.