Prends garde !

H. Abel

[Feuille aux jeunes n° 146]

« Une plus grande attention »

Héb. 2, 1

« Écarté » : c’est le mot des Canadiens français exprimant la perte de celui qui, dans la forêt enneigée, a perdu son chemin, et s’est perdu lui-même. « Écarté » : c’est cette perte morale que l’apôtre envisage pour ceux « qui ne portent pas une plus grande attention aux choses qu’ils ont entendues » (Héb. 2, 1).

Petit à petit, du bon chemin, on « glisse loin ». Spirituellement, il n’y a pas de mort subite. Le défaut qui, au début, n’est qu’un petit travers, une chose bien pardonnable en apparence, deviendra, s’il n’est pas jugé, une fâcheuse habitude, un mauvais penchant, une vraie passion, et conduira à la chute fatale.

Qui peut douter de la bonne volonté de Simon Pierre ? « Nous avons tout quitté et nous t’avons suivi » (Marc 10, 28). Lui-même n’en doutait pas puisqu’il peut dire au Seigneur Jésus — et cela bien qu’ayant été averti de sa faiblesse : « Je laisserai ma vie pour toi » (Jean 13, 37). Il avait pourtant rendu un beau témoignage : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt. 16, 16). Mais il avait dû aussi s’entendre dire : « Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale » (Matt. 16, 23). Il a suivi « de loin » son Maître enchaîné (Marc 14, 54) ; mais peu après, par trois fois, renie le « Saint et le Juste ». Propre volonté plus ou moins cultivée, mais non jugée, qui conduira à la chute, d’où seule la grâce infinie saura le faire remonter.

Valons-nous beaucoup mieux que Simon Pierre, et l’ennemi n’aura-t-il aucune prise sur nous ? Inutile d’énumérer les travers qui sont en nous, chez l’un ceci, chez l’autre cela. Chacun, à la lumière de la présence de Dieu et dans la contemplation de l’homme parfait, guidé par la Parole, peut juger son cœur : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur, éprouve-moi et connais mes pensées, et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139, 23-24).

Arrêtons-nous avant de contraindre le Maître à nous faire passer par des épreuves disciplinaires et purificatrices. Le « prends garde » est toujours de saison : « Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe » (1 Cor. 10, 12). Il n’est pas debout : il croit l’être. Veiller, prendre garde, écouter dans l’humilité,… voilà le moyen d’avancer avec assurance.

Démas avait aimé le présent siècle (2 Tim. 4, 10). Il avait abandonné l’apôtre et aussi le bon chemin. Qu’avait-il pu trouver alors dans le monde ? Nous le comprendrions dans notre vingtième siècle, avec tout ce que les progrès ont pu nous apporter. Mais le cœur de Démas, son « présent siècle mauvais » (Gal. 1, 4), c’est notre cœur, c’est notre siècle. « Tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde » (1 Jean 2, 16). Rien n’est changé. La Parole de Dieu est comme son auteur : toute-puissante et toute-vraie comme au premier siècle. Le « ne soyez pas sages à vos propres yeux » (Rom. 12, 16) amène l’humilité et le jugement du moi, ce moi qui jusqu’à la fin revendique ses droits et a besoin d’être continuellement mis de côté.

En moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite aucun bien (Rom. 7, 18) ; et c’est ce moi laissé à lui-même qui est la source de bien des péchés, de bien des malheurs. Ainsi l’amour de l’argent (la cupidité) est de l’idolâtrie (Col. 3, 5) ; le goût de l’alcool, le vin et le moût, ôtent le sens (Os. 4, 11) ; tout comme les choses les plus nobles pratiquées sans mesure ou avec passion peuvent être des motifs d’égarement ou de chute. Veillons ! Le sommeil spirituel (Prov. 6, 10), le relâchement moral, ouvriront la porte à la langue sans bride, à l’esprit de querelle, à la calomnie (Jacq. 3), au mensonge.

C’est pourquoi, bien-aimés, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui en paix » (2 Pier. 3, 14).