Toutes les dîmes

G. André

[Feuille aux jeunes n° 144]

« Apportez toutes les dîmes à la maison du trésor, afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison »

Mal. 3, 10

Les Israélites devaient apporter régulièrement à la maison de l’Éternel les dîmes prévues par la loi, afin d’assurer l’entretien des serviteurs de Dieu, sacrificateurs et Lévites. Nous voyons en Néhémie que les Lévites et les chantres « avaient fui chacun à son champ », parce qu’il n’était plus pourvu à leurs portions. Dans Malachie, l’Éternel accuse Son peuple de Le frustrer dans les dîmes et les offrandes, parce qu’ils gardaient pour eux ce qui aurait dû revenir à la maison de Dieu.

Dans la période de la grâce, il n’est plus question de dîmes ; mais la responsabilité subsiste pour celui qui « est enseigné dans la parole » de faire « participer à tous les biens temporels celui qui enseigne » (Gal. 6, 6). L’ouvrier est digne de son salaire et « le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile de vivre de l’évangile » (1 Cor. 9, 14).

Si l’on n’a pas à cœur, dès sa première jeunesse, de penser aux serviteurs du Seigneur et aux besoins divers de Son œuvre, on manquera certainement dans ce domaine important plus avant dans la vie. Aussi est-ce dès que l’on dispose de quelques ressources, argent de poche ou premier salaire, qu’il importe d’être sérieusement exercé devant le Seigneur pour savoir quelle part on va en consacrer à Son service et aux nombreux besoins rencontrés sur le chemin, pourvu que l’on sache ouvrir les yeux.


Mais ce n’est pas, à proprement parler, cela que nous avions en vue en citant le passage au début de ces lignes. En effet, la « nourriture » dans la maison de Dieu ne se borne pas aux besoins matériels des serviteurs du Seigneur, mais nous parle avant tout de ce qu’il faut aux âmes pour prospérer.

Dans le Nouveau Testament, le peuple de Dieu, le corps de Christ, ne croît pas seulement par l’effet du ministère de quelques personnes appelées à cela, mais « selon l’opération de chaque partie dans sa mesure » (Éph. 4, 16). Autrement dit, chacun de nous, frère ou sœur, jeune homme ou jeune fille qui aime le Seigneur, est appelé à apporter pour le bien du peuple de Dieu les dîmes de ce que nous avons recueilli dans le champ de la Parole.

Dans ce domaine, on peut « frustrer Dieu » de deux manières : ou bien l’on ne cultive pas son champ et il ne produit rien, par conséquent pas de dîmes disponibles ; ou bien l’on garde égoïstement pour soi ce qui a réjoui notre âme et on n’en fait pas bénéficier d’autres.

« J’ai passé près du champ de l’homme paresseux…, et voici tout y était monté en chardons ; les orties en avaient couvert la surface… Et je regardai, j’y appliquai mon cœur ; je vis, et je reçus instruction. Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, un peu croiser les mains pour dormir… ; et ta pauvreté viendra comme un voyageur, et ton dénuement comme un homme armé » (Prov. 24, 30-34). N’est-ce pas, sans exagération, le tableau du « champ » de plus d’un jeune parmi nous ? Au lieu de profiter des années où, si on le veut bien, il y a encore quelque temps libre pour étudier la Parole et l’approfondir, on la néglige, on lit tout juste quelques versets, on se contente du calendrier… et la pauvreté spirituelle vient comme un voyageur. Oh ! l’on ne voulait pas s’endormir, ni croiser les mains, seulement un peu se détendre, se délasser. Et l’on ne se rend pas compte que l’ennemi se sert de tout cela pour que le champ ne rapporte que bien peu, ou parfois rien du tout.

Exagérons-nous ? Alors pourquoi, dans diverses assemblées, ne trouve-t-on pas de moniteurs capables pour l’école du dimanche, ou ne s’occupe-t-on pas, ou beaucoup trop peu, des nombreux enfants « du dehors » que l’on pourrait si facilement réunir pour leur parler une fois par semaine du Seigneur Jésus ? Et plus tard, pourquoi, dans les assemblées, tant de bouches fermées à la réunion de prière ou au culte, ou lors de l’étude de la Parole ? — le champ n’a pas été cultivé.

D’autres cas se présentent, car, par la grâce de Dieu, il y a certainement encore parmi nous des jeunes qui ont à cœur de nourrir leurs âmes de la Parole. Mais n’ont-ils pas trop tendance à garder ce trésor pour eux-mêmes ? Et là aussi, ils « frustrent Dieu », et n’apportent pas à la maison du trésor « toutes les dîmes ». Timidité, manque d’énergie, manque d’exercice pour « commencer »… ; l’ennemi sait bien quel obstacle mettre devant l’un ou l’autre selon son tempérament. Pourtant, que de malades seraient heureux de recevoir le résumé d’une réunion, verbalement ou par écrit ; quel encouragement pourrait être apporté dans la famille, dans la parenté, parmi les amis, lorsqu’un jeune homme ou une jeune fille a à cœur de faire part, selon que l’occasion en est donnée, de ce qui a pu être trouvé dans la Parole. Et certainement, quel rafraîchissement dans le rassemblement lorsque les jeunes frères ont à cœur de prier ou de poser des questions sur la Parole, ou de participer activement au culte.

Plusieurs parmi nos lecteurs ne veulent-ils pas réagir ? « Éprouvez-moi par ce moyen, dit l’Éternel, si je ne vous ouvre pas les écluses des cieux, et ne verse pas sur vous la bénédiction, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de place » (Mal. 3, 10).

« L’eau stagnante devient saumâtre », lieu commun qui, dans le domaine spirituel, a de quoi nous arrêter. Que le canal d’arrivée soit libre pour que l’eau vive de la Parole remplisse le cœur ; et que le canal de sortie soit ouvert aussi, afin de répandre autour de lui la bénédiction d’en haut.

Dîme dans le domaine matériel, dîme dans les choses spirituelles, dîme dans l’emploi de son temps — « apportez toutes les dîmes ». Non que la dixième partie soit nécessairement celle que le Seigneur nous demande, mais une proportion, variable peut-être selon les situations, les possibilités, mais fixée non pas égoïstement, mais sous le regard du Seigneur, avec le désir profond de Lui plaire.