Abraham en Genèse 18 et 19

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 10]

L’élévation d’Abraham en Genèse 18 et 19 est quelque chose de très particulier.

Il semble saisir immédiatement qui est l’étranger divin et Ses compagnons angéliques, n’ayant besoin ni d’introduction, ni d’avertissement, ni de révélation — comme Josué, Gédéon et d’autres, en des circonstances semblables, en eurent besoin. « Il était habitué à la présence divine », comme l’a dit quelqu’un. C’est ce qui ouvre ces merveilleux chapitres.

Le Seigneur ne vient pas pour le régenter en quoi que ce soit, ni pour le reprendre ou l’instruire moralement. Abraham est devant Lui dans la position, le caractère et l’attitude de quelqu’un qui était tout à fait prêt pour Sa présence.

Par conséquent, l’Éternel fait connaître à Abraham Ses voies et Ses pensées, comme un homme le ferait à son ami. Il lui révèle des secrets qui ne le concernent pas lui-même — si ç’avait été le cas, dans un certain sens, Abraham aurait eu un titre à les entendre ; l’Éternel les lui aurait certainement dits. Mais il n’avait personnellement rien affaire avec les sujets communiqués. Ce sont les pensées et les propos de l’Éternel touchant une ville et un peuple avec lesquels Abraham n’avait aucune relation quelconque. Ils lui étaient étrangers, et lui à eux — et cela tout à fait délibérément. De sorte que l’Éternel a maintenant affaire à Abraham comme un ami — pas seulement comme un disciple, encore moins comme un pécheur, mais comme un ami.

Abraham saisit cela. Il avait le droit de le faire. La grâce s’attend à être comprise, et se plaît assurément à être comprise. Et ainsi, si le Seigneur nous invite, nous devons aller ; s’Il s’approche de nous, nous devons nous approcher de Lui.

Et il en est ainsi ici. Les anges, saisissant la pensée de leur Seigneur, se retirent ; et Abraham, faisant de même, s’approche, et parle alors en faveur de cette ville et de ce peuple. Il n’a rien à demander pour lui-même. Non, assurément. Il n’avait aucune confession à faire ni requête à présenter pour lui-même ; mais comme l’Éternel lui a parlé de Sodome, il parle maintenant d’elle au Seigneur. Il intercède, comme quelqu’un qui est près de Dieu, comme quelqu’un qui est à l’aise pour ce qui le concerne, et a ainsi le loisir de s’occuper des autres.

Chaque trait de ce tableau est plein de grâce et de dignité. Il n’y a rien de la faiblesse ou de la pénombre, ici — tout est force et élévation.

Mais il faut poursuivre.

Le matin suivant, comme nous le lisons en Genèse 19, Abraham se rend au lieu où il avait parlé au Seigneur au sujet de Sodome, quelque part dans les montagnes de Juda qui surplombent la plaine du Jourdain, ou vallée de Siddim, où se trouve Sodome ; et là, il contemple l’embrasement de cette ville sous le feu du jugement du ciel. Il voit le jugement de l’Éternel. Il le voit d’en haut, là où lui et l’Éternel avaient parlé ensemble le jour précédent.

Or c’est tout à fait dans le même sens que le reste. C’est encore une élévation de l’ordre le plus élevé. C’est la relation du ciel avec le jugement, la propre relation de Dieu avec celui-ci. Abraham ne fut pas sauvé hors de celui-ci, comme Lot ; ni amené calmement à travers lui comme Noé ; ni simplement emporté avant qu’il ne vienne, comme Énoch — mais au-delà d’eux tous, il lui est donné la propre place du ciel en relation avec ce jugement. Il regarde en bas sur ce qui est exécuté sur d’autres, n’ayant rien du tout à dire à ce sujet, n’ayant ni à être ôté de la scène avant que le jugement arrive, ni à être porté en sûreté à travers lui une fois qu’il est venu. Il n’avait de relation avec lui rien de moins que celle du ciel même.

C’est en vérité une très grande chose. Et c’est ce qu’est l’Assemblée dans l’Apocalypse ; non pas simplement comme en 1 Thessaloniciens 4, mais au-delà de cela ; comme dans l’Apocalypse. Les anciens couronnés là sont vus en haut, tandis que les jugements ont leur cours sur la plaine, ou sur la terre ici-bas. Comme Abraham, ils contemplent les jugements comme depuis la position de Dieu. Ce n’est pas une simple translation au ciel avant qu’ils ne viennent, comme Énoch (car cela a eu lieu avant), et ce n’est pas non plus un simple transport à travers eux une fois qu’ils sont venus, comme Noé ; mais ils les contemplent exécutés, comme Abraham, d’en haut.

Comme la position d’Abraham en Genèse 18 a été la position actuelle de l’Assemblée, apprenant les secrets de Dieu (voir Jean 15, 15), ainsi sa position en Genèse 19 est la position apocalyptique de l’Assemblée, considérant les jugements du Seigneur sur la terre. Abraham eut le fait qui lui fut communiqué tout d’abord ; et puis, il vit l’accomplissement de ce fait ici-bas, et tout à fait à part de lui. Dans ces choses, il est comme l’Assemblée de Dieu.

Mais ces merveilleux chapitres suggèrent une pensée générale sur les jugements divins. Nous en suivons une série dans l’Écriture : comme dans les jours de Noé ; Lot ; Israël en Égypte ; Israël sur les rives de la mer Rouge ; Debora dans le livre des Juges ; l’Assemblée sur la terre, comme en 1 Corinthiens 11 ; l’Assemblée dans la gloire, comme en Apocalypse 5 ; le résidu élu en Apocalypse 15 ; les cieux en Apocalypse 19. Et dans chacune de ces occasions, nous voyons le peuple de Dieu occupé différemment, ou plutôt de façon variée. Et il y a de la beauté, de la force et de la signification en tout cela ; car la manière selon laquelle la foi s’occupe sera trouvée correspondre au caractère du jugement.

Noé fut témoin du jugement divin sur le péché, et de sa propre délivrance de ce jugement, par grâce. Il adora, présentant un holocauste au Seigneur (Gen. 8).

Lot fut sauvé — sauvé comme à travers le feu — et en accord avec un tel fait, nous ne trouvons ni autel, ni sacrifice, de sa part. Il fut tiré hors du feu, et ce fut tout (Gen. 19).

Israël en Égypte, comme Noé, fut témoin du jugement divin sur le péché, étant de la même manière eux-mêmes délivrés par la grâce. Et comme Noé, ils adorèrent, célébrant leur rédemption par une fête sur un sacrifice, mangeant de l’agneau dont le sang les avait abrités (Ex. 12).

Israël sur les rives de la mer Rouge, à la différence de cela, était délivré de la main des ennemis, ayant été témoins du jugement tombé sur eux. Eux donc, avaient un cantique — ce qui leur convenait bien en une telle occasion (Ex. 15).

Debora était dans les mêmes conditions, la même relation avec le jugement divin. Elle fut témoin du jugement de Dieu sur les ennemis de son peuple ; et en conséquence, comme Israël à la mer Rouge, elle et Barak eurent un cantique (Jug. 5).

L’Assemblée sur la terre est témoin du jugement de Dieu sur le péché — et par leur fête, comme Israël en Exode 12, ils célèbrent leur propre rédemption. Ils répètent, avec des actions de grâces, le salut de Dieu, à la cène du Seigneur (1 Cor. 11).

L’Assemblée dans la gloire est témoin des jugements de Dieu sur le monde, anticipant leur propre royaume — et par conséquent, comme Israël à la mer Rouge, ou Debora dans le livre des Juges, ils ont un cantique préparé pour leurs harpes célestes (Apoc. 5).

Le résidu martyr, en son jour, aura un cantique — car le jugement qu’ils célèbrent est sur les ennemis qui leur ont résisté, à la manière d’Israël sur les rives de la mer Rouge (Apoc. 15).

Les cieux triomphent avec un grand cri, quand celle qui avait corrompu la terre par sa fornication tombe sous la main du Seigneur (Apoc. 19).

Nous avons ici une variété dans les voies d’après lesquelles la foi s’occupe en un jour de jugement divin. Il y a des jugements sur le péché, et des jugements sur les ennemis ; et y correspondant, des délivrances par grâce et par puissance. Il est de saison de chanter, quand un jugement sur les ennemis a été accompli, et une délivrance par puissance ; mais un jugement sur le péché, et notre délivrance par grâce (nous-mêmes ayant été coupables et exposés au jugement) doit plutôt être célébré dans un esprit humilié d’adoration. Il n’y eut donc pas de cantique en Exode 12 ; il y en a un en Exode 15.

Mais au milieu de tout ceci, l’acte et l’attitude d’Abraham sont plein de beauté, de convenance et de signification, comme tout ce que nous voyons dans ces exemples. Il considérait une scène de jugement sur le péché — mais lui n’avait pas été en danger du jugement, il n’avait aucune part au péché qui était jugé. Il n’y avait pas été exposé. Il n’avait rien à dire aux villes de la plaine. En cela, son histoire diffère de celle de Noé — car Noé était dans la scène du jugement — et de celle d’Israël en Égypte, ou de l’Assemblée de Dieu sur la terre. Eux, comme lui, sont témoins du jugement sur le péché — mais ils y ont été exposés eux-mêmes, et ont été délivrés par la grâce et par le sang de Jésus. Il n’en est pas ainsi d’Abraham en Genèse 19. Il n’avait pas besoin de délivrance personnelle du jugement qui avait visité les villes de la plaine du Jourdain ; mais il le considérait. Il avait la position céleste vis-à-vis de lui. Il se tenait dans sa contemplation depuis cette hauteur où il avait été, la veille, avec l’Éternel.