Béthesda

Jean 5
(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 40]

En Jean, le Seigneur est vu de temps en temps à Jérusalem ; mais il n’en est pas ainsi dans les autres évangiles. Mais à l’encontre de ce qu’Il est en Galilée, où des milliers Le suivaient, dans Jérusalem, Il est un homme solitaire — comme nous pouvons l’observer en Jean 2 ; 3 ; 5 ; 7 ; 8 ; 9 ; 10.

Lors de Sa dernière entrée dans la ville, je veux parler de celle par la route de Jéricho, via Béthanie et la montagne des Oliviers, qui est rapportée par tous les évangélistes, je sais qu’Il est suivi par une foule — mais ce n’est pas une exception à ce que nous avons fait remarquer, qu’Il était un homme solitaire dans Jérusalem ; quoiqu’au milieu de milliers, quand Il était dans les contrées de la Galilée et partout aux alentours des rives du lac de Tibériade.

En Jean également, les fêtes sont traitées comme si elles étaient des éléments révolus. Il en est parlé surtout de la manière dont saint Paul dans ses épîtres parlerait du mont Sinaï ou des ordonnances légales. Elles sont appelées, dans cet évangile, « les fêtes des Juifs » — chap. 2 ; 5 ; 6 ; 7 — sauf en effet en Jean 13, 1, où la Pâque de ce jour-là est honorée par notre évangéliste, comme une fête divinement instituée, parce que le Seigneur allait alors l’accomplir, comme le véritable Agneau pascal.

Ce sont des particularités dans Jean, et qui en sont très caractéristiques — qu’en Jean, le Seigneur est arrivé au terme de la question avec les Juifs, et se tient au milieu des pécheurs, renié par le monde qu’Il avait fait, et rejeté par Son peuple à qui Il s’était offert. Voyez Jean 1, 10 et 11.

C’est dans une sagesse parfaite et cohérente que l’Esprit de Dieu ne nous a pas dit de quelle fête il s’agissait, qui avait attiré le Seigneur à Jérusalem. Peu importait de laquelle d’entre elles il s’agissait ; car Il allait se montrer dans la ville des Juifs, la cité des fêtes et des solennités de ce peuple, comme Celui qui les remplacerait toutes, et tout ce qui leur appartenait. De sorte que nous n’avons pas seulement une fête ici, à cette occasion, mais nous avons le jour du sabbat, et les chefs religieux du peuple, le temple, et cette ordonnance singulière et merveilleuse de Béthesda, tout cela devant nous dans cette scène.

Ce réservoir près du marché des brebis de Jérusalem, ou Béthesda, était une certaine provision faite dans la grâce de Dieu en faveur de Son peuple à Jérusalem. Le système établi en Israël ne la fournissait pas. Elle était extraordinaire et occasionnelle — comme l’apparition d’un juge ou d’un prophète l’avait été dans les premiers jours, ou la mission d’un ange, de temps à autre, comme à Gédéon ou à Manoah. Ainsi en est-il de l’agitation de l’eau de ce réservoir. Mais en outre, c’était un témoignage au fait qu’il y avait des ressources de miséricorde et de puissance dans le Dieu d’Israël pour Son peuple, au-delà de tout ce qui leur était alors dispensé de façon ordinaire. Son nom même indiquait cela ; Béthesda, « maison de miséricorde ». Et étant telle, c’était un gage du Messie à Israël. Elle parlait de Lui par avance, comme l’avaient fait les ordonnances et les prophètes.

Mais Jésus près du réservoir de Béthesda, comme nous le voyons dans ce chapitre, est une vision que, dans le même esprit que Moïse vis-à-vis du buisson, nous pouvons bien nous détourner pour considérer. S’Il avait, autrefois, été reflété dans cette eau, Il se tient maintenant là pour l’assécher. Et même plus ; Il se tient en contraste avec elle.

Cette vue me rappelle l’épître aux Hébreux. Là, l’apôtre place le Seigneur Jésus à côté des ordonnances de la loi, comme ici le Seigneur se place à côté du réservoir, près du marché des brebis, étant comme l’une d’elles. Et la même chose a lieu ici en Jean 5 que dans cette épître.

Il y avait un témoignage à Christ dans chacun de ces passages. Béthesda Lui rendait témoignage ; les ordonnances de la loi faisaient de même. Mais, que Jésus se tienne près du réservoir, ou qu’il soit placé à côté des ordonnances de la loi, nous trouverons que le contraste est aussi grand que la similitude. Nous n’avons qu’à écouter le Seigneur ici, et l’Esprit dans l’apôtre là, afin d’apprendre cela de façon claire et complète.

« Veux-tu être guéri ? », était la seule parole que le Seigneur prit avec Lui quand Il s’adressa au pauvre infirme dans ce lieu. Était-il prêt à se placer, tel qu’il était, dans Sa main ? Voulait-il être Son débiteur ? Pouvait-il se confier, avec son besoin et son infirmité, seul avec Jésus ? C’était là tout. Et assurément, cela, dans sa simplicité, est en contraste si complet et si entier avec la machinerie encombrante et pesante de Béthesda. Aucune rivalité, aucun délai, aucune incertitude, aucune aide à rechercher et à rendre, ne se trouvent ici, comme elles l’étaient là. Ici, avec Christ, c’est : « Que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie ». C’est : « Que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés ». Mais aucune de ces voix, ni aucune chose semblable, n’est entendue du sein troublé de cette eau étrange et mystérieuse. L’ange qui l’agitait à certaines saisons n’avait jamais éveillé là de tels sons.

« Veux-tu être guéri ? ». Parole simple, importante, et pleine de consolation !

Le Seigneur était alors à Jérusalem. Il était dans le grand centre et la représentation de la religion humaine, entouré à ce moment même de ses ressources riches et variées. C’était le sabbat. C’était un temps de fête. La ville des solennités était dans une de ses heures glorieuses. Le temple était à proximité, les pharisiens étaient aux alentours, et une grande foule d’aspirants et de fidèles était rassemblée autour du réservoir près du marché des brebis, lieu de l’ordonnance ou du ministère angélique de Béthesda. Il se tient au milieu de tout cela. Mais c’est comme une chose nouvelle, une chose différente. Il ne tient aucun compte du jour de fête, ni du sabbat, ni du temple. Ses paroles résonnent comme si elles prononçaient la ruine de tout cela. « Veux-tu être guéri ? » était leur glas funéraire. Le pauvre estropié à qui elles s’adressaient pouvait être libéré immédiatement, que ce soit de ses rivaux ou de ses amis. Ceux qui pouvaient avoir lutté avec lui, ou ceux qui pouvaient l’avoir aidé, il peut désormais les ignorer pareillement. Et il n’a pas besoin d’attendre. L’attente et l’espérance pouvaient être échangés pour une jouissance actuelle. Il n’avait besoin ni de douter, ni de patienter. Le retard et l’incertitude des ordonnances, des anges, des aides et des rivaux, Jésus disposait ainsi de tout de façon bénie et glorieuse, en sa faveur. Quand Jésus apparut, quand le Fils de Dieu se tint à côté du réservoir, la seule question fut : le pauvre infirme voulait-il tout quitter pour Lui, et se tenir dans ce chemin et voir le salut de Dieu.

Quelle parole que celle-ci, au milieu d’une telle scène, et en un tel moment ! « Veux-tu être guéri ? ».

La pauvreté du réservoir est exposée. Il n’est vu que comme un « misérable élément ». Il n’a aucune gloire, en raison de la gloire qui l’emporte de beaucoup. Et ensuite, de la même manière, l’Esprit expose « le sanctuaire terrestre », et toutes ses ressources et ses offices, dans l’épître aux Hébreux. Là, l’apôtre, sous la direction du Saint Esprit, place de nouveau Jésus à côté de Béthesda, à côté du système des ordonnances qui était venu avant, et les expose tous, dans leur pauvreté et leur impuissance. Il y avait eu un reflet de Christ dans ces cérémonies du temple, comme il y en avait eu dans cette eau près de la porte des brebis ; mais un reflet n’avait aucune substance — c’était une ombre — et il avait disparu quand la vraie lumière remplit le lieu. Jésus seul est glorifié. Quand l’Esprit L’introduit, dans cette épître, Il Le garde dedans, disant de Lui : « Jésus Christ, le même hier, et aujourd’hui, et éternellement ». Et ici, le Seigneur Lui-même ne parle au pauvre infirme de rien sinon de Sa propre puissance de guérison — « Lève-toi, prends ton petit lit, et marche ». Il devait porter ce qui auparavant, alors qu’il attendait auprès du réservoir, le soutenait. Il n’avait besoin de rien d’autre. Il connaissait la guérison du Fils de Dieu, et il était libre.

Ainsi a-t-il pu en être pour lui. Il nous représente cela. Mais peut-être n’était-il qu’un type inconscient de la manière de faire du Fils de Dieu avec les pécheurs. Car, personnellement, il ne semble pas entrer dans la scène. Au lieu d’être attiré et fixé par le Seigneur, au lieu de regarder à la face de l’étranger avec émerveillement et délices aux paroles qui lui sont adressées, et au lieu de se transporter immédiatement, tel qu’il était, dans toute sa peine et son besoin, dans Sa main, il parle de sa condition présente. C’est une chose naturelle, je le sais ; qui se fait chaque jour ; c’est la manière de faire habituelle de l’homme. Nous n’avons pas à nous en étonner, ni de ce que cet homme fut ensuite trouvé dans le temple, au lieu d’être, comme le Samaritain lépreux de Luc 17, aux pieds de son libérateur. Ce ne sont que les voies et les œuvres de l’esprit légal et religieux, que ce soit dans le judaïsme ou dans la chrétienté ; car il n’a pas d’oreille pour les propositions de la grâce. Et, je le redis, nous ne devons pas nous étonner au sujet de cet homme, cet infirme qui avait été guéri, quand nous voyons au même moment « une grande multitude de personnes impotentes » demeurant autour de ce réservoir incertain et décevant, alors que le Fils de Dieu était sorti dans le pays, apportant avec Lui et en Lui le salut sans argent et sans prix, sans doute et sans délai, pour tous ceux qui voulaient venir à Lui ; et cela aussi, au mépris de toute entrave et de toute rivalité, et indépendamment de toute aide ou soutien.

Tout cela nous apprend une leçon ; très certainement. Le réservoir fortement fréquenté, Jésus passant comme ignoré ! Le réservoir recherché, alors que Jésus avait à chercher et à se proposer Lui-même ! Quel tableau de la religion du cœur de l’homme ! Les ordonnances, avec toute leur machinerie encombrante, attendues ; la grâce de Dieu qui apporte le salut, méprisée ! ou du moins, cette grâce doit se proposer elle-même, être prêchée avec insistance, comme Jésus à Béthesda, alors que ces ordonnances, comme le réservoir, sont remplies de dévots volontaires chaque jour.

Mais plus que cela. Le voisinage de ce réservoir, aussi bien que lui-même, doit être considéré — la scène a ce qui l’accompagne, ou ses accidents, pour notre instruction supplémentaire.

Nous lisons ici : « Or c’était sabbat ce jour-là ».

Dans les autres évangiles, quand le Seigneur est critiqué pour avoir fait Son œuvre un tel jour, Il répond soit d’après le cas de David mangeant les pains de proposition ; soit d’après les sacrificateurs faisant leur travail dans le temple ; ou par une parole des prophètes : « Je veux miséricorde et non pas sacrifice » ; ou par le fait qu’eux-mêmes, Ses accusateurs, mèneraient dehors leur âne ou leur bœuf, pour s’abreuver, le jour du sabbat. Mais ici, en cette occasion, dans l’évangile de Jean, étant critiqué sur ce même terrain pour avoir guéri en un tel jour, Il dit : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ».

Expression merveilleuse ! Mais laissez-moi d’abord remarquer combien elle est caractéristique de Jean. Le Seigneur, ici, ne se place pas, comme dans les autres évangiles dans de telles occasions, comme nous venons de le voir, en compagnie de David, ou des sacrificateurs, ou des paroles des prophètes, ou des manières de faire courantes reconnues par les hommes, mais avec Dieu. Ce n’est pas ce que David avait fait autrefois, ni ce que les sacrificateurs feraient, ni ce que les hommes, Ses accusateurs même, faisaient chaque jour, mais ce que le Père a toujours fait dans ce monde nécessiteux et ruiné, que le Seigneur invoque comme la mesure de Ses agissements. Et en cette occasion particulière alors devant Lui, en guérissant l’infirme du réservoir de Béthesda, Il en a donné un exemple.

C’est plein de signification. Mais assurément, c’est aussi plein de merveille. « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ».

L’homme, au commencement, a abandonné le sabbat. En péchant, il a ruiné le reste de la création. Il a perdu le jardin, et est devenu un travailleur peinant sur la terre, pour gagner son pain à la sueur de son front, et vivre. Mais quand l’homme perdit ainsi son repos, l’Éternel Dieu laissa le sien, et se mit immédiatement de nouveau au travail.

Il avait sanctifié le septième jour, en souvenir de ce qu’Il avait achevé Son œuvre de création. Il se reposa alors. Et s’étant reposé, Il jouissait de Son repos, marchant avec la créature que Sa main avait faite à Sa propre image, selon Sa ressemblance, dans le jardin qu’Il avait formé et rempli pour lui. Mais quand le péché entra, et que le repos de la création eut disparu, l’Éternel Dieu, non seulement commença immédiatement à travailler, mais à travailler pour Sa créature ruinée par sa propre faute — comme nous le lisons : « L’Éternel Dieu fit des vêtements de peau, et les revêtit », revêtant l’homme et la femme, qui s’étaient maintenant réduits à la condition de pécheurs coupables et manifestés.

Merveilleuse manifestation de Dieu ! Le glorieux Créateur des cieux et de la terre, Celui dont les doigts venaient de garnir les cieux au-dessus de nous, et dont les créatures remplissaient et garnissaient le sol que nous foulons, tourne maintenant Sa main (à Sa louange, que l’on s’en souvienne éternellement) pour faire une couverture pour un pécheur. Dieu en grâce, le Père de notre Seigneur Jésus, commence ainsi à travailler. Et ainsi, tout le long des jours de l’Ancien Testament, Il fut actif en amour, montrant Sa miséricorde. Il ne jouissait pas de Son repos comme Créateur d’une œuvre achevée, mais Il travaillait, en grâce, au milieu des ruines, sur les principes d’une nouvelle création, comme en rendirent témoignage, en leurs jours et en leurs saisons, les patriarches, et les prophètes, et Israël, et les ordonnances de la loi, et même ce réservoir de Béthesda. Et maintenant, selon ce modèle, Christ est venu pour travailler — comme en témoigne l’infirme guéri de ce chapitre. De sorte que, se tenant sur le bord de cette eau mystique, et avec l’homme guéri devant Lui, Il pouvait dire : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ».

Quelle merveille ! Le repos était abandonné, et l’œuvre était recommencée. La colonne de nuée dans le désert était « une image semblable » de cela. Après avoir quitté l’Égypte, Israël perdit le repos de Canaan qui lui avait été promis, et vers lequel ils étaient sortis, et vers lequel ils avaient cheminé. Et ils durent errer en dehors de ce repos, pendant quarante ans. Mais la colonne de nuée, ou plutôt la gloire qui y demeurait, serait aussi errante. Si Israël, comme Adam, avait perdu son repos, l’Éternel Dieu d’Israël abandonnerait aussi volontiers le sien. Et ainsi, la nuée alla avec le camp, répétant la grâce divine de l’Éternel Dieu au commencement. Le Dieu d’Israël était comme le Dieu de la création auparavant — car Il « est le même hier, et aujourd’hui, et éternellement ».

L’évangile est un grand système de travail par le Père, le Fils et le Saint Esprit. Et sur l’autorité de ce qui a été fait, sur la base de ce que Dieu Lui-même a opéré dans la rédemption accomplie des pécheurs, Jésus, dans l’évangile, se tourne encore vers l’homme coupable et impuissant, et dit à chacun et à tous : « Veux-tu être guéri ? ».

Assurément, la suite est bien pesée. Béthesda reflète le Fils de Dieu, le Sauveur. La maison de miséricorde, et le Seigneur et le dispensateur de la miséricorde, vont ensemble.

Mais tandis que cela Le reflète dans une mesure, Il est mis en valeur dans une mesure encore plus grande. La gloire et les richesses de Sa grâce sont amenées à briller plus fortement, à cause de son propre affaiblissement et de son terrain sombre — et comme dans les ordonnances mosaïques, ainsi de même dans ce réservoir près du marché des brebis, nous Le voyons autant par contraste que par similitude.

Laissez-moi ajouter, comme une réflexion sur ce réservoir près du marché des brebis, que le soulagement que fournissait la grâce, dans la période de la loi, était seulement occasionnel, comme je l’ai déjà remarqué ; comme par un juge ou un prophète — et comme aussi en témoigne l’ange qui agitait l’eau de temps en temps. Mais maintenant, dans cette période de l’évangile, de la grâce ou du salut de Dieu, c’est une chose qui demeure, la chose dispensée. « C’est maintenant le jour du salut ». Et cependant, je n’en doute pas, il y a des saisons particulières ou occasionnelles d’une œuvre et d’une visitation spéciales de l’Esprit. Ce sont maintenant des « temps de visitation », comme il y en avait eu autrefois ; quoiqu’il soit pleinement vrai que le temps présent est une dispensation de grâce, comme le précédent ne l’avait pas été. Un tel temps fut accordé à la ville de Corinthe, comme à Jérusalem auparavant (Luc 19, 44 ; Act. 18, 10). Des individus, de même, connaissent de tels temps (1 Pier. 2, 12) — et en effet, si Béthesda témoignait de cela à Jérusalem, en d’autres jours, des jours de réveil, come nous les appelons, ont témoigné de la même chose dans le cours de la période de la chrétienté.