Celui qui est dedans

(Luc 11, 7)
(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 76]

La Parole de Dieu juge le cœur humain avec une parfaite exactitude et dévoile toutes ses sources de pensée et d’action les plus secrètes. De fait, c’est une manière particulière par laquelle nous pouvons savoir que c’est la Parole de Dieu. La pauvre femme samaritaine pouvait dire : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ? ». Elle jugeait qu’un homme qui pouvait mettre à nu devant elle les profonds secrets de son cœur et de sa vie, devait être le Messie depuis longtemps attendu, et elle jugeait justement. De la même manière, nous pouvons dire : « Venez, voyez un livre qui m’a dit tout ce que j’ai fait : n’est-ce pas la Parole de Dieu ? ». Nul autre que Dieu ne peut lire dans le cœur. Aucun livre ne peut dévoiler le cœur humain, sinon le livre de Dieu. Dans la mesure où la Bible révèle parfaitement le cœur humain, nous pouvons savoir, si même nous n’avions pas d’autre moyen d’en juger, que la Bible est la Parole de Dieu.

Un tel argument pourrait être complètement condamné par un infidèle, un sceptique ou un rationaliste, qui doit, donc, être rencontré sur d’autres bases. Mais il est impossible, pour tout esprit droit, de penser au simple fait que la Bible dévoile parfaitement la nature même de l’homme, ses pensées, ses sentiments, ses désirs, ses affections, ses imaginations, les chambres les plus secrètes de son être moral, sans être convaincu que la Bible est la Parole même de Dieu, qui est « vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb. 4, 12).

Ce n’est pas simplement dans la Parole de Dieu dans son ensemble que nous observons cette grande puissance de « discerner les pensées et les intentions du cœur », mais aussi dans des passages isolés, dans de courtes phrases, dans un verset ou une partie de verset. Voyez par exemple les quatre mots qui sont en tête de cet article. Quelle révélation de l’égoïsme du cœur de l’homme contiennent ces mots ! Quelle expression des limites étroites dans lesquelles il vit ! Quel commentaire bref, précis, concis de la répugnance de l’homme à être dérangé quand il a pris ses dispositions pour ses aises personnelles ! Qui peut les lire sans y voir un parfait miroir dans lequel se réfléchissent les pulsations mêmes de son propre cœur ?

Nous n’aimons pas être dérangés quand nous nous sommes retirés de la scène autour de nous, dans le cercle étroit de nos jouissances personnelles ou domestiques. Quand nous avons tiré les rideaux, préparé le feu, ouvert le bureau ou le livre, nous n’aimons pas devoir répondre à un appel de l’extérieur. C’est dans de tels moments que nous entrons dans les mots : « Celui qui est dedans ». En réalité, ils contiennent un volume de profonde vérité morale. Ils présentent de façon vivante et imagée une attitude de cœur dans laquelle nous nous trouvons tous trop fréquemment. Nous avons tous trop tendance, quand un appel se présente, à envoyer notre réponse « de dedans ». Nous sommes trop enclins à dire : « Malheur ! c’est un moment bien peu convenable pour que cette personne appelle, juste au moment où je suis si particulièrement occupé ». Tout cela est précisément l’attitude du cœur présentée dans les parole égoïstes : « Celui qui est dedans ».

Et quelle réponse est sûre d’être retournée par celui qui parle « de dedans » ? Simplement celle à laquelle on pouvait s’attendre. « Ne m’importune pas ». Celui qui s’est retiré dans le cercle étroit de ses propres confort et jouissance personnels, qui a fermé sa porte et tiré ses rideaux autour de lui, n’aime pas à être « importuné » par quiconque. Un tel homme est certain de dire, même s’il est fait appel à lui comme un « ami » : « Je ne puis me lever ». Et pourquoi ne peut-il pas « se lever » ? Parce que « la porte est déjà fermée, et ses enfants sont au lit avec lui ». Ses raisons pour ne pas se lever sont toutes égoïstes, et quand il se leva, ce fut seulement par un désir égoïste d’éviter davantage de dérangement. L’insistance l’a emporté sur un égoïsme qui était insensible à l’appel de l’amitié.

Combien différent de tout cela était le bien-aimé Seigneur Jésus Christ ! Sa porte n’était jamais fermée. Il n’a jamais répondu « de dedans ». Il avait toujours une réponse prête pour tout demandeur nécessiteux. Il n’avait pas le temps de manger du pain ou de prendre du repos, tellement Il était occupé du besoin de l’homme. Il pouvait dire : « J’ai oublié de manger mon pain », tellement Il se consacrait entièrement au service des autres. Il n’a jamais murmuré à cause de l’intrusion incessante de l’humanité nécessiteuse. Il ne gardait pas trace de tout ce qu’Il avait à faire, et Il ne s’en plaignit jamais. « Il passa de lieu en lieu, faisant du bien ». Sa nourriture et Son breuvage étaient de faire la volonté de Celui qui L’avait envoyé et d’accomplir Son œuvre. Le pauvre et le nécessiteux, celui qui était lourdement chargé et qui avait le cœur brisé, le paria et le misérable, celui sans abri et l’étranger, la veuve et l’orphelin, le malade et l’affligé, pouvaient tous se rassembler vers Lui, dans la pleine assurance de trouver en Lui une source qui coulait toujours, et répandait dans toutes les directions les flots abondants d’une sympathie vivante envers toutes les formes possibles de besoin humain. La porte de Son cœur était toujours grande ouverte. Il n’a jamais dit à quelque fils du besoin ou quelque enfant de la peine : « Je ne puis me lever et t’en donner ». Il était prêt à « se lever et à aller » avec tout demandeur qui Le suppliait, et Sa parole de grâce fut toujours : « Donne ».

Tel fut Jésus quand Il était ici-bas, et Il est encore « le même, dont la gloire remplit tous les cieux en haut ». Sa porte reste ainsi ouverte, de sorte que les plus vils, les plus coupables et les plus nécessiteux des pécheurs sont les bienvenus. Leurs péchés cramoisis et écarlates peuvent être lavés dans Son sang expiatoire. Ils peuvent obtenir le pardon et la paix, la vie et la justice, le ciel et son poids éternel de gloire, tout cela comme le libre don de la grâce divine. Et tandis qu’ils sont en chemin de la grâce vers la gloire, ils peuvent avoir tout l’amour de Son cœur et toute la force de Son épaule — ce cœur qui parle de Ses affections sur la croix et cette épaule qui supportera les piliers du gouvernement divin à toujours.

Maintenant, lecteur chrétien, permettez-moi une parole d’exhortation. Souvenez-vous que Christ est votre vie, et que le christianisme n’est rien de moins que la manifestation vivante de Christ dans votre marche journalière. Le christianisme n’est pas un ensemble d’opinions à défendre, ou un ensemble d’ordonnances à observer. C’est bien plus que ces choses. Il s’exprime lui-même ainsi : « Pour moi, vivre c’est Christ ». Voilà le christianisme. Que nous connaissions et manifestions sa puissance ! Que nous soyons davantage occupés de Celui qui est notre vie ! Alors, nous aussi garderons la porte du cœur ouverte aux peines, aux misères, aux besoins et aux malheurs de l’humanité tombée et souffrante. Nous serons prêts à « nous lever et donner » à tout cas de vrai besoin. Si nous ne pouvons pas donner « trois pains », ou leur prix, nous pouvons au moins donner le regard de l’amour, le mot de la bonté, la larme de la sympathie, les paroles de l’intercession fervente. Et en aucun cas, nous ne nous permettrons de prendre l’attitude de grand égoïsme exprimée dans les mots : « celui qui est dedans ». « Car vous connaissez la grâce de notre seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis ».