« Dieu est amour » (1 Jean 4, 8)

Une parole à l’adresse des personnes affligées

[Série de Paris n° ?]

Il est difficile de comprendre la précieuse vérité contenue dans les trois mots placés en tête de ces lignes, et encore plus difficile d’apprécier toute la valeur de la grâce qu’ils expriment, si l’on n’a pas une vraie connaissance des objets envers lesquels l’amour de Dieu s’est manifesté. Si je veux avoir une idée juste de l’efficacité d’un remède et des capacités du médecin qui l’a ordonné, ce n’est qu’en connaissant exactement la gravité de la maladie qui aura été guérie par ce remède. Il en est ainsi de l’amour de Dieu. Et pourtant, quelle indifférence les hommes ne montrent-ils pas à cet égard ! À la voir on ne dirait jamais que leur bonheur éternel dépend de la vraie connaissance de cet amour. Oui, mon cher lecteur, c’est un fait certain que votre véritable bonheur ici-bas et votre sort dans l’éternité dépendent de la manière dont vous aurez saisi et apprécié le grand fait que « Dieu est amour ».

Il vaut la peine que vous vous occupiez un moment d’un sujet aussi important. Et sachez bien que c’est une question qui nous concerne individuellement, que chacun a à envisager pour lui-même. Malheur à qui la néglige, ou la renvoie à plus tard. S’il s’agit pour moi d’intérêts matériels, je puis en charger quelqu’un qui possède ma confiance ; mais si ce sont les intérêts spirituels et éternels qui sont en jeu, chacun doit s’en occuper pour lui-même. Ne croyez donc pas que vous puissiez vous reposer pour cela sur un confesseur ou un directeur spirituel ; la Parole de Dieu dit : « Chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu » (Rom. 14, 10-12).

On trouve, il est vrai, des personnes qui ne sont pas entièrement indifférentes à l’égard de cette vérité : « Dieu est amour », mais elles éprouvent des difficultés dans son application. D’où vient cela ? C’est qu’elles s’y prennent mal pour la comprendre. Pour bien saisir ce qui est divin, c’est la Parole de Dieu que nous avons à consulter. Notre intelligence naturelle ne peut nous guider en cela, car « l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2, 14). Ce sont les « saintes lettres » qui, seules, peuvent nous rendre sages à salut « par la foi dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3, 15). Avant d’entrer, selon les Écritures, dans le sujet de l’amour de Dieu, je désire placer devant mon lecteur deux exemples de cette difficulté pour bien des personnes — et surtout pour celles qui sont affligées — à saisir que vraiment Dieu les aime.

Il y a quelques années, je fus appelé à visiter une mère de famille malade. Elle avait sept enfants ; son mari, homme encore jeune, perclus de rhumatismes, était assis dans une vieille bergère ; elle-même était alitée, avec une forte fièvre. J’étais venu auprès d’eux pour leur parler de la grâce du Seigneur, et je dis entre autres ces paroles : « Madame, Dieu vous aime ». Surprise et d’un ton où perçait l’amertume, elle répondit : « Comment voulez-vous que je croie que Dieu nous aime ? Voilà plus de quatre années que des épreuves de toutes sortes ne cessent de fondre sur nous. D’abord, l’aînée de nos enfants, qui aurait maintenant dix-huit ans, si brave et si courageuse, et qui aurait pu nous être si utile, a langui durant deux ans et est morte (et à ce souvenir, des larmes coulaient de ses yeux) ; peu de temps après, mon pauvre mari fut atteint de douleurs de rhumatisme. Pendant deux ans, il dut rester dans ce lit, et le voilà tout perclus des pieds et des mains, incapable de faire quoi que ce soit. Et enfin, me voici depuis plus de deux mois malade d’un refroidissement. J’ai une fièvre continuelle, et une toux incessante me tourmente jour et nuit. Avec cela nous n’avons rien que ce que nous donnent quelques personnes charitables ; comment voulez-vous que je croie que Dieu nous aime ? ».

Voilà mon premier exemple. Je passe au second. Peu de mois après, je me trouvai au chevet d’un vieillard, ancien maître d’école qui vivait avec sa sœur un peu plus jeune que lui. Il me reçut très cordialement et témoigna une grande satisfaction en me voyant prendre la Bible qui était sur sa table de nuit. Comme vous pouvez le supposer, nous en vînmes bientôt à parler de l’amour de Dieu pour les pauvres pécheurs. Tout à coup, il m’arrêta et me dit : « Je serais bien aise, Monsieur, de vous entendre sur ce sujet. Ce n’est pas que je veuille mettre en doute l’amour de Dieu pour nous, mais j’éprouve quelques difficultés à cet égard. Il y a là pour moi un problème difficile à résoudre. Pourtant, je crois la Bible que j’ai lue en entier plusieurs fois. Permettez-moi de vous dire ce qui m’embarrasse. J’ai été maître d’école depuis l’âge de dix-neuf ans. À vingt-huit ans je me suis marié avec une brave et pieuse fille du village. Nous n’étions riches ni l’un ni l’autre, mais au début nous possédions un joli mobilier. Deux ans après notre mariage, un incendie détruisit tout ce que nous avions. Dieu nous donna quatre enfants, un fils et trois filles, qui tous sont morts poitrinaires entre dix-huit et vingt-deux ans. Enfin, il va y avoir quatorze ans que ma chère et digne compagne m’a été reprise. Alors ma bonne sœur, me voyant si seul, m’a proposé de venir vivre avec moi, pensant qu’avec le revenu de quelques économies qu’elle avait faites en servant en Angleterre, et ma modeste pension de retraite, nous pourrions vivre aisément. En effet, tout alla bien jusqu’à il y a cinq ans. À cette époque, la banque où ma sœur avait mis, sur mon conseil, tout son avoir, fit faillite. Tout fut perdu. Il fallut se restreindre et vivre comme l’on put. Et quand je repasse tout cela dans mon esprit, je vous dirai franchement, Monsieur, que j’ai bien de la peine à me pénétrer de l’idée que Dieu m’aime ».

Voilà mes deux exemples, tout à fait authentiques. Mes lecteurs pourraient sans doute en ajouter d’autres tirés de leurs propres souvenirs. Je vais maintenant chercher à répondre d’une manière générale aux difficultés soulevées dans les âmes relativement à l’amour de Dieu, lorsqu’elles considèrent leurs épreuves et les peines qu’elles rencontrent dans la vie.

Remarquez d’abord que la Parole de Dieu ne nous dit pas qu’Il révèle Son amour par les afflictions et les peines de cette vie. Il est vrai que, comme le dit Jérémie, « ce n’est pas volontiers qu’il afflige et contriste les fils des hommes », que « s’il afflige, c’est avec compassion » (Lam. 3, 32, 33), et que c’est dans le but de bénir. Ses voies peuvent quelquefois paraître bien dures, mais cependant toutes Ses pensées sont grâce. Mais, je le répète, ce ne sont pas les épreuves et les douleurs par lesquelles nous passons, qui nous révèlent l’amour de Dieu. C’est d’une autre manière qu’Il a manifesté qu’Il est amour, et c’est quand nous avons appris cette grande vérité que nous pouvons reconnaître que toutes Ses voies à notre égard, si pénibles soient-elles, proviennent pourtant de ce qu’Il nous aime, et que nous pouvons dire : « Il est bon pour moi que j’aie été affligé » (Ps. 119, 71).

Pourquoi donc ces peines et ces épreuves ? direz-vous. Le livre de Job nous donne la réponse. Au chapitre 33 versets 15 à 30, nous voyons que Dieu châtie l’homme pour le détourner du mal qu’il fait ; secondement, pour préserver et délivrer son âme afin qu’elle ne descende pas dans la fosse ; et enfin pour qu’elle soit illuminée et éclairée par la « lumière des vivants ». Ces différents buts du Seigneur en châtiant les hommes, sont bien, certes, une preuve de Son amour pour eux, mais n’en sont pas la révélation. Dieu veuille, mon cher lecteur, que les épreuves par lesquelles vous pouvez passer produisent sur vous ces résultats bénis, c’est-à-dire vous détournent de la voie large qui conduit à la perdition, vous sauvent de la colère qui vient et vous amènent dans la lumière de la vie. Mais puissiez-vous apprendre avant tout comment Dieu a manifesté qu’Il est amour.

La Parole de Dieu nous le dit. Il l’a montré par le don qu’Il a fait de Son Fils unique et bien-aimé. « Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui, ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). Voilà une première déclaration sortie de la bouche de Christ Lui-même, nous faisant connaître l’amour de Dieu et nous en donnant la preuve. Et en voici une seconde : « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par Lui » (1 Jean 4, 9). Ces paroles « afin que nous vivions par Lui », nous montrent que quand Dieu a manifesté Son amour envers nous, nous étions morts. C’est en effet ce que déclare l’apôtre Paul : « Vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés », dit-il (Éph. 2, 1) ; morts quant à Dieu, sans désir de nous tourner vers Lui ; sans capacité et sans force pour le faire, sans aucun sentiment pour Lui. Un mort ne peut non plus fournir aucun motif pour être aimé. Nous avions donc besoin, pour être tirés de cet état de mort, que Dieu s’occupât de nous, et Il l’a fait en vertu de « ce grand amour dont Il nous a aimés », et parce qu’Il est « riche en miséricorde » (Éph. 2, 4). Et c’est pour cela qu’Il a envoyé Son Fils unique, afin que, croyant en Lui, nous ayons la vie, la vie éternelle (1 Jean 5, 13).

Mais bien que morts dans nos péchés, quant à Dieu, nous étions vivants quant au monde et au mal, car l’apôtre ajoute : « Dans lesquels (péchés) vous avez marché, selon le train de ce monde » (Éph. 2, 2). Comme tels, nous étions coupables et assujettis au juste jugement de Dieu. En rapport avec cet état, nous trouvons une autre preuve de l’amour de Dieu. « En ceci est l’amour », dit Jean, « non en ce que nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Lui nous aima, et qu’Il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4, 10).

Vous avez donc la révélation merveilleuse de ce grand fait : « Dieu est amour », en ce qu’Il a donné Son Fils unique pour que vous viviez et ne périssiez pas, et pour que vos péchés fussent effacés de devant Ses yeux en vertu du sacrifice de Jésus sur la croix. C’est là la constatation de Son amour, ainsi que le déclare l’Esprit Saint par la plume de l’apôtre Paul : « Christ », dit-il, « alors que nous étions encore sans force, au temps convenable, est mort pour des impies. Car à peine, pour un juste, quelqu’un mourra-t-il (car pour l’homme de bien, peut-être, quelqu’un se résoudrait même à mourir) ; mais Dieu constate son amour à Lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5, 6-8).

Cher lecteur, avez-vous saisi quelque peu l’immensité de cet amour de Dieu qui a donné Son Fils, et qui, sur la croix, alors que Son Fils portait nos péchés, ne L’a pas épargné ? Comprenez-vous cette grande et profonde vérité, qui nous dévoile Sa nature même : « Dieu est amour » ? Considérez ce qu’est l’homme, ce que vous êtes — pécheur sans force, impie et ennemi de Dieu, exclu à jamais de Sa présence sainte à cause de vos péchés, et voyez Dieu qui dans Son amour souverain vous donne Son Fils afin que vos péchés soient expiés, votre culpabilité abolie, votre inimitié détruite, et que vous puissiez être approché de Lui comme Son enfant et vous écrier dans la jouissance de cette grâce : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3, 1). Oui, pécheur, connaissez et voyez l’amour que Dieu a pour vous et vous y trouverez la réponse à tous vos besoins.

Cher lecteur, Dieu permet peut-être qu’en ce moment même vous traversiez des circonstances pénibles et difficiles ; vous êtes peut-être étendu sur un lit de souffrances, ou sous l’effet de quelque deuil ou d’une séparation douloureuse ; oh ! qu’il vous soit donné de comprendre que les pensées de Dieu à votre égard ne sont que grâce, et puissiez-vous être amené à dire : « Je reconnais maintenant qu’en effet Dieu est amour et qu’Il l’est pour moi, pauvre pécheur ». Vous trouverez alors dans cet amour ineffable et dans la Parole qui le révèle, la consolation, la force et le courage dont vous avez besoin. Vous comprendrez la portée de ces paroles : « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu… Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec Lui ? Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Tribulation ou détresse ? Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés… Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus » (Rom. 8, 28, 31-39).

D’un cœur heureux, rempli de reconnaissance et de joie, vous pourrez chanter :

Tu l’as fait éclater, ton amour magnifique,
Ô Dieu de charité ! dans le précieux don
De notre Rédempteur, Jésus, ton Fils unique,
Dont la mort sur la croix nous acquit ton pardon.