Inspiration et révélation[1]

J.N. Darby
1905

Les tentations de Satan se rencontrent partout sur notre chemin et nous avons continuellement à nous garder de ses ruses, mais il est des choses qui proviennent plus directement de lui, des erreurs sur lesquelles il cherche à tromper les chrétiens, à saper et à miner la vérité. L’un des principaux dangers est le rationalisme. Nous devons le démasquer comme procédant directement de l’ennemi. En nous opposant à lui, nous pouvons compter sur le secours divin, mais il n’en sera pas ainsi, si nous occupant de l’erreur, nous la traitons avec égards et ménagements.

C’est ce danger-là qui s’élève aujourd’hui de tous côtés autour de nous. L’incrédulité, les attaques déguisées contre la vérité et l’autorité de la Parole, se glissent partout. Ce fait ne surprend pas le chrétien familier avec l’Écriture ; au contraire, il confirme sa foi en la Parole, puisqu’elle-même l’avertit qu’il doit en être ainsi et qu’aux derniers jours il surviendra des temps fâcheux ; mais cela ne rend pas cette expérience moins douloureuse.

L’activité intellectuelle de l’Allemagne est le point de départ de ces attaques et des diverses phases qu’elles ont subies dans ces dernières années. Paulus, Strauss, Bauer, et les rationalistes depuis Semler et Eichhorn, en étaient les premiers représentants, puis d’autres pays furent infectés par ces doctrines.

Je n’ai nul désir de m’immiscer dans les affaires ecclésiastiques d’une petite section de la chrétienté, ayant attiré l’attention sur elle par la prétention publique à la pureté et à un rare désintéressement. Ses affaires intérieures ne regardent qu’elle, sauf que le chrétien doit avoir à cœur tout ce qui concerne la vérité de Christ et les intérêts de Ses rachetés. Quelques personnes appartenant à ce milieu préféreraient voir les rationalistes se retirer et faire bande à part, mais quand l’ennemi est à l’œuvre, et cela ne fait pas de doute, l’honnêteté n’est pas précisément ce qu’on peut attendre de ses agents.

La question n’est pas : Que doivent faire les églises, ainsi nommées ? mais : Que doivent faire ceux qui croient à l’inspiration de l’Écriture, quand le rationalisme a levé la tête et infecté des corps ecclésiastiques qui se jouent réellement de la foi ? Je ne me fie pas aux « églises » et ne sais vraiment laquelle mériterait confiance. Serait-ce la catholique ou la grecque ? La luthérienne, siège même de l’incrédulité, ou les églises réformées qui sont dans le même état ? la Hollande, pire qu’on ne nous la représente ? Il y a bien des années que le docteur Capadoce, juif converti bien connu, l’avait abandonnée à cause de son infidélité universelle. La France est notoire. L’Angleterre, l’Écosse, la Suisse, sont tombées dans la même ornière d’indifférence à la vérité. « Des cheveux gris sont parsemés sur Éphraïm et il ne le sait pas ». Ces attaques contre la Parole de Dieu ne proviennent pas des païens, comme autrefois, ou des incrédules avoués ; elles sortent du sein même de la chrétienté. Des hommes qui s’appellent les ministres de Christ sapent et détruisent la confiance des simples dans ce qui est la base même de leur foi, le vrai fondement de la foi, la Parole de Dieu. « Ce n’est pas un ennemi qui m’a outragé, alors je l’aurais supporté,… mais c’est toi, mon conseiller et mon ami ».

Ils vous disent qu’ils croient à la Bible, bien plus, à l’inspiration divine de l’Écriture, et que leur critique ne s’occupe que de questions littéraires. Cela est faux, complètement faux ! Personne ne peut nier que ce qu’ils nous présentent soit un plat réchauffé, cuisiné par les Eichhorn (ce dernier, dès longtemps dépassé), les de Wette, Bleek, Ewald, Riehm, Graf, Knobel, Bertheaut et toute une armée d’autres, sans parler de Kuenen qui avoue être unitairien et prêt à faire cause commune avec les Juifs. Je ne les ai pas tous lus, mais j’en ai lu un certain nombre. Tous ont le même système ; quelques-uns plus insolents ou plus hardis que d’autres, tels que Graf, Kuenen et de Wette (quoique l’histoire et les vues de ce dernier aient accusé, paraît-il, avant sa mort, un retour intéressant vers la vérité quant à Christ). Mais je ne viens pas parler ici des individus, n’en connaissant ou n’en ayant connu aucun personnellement. Je parle d’un système régulier exposé dans leurs livres et propagé maintenant par des professeurs et des ministres dans les églises libres d’Écosse et d’autres lieux. Tous ces auteurs diffèrent quant aux détails ; ayez même soin de vous enquérir dans quelle édition vous lisez les principaux d’entre eux, pour ne pas être accusé de fausses citations.

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Mais là n’est pas réellement la question. Tous ces auteurs développent un système qui détruit l’autorité de la Parole de Dieu, un système n’admettant pas qu’elle vienne de Dieu jusqu’à nous. On essaye de nier cela, de le cacher, de l’atténuer, pour ne pas effrayer trop tôt les esprits honnêtes, sans parler des cœurs chrétiens. Ce n’est qu’une ruse de Satan, et si ceux qui parlent de recherches littéraires sur l’histoire des écrits saints croient réellement que nous possédons la révélation de Dieu, ils doivent savoir que ce système la détruit et nie que nous ayons la révélation de Dieu avec une autorité divine. C’est ce que nous allons prouver.

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En passant sous silence des hommes comme Graf et autres qui renversent tout, de fond en comble, nous nous trouvons en présence de deux systèmes principaux : l’un fait du Deutéronome le premier livre écrit, un peu avant Josias, ou de son temps, mais seulement alors mis en circulation par le souverain sacrificateur ; — l’autre prétend que les ordonnances légales du Pentateuque furent ajoutées après la captivité de Babylone et qu’on se servit du nom de Moïse pour établir l’influence sacerdotale affirmée dans ces ordonnances.

Ai-je tort de supposer que ces systèmes sont le contraire de l’inspiration ?

Suivant Ewald, le grand recueil de ces lois fut rédigé par un sacrificateur peu après la construction du temple de Salomon. Il l’appelle le « Livre des origines ». Ewald admire beaucoup le caractère de cet écrit, « production d’un génie grand et supérieur », exalté par les règnes de David et de Salomon, mais ayant aussi pour but de consolider les droits et l’autorité des sacrificateurs. La création fait partie du Livre des origines. L’auteur étant un esprit supérieur pouvait remonter jusqu’à cette période éloignée pour se la représenter. Son ouvrage se prolongeait jusqu’au récit du temps des Juges, histoire maintenant perdue, et du reste relatée très brièvement. Ewald va jusqu’à nous apprendre quelles parties de cette histoire sont évidemment perdues.

Avant ce premier ouvrage il y avait, selon Ewald, un « Livre des alliances », mentionnant les diverses alliances d’Abraham et d’Abimélec, d’Isaac et de Jacob, etc., et comprenant encore les chapitres 20 à 23 de l’Exode. Ce livre fut écrit vers le temps de Samson.

Auparavant encore il existait des documents écrits, tels que des « chants », le « livre des guerres de l’Éternel » (Nomb. 21, 14) et le « livre de Jashar » (Jos. 10, 13).

Après le grand recueil du temps de Salomon (le Livre des origines), un troisième et un quatrième écrivain contribuèrent à ses premières éditions. Pour les dernières, un troisième, quatrième et cinquième complétèrent la restitution et le recueil des anciennes traditions, ajoutant, rapprochant, modifiant de diverses manières ; enfin survint un auteur qui rédigea le tout et ajouta quelques passages pour en faire un ensemble homogène.

Bleek est plus sobre qu’Ewald dans l’appréciation des détails, mais il ne croit pas le moins du monde à l’inspiration de la Parole de Dieu. Aucun de ces auteurs n’y songe. La difficulté de le prouver par des citations positives, vient de ce qu’ils tiennent la non-inspiration pour certaine. L’idée de l’inspiration ne traverse pas même leur esprit. Lange, dont on fait tant de cas, en parle dans sa « Vie de Christ », comme d’une « notion tombée en discrédit et faisant obstacle à tout développement de la vérité ».

Quant à Kuenen, Graf et autres, je n’en parle pas ; ils sont les représentants du mépris complet et non dissimulé de la Parole ; mais, je le répète, pas un ne la considère comme les « oracles de Dieu », pas un ne pense que « l’homme vivra de toute parole qui sort de Sa bouche », selon le Sauveur quand, citant le Deutéronome, Il réduit Satan au silence.

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Quelques critiques moins négatifs que les autres[2], veulent bien admettre que, lorsque les prophètes disent : « Ainsi dit l’Éternel », une révélation leur a été faite. Je leur demande si, quand les prophètes disent : « Ainsi dit l’Éternel », aucune révélation ne nous a été faite ? Ils ne répondent pas. Mais heureusement, si nous pouvons le découvrir par eux, ces paroles nous permettent de le découvrir sans eux.

En effet, la question tout entière est là : Une révélation nous a-t-elle été faite ? Elle ne consiste pas, comme ces critiques voudraient nous le faire croire, à savoir comment Dieu a révélé la vérité aux prophètes. Personne ne peut le dire, sauf pour certains cas particuliers dont l’Écriture nous parle (voyez Nomb. 12, 6, 8) ; mais ceux auxquels la parole de l’Éternel n’est pas venue de la même manière qu’aux prophètes, ne sont guère en état de le savoir. Je ne crois pas même qu’un prophète pût l’expliquer à quelqu’un qui n’en eût pas fait l’expérience. Voilà donc la question capitale : Cette parole, communiquée par le prophète, est-elle la parole de Dieu pour moi ? Vous avez le droit de ne pas répondre ; il n’en est pas moins clair qu’elle est pour moi, si les paroles : « Ainsi dit l’Éternel », sont vraies.

Ces mêmes critiques nous disent : « Il en est de même des apôtres. Je crois certainement qu’ils sont, avec autorité, les docteurs de l’Église et que, pour les rendre propres à cette fonction, des révélations spéciales leur ont été faites ». Je demande si ce que les apôtres ont écrit est la Parole de Dieu adressée à nous. L’apôtre Paul s’exprime très clairement là-dessus. « Dieu », dit-il, « nous a donné (à nous apôtres) non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu ; desquelles aussi nous parlons, non point en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit ». Et à ces deux degrés, il en ajoute un troisième : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folies, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2, 12-14)[3]. Nous pouvons comparer avec ce passage les paroles du Seigneur au sujet du cas spécial où Ses disciples auraient à répondre devant les magistrats : « Ne soyez pas en souci comment vous parlerez, ni de ce que vous direz, car il vous sera donné dans cette heure-là ce que vous direz ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Matt. 10, 19-20). Suivant la théorie de ces docteurs, le Seigneur mettrait Ses paroles dans la bouche de Ses serviteurs pour leurs difficultés, mais s’agit-il de la vérité pour l’Église dans tous les temps, et du fondement même de sa foi, s’agit-il de la mettre à l’abri de l’erreur, aucune communication directe (je ne parle pas d’une révélation) de la vérité ne nous a été faite par ceux auxquels Dieu avait fait la révélation dans ce but !

Ces critiques ne nient pas, dans le cas des prophètes, des révélations faites à des hommes, mais les distinguent avec soin de l’inspiration des Écritures, et nient ouvertement qu’aucune révélation nous ait été faite de cette manière. Mais, veuillez nous répondre : Lorsque les révélations ont été mises en circulation par ceux auxquels elles furent faites, qui donc les a reçues ? Pour qui étaient-elles ? Pour qui sont-elles devenues des révélations ? Il est vrai qu’il faut être « spirituel » pour en jouir, ou, quand il s’agit de l’évangile adressé au pécheur, qu’il faut l’action de la grâce pour se l’appliquer : ceci est une autre question. Mais quand Paul mettait en avant la révélation non frelatée, car il l’appelle ainsi — « ne falsifiant point la Parole de Dieu » (2 Cor. 4, 2) — quand il la communiquait à d’autres, ceux-ci la recevaient (sans doute selon la mesure de leur spiritualité) ; ils recevaient la révélation présentée — la révélation reçue par l’apôtre lui-même. C’était dans ce but qu’elle lui était donnée. « Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi, pour que je l’annonçasse parmi les nations… » (Gal. 1, 15-16). Or son sujet de gloire était d’avoir, par l’Esprit, apporté cette révélation à d’autres, aussi pure qu’il l’avait reçue lui-même (2 Cor. 2, 17 ; 4, 2). Sans doute, la révélation de la vérité était la chose importante ; mais pour qui cette révélation ? Était-ce pour ceux qui l’entendaient et la lisaient ? Alors elle était, Dieu en soit béni ! la Parole de Dieu, à eux adressée, telle que les apôtres et prophètes l’avaient reçue.

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Je ne fais que constater en passant l’absurdité foncière d’une théorie qui prétend nous enseigner que Dieu, ayant en grâce le dessein de donner une révélation à toute l’Église et en quelque mesure à tous les hommes, la donne de telle sorte qu’elle ne dépasse pas, comme révélation, celui auquel elle est communiquée. Ce système peut fort bien convenir au clergé, désireux que nous acceptions ce qu’il nous donne, comme ayant, lui, autorité pour enseigner, mais quelle triste chose pour nous, chrétiens, que nous n’ayons pas une révélation de la part de Dieu ! Ces bons amis répliqueront : Les apôtres n’étaient-ils pas aussi des docteurs ayant autorité pour enseigner ? Sans doute, mais ils nous en disent le comment et le pourquoi : « C’est pourquoi aussi nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la Parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez » (1 Thess. 2, 13). C’était à eux qu’ils communiquaient l’évangile de Dieu. Il n’était pas « oui et non », mais « oui en Lui ». Pierre s’étudiait à ce que les disciples pussent se rappeler ces choses (2 Pier. 1, 15). Jean écrivait son épître afin qu’ils crussent (1 Jean 5, 13).

Il y avait non seulement alors des docteurs ayant autorité pour enseigner, ce qu’aucun chrétien ne nie, mais nous possédons ce qui était enseigné avec autorité, ce qui était, ce qui est la Parole de Dieu. De deux choses l’une, ou bien nous avons ce qui était révélé à Paul et à d’autres, aussi purement, aussi complètement qu’ils l’ont reçu eux-mêmes (et Paul le prétend, 2 Cor. 2, 17), ou bien les docteurs ayant autorité n’étant plus là, nous n’avons plus aucune parole de Dieu possédant de l’autorité.

Encore un mot, avant d’aborder un autre sujet. Les critiques dont nous parlons, croient les prophètes inspirés quand ils disent : « Ainsi dit l’Éternel ». Or, dans la plus grande partie du Pentateuque, nous trouvons : « Et l’Éternel parla à Moïse ». Il est ajouté d’habitude : « Parle à Aaron », ou « aux sacrificateurs », ou encore « aux fils d’Israël, et dis-leur… ». Cela est-il vrai ? Si oui, nous avons, non pas comme ils le prétendent, « une révélation de Dieu dans un document historique dont l’auteur est digne de créance », mais la Parole de Dieu qui nous est révélée. Ainsi nous lisons dans le Deutéronome : « Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël » (1, 1), et au chapitre 4, 2, il dit encore : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande ». Cela est-il vrai ? Moïse les a-t-il trompés ou non ? Si cela est vrai, tous les commandements qui, dans les quatre derniers livres du Pentateuque, sont inséparables de l’histoire (et l’histoire elle-même avec eux) sont la Parole de Dieu. Si ce n’est pas vrai, ou Moïse s’est trompé lui-même, ou il a voulu tromper les autres, et nous n’avons aucune garantie certaine de l’histoire, ni aucune révélation de Dieu. Si c’est vrai, nous avons la révélation faite par Dieu à Moïse.

Je ne veux pas insister sur l’absurdité d’un système qui fait des paroles d’avertissement aux Juifs par les prophètes, et des déclarations quant à leur histoire et à leurs espérances futures comme nation, une révélation de Dieu, tout en considérant comme n’étant pas du tout une révélation le récit de la chute d’Adam, les promesses, la loi, le jugement du monde entier, sujets infiniment plus importants pour nous tous.

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Ces mêmes critiques nous engagent à « saisir la distinction entre la révélation que Dieu fait de Lui-même, et la narration ou récit de cette révélation dans la Bible ». Notez que pour eux il n’y a pas de révélation dans le récit : « Tout ce que nous avons à déterminer, c’est la créance due au document historique ». « En tant qu’il s’agit du contenu historique de l’Écriture, disent-ils, la révélation aux prophètes et dans les écrits apostoliques demeure ferme, même s’il est prouvé qu’ils ne contiennent rien de semblable à une inspiration ». Permettez-moi de dire que cela est absurde en principe. Paul nous dit que « toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3, 16). Nous ne reviendrons pas sur les preuves résumées rapidement dans notre premier traité[4], mais aucun homme honnête ne niera que Christ et les apôtres ne citent comme inspirées toutes les parties des Écritures. Il est possible que ces docteurs ne soient pas d’accord avec Christ et les apôtres. C’est une chose sérieuse — sérieuse pour eux, qu’ils en soient assurés !

De fait, la vérité est présentée à la conscience et la conscience est atteinte par elle. Le résultat, selon l’Écriture, est que l’on croit le message et le messager. La femme de Samarie, quand sa conscience est atteinte, ne dit pas au Seigneur : Qui t’a dit cela ? Par quel document historique, par quel récit d’un premier témoin, sais-tu ces choses ? Elle dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Son âme convaincue, reconnaît l’autorité et la source divines de la parole qui lui est dite. Les gens de Bérée, qualifiés de « nobles », quand il s’agissait de la vérité générale quant à Christ, « examinaient chaque jour les Écritures, pour savoir si les choses étaient ainsi ». Ils reconnaissaient ainsi leur autorité ; « plusieurs donc d’entre eux crurent ». Ils ne s’enquéraient pas si la vérité nouvelle « s’accordait », pour parler comme ces docteurs, « avec les idées qu’ils avaient reçues précédemment ». À coup sûr, elle ne s’accordait pas avec elles (car c’est toujours une vérité nouvelle qui met à l’épreuve la foi du cœur), mais ils se demandaient si elle s’accordait avec les Écritures, avec la Parole assurée de Dieu, avec la révélation divine. Une vérité nouvelle qui fait appel à la foi ne peut jamais être une partie de la révélation historique de Dieu, autrement elle ne serait pas nouvelle. Elle ne sera jamais en désaccord avec ce qui a été révélé auparavant, mais elle le confirmera. On peut se glorifier d’une vérité anciennement reçue et y adhérer, tout en rejetant une vérité nouvelle. « L’heure vient que quiconque vous tuera pensera rendre service à Dieu ». Tel était le cas de Saul de Tarse, dans son zèle pour la loi, pour la vérité ancienne. — « Et ils feront ces choses, parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi » — c’était la vérité nouvelle (Jean 16, 2-3). Je ne doute pas que nous ayons maintenant dans l’Écriture toute la vérité révélée. Dans ces « temps fâcheux » (2 Tim. 3, 1), Dieu nous renvoie aux Écritures, comme expressément inspirées de Lui, et certainement pas aux « idées que nous avons reçues précédemment » ; et nous avons la promesse : « Ils seront tous enseignés de Dieu » (Jean 6, 45).

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On nous dit que les narrateurs du Nouveau Testament n’ont pas d’autre prétention que d’être des témoins oculaires, et l’on cite à ce propos les premiers versets de l’évangile de Luc, objection ordinaire des incrédules. C’est une chose très vraie et précieuse que le Seigneur condescendit dans Sa grâce à se servir de témoins oculaires, en sorte que les hommes n’eussent aucune excuse pour ne pas croire ; mais il est absolument faux de dire que « la créance due à l’Écriture n’est nullement fondée sur l’inspiration, donnant à l’évangéliste la connaissance d’événements qu’il ne pouvait connaître d’aucune autre manière, mais sur les fondements ordinaires d’une créance historique, c’est-à-dire que Luc avait, par des témoins oculaires, la connaissance des faits qu’il rapporte ».

Voyons ce que dit Luc : « Puisque plusieurs ont entrepris de rédiger un récit des choses qui sont reçues parmi nous avec une pleine certitude, comme nous les ont transmises ceux qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la Parole ; il m’a semblé bon à moi aussi, qui ai suivi exactement[5] toutes choses depuis le commencement… ». D’autres avaient rapporté l’histoire transmise par des témoins oculaires ; mais cela ne satisfaisait pas Luc ; il avait donc écrit son évangile ayant une connaissance parfaite de toutes choses.

Remarquez que non seulement on nie l’inspiration quant à la connaissance des faits, on nie encore que l’écrivain ait été gardé de manière à ne pouvoir écrire une fausse narration. On dit qu’il avait « les fondements ordinaires d’une créance historique ». Or le Seigneur parle expressément aux apôtres de deux fondements. Il leur annonce la venue du Saint Esprit : « Celui-là », dit-Il, « rendra témoignage de moi, et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que dès le commencement vous êtes avec moi » (Jean 15, 27). Et ce n’est pas tout. En Jean 14, le Seigneur dit à Ses disciples : « Le Consolateur, lui, vous enseignera toutes choses et vous rappellera toutes les choses que je vous ai dites » (v. 26).

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On nous dit que « nous pouvons avoir confiance dans le récit des apôtres, parce que leur état spirituel les rendait sensibles à la valeur, d’ordre très élevé, de tout ce qui était en Christ, et que nous entrons avec eux dans une région spirituelle, parce que nous sommes sous la conduite d’hommes spirituels ». On nous dit encore, qu’ayant « l’Esprit de Christ, ils étaient d’accord avec Lui sur les choses importantes ».

De telles assertions montrent le vide de toute cette théorie. On abandonne l’inspiration de l’histoire de Christ et même une direction pour empêcher les apôtres de commettre des erreurs, et on les remplace par l’affirmation que les apôtres étaient d’accord avec Christ comme hommes spirituels. Quand donc ? Voici ce qu’on nous répond : « Quand ils voyaient toutes les choses qui avaient lieu pendant Sa vie ici-bas, quoique sans doute nous puissions à peine supposer que les évangélistes aient vu tout ce qui devait être vu en Christ, mais nous ne pouvons voir que par eux. Il fallait donc qu’ils fussent d’accord avec Christ et considérassent comme importantes les choses qui Lui paraissaient importantes ».

Il est vrai que, par grâce, ils croyaient qu’Il était le Christ et qu’Il avait les paroles de la vie éternelle ; et ils Lui étaient attachés. Mais montrez-moi, je vous prie, un seul exemple où les disciples soient entrés dans la pensée du Maître et l’aient comprise, ou bien, l’ayant comprise, où ils ne se soient pas mis en contradiction absolue avec Ses paroles. Quand le Seigneur les mettait en garde contre le levain des pharisiens, ils disaient : « C’est parce que nous n’avons pas pris de pains ». Lorsque rejeté de la Judée, le cœur de notre bien-aimé Sauveur s’épanouissait devant la bénédiction qui atteignait au-delà des limites d’Israël, et convertissait une pauvre femme étrangère aux alliances et à la promesse, et qu’Il disait à Ses disciples : « J’ai une viande à manger que vous ne connaissez pas », eux se demandaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? ». Quand Il leur annonçait qu’Il devait mourir et ressusciter le troisième jour, ils étaient « fort attristés ». Et, au sujet des mêmes paroles, Pierre venait Lui dire : « Seigneur, Dieu t’en préserve ! ».

Vous ne trouverez qu’un exemple unique où il en fût autrement. Un cœur dont l’affection s’élevait en proportion de la haine grandissante des Juifs, prêts à Le mettre à mort — le cœur d’une humble femme, venant dépenser pour Lui ce qu’elle avait de meilleur — et ce cas solitaire, si étrange pour Celui qui cherchait des consolateurs et n’en trouvait point, qu’il devait être et a été publié dans le monde entier, en quelque lieu que l’évangile fût prêché.

Même après Sa résurrection, deux disciples, en chemin avec Lui, Lui disent : « Nous espérions qu’il était celui qui doit délivrer Israël », et les apôtres, intimement liés avec Lui et les uns avec les autres, « virent », c’est-à-dire qu’ils devinrent, remarquez-le, des témoins oculaires, et crurent, « car ils ne connaissaient pas encore l’Écriture, qu’il devait ressusciter d’entre les morts » (Jean 20, 9).

Une autre femme, ne pouvant se détacher de Sa tombe vide, image de ce qu’était pour elle le monde entier sans Lui, devient de la part du Seigneur, pour les apôtres eux-mêmes, la messagère des privilèges les plus élevés que le croyant puisse posséder.

Après cela, Il leur ouvre l’intelligence pour entendre les Écritures, mais Il leur affirme aussi que « bienheureux sont ceux qui n’ont point vu et qui ont cru » (Jean 20, 29).

Étaient-ils donc intelligents avant qu’Il leur eût ouvert l’intelligence ?

Et l’on nous dit qu’ils étaient intelligents, « possédant la révélation de première main, et que ces hommes témoins de la révélation, en étaient assez impressionnés et en voyaient assez le sens pour être poussés à la conserver et à en perpétuer l’impression pour d’autres » ! Voyons donc ce que Jean nous dit au sujet d’un de ces cas : « Les disciples ne comprirent pas d’abord ces choses, mais, quand Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que ces choses étaient écrites de Lui, et qu’ils avaient fait ces choses à son égard » (Jean 12, 16).

Bénissons Dieu de ce qu’ils n’ont pu nous dire cette merveilleuse histoire qu’après que le Seigneur eut été glorifié. Ils n’en ont certes ni reçu l’impression, ni connu le sens, tandis qu’Il était avec eux, mais lorsque le Saint Esprit fut descendu du ciel, ils nous donnèrent une histoire du Fils de Dieu, Fils de l’homme, comme le Saint Esprit seul pouvait la communiquer, nous la faire comprendre et nous en donner la jouissance.

Combien sont fausses ces théories ! Seules les ténèbres de l’esprit et du cœur humains peuvent prétendre que « les apôtres étaient des témoins compétents, parce qu’ils estimaient spirituellement ce que le Seigneur estimait, et que, sympathisant le plus avec les conseils de Dieu, et étant le plus pénétrés de Son Esprit, ils étaient le mieux préparés à voir et à reproduire Ses révélations ».

La chose est fausse de tout point. Et d’abord, qui aurait pu leur parler d’un Christ glorifié ? Ils pouvaient Le suivre jusqu’à la nuée qui L’emporta de devant leurs yeux ; entendre les anges leur dire qu’Il reviendrait, mais qu’auraient-ils pu savoir de Lui pendant Son absence, si le Consolateur n’était venu leur apporter et leur annoncer les choses qui étaient à Christ ? Tout ce que le Père avait était à Lui, c’est pourquoi Il dit que l’Esprit prendrait du sien et le leur annoncerait. Où étaient les témoins oculaires de ces choses ? Or, s’il est doux, quand on a la paix par Son sang précieux, de se nourrir constamment du pain descendu du ciel, et s’il a un pouvoir attractif même sur le pécheur, la bénédiction consiste avant tout à regarder, non aux choses visibles, mais aux invisibles qui sont éternelles, et à aimer les choses d’en haut, non celles qui sont sur la terre. Où trouvons-nous, pour nous servir de leurs misérables expressions, un Tite-Live ou un Thucydide, quand il s’agit de choses célestes ? N’est-il pas parfaitement clair que toutes ces choses précieuses, dignes de notre amour et parmi lesquelles nous devons converser, ne sont connues que par la révélation du Saint Esprit ? Le christianisme lui-même est le ministère de l’Esprit (2 Cor. 3) ; le voile qui était sur Moïse est ôté en Christ ; les sacrifices, les images des choses célestes et tout le dessein de Dieu, caché sous les ombres de la loi, reçoivent leur vraie force d’un Christ souffrant et glorifié, assis à la droite de Dieu le Père jusqu’à Son retour, où Ses ennemis seront mis pour marchepied de Ses pieds. Il ne peut y avoir une histoire des faits et de la gloire célestes. Ce que Paul entendait dans le paradis ne pouvait nullement être exprimé en langage humain, et l’histoire que, dans un sens, les ombres de la loi nous donnent de ces choses, n’a de signification pour nous, que lorsque l’Esprit nous les révèle.

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Remarquez encore qu’il n’en est pas autrement dans les évangiles, même quant à la révélation de Christ sur la terre. L’opération de l’Esprit de Dieu y est aussi évidente à l’intelligence spirituelle, pour la partie terrestre que pour la partie céleste de la vie du Seigneur. Comme on l’a remarqué depuis longtemps, les quatre évangiles nous révèlent Christ sous quatre caractères distincts. Matthieu nous Le présente comme Emmanuel-Messie ; Marc, comme serviteur-prophète ; Luc, comme Fils de l’homme en grâce (les deux premiers chapitres traitent de la position d’Israël et du résidu) ; Jean montre la Parole faite chair, la vie éternelle dans le Fils de Dieu, et à la fin de l’évangile, l’autre Consolateur, l’Esprit promis. Dans chaque évangile, l’Esprit Saint évoque, par le moyen de la pensée de l’évangéliste, les traits qui présentent le Seigneur dans le caractère qui lui est propre. Prenons pour exemple la scène de la passion. Dans l’évangile de Jean, tout est puissance, tout est divin. On n’y trouve pas les souffrances de Gethsémané et de la croix. Matthieu nous montre la brebis muette devant ceux qui la tondent, la victime souffrante sans personne pour avoir compassion d’elle, sans un consolateur. En Luc, nous voyons plus de souffrance exprimée en Gethsémané, aucune sur la croix, où tout est grâce et confiance. Marc est en substance semblable à Matthieu ; mais, au lieu de Son service actif, Jésus y prend une place de souffrance.

La mission des disciples est distincte dans chaque évangile. Je ne puis entrer ici dans tous ces détails. Remarquez seulement que les disciples ne nous donnent pas ces récits comme témoins oculaires. Matthieu était présent quand tous reculèrent et tombèrent par terre, et il n’en dit rien. Pendant l’agonie de Gethsémané, Jean était plus près du Seigneur que Matthieu ; il n’en parle pas, parce que ce n’est pas son sujet. Marc n’était pas avec Jean et les deux autres, et il nous transmet la scène en détail. Qui donc a raconté aux évangélistes la naissance du Seigneur ? Si nous en croyons Lange, c’était Marie, et il y ajoute toute sorte d’inepties.

Le Seigneur Jésus, le Fils de Dieu, la Parole faite chair, était digne d’un seul historien, l’Esprit de Dieu, seul capable d’écrire Son histoire. Heureux ceux qui sont devenus les instruments de l’Esprit pour le faire ! Aucun chrétien ne nie que les douze, et d’autres avec eux, ne fussent des témoins oculaires, et chacun apprécie la grâce dont, en cela, Dieu fait preuve envers les hommes. Mais personne, à moins qu’il ne soit incrédule à la révélation de Dieu, ne peut nier l’opération de l’Esprit de Dieu dans le témoignage rendu par les disciples.

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Il me reste quelques mots à dire sur les principes de l’école rationaliste. Remarquez d’abord que vous ne trouvez pas deux de ces auteurs de la « haute critique » d’accord sur les détails. Bleek, par exemple, déclare que l’opinion d’Ewald est entièrement dénuée de preuves et sans fondement. Ilgen de même. Ces détails, il est vrai, n’ont trait qu’aux dates auxquelles les diverses histoires qui composent le Pentateuque auraient été écrites. D’une manière générale, comme nous l’avons dit plus haut, ils forment deux écoles, l’une estimant que le Deutéronome est le premier livre, tandis que le corps du Pentateuque aurait été terminé après la captivité, au moyen de quelque tradition mosaïque — à part cela, aucun livre régulier de la loi jusqu’au temps de Josias. L’autre nous dit que le corps des lois est de Moïse, mais n’a pas été écrit par lui, sauf un ou deux chants et le registre du voyage, le Deutéronome et Josué restant dans leur ordre naturel.

Tous mettent entièrement hors de question qu’il y ait eu une révélation par Moïse et, de fait, nient toute révélation. La Bible, pour eux, n’est pas une révélation, mais un récit des faits historiques dans lesquels Dieu s’est révélé, comme, par exemple, le déluge, etc. Il est une chose à laquelle pas un ne pense, c’est que Dieu ait une part quelconque à la confection du récit. Pour eux, la première chose requise, est une connaissance de première main des faits eux-mêmes ; mais cela, disent-ils, nous ne le possédons pas du tout. Quelques fragments ont pu être conservés, des chants, des généalogies et divers documents, très peu d’entre eux de première main, et ces derniers tronqués, surchargés d’additions, transformés selon les pensées de ceux qui ont donné à ces livres leur forme définitive. En sorte que ce que nous possédons pourrait être, mais pourrait aussi ne pas être de première main pour une partie de l’histoire, quel qu’en ait été l’auteur. En tout cas, ces documents ont reçu une forme définitive, en sorte que nous n’avons certainement pas un ensemble de première main.

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Mais il y a d’autres difficultés, sérieuses à coup sûr, qui ne semblent pas aborder la pensée de ces critiques. Bien que les livres historiques contiennent des faits importants qui révèlent les voies de Dieu, pour la plus grande partie ils ne sont pas du tout composés de faits. On y trouve des lois, des promesses, des avertissements, des prophéties ; des institutions, ombres des choses à venir ; des fêtes, figures des grandes voies futures de Dieu ; des choses ordonnées à dessein pour être le modèle des choses célestes. On y trouve l’homme apprécié par Dieu, sa conduite établissant le fondement des voies de Dieu envers lui ; les éléments de ces voies futures dans l’exemple d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; l’apparition de personnages impliquant d’immenses principes des voies de Dieu, principes s’étendant, au milieu d’incidents insignifiants en apparence, à travers ces voies jusqu’à la gloire, sans qu’il y ait, dans les actes eux-mêmes, une révélation éclatante de Dieu (citons, par exemple Melchisédec) — des choses enfin « qui leur arrivaient en types et sont écrites pour notre instruction, à nous que les fins des siècles ont atteints ».

Ne semble-t-il pas qu’il y ait ici un dessein, un but spécial ? Le but de qui ? Serait-ce celui des premiers qui nous ont raconté ces révélations dans tous leurs détails, ou de ceux qui ont donné à ces livres leur forme définitive ?… Ou bien, serait-ce peut-être le but de Dieu, dans Ses conseils de sagesse et de sainteté ?

J’ai encore une petite remarque à faire au sujet de l’assertion que « Dieu nous a donné des révélations de Lui-même dans Ses actes, et qu’ensuite nous en avons un récit digne de créance par des témoins oculaires, le donnant de première main ». Prenons un de leurs exemples, le déluge. Quels témoins oculaires nous en ont donné le récit ? Ou celui de la tour de Babel, ou des autels d’Abraham, ou de la lutte de Jacob ? Est-ce qu’Adam a raconté pour le bien de sa postérité sa désobéissance et son péché, son expulsion du paradis, et le chemin de l’arbre de vie barré pour lui, fait dont dépend toute l’histoire de l’homme, de Satan, la rédemption et, d’une manière médiate ou immédiate, le jugement ? Quelle « première main » a écrit l’histoire « ordinaire et digne de créance » de ce qui s’est passé dans le jardin d’Éden ? Nous pourrions, s’il le fallait, remonter plus haut. Est-ce que ces messieurs ont peut-être découvert « les étoiles du matin chantant ensemble et les fils de Dieu éclatant de joie », capables de nous donner une « histoire digne de créance » de la création ? Y avait-il quelque témoin oculaire ou auriculaire, quand Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image » ?

Mais à quoi bon continuer ? Y eut-il jamais non-sens pareil ? Que nous considérions dans la Parole, les plus délicates nuances de pensée en des milliers de cas, ou de tout petits événements de la dernière importance, ou des exposés de ce que Dieu a dit et pensé, ou une multitude de faits qu’aucun œil n’a jamais vus — tout cela faisant partie d’un immense plan de Dieu quant à l’homme, de Sa gloire en Christ, dans lequel Il veut réunir toutes choses — chaque portion de ce récit que, grâce à Dieu, nous possédons, montre l’absurdité grossière et insensée de tout leur échafaudage.

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Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail des vues d’Ewald sur le Pentateuque et sur Josué. Ce qu’on doit conclure de tout son travail, c’est que nous n’avons rien dans ces livres qui soit réellement de Dieu. Ce sont d’anciennes légendes, les premières remontant à une centaine d’années après Moïse et contenant un chapitre et demi sur Jéthro. Ensuite viennent un certain nombre d’ouvrages dont les deux principaux auteurs vivaient au temps des Juges et de Salomon. Ces ouvrages ont été transformés, travaillés et retravaillés, et ont reçu des additions durant des siècles. Enfin, le Deutéronome et Josué y ont été ajoutés, et le tout a reçu sa forme définitive. Quand ces livres annoncent quelque événement prophétique, c’est la preuve que l’ouvrage fut écrit au temps de cette prophétie supposée. Ainsi la prophétie d’un événement nous donne la date de l’écrit où elle se trouve, parce que l’allusion faite à l’événement montre que l’auteur avait ce dernier sous les yeux. Le résultat est dès lors facile à comprendre.

Quel sort inaccoutumé ce grand ouvrage n’a-t-il pas subi avant de recevoir sa forme actuelle ! Combien, partant d’un petit commencement, il a grandi et subi d’altérations, avec chaque changement important de toute la littérature hébraïque, jusqu’à la fin du septième ou au début du sixième siècle ! Et combien il est naturel qu’au cours des importantes modifications et transformations qu’il a subies, une grande partie de son contenu ait de plus en plus perdu sa clarté primitive et son caractère particulier !

Heureuse perspective pour ceux qui se préparent à lire la Parole de Dieu, ou même une « histoire digne de créance » des révélations que Dieu nous a faites !

Bleek retient la notion des documents élohistes et jéhovistes, inventée par Astruc[6], mais avec un jugement plus sobre que la plupart de ces auteurs. Il tient que le grand corps des lois de Moïse était fait pour le désert, ce que prouvent les expressions contenues dans ces lois ; il croit que cet écrit est contemporain des décrets édictés, mais que les contradictions, les dislocations, les répétitions des mêmes scènes, dénotent une compilation à laquelle divers documents ont concouru.

Riehm estime que les preuves données par Bleek (allusions au camp, mention du nom d’Aaron) que Moïse ou quelque autre est l’auteur contemporain des lois, n’ont aucune valeur.

De fait, il suffit de lire les divers systèmes de ces auteurs pour s’apercevoir du peu de confiance qu’ils méritent.

Ils s’accordent seulement sur un point : la négation de l’inspiration, si explicitement affirmée par l’apôtre Paul, que naturellement ils ignorent, comme en réalité ils ignorent le Seigneur Lui-même qui nous enseigne à « vivre de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu ». Et où trouver ces paroles, si l’Écriture n’est pas inspirée ?

Remarquez l’immense différence entre l’intelligence de l’Écriture introduite par l’inspiration, et les faux systèmes dans lesquels ces hommes s’engagent en la niant. Et d’abord, ils ont absolument perdu le dessein général et la pensée de Dieu. Ce ne sont plus pour eux que les notions ou le sentiment individuel de l’écrivain qui gouvernent les récits. Le fil conducteur pour comprendre la portée d’un passage est abandonné ; ils ignorent la différence entre la grâce de Dieu et Son gouvernement sous la loi. Puis, la négation de l’inspiration excluant la prophétie, une allusion quelconque à ces événements subséquents est pour eux la preuve que cette allusion a été faite après les événements, et placée ensuite sous une forme poétique dans la bouche de Moïse, d’Abraham, etc.

L’apôtre Paul nous dit que « ces choses leur arrivèrent comme types et qu’elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10, 11). Or, si Dieu est l’auteur de ces écrits, j’y trouverai, en les étudiant avec patience et humilité, l’avertissement contenu dans ces choses, mais si tout ce que je possède est une histoire, produit des sentiments de son auteur, et qui pourrait être digne de créance, je ne puis m’attendre à y rencontrer ce que l’apôtre déclare s’y trouver.

Là où l’inspiration n’existe pas, on ne peut chercher la pensée de Dieu. Un simple arrangement de faits dignes de créance avec des motifs humains ne constitue pas un fondement de la pensée divine. Il n’y a donc dans ce livre, pour les auteurs dont nous parlons, aucune idée quelconque de la pensée de Dieu. Mais si une telle pensée existe, ces hommes ont complètement perdu la clef de son interprétation, et celle de l’ordre des divers livres de l’Écriture.

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Notez bien qu’il n’est pas question, comme on voudrait nous le faire croire, d’une théorie de l’inspiration, mais bien de ceci : Il n’y a dans ce livre aucune révélation quelconque de la pensée de Dieu.

Bleek ne le cache pas ; en réalité il ne construit pas même un système moyen entre l’inspiration verbale et l’œuvre humaine. Il dit : « Carpzov estime que les historiens bibliques ont généralement reçu le contenu tout entier de leurs œuvres, la matière et la forme, par l’inspiration immédiate de l’Esprit Saint et non par la tradition ou par des recherches indépendantes. Mais une telle assertion est à la fois déraisonnable et intenable, quand nous considérons sans parti pris, le contenu et la forme des livres historiques de l’Écriture sainte. Sans doute les opinions varient quant à la manière exacte de la coopération du Saint Esprit, etc., mais chacun reconnaîtra sans hésiter que si ces récits traitent de temps et d’événements dans lesquels les auteurs n’ont pas vécu ou auxquels ils n’ont pas pris part, la connaissance de ces choses doit leur être venue par la tradition… Mais il y a toujours une plus grande probabilité pour que la tradition transmise depuis les temps reculés soit pure, quand elle vient par des écrits aussi rapprochés que possibles des événements, que lorsqu’elle est simplement orale ».

Je me permets, en passant, de douter de cette assertion. La tradition orale peut, sans doute, être vague, mais les rapports écrits de cette catégorie ne sont pas une histoire sobre ; ce sont des mythes arrangés par les prêtres en rapport avec leurs faux dieux, avec le culte des ancêtres, ou dans l’intérêt de l’influence sacerdotale. Prenez les rapports écrits dans les « Anciens fragments de Cory », ou les Vedas et Puranas, ou même le récit du déluge de G. Smith, l’une des plus frappantes de ces légendes, ou l’histoire de Deucalion, ou celle des Titans, et voyez si les documents écrits sont un gage d’exactitude. On me dira que c’est tout simplement de la poésie ou des mythes. Tous ces anciens récits n’en sont pas, sauf, ce qui est le point même sur lequel j’insiste, qu’ils cherchent toujours le merveilleux. Des récits oraux sont transmis, et quand ils le sont par les hommes laissés à eux-mêmes, ces derniers en font dans chaque pays des mythes, tandis que l’Écriture nous donne le récit divin d’événements qui sont devenus des mythes entre les mains des hommes.

Il doit donc y avoir quelque chose de supérieur à l’homme pour nous présenter la vérité, la pensée divine, et même pour donner un récit d’événements qui nous reportent bien en arrière dans l’histoire du monde. Et de plus, qui donc choisira les faits moralement importants de manière à présenter dans leur ordre la responsabilité, la promesse, la loi, à établir les bases de la grâce d’un côté sur le péché et de l’autre sur l’amour souverain de Dieu, à donner une espérance par la prophétie, tout en insistant sur la loi et sur la responsabilité, jusqu’à ce que la réjection du Fils de Dieu, venu ici-bas en amour, ait démontré que la grâce seule peut convenir à l’homme ?

D’où vient encore que l’ordonnance des sacrifices lévitiques nous donne une vue bien plus complète de l’offrande de Christ que quoi que ce soit dans le Nouveau Testament, bien que, sous la loi, ils ne pussent être compris ? Ils forment un tout que, certes, jamais l’homme n’a pu composer. Je n’ai aucune objection quelconque, je l’ai dit autre part en réponse à ces vues incrédules, à admettre mille documents, à condition que ce soit Dieu qui ait soin d’en extraire Sa pensée et de me la communiquer. Mais ceux qui éliminent Dieu des Écritures, ne peuvent, cela va sans dire, y discerner Sa sagesse et l’ordre qu’Il y a introduits.

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Toute la partie de l’Ancien Testament qui a trait à la loi, affirme l’existence de communications divines. Jéhovah, ou Jahvé, si ces messieurs le préfèrent, parle à Moïse. Il ne s’agit pas ici de « témoins dignes de créance », ni de faits dont ils puissent être les témoins, ou comme ils disent, de « faits dans lesquels Dieu s’est révélé », mais de « paroles sorties de la bouche de Dieu ». Cela est-il vrai ou faux ? Dieu a-t-Il, oui ou non, parlé à Moïse ? Notez que ce n’étaient pas des choses qui eussent des témoins, sauf lors de la première révélation au pied du Sinaï. Le grand législateur pouvait prouver que Dieu avait parlé par lui, en faisant que la terre engloutît ceux qui résistaient à l’autorité que cette parole de Dieu lui avait conférée (Nomb. 16, 28-30). Telle n’est, sans doute, pas la manière d’agir de Dieu dans les jours de grâce que nous traversons ; je veux seulement montrer qu’il n’y avait pas de témoins de ces communications.

Toute cette partie importante du Pentateuque n’est donc ni le récit de témoins dignes de créance, ni celui d’événements par lesquels Dieu s’est révélé. C’est Dieu, donnant une révélation de Sa volonté par Sa parole, sans aucun fait quelconque. Quant à la chute et à toutes ses circonstances, c’est, sauf la venue du Sauveur pour nous en racheter, le fait le plus important qui ait jamais eu lieu dans le monde. Le connaître de première main serait un simple non-sens,… à moins — ce que nos adversaires nient ouvertement — que ce ne soit de première main par Dieu Lui-même.

L’Écriture ne donne pas simplement des faits dans lesquels Dieu s’est révélé. Elle nous raconte des choses dans lesquelles l’homme s’est révélé, sans l’existence d’aucun fait divin quelconque — dans lesquelles le diable, avec ses voies et ses ruses, s’est révélé et se révèlera jusqu’à ce qu’il soit jeté dans l’étang de feu. Elle nous raconte tout le développement des relations diverses entre Dieu et l’homme, jusqu’à ce que ce dernier ait rejeté le Fils de Dieu. On peut dire qu’elle relate toute l’histoire du monde, comme étant en relation avec Dieu, avec tout ce qui se rapporte à cette histoire, dans l’homme, en Dieu et en Satan. Historiquement, des faits insignifiants, dans lesquels Dieu n’intervenait pas, mais dont tout dépendait — la responsabilité et la puissance vivifiante, dans toute leur portée et leur relation l’une avec l’autre, depuis le jardin d’Éden jusqu’à la gloire et au jugement — l’homme responsable dans l’innocence, sans loi, sous la loi, sous la grâce, en présence de la croix et du Saint Esprit donné, enfin sous le régime de la gloire et devant le jugement. Où trouver le discernement pour choisir les faits nécessaires destinés à exprimer ces choses ?

En réalité, cette théorie rabaisse toute la nature, toute la valeur morale de l’Écriture, outre le système ridicule que nous devons connaître les faits de la Genèse par des témoins oculaires dignes de créance.

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Encore un point, et je termine. Il n’est pas honnête de nous dire comme ils le font qu’ils combattent une « théorie de l’inspiration ». Les hommes peuvent avoir sur l’inspiration des théories sages ou peu sages, à mon avis peu sages en général, car la manière dont Dieu fait des communications, bien que le sujet soit mentionné partiellement dans le cas de Marie et d’Aaron, n’est guère de notre ressort ; et de plus, comme je l’ai dit plus haut, si j’étais inspiré, je ne pourrais communiquer la manière dont je le suis à quelqu’un qui ne l’est pas. Quand il est dit : « La parole de l’Éternel vint », c’est évidemment l’inspiration directe, mais quel est le sens de ces mots quant à la manière dont elle a lieu ? Encore une fois, ceux qui nous disent qu’ils diffèrent quant à la théorie de l’inspiration, manquent de droiture, car ils nient que les parties historiques de l’Écriture soient en rien une révélation. Pour eux, l’Écriture n’est pas du tout la révélation de Dieu. Ils prétendent que des hommes, dignes de créance, peuvent faire le récit des actes divins, mais que c’est une œuvre humaine.

Leur assertion est un non-sens, parce que la plus grande partie de l’Écriture historique, citée dans le Nouveau Testament comme divine, est composée de choses qui ne sont nullement les « grands actes » de Dieu. Cependant tout s’y tient d’une manière inséparable, en nous présentant ce qui a trait à la responsabilité de l’homme et ce que Dieu a souvent fait en conséquence.

Leur assertion est un non-sens, parce que de la plus importante partie de ces livres vous n’avez et ne pouvez avoir aucun récit de première main par des témoins oculaires.

Leur assertion est un non-sens moral, parce que l’homme ne peut être compétent pour choisir les faits dont moralement toute l’histoire dépend, et que, dans son domaine, en dehors de l’Écriture, il a prouvé son incompétence, même quant aux grands actes de Dieu, puisqu’il en a changé la tradition en mythes, tous plus absurdes les uns que les autres, et, quant à ceux qui se rapprochent le plus de l’Écriture, reliant cette tradition à ses faux dieux et à de mauvais principes, et falsifiant les faits eux-mêmes, comme dans le récit babylonien du déluge.

Enfin, cette assertion est absurde, parce qu’elle suppose que Dieu entendait se révéler à l’homme, mais qu’Il s’y est pris de manière à ce que la révélation ne pût l’atteindre avec une certitude quelconque dans les points les plus importants, et, de fait, en aucun point.

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La grande question vitale qui se pose est celle-ci : Avons-nous dans l’Écriture, c’est-à-dire (puisqu’on l’attaque sur ce point) dans sa partie historique, une révélation de la part de Dieu ? Et notez que cette partie historique comprend nécessairement toutes les paroles de Christ et des apôtres, car tous la traitent comme étant une révélation de Dieu.

Dans quelles folies les hommes ne tombent-ils pas quand la Parole de Dieu leur manque ! Ils nous disent qu’ils examinent le Pentateuque au point de vue littéraire en contraste avec le point de vue religieux. En contraste, à coup sûr ! Seulement il faut se souvenir que « le point de vue littéraire » nie absolument tout ce qui ferait de l’histoire biblique un livre religieux, car, selon eux, les premiers écrivains et les derniers éditeurs l’ont composé et arrangé selon leurs vues particulières. Dieu n’y a aucune part.

Quelle bénédiction pour nous, simples chrétiens, de posséder et de croire la précieuse Parole de Dieu, déclarée authentique par le Seigneur Jésus et par les apôtres !