Après ce que je viens de dire, le livre de Job n’exigera pas un long examen ; non qu’il manque d’intérêt, mais l’idée générale une fois saisie, ce sont les détails qui sont intéressants, et ici, les détails ne doivent pas nous arrêter.
Nous trouvons, dans le livre de Job, une partie de ces exercices de cœur que cette division du saint Livre nous présente. Ces exercices ne sont pas joyeux, mais ce sont ceux d’un cœur qui, traversant un monde où se déploie la puissance du mal, et cela sans être mort quant à la chair, n’ayant pas cette science divine que donne l’évangile, n’étant pas mort avec Christ quant à soi-même, ne possédant pas Christ ressuscité, n’est pas en état de jouir en paix, quels que soient ses combats, du fruit de l’amour parfait de Dieu, mais se débat avec le mal dans la jouissance du seul vrai bien, lors même qu’il le désire ; tandis que, par ces révélations mêmes, la lumière de Christ éclaire ces exercices, et la sympathie de Son Esprit et la part qu’Il y prend en grâce sont développées d’une manière touchante. Ce que nous apprenons par eux, c’est ce que nous sommes — non pas les péchés que nous avons commis. Ce n’était pas le cas de Job, mais l’âme elle-même est placée devant Dieu.
En Job, nous voyons l’homme mis à l’épreuve, l’homme, nous pouvons le dire, avec la connaissance que nous avons maintenant, renouvelé par la grâce, juste et intègre dans ses voies, mis à l’épreuve pour faire voir s’il peut se maintenir devant Dieu en présence de la puissance du mal, s’il peut en lui-même avoir la justice devant Dieu ; et, d’un autre côté, les voies par lesquelles Dieu sonde les cœurs et les place dans la conscience de leur vrai état devant Lui.
Tout cela est d’autant plus instructif qu’il nous est présenté en dehors de toute économie, de toute révélation particulière de la part de Dieu. C’est l’homme pieux, tel que pouvait l’être un descendant de Noé, qui n’avait pas perdu la connaissance du vrai Dieu, à une époque où le péché se propageait de nouveau dans le monde, et où, en même temps, l’idolâtrie commençait à s’établir, bien que le juge fût là pour la punir. Job était entouré de bénédictions et possédait une vraie piété. Satan, l’accusateur des serviteurs de Dieu, se promène sur la terre, cherchant une occasion pour le mal, et vient se présenter devant Dieu parmi les anges de sa puissance, les « Bene-Élohim ». Dieu expose le cas de Job, objet de Son gouvernement en bénédiction, de Job fidèle dans sa marche.
Il faut remarquer soigneusement ici que l’origine et la source de toutes ces voies, ce ne sont plus les accusations de Satan, mais Dieu Lui-même. Dieu savait ce qu’il fallait à Son serviteur Job, et c’est Lui-même qui présente son cas et met tout en mouvement. Demande-t-Il à Satan s’il a considéré Son serviteur Job, c’est que Lui-même Il l’a considéré. Satan n’est qu’un instrument, un instrument ignorant quoique rusé, pour accomplir les desseins de grâce de Dieu. Les accusations ne peuvent réellement rien contre Job, elles ne font que montrer leur fausseté par ce qu’il lui est permis de faire. Mais, jusqu’à un certain point, Job est laissé pour son bien à la volonté de Satan afin de l’amener, lui Job, à connaître son propre cœur et à jouir aussi plus intimement d’une relation pratique avec Dieu. Combien les voies de Dieu sont bénies et parfaites ! Combien sont vains en définitive les efforts de Satan contre ceux qui sont siens !
Satan attribue la piété de Job à la faveur évidente de Dieu et à sa prospérité, à la haie de protection dont Il l’a entouré. Dieu livre tout cela entre les mains de Satan. Celui-ci excite aussitôt la cupidité des ennemis de Job, qui l’attaquent et le dépouillent de tout. Ses enfants même périssent par l’effet de la tempête qu’il est permis à Satan de soulever ; et Job, sans s’arrêter ni aux instruments, ni à Satan qui les emploie, reçoit sans murmure la coupe amère de la main de Dieu Lui-même. Satan suggère alors que l’homme abandonnerait tout pour se conserver lui-même. Dieu lui abandonne tout, sauf la vie de Son serviteur. Satan frappe Job d’une affreuse maladie. Job se soumet à la main de Dieu, et reconnaît tous Ses droits. Satan avait épuisé ses moyens de nuire à Job, et nous n’entendons plus parler de lui. Mais il est beau de voir que Dieu a par ce moyen complètement justifié Job des accusations de Satan. Job n’était pas hypocrite. Il avait perdu tous les biens auxquels Satan attribuait sa piété, et cette piété brilla plus que jamais. Satan peut dénoncer les motifs qui agissent dans la chair, le mal qui est dans le cœur de l’homme et que lui-même excite, mais la grâce qui se trouve en Dieu, Son amour sans cause, et la grâce opérant dans l’homme qui s’y confie et s’y repose, il n’en peut connaître ni la mesure ni la puissance.
Mais les profondeurs du cœur de Job n’étaient pas encore atteintes ; et quelle qu’ait pu être l’intention de Satan, c’est à cela que Dieu voulait en venir. Job ne se connaissait pas. Quelle qu’eût été sa piété, il ne s’était, jusqu’alors, jamais trouvé dans la présence de Dieu . Que de fois il arrive que, même dans une longue vie de piété, la conscience n’a jamais été réellement placée devant Dieu. On ignore encore la paix, telle qu’elle ne saurait être ébranlée, et la véritable liberté. Il y a ce désir qui cherche Dieu ; il y a la nouvelle nature ; l’attrait de la grâce a été senti, néanmoins Dieu et Son amour, tel qu’Il est réellement, ne sont pas connus. Si Satan est déjoué (la grâce de Dieu ayant gardé le cœur de Job pour qu’il ne murmurât pas), Dieu a encore Son œuvre à faire. Ce que la tempête, suscitée par Satan contre Job, n’a pu faire, la sympathie de ses amis l’accomplira. Pauvre cœur de l’homme ! L’intégrité et même la patience de Job ont été manifestées. Satan n’a plus rien à dire. Dieu seul peut découvrir ce que le cœur est réellement devant Lui. L’absence de toute volonté propre, le parfait accord de la volonté de l’homme avec celle de Dieu, une soumission absolue comme celle de Christ ; ces choses, Dieu seul peut en faire l’épreuve et ainsi mettre à nu devant Lui le néant du cœur de l’homme. C’est ce que Dieu a fait à l’égard de Job, en montrant en même temps qu’Il agissait dans ce cas en grâce pour le bien de l’âme qu’Il aimait.
En comparant les paroles de l’Esprit de Christ, dans les Psaumes, avec les expressions de Job dans son affliction, on trouvera souvent, dans l’appréciation des circonstances, des termes à peu près identiques ; mais, au lieu des plaintes amères et des reproches adressés à Dieu, on entendra le langage de la soumission d’un cœur qui reconnaît que Dieu est parfait dans toutes Ses voies.
Job était intègre, mais il commençait à faire de son intégrité sa justice, démonstration évidente qu’il n’avait jamais été vraiment dans la présence de Dieu. La conséquence en a été que, bien qu’il raisonnât plus juste que ses amis, et montrât un cœur qui sentait réellement beaucoup plus qu’eux ce que Dieu était, il osait attribuer à Dieu l’injustice et Lui prêter le vouloir de le tourmenter sans cause (voyez les chap. 19 ; 23, 3-13 ; 13, 15-18 ; 16, 12 ). Dans le chapitre 29 , on voit aussi que son cœur s’était arrêté à sa marche juste et bienfaisante, qu’il s’y complaisait, qu’il en faisait l’éloge, et que son amour-propre s’en nourrissait. « Quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage » . Dieu l’a amené à dire : « Maintenant mon œil t ’a vu : c’est pourquoi j’ai horreur de moi » . Et c’est par ces chapitres (29 à 31 ), où il exprime la bonne opinion qu’il a de lui-même, que Job termine son discours. Le fond de son cœur était vidé. Il était satisfait de lui-même : la grâce de Dieu avait bien agi en lui d’une manière qui le rendait aimable, mais n’étant pas en la présence de Dieu qui manifeste la perfidie du cœur humain, cette perfidie avait pour effet actuel de rendre Job aimable à ses propres yeux. S’il (chap. 9 ) reconnaît l’iniquité de l’homme (car qui pourrait le nier, et surtout quel cœur converti le ferait ?), c’est dans l’amertume de son âme, parce qu’il est inutile à l’homme de vouloir être juste devant un tel Dieu. Qu’il s’agît de l’orgueil du cœur de Job qui ne pouvait supporter d’être vu dans un tel état par ceux qui avaient connu sa grandeur, état que l’orgueil aurait pu supporter seul par opiniâtreté, ou qu’il s’agît de la sympathie qui en affaiblissant sa fierté, l’avait laissé en pleine conscience de son misérable état, le chapitre 6 , ainsi que tous les discours de Job, démontre que c’étaient la présence et les discours de ses amis qui furent le moyen de faire ressortir ce qui était dans son cœur. On voit aussi, chapitre 30 , que l’orgueil de son cœur avait été mis à découvert.
Quant aux amis de Job, il n’y a pas grand-chose à en dire. Ils insistent sur la doctrine que le gouvernement terrestre de Dieu serait actuellement une pleine manifestation et une pleine mesure de Sa justice et de la justice de l’homme qui aurait dû y correspondre ; doctrine qui démontrait une ignorance totale de ce qu’est la justice de Dieu, de ce que sont Ses voies, ainsi que l’absence de toute vraie connaissance de ce que Dieu est, ou de ce que l’homme est comme pécheur. On ne voit pas non plus chez eux un cœur mû, dans ses sentiments, par la communion avec Dieu. Leurs arguments sont une fausse et froide appréciation de la justice exacte de Son gouvernement, comme manifestation adéquate de Ses relations avec l’homme, quoiqu’ils emploient plusieurs lieux communs que même l’Esprit de Dieu admet comme justes. Lors même que, dans l’appréciation que Job fait de lui-même, il ne soit pas devant Dieu, il juge tout cela avec justesse. Il fait voir que, bien que Dieu n’approuve pas les méchants, les circonstances dans lesquelles on les trouve souvent renversent les raisonnements de ses amis. On voit en lui un cœur qui, tout en étant rebelle à Dieu, compte sur Dieu et aimerait à Le trouver et qui, aussitôt qu’il peut, en quelques mots, se débarrasser de ses amis qui, il le sent bien, ne comprennent rien ni à son cas, ni aux voies de Dieu, se tourne vers Dieu (quoiqu’il ne Le trouve pas, et qu’il se plaigne que Sa main s’appesantisse sur lui), comme dans ce beau et touchant chapitre 23 , et dans les arguments contenus aux chapitres 24 et 21 , sur le gouvernement de Dieu. C’est-à-dire qu’on voit un homme qui a goûté que le Seigneur est bon , dont le cœur, froissé sans doute et insoumis, réclame pour Dieu, parce qu’il Le connaît, des qualités que les froids raisonnements de ses amis ne savaient pas Lui attribuer ; un cœur qui se plaint amèrement de Dieu, mais qui sent que, une fois auprès de Lui, il Le trouverait tel qu’il se Le représentait et non pas tel que Le représentaient ses amis, ou tels qu’ils étaient eux-mêmes — s’il pouvait Le trouver, il ne serait pas comme eux, Dieu mettrait des paroles en sa bouche ; un cœur qui repoussait avec indignation l’accusation d’hypocrisie, car Job sentait qu’il regardait vers Dieu, qu’il L’avait connu et avait agi par rapport à Lui, quoique Dieu trouvât bon de lui rappeler son péché.
Mais ces affections spirituelles n’empêchaient pas Job de se faire de la conscience de son intégrité un vêtement de propre justice, qui lui cachait Dieu et qui même cachait Job à lui-même. Il se déclare plus juste que Dieu (10, 7, 8 ; 16, 14-17 ; 23, 11-13 ; 27, 2-6 ). Élihu lui reproche ces choses, et, d’un autre côté, lui explique les voies de Dieu. Il lui fait voir que Dieu visite l’homme et le châtie, afin que, soumis et brisé, s’il se trouve quelqu’un pour lui faire voir le point de contact moral entre son âme et Dieu , point où son âme serait vraiment dans l’intégrité devant Lui[1] , Dieu puisse agir en grâce et en bénédiction, et le délivrer du mal qui pesait sur lui. Élihu continue en lui montrant que, si Dieu châtie, il convient que l’homme se présente devant Dieu, afin d’apprendre en quoi il a mal fait. Enfin, il fait voir que les voies de Dieu sont justes, que Dieu ne retire pas Ses yeux de dessus le juste , que s’il est dans l’affliction, Dieu lui montre ses fautes ; que si, lorsque Dieu lui ouvre l’oreille à la discipline , il se tourne vers Dieu avec obéissance, il recevra prospérité , qu’au contraire les hypocrites périront . Le premier cas qu’Élihu présente (chap. 33 ) a trait aux voies de Dieu à l’égard des hommes. Il réveille leur conscience sur leur état et met un frein à leur orgueil et à leur volonté propre. Dieu châtie et humilie l’homme. Le second cas se rapporte particulièrement au juste (chap. 36 ) ; c’est le cas d’une transgression positive, mais qui se trouve dans un juste devant Dieu, un juste duquel Il ne retire pas Ses yeux , et dans lequel il ne tolère pas l’iniquité. Mais dans le premier cas, l’homme est sur le chemin de la destruction. C’était ce cas[2] qui exigeait un interprète qui plaçât l’homme dans l’intégrité devant Dieu . Enfin, Élihu insiste sur la puissance insondable du Dieu Tout-puissant.
Jéhovah prend alors la parole et, s’adressant à Job, continue à parler sur ce sujet. Il fait sentir à Job son néant. Job se reconnaît vil et déclare qu’il veut se taire en présence de Dieu . L’Éternel reprend Son discours, et Job reconnaît qu’en voulant parler de ce qu’il ne comprenait pas, il avait obscurci le conseil . Mais maintenant, plus soumis encore, il exprime ouvertement son véritable état. Autrefois il avait entendu parler de Dieu, maintenant son œil L’avait vu, c’est pourquoi il a horreur de lui-même, et il se repent dans la poussière et dans la cendre . Tel est l’effet d’avoir vu Dieu et de se trouver en Sa présence. L’œuvre de Dieu était accomplie, cette œuvre de Sa parfaite bonté qui n’avait pas voulu laisser Job sans lui donner la connaissance de lui-même et sans le placer devant Dieu même. Le but de la discipline était atteint, et Job est entouré de plus de bénédictions qu’auparavant .
Nous avons cette double leçon : d’un côté, l’homme ne peut point se tenir en la présence de Dieu ; de l’autre, nous voyons les voies de Dieu pour l’instruction de l’homme intérieur. C’est en outre, un tableau des voies de Dieu à l’égard des Juifs sur la terre.
Le livre de Job nous donne évidemment aussi l’enseignement de l’Esprit sur le rôle de Satan dans les voies et dans le gouvernement de Dieu, à l’égard de l’homme sur la terre. Remarquons aussi les soins fidèles et parfaits de Dieu de qui tout provenait (quelle qu’ait été la malice de Satan), parce qu’Il voyait que Job en avait besoin. Nous constatons que c’est Dieu Lui-même qui place le cas de Job devant Satan et que celui-ci disparaît de la scène, car il s’agit ici non des tentations qu’il produit dans l’homme, mais de son action sur la terre. Or si Dieu s’était arrêté aux afflictions extérieures, Job aurait eu un nouveau motif de satisfaction personnelle. L’homme aurait pu juger ces afflictions bien suffisantes, mais le mal du cœur de Job, c’était de s’arrêter aux fruits de la grâce en lui, ce qui n’aurait fait qu’augmenter la bonne opinion qu’il avait déjà de lui-même ; bienfaisant dans la prospérité, il eût été aussi patient dans l’adversité. Ainsi Dieu continue Son œuvre, afin que Job puisse se connaître.
La sympathie de ses amis (car on supporte seul et de la part de Dieu, en Sa présence, ce que l’on ne supporte pas lorsqu’on peut s’en plaindre aux hommes) ou l’orgueil qui n’est pas éveillé quand nous sommes seuls, mais qui est blessé lorsque d’autres ont le spectacle de notre misère, ou peut-être les deux choses ensemble, renversent l’esprit de Job, et il maudit le jour où il est né . Le fond de son cœur est dévoilé. C’était ce dont il avait besoin.
Nous avons ainsi l’homme placé entre Satan l’accusateur et Dieu. Il ne s’agit pas de la révélation divine de la justice éternelle, mais de Ses voies à l’égard de l’âme des hommes dans ce monde. L’homme pieux passe par l’affliction. La raison devait en être donnée : les amis affirment que ce monde est l’expression adéquate du juste gouvernement de Dieu, par conséquent, Job qui a fait une grande profession de piété est un hypocrite. Il le nie formellement, mais sa volonté non brisée s’élève contre Dieu. Il a plu à Dieu de le faire, et Job n’y peut rien. Seulement il est sûr que s’il trouvait Dieu, Il mettrait des paroles en sa bouche. Il a dit du bien de Dieu quoiqu’il fût dans la rébellion et qu’il pensât que sa bonté procédait de lui-même. Il affirme encore que bien qu’il y eût un gouvernement, ce monde ne l’a pas fait voir, comme l’ont dit ses amis ; mais il n’est pas brisé devant Dieu. Élihu entre en scène, comme interprète, un entre mille (et combien ils sont rares pratiquement !), et il montre la discipline de Dieu à l’égard de l’homme et à l’égard du juste, et reprend les deux côtés avec intelligence. Alors Dieu paraît et met Job à sa place en se révélant Lui-même, mais Il reconnaît les sentiments justes de Job envers Lui. Il remet les amis à leur vraie place et Job doit intercéder pour eux . Job humilié peut être abondamment béni. Cette connaissance de soi-même devant Dieu est de toute importance ; jusqu’alors nous ne sommes jamais ni humbles, ni défiants de nous-mêmes.
Job
29 ◊ 1 Et Job reprit son discours sentencieux et dit :
◊ 2 Oh ! que ne suis-je comme aux mois d’autrefois, comme aux jours où +Dieu me gardait ;
◊ 3 Quand sa clarté luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à sa lumière ;
◊ 4 Comme j’étais aux jours de mon automne, quand le conseil secret de +Dieu présidait sur ma tente ;
◊ 5 Quand le Tout-puissant était encore avec moi, [et] que mes jeunes gens m’entouraient ;
◊ 6 Quand je lavais mes pas dans le caillé, et que le rocher versait auprès de moi des ruisseaux d’huile ! —
◊ 7 Quand je sortais [pour aller] à la porte par la ville, quand je préparais mon siège sur la place :
◊ 8 Les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient [et] se tenaient debout ;
◊ 9 Les princes s’abstenaient de parler et mettaient la main sur leur bouche,
◊ 10 La voix des nobles s’éteignait, et leur langue se collait à leur palais.
◊ 11 Quand l’oreille m’entendait, elle m’appelait bienheureux ; quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage ;
◊ 12 Car je délivrais le malheureux qui implorait du secours, et l’orphelin qui était sans aide.
◊ 13 La bénédiction de celui qui périssait venait sur moi, et je faisais chanter de joie le cœur de la veuve.
◊ 14 Je me vêtais de la justice, et elle me revêtait ; ma droiture m’était comme un manteau et un turban.
◊ 15 J’étais, moi, les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux ;
◊ 16 J’étais un père pour les pauvres, et j’examinais la cause de celui qui m’était inconnu ;
◊ 17 Et je brisais la mâchoire de l’inique, et d’entre ses dents j’arrachais la proie.
◊ 18 Et je disais : J’expirerai dans mon nid, et mes jours seront nombreux comme le sable ;
◊ 19 Ma racine sera ouverte aux eaux, et la rosée séjournera sur ma branche ;
◊ 20 Ma gloire [restera] toujours nouvelle avec moi, et mon arc rajeunira dans ma main.
◊ 21 On m’écoutait et on attendait, et on se taisait pour [avoir] mon conseil ;
◊ 22 Après que j’avais parlé on ne répliquait pas, et mon discours distillait sur eux ;
◊ 23 Et on m’attendait comme la pluie, et on ouvrait la bouche [comme] pour la pluie de la dernière saison.
◊ 24 Si je leur souriais, ils ne le croyaient pas, et ils ne troublaient pas la sérénité de ma face.
◊ 25 Je choisissais pour eux le chemin et je m’asseyais à leur tête, et je demeurais comme un roi au milieu d’une troupe, comme quelqu’un qui console les affligés.
Job
19 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 Jusques à quand affligerez-vous mon âme, et m’accablerez-vous de paroles ?
◊ 3 Voilà dix fois que vous m’avez outragé, vous n’avez pas honte de m’étourdir.
◊ 4 Mais si vraiment j’ai erré, mon erreur demeure avec moi.
◊ 5 Si réellement vous voulez vous élever contre moi et faire valoir mon opprobre contre moi,
◊ 6 Sachez donc que c’est +Dieu qui me renverse et qui m’entoure de son filet.
◊ 7 Voici, je crie à la violence, et je ne suis pas exaucé ; je pousse des cris, et il n’y a pas de jugement.
◊ 8 Il a fermé mon chemin et je ne puis passer, et il a mis des ténèbres sur mes sentiers ;
◊ 9 Il m’a dépouillé de ma gloire et a ôté la couronne de dessus ma tête ;
◊ 10 Il m’a détruit de tous côtés, et je m’en vais ; il a arraché mon espérance comme un arbre.
◊ 11 Il a allumé contre moi sa colère, et il m’a tenu pour l’un de ses ennemis.
◊ 12 Ses troupes sont venues ensemble, et elles ont dressé en chaussée leur chemin contre moi et se sont campées autour de ma tente.
◊ 13 Il a éloigné de moi mes frères, et ceux de ma connaissance me sont devenus entièrement étrangers ;
◊ 14 Mes proches m’ont délaissé, et ceux que je connaissais m’ont oublié.
◊ 15 Ceux qui séjournent dans ma maison et mes servantes me tiennent pour un étranger ; je suis à leurs yeux comme un homme du dehors.
◊ 16 J’ai appelé mon serviteur, et il n’a pas répondu ; de ma bouche je l’ai supplié.
◊ 17 Mon haleine est étrangère à ma femme, et ma supplication, aux fils du sein de ma mère.
◊ 18 Même les petits enfants me méprisent ; je me lève, et ils parlent contre moi.
◊ 19 Tous les hommes de mon intimité m’ont en horreur, et ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.
◊ 20 Mes os s’attachent à ma peau et à ma chair, et j’ai échappé avec la peau de mes dents !
◊ 21 * Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous mes amis ! car la main de +Dieu m’a atteint.
◊ 22 Pourquoi, comme *Dieu, me poursuivez-vous et n’êtes-vous pas rassasiés de ma chair ?
◊ 23 Oh ! si seulement mes paroles étaient écrites ! si seulement elles étaient inscrites dans un livre,
◊ 24 Avec un style de fer et du plomb, et gravées dans le roc pour toujours !
◊ 25 Et moi, je sais que mon rédempteur est vivant, et que, le dernier, il sera debout sur la terre ;
◊ 26 Et après ma peau, ceci sera détruit, et de ma chair je verrai +Dieu,
◊ 27 Que je verrai, moi, pour moi-même ; et mes yeux [le] verront, et non un autre : — mes reins se consument dans mon sein.
◊ 28 Si vous dites : Comment le poursuivrons-nous ? et que la racine de la chose se trouve en moi,
◊ 29 Tremblez pour vous-mêmes devant l’épée ! car l’épée est l’instrument de la fureur contre les iniquités ; afin que vous sachiez qu’il y a un jugement !
1 Pierre
2 ◊ 1 Rejetant donc toute malice et toute fraude, et l’hypocrisie et l’envie, et toutes médisances, ◊ 2 désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut, ◊ 3 si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon ; ◊ 4 duquel vous approchant [comme] d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, ◊ 5 vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ. ◊ 6 Parce qu’on trouve dans l’écriture : « Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera point confus ». ◊ 7 C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, « la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin », ◊ 8 « et une pierre d’achoppement et un rocher de chute », lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés. ◊ 9 Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ; ◊ 10 vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde.
◊ 11 Bien-aimés, je vous exhorte, comme forains et étrangers, à vous abstenir des convoitises charnelles, lesquelles font la guerre à l’âme, ◊ 12 ayant une conduite honnête parmi les nations, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ils glorifient Dieu au jour de la visitation, à cause de vos bonnes œuvres qu’ils observent.
◊ 13 Soyez donc soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur, soit au roi comme étant au-dessus de tous, ◊ 14 soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font le mal et pour louer ceux qui font le bien ; ◊ 15 car c’est ici la volonté de Dieu, qu’en faisant le bien vous fermiez la bouche à l’ignorance des hommes dépourvus de sens, ◊ 16 comme libres, et non comme ayant la liberté pour voile de la méchanceté, mais comme esclaves de Dieu. ◊ 17 Honorez tous les hommes ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi.
◊ 18 Vous, domestiques, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont fâcheux ; ◊ 19 car c’est une chose digne de louange, si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement. ◊ 20 Car quelle gloire y a-t-il, si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez ? mais si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu, ◊ 21 car c’est à cela que vous avez été appelés ; car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, ◊ 22 « lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude » ; ◊ 23 qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement ; ◊ 24 qui lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions à la justice ; « par la meurtrissure duquel vous avez été guéris » ; ◊ 25 car vous étiez errants comme des brebis, mais maintenant vous êtes retournés au berger et au surveillant de vos âmes.
Job
16 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 J’ai entendu bien des choses comme celles-là ; vous êtes tous des consolateurs fâcheux.
◊ 3 Y aura-t-il une fin à [ces] paroles de vent ? Qu’est-ce qui t’irrite, que tu répondes ?
◊ 4 Moi aussi, je pourrais parler comme vous ; si votre âme était à la place de mon âme, je pourrais entasser des paroles contre vous et secouer ma tête contre vous !
◊ 5 [Mais] je vous fortifierais de ma bouche, et la consolation de mes lèvres allégerait [vos douleurs].
◊ 6 * Si je parle, ma douleur n’est pas allégée ; et si je me tais, s’éloignera-t-elle de moi ?
◊ 7 Mais maintenant, il m’a fatigué… : tu as dévasté toute ma famille ;
◊ 8 Tu m’as étreint, c’est un témoignage, et ma maigreur se lève contre moi, elle dépose, à ma face, contre moi.
◊ 9 Sa colère me déchire et me poursuit ; il grince des dents contre moi ; [comme] mon adversaire, il aiguise contre moi ses yeux.
◊ 10 Ils ouvrent contre moi leur bouche, ils me frappent les joues avec mépris ; ils s’attroupent contre moi.
◊ 11 *Dieu m’a livré à l’inique, et m’a jeté entre les mains des méchants.
◊ 12 J’étais en paix, et il m’a brisé ; il m’a saisi par la nuque et m’a broyé, et m’a dressé pour lui servir de but.
◊ 13 Ses archers m’ont environné ; il me perce les reins et ne m’épargne pas ; il répand mon fiel sur la terre.
◊ 14 Il fait brèche en moi, brèche sur brèche ; il court sur moi comme un homme fort.
◊ 15 J’ai cousu un sac sur ma peau, et j’ai dégradé ma corne dans la poussière.
◊ 16 Mon visage est enflammé à force de pleurer, et sur mes paupières est l’ombre de la mort,
◊ 17 Quoiqu’il n’y ait pas de violence dans mes mains, et que ma prière soit pure.
◊ 18 Ô terre, ne recouvre pas mon sang, et qu’il n’y ait pas de place pour mon cri !
◊ 19 Maintenant aussi, voici, mon témoin est dans les cieux, et celui qui témoigne pour moi est dans les lieux élevés.
◊ 20 Mes amis se moquent de moi… vers +Dieu pleurent mes yeux.
◊ 21 Que n’y a-t-il un arbitre pour l’homme auprès de +Dieu, et pour un fils d’homme vis-à-vis de son ami !
◊ 22 Car les années s’écoulent dont on peut compter le nombre, et je m’en vais dans le chemin [d’où] je ne reviendrai pas.
Job
27 ◊ 1 Et Job reprit son discours sentencieux et dit :
◊ 2 *Dieu qui a écarté mon droit, le Tout-puissant qui met l’amertume dans mon âme, est vivant :
◊ 3 Tant que mon souffle est en moi et l’esprit de +Dieu dans mes narines,
◊ 4 Mes lèvres ne diront pas d’iniquité, et ma langue ne prononcera pas de fausseté.
◊ 5 Loin de moi que je vous justifie ! Jusqu’à ce que j’expire, je ne lâcherai pas ma perfection ;
◊ 6 Je tiendrai ferme ma justice et je n’en ferai pas abandon ; mon cœur ne me reproche aucun de mes jours.
◊ 7 Que mon ennemi soit comme le méchant, et celui qui s’élève contre moi comme l’inique !
◊ 8 Car quelle est l’espérance de l’impie quand [Dieu le] retranche, quand +Dieu retire son âme ?
◊ 9 *Dieu entendra-t-il son cri quand la détresse viendra sur lui ?
◊ 10 Trouvera-t-il ses délices dans le Tout-puissant ? Invoquera-t-il +Dieu en tout temps ?
◊ 11 * Je vous enseignerai comment *Dieu agit, je ne cacherai pas ce qui est par-devers le Tout-puissant.
◊ 12 Voici, vous-mêmes, vous l’avez tous vu : et pourquoi entretenez-vous ces vaines pensées ?
◊ 13 Voici quelle est, par-devers *Dieu, la part de l’homme méchant et l’héritage que les violents reçoivent du Tout-puissant :
◊ 14 Si ses fils se multiplient, c’est pour l’épée, et ses descendants ne sont pas rassasiés de pain.
◊ 15 Ceux qui restent après lui seront enterrés dans la mort, et ses veuves ne pleureront pas.
◊ 16 S’il entasse l’argent comme la poussière et se prépare des vêtements comme de la boue,
◊ 17 Il se les prépare, mais le juste s’en vêtira ; et l’argent, c’est l’innocent qui se le partagera.
◊ 18 Il a bâti sa maison comme la teigne, comme une cabane que fait celui qui garde [les vignes].
◊ 19 Il se couche riche, et il ne le refera pas ; il ouvre ses yeux, et il n’est plus.
◊ 20 Les frayeurs le surprennent comme des eaux ; l’ouragan l’emporte de nuit ;
◊ 21 Le vent d’orient l’enlève, et il s’en va, et dans un tourbillon il l’emporte de son lieu.
◊ 22 [Dieu] lance [ses dards] sur lui et ne l’épargne pas ; il voudrait fuir loin de sa main.
◊ 23 On battra des mains sur lui, et on le chassera de son lieu avec des sifflements.
Job
39 ◊ 1 Est-ce toi qui chasses la proie pour la lionne, et qui rassasies l’appétit des lionceaux,
◊ 2 Quand ils sont couchés dans leurs tanières [et] se tiennent aux aguets dans leur fourré ?
◊ 3 Qui prépare au corbeau sa pâture quand ses petits crient à *Dieu [et] qu’ils errent sans nourriture ?
◊ 4 * Sais-tu le temps où mettent bas les bouquetins des rochers ? As-tu observé les douleurs des biches ?
◊ 5 As-tu compté les mois qu’elles accomplissent, et connais-tu le temps où elles mettent bas ?
◊ 6 Elles se courbent, elles enfantent leur portée, elles se délivrent de leurs douleurs.
◊ 7 Leurs petits deviennent forts, ils grandissent dans les champs, ils s’en vont et ne reviennent pas à elles.
◊ 8 * Qui a lâché l’âne sauvage ? qui a délié les liens de l’onagre,
◊ 9 Auquel j’ai donné le désert pour maison, et la terre salée pour demeure ?
◊ 10 Il se rit du tumulte de la ville, il n’entend pas le cri du conducteur.
◊ 11 Il parcourt les montagnes pour trouver sa pâture, et il est en quête de tout ce qui est vert.
◊ 12 * Le buffle voudra-t-il être à ton service ? Passera-t-il la nuit auprès de ta crèche ?
◊ 13 Attacheras-tu le buffle par sa corde dans le sillon ? Hersera-t-il les vallées après toi ?
◊ 14 Auras-tu confiance en lui, parce que sa force est grande, et lui abandonneras-tu ton labeur ?
◊ 15 Te fieras-tu à lui pour rentrer ce que tu as semé, et rassemblera-t-il [le blé] dans ton aire ?
◊ 16 * L’aile de l’autruche bat joyeusement : ce sont les plumes et le plumage de la cigogne ;
◊ 17 Toutefois elle abandonne ses œufs à la terre et les chauffe sur la poussière,
◊ 18 Et elle oublie que le pied peut les écraser et la bête des champs les fouler ;
◊ 19 Elle est dure avec ses petits comme s’ils n’étaient pas à elle ; son labeur est vain, sans qu’elle s’en émeuve.
◊ 20 Car +Dieu l’a privée de sagesse, et ne lui a pas départi l’intelligence.
◊ 21 Quand elle s’enlève, elle se moque du cheval et de celui qui le monte.
◊ 22 * Est-ce toi qui as donné au cheval sa force ? Est-ce toi qui as revêtu son cou d’une crinière flottante ?
◊ 23 Est-ce toi qui le fais bondir comme la sauterelle ? Son ronflement magnifique est terrible.
◊ 24 Il creuse [le sol] dans la plaine et se réjouit de sa force ; il sort à la rencontre des armes ;
◊ 25 Il se rit de la frayeur et ne s’épouvante pas, et il ne se tourne pas devant l’épée.
◊ 26 Sur lui retentit le carquois, brillent la lance et le javelot.
◊ 27 Frémissant et agité, il dévore le sol, et ne peut se contenir quand sonne la trompette.
◊ 28 Au bruit de la trompette, il dit : Ha ! ha ! et de loin il flaire la bataille, le tonnerre des chefs et le tumulte.
◊ 29 * Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son essor et qu’il étend ses ailes vers le midi ?
◊ 30 Est-ce à ta parole que l’aigle s’élève et qu’il bâtit haut son aire ?
◊ 31 Il demeure dans les rochers et y fait son habitation, sur la dent du rocher et sur les hautes cimes.
◊ 32 De là il épie sa nourriture, ses yeux regardent dans le lointain.
◊ 33 Ses petits sucent le sang, et là où sont les tués, là il est.
◊ 34 * Et l’Éternel répondit à Job et dit :
◊ 35 Celui qui conteste avec le Tout-puissant l’instruira-t-il ? Celui qui reprend +Dieu, qu’il réponde à cela !
◊ 36 * Et Job répondit à l’Éternel et dit :
◊ 37 Voici, je suis une créature de rien, que te répliquerai-je ? Je mettrai ma main sur ma bouche.
◊ 38 J’ai parlé une fois, et je ne répondrai plus ; et deux fois, et je n’ajouterai rien.
Job
36 ◊ 1 Et Élihu continua et dit :
◊ 2 Attends-moi un peu, et je te montrerai que j’ai encore des paroles pour +Dieu.
◊ 3 J’apporterai de loin ce que je sais, et je donnerai justice à mon créateur.
◊ 4 Car certainement mes discours ne sont pas des mensonges ; celui qui est parfait en connaissances est avec toi.
◊ 5 * Voici, *Dieu est puissant et ne méprise personne ; il est puissant en force d’intelligence.
◊ 6 Il ne fait pas vivre le méchant, mais il fait droit aux malheureux.
◊ 7 Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste, et [celui-ci] est avec les rois sur le trône, et il les fait asseoir à toujours, et ils sont élevés.
◊ 8 Et si, liés dans les chaînes, ils sont pris dans les cordeaux du malheur,
◊ 9 Il leur montre ce qu’ils ont fait, et leurs transgressions, parce qu’elles sont devenues grandes ;
◊ 10 Et il ouvre leurs oreilles à la discipline, et leur dit de revenir de l’iniquité.
◊ 11 S’ils écoutent et le servent, ils accompliront leurs jours dans la prospérité et leurs années dans les choses agréables [de la vie] ;
◊ 12 Mais s’ils n’écoutent pas, ils s’en iront par l’épée, et expireront sans connaissance.
◊ 13 Les hypocrites de cœur amassent la colère ; ils ne crient pas quand [Dieu] les lie.
◊ 14 Ils mourront dans la jeunesse, et leur vie est parmi les hommes voués à l’infamie.
◊ 15 Il délivre le malheureux dans son malheur, et lui ouvre l’oreille dans l’oppression.
◊ 16 Il t’aurait aussi tiré de la gueule de la détresse [et mis] au large, là où il n’y a point de gêne, et la graisse abonderait dans les mets de ta table.
◊ 17 Mais tu es plein des jugements des méchants ; le jugement et la justice [te] saisiront.
◊ 18 Puisqu’il y a de la colère, prends garde qu’elle ne t’enlève par le châtiment ; et une grande rançon ne te le fera pas éviter.
◊ 19 Tiendra-t-il compte de tes richesses ? Non ; — ni de l’or, ni de toutes les ressources de la puissance.
◊ 20 Ne soupire pas après la nuit qui enlèvera les peuples de leur place.
◊ 21 Prends garde à toi ! Ne te tourne pas vers l’iniquité, car c’est ce que tu as choisi plutôt que l’affliction.
◊ 22 * Voici, *Dieu se montre élevé dans sa puissance : qui enseigne comme lui ?
◊ 23 Qui lui a prescrit son chemin, et qui a dit : Tu as mal agi ?
◊ 24 Souviens-toi de glorifier son œuvre, que les hommes célèbrent :
◊ 25 Tout homme la contemple, le mortel la regarde de loin.
◊ 26 Voici, *Dieu est grand, et nous ne le connaissons pas ; le nombre de ses années, nul ne le sonde.
◊ 27 Car il attire les gouttes d’eau : des vapeurs qu’il forme elles distillent la pluie,
◊ 28 Que les nuages font couler ; ils tombent en gouttes sur les hommes, abondamment.
◊ 29 Mais qui peut comprendre le déploiement de la nuée, le fracas de son tabernacle ?
◊ 30 Voici, il étend sa lumière autour de lui, et couvre le fond de la mer.
◊ 31 Car par ces choses il juge les peuples, il donne la nourriture en abondance.
◊ 32 Il couvre ses mains de l’éclair, et lui commande où il doit frapper ;
◊ 33 Son bruit l’annonce, le bétail même en présage la venue !
Job
3 ◊ 1 * Après cela, Job ouvrit sa bouche et maudit son jour. ◊ 2 Et Job prit la parole et dit :
◊ 3 Périsse le jour auquel je naquis, et la nuit qui dit : Un homme a été conçu !
◊ 4 Ce jour-là, qu’il soit ténèbres ; que +Dieu ne s’en enquière pas d’en haut, et que la lumière ne resplendisse pas sur lui !
◊ 5 Que les ténèbres et l’ombre de la mort le réclament ; que les nuées demeurent sur lui ; que ce qui assombrit les jours le terrifie !
◊ 6 Cette nuit-là, que l’obscurité s’en empare ; qu’elle ne se réjouisse point parmi les jours de l’année, qu’elle n’entre pas dans le nombre des mois !
◊ 7 Voici, que cette nuit-là soit stérile ; que les cris de joie n’y entrent pas !
◊ 8 Que ceux qui maudissent le jour la maudissent, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !
◊ 9 Que les étoiles de son crépuscule soient obscurcies ; qu’elle attende la lumière, et qu’il n’y en ait point, et qu’elle ne voie pas les cils de l’aurore !
◊ 10 Parce qu’elle n’a pas fermé les portes du sein qui m’a porté, et n’a pas caché la misère de devant mes yeux.
◊ 11 * Pourquoi ne suis-je pas mort dès la matrice, n’ai-je pas expiré quand je sortis du ventre ?
◊ 12 Pourquoi les genoux m’ont-ils rencontré, et pourquoi les mamelles, pour les téter ?
◊ 13 Car maintenant je serais couché et je serais tranquille, je dormirais : alors j’aurais du repos,
◊ 14 Avec les rois et les conseillers de la terre qui se bâtissent des solitudes,
◊ 15 Ou avec les princes qui ont de l’or, qui ont rempli d’argent leurs maisons ;
◊ 16 Ou, comme un avorton caché, je n’aurais pas été, — comme les petits enfants qui n’ont pas vu la lumière.
◊ 17 Là, les méchants ont cessé leur tumulte, et là ceux dont les forces sont épuisées par la fatigue sont en repos ;
◊ 18 Les prisonniers demeurent ensemble tranquilles, ils n’entendent pas la voix de l’exacteur ;
◊ 19 Là sont le petit et le grand, et le serviteur libéré de son maître.
◊ 20 * Pourquoi la lumière est-elle donnée au misérable, et la vie à ceux qui ont l’amertume dans l’âme,
◊ 21 À ceux qui attendent la mort, et elle n’est pas là, — qui la cherchent plus que des trésors cachés,
◊ 22 Qui se réjouissent jusqu’aux transports [et] sont dans l’allégresse, parce qu’ils ont trouvé le sépulcre, —
◊ 23 À l’homme de qui le chemin est caché et que +Dieu a enfermé de toutes parts ?
◊ 24 Car mon gémissement vient avant mon pain, et mes rugissements débordent comme des eaux.
◊ 25 Car j’ai eu une crainte, et elle est venue sur moi, et ce que j’appréhendais m’est arrivé.
◊ 26 Je n’étais pas en sécurité, et je n’étais pas tranquille ni en repos, et le trouble est venu.
Job
1 ◊ 1 Il y avait dans le pays d’Uts un homme dont le nom était Job ; et cet homme était parfait et droit, craignant Dieu et se retirant du mal. ◊ 2 Et il lui naquit sept fils et trois filles ; ◊ 3 et il possédait sept mille brebis, et trois mille chameaux, et cinq cents paires de bœufs, et cinq cents ânesses ; et [il avait] un très grand nombre de serviteurs ; et cet homme était plus grand que tous les fils de l’orient.
◊ 4 Et ses fils allaient et faisaient un festin, chacun dans [sa] maison, à son jour ; et ils envoyaient appeler leurs trois sœurs pour manger et pour boire avec eux. ◊ 5 Et il arrivait que, quand les jours de festin étaient terminés, Job envoyait [vers eux] et les sanctifiait : il se levait de bonne heure le matin et offrait des holocaustes selon leur nombre à tous, car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils maudit Dieu dans leurs cœurs. Job faisait toujours ainsi.
◊ 6 Or, un jour, il arriva que les fils de Dieu vinrent se présenter devant l’Éternel, et Satan aussi vint au milieu d’eux. ◊ 7 Et l’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à l’Éternel et dit : De courir çà et là sur la terre et de m’y promener. ◊ 8 Et l’Éternel dit à Satan : As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ? ◊ 9 Et Satan répondit à l’Éternel et dit : Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? ◊ 10 Ne l’as-tu pas, toi, entouré de toutes parts d’une haie de protection, lui, et sa maison, et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni le travail de ses mains, et tu as fait abonder son avoir sur la terre. ◊ 11 Mais étends ta main et touche à tout ce qu’il a : [tu verras] s’il ne te maudit pas en face. ◊ 12 Et l’Éternel dit à Satan : Voici, tout ce qu’il a est en ta main, seulement tu n’étendras pas ta main sur lui. Et Satan sortit de la présence de l’Éternel.
◊ 13 Et, un jour, il arriva que ses fils et ses filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère premier-né ; ◊ 14 et un messager vint à Job et dit : Les bœufs labouraient et les ânesses paissaient auprès d’eux, ◊ 15 et ceux de Sheba sont tombés [sur eux] et les ont pris, et ils ont frappé les jeunes hommes par le tranchant de l’épée ; et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. ◊ 16 Celui-ci parlait encore, qu’un autre vint et dit : Le feu de Dieu est tombé du ciel et a brûlé les brebis et les jeunes hommes, et les a consumés ; et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. ◊ 17 Celui-ci parlait encore, qu’un autre vint et dit : Les Chaldéens ont formé trois bandes, et se sont jetés sur les chameaux et les ont pris, et ils ont frappé les jeunes hommes par le tranchant de l’épée ; et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. ◊ 18 Celui-ci parlait encore, qu’un autre vint et dit : Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère premier-né, ◊ 19 et voici, un grand vent est venu de delà le désert et a donné contre les quatre coins de la maison, et elle est tombée sur les jeunes gens et ils sont morts ; et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. ◊ 20 Et Job se leva, et déchira sa robe, et rasa sa tête, et se jeta à terre et se prosterna. ◊ 21 Et il dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai ; l’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! ◊ 22 En tout cela Job ne pécha pas, et n’attribua rien à Dieu qui fût inconvenable.
Job
23 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 Encore aujourd’hui ma plainte est amère, la main qui s’appesantit sur moi est plus pesante que mon gémissement !
◊ 3 Oh ! si je savais le trouver, et parvenir là où il est assis !
◊ 4 J’exposerais [ma] juste cause devant lui, et je remplirais ma bouche d’arguments ;
◊ 5 Je saurais les paroles qu’il me répondrait, et je comprendrais ce qu’il me dirait.
◊ 6 Contesterait-il avec moi dans la grandeur de sa force ? Non, mais il ferait attention à moi.
◊ 7 Là, un homme droit raisonnerait avec lui, et je serais délivré pour toujours de mon juge.
◊ 8 Voici, je vais en avant, mais il n’y est pas ; et en arrière, mais je ne l’aperçois pas ;
◊ 9 À gauche, quand il y opère, mais je ne le discerne pas ; il se cache à droite, et je ne le vois pas.
◊ 10 Mais il connaît la voie que je suis ; il m’éprouve, je sortirai comme de l’or.
◊ 11 * Mon pied s’attache à ses pas ; j’ai gardé sa voie, et je n’en ai point dévié.
◊ 12 Je ne me suis pas retiré du commandement de ses lèvres ; j’ai serré [par-devers moi] les paroles de sa bouche plus que le propos de mon propre cœur.
◊ 13 Mais lui, il a une [pensée], et qui l’en fera revenir ? Ce que son âme désire, il le fait.
◊ 14 Car il achèvera ce qui est déterminé pour moi ; et bien des choses semblables sont auprès de lui.
◊ 15 C’est pourquoi je suis terrifié devant sa face ; je considère, et je suis effrayé devant lui.
◊ 16 Et *Dieu a fait défaillir mon cœur, et le Tout-puissant m’a frappé de terreur ;
◊ 17 Parce que je n’ai pas été anéanti devant les ténèbres, et qu’il ne m’a pas caché l’obscurité.
Job
13 ◊ 1 Voici, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et l’a compris.
◊ 2 Ce que vous connaissez, moi aussi je le connais ; je ne vous suis pas inférieur.
◊ 3 Mais je parlerai au Tout-puissant, et mon plaisir sera de raisonner avec *Dieu ;
◊ 4 Mais pour vous, vous êtes des forgeurs de mensonges, des médecins de néant, vous tous !
◊ 5 Oh ! si seulement vous demeuriez dans le silence ! et ce serait votre sagesse.
◊ 6 * Écoutez donc mon plaidoyer, et prêtez attention aux arguments de mes lèvres.
◊ 7 Est-ce pour *Dieu que vous direz des choses iniques ? Et pour lui, direz-vous ce qui est faux ?
◊ 8 Ferez-vous acception de sa personne ? Plaiderez-vous pour *Dieu ?
◊ 9 Vous est-il agréable qu’il vous sonde ? Vous moquerez-vous de lui comme on se moque d’un mortel ?
◊ 10 Certainement il vous reprendra, si en secret vous faites acception de personnes.
◊ 11 Sa majesté ne vous troublera-t-elle pas ? Et sa frayeur ne tombera-t-elle pas sur vous ?
◊ 12 Vos discours sentencieux sont des proverbes de cendre, vos retranchements sont des défenses de boue.
◊ 13 Gardez le silence, laissez-moi, et moi je parlerai, quoi qu’il m’arrive.
◊ 14 * Pourquoi prendrais-je ma chair entre mes dents, et mettrais-je ma vie dans ma main ?
◊ 15 Voici, qu’il me tue, j’espérerai en lui ; seulement, je défendrai mes voies devant lui.
◊ 16 Ce sera même ma délivrance, qu’un impie n’entre pas devant sa face.
◊ 17 Écoutez, écoutez mon discours, et que ma déclaration [pénètre] dans vos oreilles !
◊ 18 Voyez, j’exposerai [ma] juste cause : je sais que je serai justifié.
◊ 19 Qui est celui qui contestera avec moi ? Car maintenant, si je me taisais, j’expirerais.
◊ 20 * Seulement ne fais pas deux choses à mon égard ; alors je ne me cacherai pas loin de ta face :
◊ 21 Éloigne ta main de dessus moi, et que ta terreur ne me trouble pas.
◊ 22 Et appelle, et moi je répondrai, ou bien je parlerai, et toi, réponds-moi !
◊ 23 Quel est le nombre de mes iniquités et de mes péchés ? Fais-moi connaître ma transgression et mon péché !
◊ 24 Pourquoi caches-tu ta face, et me tiens-tu pour ton ennemi ?
◊ 25 Veux-tu épouvanter une feuille chassée [par le vent], et poursuivre du chaume sec ?
◊ 26 Car tu écris des choses amères contre moi, et tu me fais hériter des iniquités de ma jeunesse ;
◊ 27 Et tu mets mes pieds dans les ceps, et tu observes tous mes sentiers ; tu as tracé une ligne autour des plantes de mes pieds ;
◊ 28 Et celui [que tu poursuis] dépérit comme une chose pourrie, comme un vêtement que la teigne a rongé.
Job
24 ◊ 1 Pourquoi des temps ne sont-ils pas réservés par-devers le Tout-puissant, et ceux qui le connaissent ne voient-ils pas ses jours ?
◊ 2 * Ils reculent les bornes, ils pillent le troupeau et le paissent ;
◊ 3 Ils emmènent l’âne des orphelins et prennent en gage le bœuf de la veuve ;
◊ 4 Ils détournent du chemin les pauvres ; les malheureux de la terre se cachent ensemble :
◊ 5 Voici, ânes sauvages dans le désert, ils sortent pour leur besogne dès le matin, pour chercher leur proie ; le désert leur [fournit] le pain pour leurs enfants ;
◊ 6 Ils moissonnent le fourrage dans les champs, ils grappillent la vigne du méchant ;
◊ 7 Ils passent la nuit tout nus, sans vêtement, et n’ont pas de couverture par le froid ;
◊ 8 Ils sont trempés par les averses des montagnes, et, sans refuge, ils se serrent contre le rocher…
◊ 9 Ils arrachent de la mamelle l’orphelin, et [de la main] des pauvres ils prennent des gages :
◊ 10 Ceux-ci vont nus, sans vêtement, et, affamés, ils portent la gerbe ;
◊ 11 Entre leurs murailles ils font de l’huile, ils foulent le pressoir, et ont soif.
◊ 12 Des villes sortent les soupirs des mourants, et l’âme des blessés à mort crie, et +Dieu n’impute pas l’indignité [qui se commet].
◊ 13 D’autres sont ennemis de la lumière, ils ne connaissent pas ses voies et ne demeurent pas dans ses sentiers.
◊ 14 Le meurtrier se lève avec la lumière, il tue le malheureux et le pauvre, et la nuit il est comme le voleur.
◊ 15 L’œil aussi de l’adultère guette le crépuscule, en disant : Aucun œil ne m’apercevra ; et il met un voile sur son visage.
◊ 16 Dans les ténèbres ils percent les maisons, de jour ils s’enferment ; ils ne connaissent pas la lumière ;
◊ 17 Car le matin est pour eux tous l’ombre de la mort, car ils connaissent les terreurs de l’ombre de la mort.
◊ 18 Ils sont rapides sur la face des eaux, leur part est maudite sur la terre ; ils ne se tournent pas vers les vignes.
◊ 19 La sécheresse et la chaleur emportent l’eau de neige ; ainsi le shéol fait-il de ceux qui ont péché.
◊ 20 Le sein maternel les oublie ; les vers se repaissent d’eux ; on ne se souvient plus d’eux : l’iniquité sera brisée comme du bois !
◊ 21 Ils dépouillent la femme stérile qui n’enfante pas, et ils ne font pas de bien à la veuve.
◊ 22 Et par leur force ils traînent les puissants ; ils se lèvent et on n’est plus sûr de sa vie.
◊ 23 [Dieu] leur donne la sécurité, et ils s’appuient sur elle ; mais il a ses yeux sur leurs voies.
◊ 24 Ils sont élevés : dans peu, ils ne sont plus ; ils défaillent, et sont recueillis comme tous ; ils sont coupés comme la tête d’un épi.
◊ 25 Et si cela n’est pas, qui me fera menteur et réduira mon discours à néant ?
Job
29 ◊ 1 Et Job reprit son discours sentencieux et dit :
◊ 2 Oh ! que ne suis-je comme aux mois d’autrefois, comme aux jours où +Dieu me gardait ;
◊ 3 Quand sa clarté luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à sa lumière ;
◊ 4 Comme j’étais aux jours de mon automne, quand le conseil secret de +Dieu présidait sur ma tente ;
◊ 5 Quand le Tout-puissant était encore avec moi, [et] que mes jeunes gens m’entouraient ;
◊ 6 Quand je lavais mes pas dans le caillé, et que le rocher versait auprès de moi des ruisseaux d’huile ! —
◊ 7 Quand je sortais [pour aller] à la porte par la ville, quand je préparais mon siège sur la place :
◊ 8 Les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient [et] se tenaient debout ;
◊ 9 Les princes s’abstenaient de parler et mettaient la main sur leur bouche,
◊ 10 La voix des nobles s’éteignait, et leur langue se collait à leur palais.
◊ 11 Quand l’oreille m’entendait, elle m’appelait bienheureux ; quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage ;
◊ 12 Car je délivrais le malheureux qui implorait du secours, et l’orphelin qui était sans aide.
◊ 13 La bénédiction de celui qui périssait venait sur moi, et je faisais chanter de joie le cœur de la veuve.
◊ 14 Je me vêtais de la justice, et elle me revêtait ; ma droiture m’était comme un manteau et un turban.
◊ 15 J’étais, moi, les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux ;
◊ 16 J’étais un père pour les pauvres, et j’examinais la cause de celui qui m’était inconnu ;
◊ 17 Et je brisais la mâchoire de l’inique, et d’entre ses dents j’arrachais la proie.
◊ 18 Et je disais : J’expirerai dans mon nid, et mes jours seront nombreux comme le sable ;
◊ 19 Ma racine sera ouverte aux eaux, et la rosée séjournera sur ma branche ;
◊ 20 Ma gloire [restera] toujours nouvelle avec moi, et mon arc rajeunira dans ma main.
◊ 21 On m’écoutait et on attendait, et on se taisait pour [avoir] mon conseil ;
◊ 22 Après que j’avais parlé on ne répliquait pas, et mon discours distillait sur eux ;
◊ 23 Et on m’attendait comme la pluie, et on ouvrait la bouche [comme] pour la pluie de la dernière saison.
◊ 24 Si je leur souriais, ils ne le croyaient pas, et ils ne troublaient pas la sérénité de ma face.
◊ 25 Je choisissais pour eux le chemin et je m’asseyais à leur tête, et je demeurais comme un roi au milieu d’une troupe, comme quelqu’un qui console les affligés.
30 ◊ 1 Et maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi, ceux dont j’aurais dédaigné de mettre les pères avec les chiens de mon troupeau.
◊ 2 Même à quoi m’aurait servi la force de leurs mains ? La vigueur est périe pour eux.
◊ 3 Desséchés par la disette et la faim, ils s’enfuient dans les lieux arides, dès longtemps désolés et déserts ;
◊ 4 Ils cueillent le pourpier de mer parmi les broussailles, et, pour leur pain, la racine des genêts.
◊ 5 Ils sont chassés du milieu [des hommes], (on crie après eux comme après un voleur,)
◊ 6 Pour demeurer dans des gorges affreuses, dans les trous de la terre et des rochers ;
◊ 7 Ils hurlent parmi les broussailles, ils se rassemblent sous les ronces :
◊ 8 Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays.
◊ 9 Et maintenant, je suis leur chanson et je suis le sujet de leur entretien.
◊ 10 Ils m’ont en horreur, ils se tiennent loin de moi, et n’épargnent pas à ma face les crachats ;
◊ 11 Car Il a délié ma corde et m’a affligé : ils ont jeté loin [tout] frein devant moi.
◊ 12 Cette jeune engeance se lève à ma droite ; ils poussent mes pieds et préparent contre moi leur chemin pernicieux ;
◊ 13 Ils détruisent mon sentier, ils contribuent à ma calamité, sans que personne leur vienne en aide ;
◊ 14 Ils viennent comme par une large brèche, ils se précipitent au milieu du fracas.
◊ 15 Des terreurs m’assaillent, elles poursuivent ma gloire comme le vent, et mon état de sûreté est passé comme une nuée.
◊ 16 Et maintenant, mon âme se répand en moi : les jours d’affliction m’ont saisi.
◊ 17 La nuit perce mes os [et les détache] de dessus moi, et ceux qui me rongent ne dorment pas ;
◊ 18 Par leur grande force ils deviennent mon vêtement ; ils me serrent comme le collet de ma tunique.
◊ 19 Il m’a jeté dans la boue, et je suis devenu comme la poussière et la cendre.
◊ 20 * Je crie à toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens là, et tu me regardes !
◊ 21 Tu t’es changé pour moi en [ennemi] cruel ; tu me poursuis avec la force de ta main.
◊ 22 Tu m’enlèves sur le vent, tu fais qu’il m’emporte, et tu dissous ma substance.
◊ 23 Car je sais que tu m’amènes à la mort, la maison de rassemblement de tous les vivants.
◊ 24 Toutefois, dans sa ruine, n’étend-il pas la main, et, dans sa calamité, ne jette-t-il pas un cri [de détresse] ?
◊ 25 N’ai-je pas pleuré sur celui pour qui les temps étaient durs, et mon âme n’a-t-elle pas été attristée pour le pauvre ?
◊ 26 Car j’attendais le bien, et le mal est arrivé ; je comptais sur la lumière, et l’obscurité est venue.
◊ 27 Mes entrailles bouillonnent et ne cessent pas ; les jours d’affliction sont venus sur moi.
◊ 28 Je marche tout noirci, mais non par le soleil ; je me lève dans l’assemblée, je crie ;
◊ 29 Je suis devenu le frère des chacals et le compagnon des autruches.
◊ 30 Ma peau devient noire [et se détache] de dessus moi, et mes os sont brûlés par la sécheresse ;
◊ 31 Et ma harpe est changée en deuil, et mon chalumeau est devenu la voix des pleureurs.
31 ◊ 1 J’ai fait alliance avec mes yeux : et comment eussé-je arrêté mes regards sur une vierge ?
◊ 2 Et quelle eût été d’en haut [ma] portion de la part de +Dieu, et, des hauts lieux, [mon] héritage de la part du Tout-puissant ?
◊ 3 La calamité n’est-elle pas pour l’inique, et le malheur pour ceux qui pratiquent le mal ?
◊ 4 Lui, ne voit-il pas mon chemin, et ne compte-t-il point tous mes pas ?
◊ 5 Si j’ai marché avec fausseté, si mes pieds se sont hâtés vers la fraude,
◊ 6 Qu’il me pèse dans la balance de justice, et +Dieu reconnaîtra ma perfection.
◊ 7 Si mon pas s’est détourné du chemin, et si mon cœur a suivi mes yeux, et si quelque souillure s’est attachée à ma main,
◊ 8 Que je sème et qu’un autre mange, et que mes rejetons soient déracinés !…
◊ 9 Si mon cœur s’est laissé attirer vers une femme et que j’aie fait le guet à la porte de mon prochain,
◊ 10 Que ma femme tourne la meule pour un autre, et que d’autres se penchent sur elle ;
◊ 11 Car c’est là une infamie, et une iniquité punissable par les juges :
◊ 12 Car c’est un feu qui dévore jusque dans l’abîme et qui détruirait par la racine tout mon revenu…
◊ 13 Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante quand ils contestaient avec moi,
◊ 14 Que ferais-je quand *Dieu se lèverait ? et s’il me visitait, que lui répondrais-je ?
◊ 15 Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère, ne les a-t-il pas faits [eux aussi], et un seul et même [Dieu] ne nous a-t-il pas formés dans la matrice ?…
◊ 16 Si j’ai refusé aux misérables leur désir, si j’ai fait défaillir les yeux de la veuve ;
◊ 17 Si j’ai mangé seul mon morceau, et que l’orphelin n’en ait pas mangé ; —
◊ 18 Car dès ma jeunesse il m’a honoré comme un père, et dès le ventre de ma mère j’ai soutenu la [veuve] ;…
◊ 19 Si j’ai vu quelqu’un périr faute de vêtement, et le pauvre manquer de couverture ;
◊ 20 Si ses reins ne m’ont pas béni, et qu’il ne se soit pas réchauffé avec la toison de mes agneaux ;
◊ 21 Si j’ai secoué ma main contre un orphelin, parce que je voyais mon appui dans la porte :
◊ 22 Que mon épaule se démette de sa jointure, et que mon bras cassé se détache de l’os !
◊ 23 Car la calamité de la part de *Dieu m’était une frayeur, et devant sa grandeur je ne pouvais rien…
◊ 24 Si j’ai mis ma confiance dans l’or, si j’ai dit à l’or fin : C’est à toi que je me fie ;
◊ 25 Si je me suis réjoui de ce que mes biens étaient grands, et de ce que ma main avait beaucoup acquis ;
◊ 26 Si j’ai vu le soleil quand il brillait, et la lune quand elle marchait dans sa splendeur,
◊ 27 Et que mon cœur ait été séduit en secret, et que ma bouche ait baisé ma main, —
◊ 28 Cela aussi serait une iniquité punissable par le juge, car j’aurais renié le *Dieu qui est en haut ;…
◊ 29 Si je me suis réjoui dans la calamité de celui qui me haïssait, si j’ai été ému de joie lorsque le malheur l’a trouvé ; —
◊ 30 Même je n’ai pas permis à ma bouche de pécher, de demander sa vie par une exécration ;…
◊ 31 Si les gens de ma tente n’ont pas dit : Qui trouvera quelqu’un qui n’ait pas été rassasié de la chair de ses bêtes ? —
◊ 32 L’étranger ne passait pas la nuit dehors, j’ouvrais ma porte sur le chemin ;…
◊ 33 Si j’ai couvert ma transgression comme Adam, en cachant mon iniquité dans mon sein,
◊ 34 Parce que je craignais la grande multitude, et que le mépris des familles me faisait peur, et que je sois resté dans le silence et ne sois pas sorti de ma porte…
◊ 35 Oh ! si j’avais quelqu’un pour m’écouter ! Voici ma signature. Que le Tout-puissant me réponde, et que ma partie adverse fasse un écrit !
◊ 36 Ne le porterais-je pas sur mon épaule ? Ne le lierais-je pas sur moi comme une couronne ?
◊ 37 Je lui déclarerais le nombre de mes pas ; comme un prince je m’approcherais de lui…
◊ 38 Si ma terre crie contre moi, et que ses sillons pleurent ensemble,
◊ 39 Si j’en ai mangé le revenu sans argent, et que j’aie tourmenté à mort l’âme de ses possesseurs,
◊ 40 Que les épines croissent au lieu de froment, et l’ivraie au lieu d’orge !
Les paroles de Job sont finies.
Job
6 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 Oh ! si mon chagrin était bien pesé, et si on mettait toute ma calamité dans la balance !
◊ 3 Car maintenant elle pèserait plus que le sable des mers ; c’est pourquoi mes paroles sont outrées ;
◊ 4 Car les flèches du Tout-puissant sont en moi, leur venin boit mon esprit ; les frayeurs de +Dieu se rangent en bataille contre moi.
◊ 5 L’âne sauvage brait-il auprès de l’herbe ? Le bœuf mugit-il auprès de son fourrage ?
◊ 6 Ce qui est insipide, le mange-t-on sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d’un œuf ?
◊ 7 Ce que mon âme refusait de toucher est comme ma dégoûtante nourriture.
◊ 8 * Oh ! si ma demande s’accomplissait, et si +Dieu m’accordait mon désir,
◊ 9 S’il plaisait à +Dieu de m’écraser, de lâcher sa main et de me retrancher !
◊ 10 Alors il y aurait encore pour moi une consolation, et, dans la douleur qui ne m’épargne pas, je me réjouirais de ce que je n’ai pas renié les paroles du Saint.
◊ 11 Quelle est ma force pour que j’attende, et quelle est ma fin pour que je patiente ?
◊ 12 Ma force est-elle la force des pierres ? Ma chair est-elle d’airain ?
◊ 13 N’est-ce pas qu’il n’y a point de secours en moi, et que toute capacité est chassée loin de moi ?
◊ 14 * À celui qui est défaillant est due la miséricorde de la part de son ami, sinon il abandonnera la crainte du Tout-puissant.
◊ 15 Mes frères m’ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents qui passent,
◊ 16 Qui sont troubles à cause des glaces, dans lesquels la neige se cache ;
◊ 17 Au temps où ils se resserrent ils tarissent, quand la chaleur les frappe ils disparaissent de leur lieu :
◊ 18 Ils serpentent dans les sentiers de leur cours, ils s’en vont dans le désert, et périssent.
◊ 19 Les caravanes de Théma les cherchaient du regard, les voyageurs de Sheba s’attendaient à eux ;
◊ 20 Ils ont été honteux de leur confiance ; ils sont venus là, et ont été confondus.
◊ 21 De même maintenant vous n’êtes rien ; vous avez vu un objet de terreur, et vous vous êtes effrayés.
◊ 22 Ai-je dit : Donnez-moi, et de votre richesse faites-moi des présents,
◊ 23 Et délivrez-moi de la main de l’oppresseur, et rachetez-moi de la main des terribles ?
◊ 24 * Enseignez-moi, et je me tairai ; et faites-moi comprendre en quoi je me trompe.
◊ 25 Combien sont puissantes les paroles justes ! Mais la censure de votre part que reprend-elle ?
◊ 26 Songez-vous à censurer des discours ? Mais les paroles d’un désespéré ne sont faites que pour le vent.
◊ 27 Certes, vous tombez sur l’orphelin, et vous creusez [une fosse] pour votre ami.
◊ 28 Et maintenant, si vous voulez, regardez-moi ; vous mentirais-je donc en face ?
◊ 29 Revenez, je vous prie ; qu’il n’y ait pas d’injustice ; oui, revenez encore : ma justice sera là.
◊ 30 Y a-t-il de l’iniquité en ma langue ? Mon palais ne discernerait-il pas la méchanceté ?
Job
21 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 Écoutez, écoutez mon discours, et cela tiendra lieu de vos consolations.
◊ 3 Supportez-moi, et moi je parlerai, et après mes paroles, moque-toi !
◊ 4 Ma plainte s’adresse-t-elle à un homme ? Et pourquoi mon esprit ne serait-il pas à bout de patience ?
◊ 5 Tournez-vous vers moi, et soyez étonnés, et mettez la main sur la bouche.
◊ 6 Quand je m’en souviens, je suis terrifié, et le frisson saisit ma chair :
◊ 7 Pourquoi les méchants vivent-ils, deviennent-ils âgés, et croissent-ils même en force ?
◊ 8 Leur postérité s’établit devant eux, auprès d’eux, et leurs descendants devant leurs yeux.
◊ 9 Leurs maisons sont en paix, loin de la frayeur, et la verge de +Dieu n’est pas sur eux.
◊ 10 Leur taureau engendre sans manquer, leur vache vêle et n’avorte pas.
◊ 11 Ils font sortir leurs jeunes enfants comme un troupeau, et leurs enfants s’ébattent.
◊ 12 Ils chantent au son du tambourin et de la harpe, et se réjouissent au son du chalumeau.
◊ 13 Ils passent leurs jours dans le bonheur, et en un moment descendent dans le shéol.
◊ 14 Et ils disent à *Dieu : Retire-toi de nous, nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies.
◊ 15 Qu’est-ce que le Tout-puissant pour que nous le servions, et que nous profitera-t-il de nous adresser à lui ?
◊ 16 Voici, leur bonheur n’est pas dans leur main. Loin de moi le conseil des méchants !
◊ 17 * Combien de fois la lampe des méchants s’éteint-elle, et leur calamité vient-elle sur eux, [et] leur distribue-t-Il des douleurs dans sa colère,
◊ 18 [Et] sont-ils comme la paille devant le vent, et comme la balle chassée par la tempête ?
◊ 19 +Dieu réserve à ses fils [la punition de] sa méchanceté : il la lui rend, et il le saura ;
◊ 20 Ses yeux verront sa calamité, et il boira de la fureur du Tout-puissant.
◊ 21 Car quel plaisir [a-t-il] à sa maison après lui, quand le nombre de ses mois est tranché ?
◊ 22 Est-ce à *Dieu qu’on enseignera la connaissance, quand c’est lui qui juge ceux qui sont haut élevés ?
◊ 23 L’un meurt en pleine vigueur, entièrement tranquille et à l’aise ;
◊ 24 Ses flancs sont garnis de graisse, et la moelle de ses os est abreuvée.
◊ 25 Et l’autre meurt dans l’amertume de son âme et n’a jamais goûté le bonheur.
◊ 26 Ils gisent ensemble sur la poussière, et les vers les couvrent.
◊ 27 * Voici, je connais vos pensées, et vos plans contre moi pour me faire violence.
◊ 28 Car vous dites : Où est la maison du noble, et où la tente des demeures des méchants ?
◊ 29 Ne l’avez-vous pas demandé à ceux qui passent par le chemin ? Et n’avez-vous pas reconnu ce qui les distingue :
◊ 30 Que le méchant est épargné pour le jour de la calamité, qu’ils sont emmenés au jour de la fureur ?
◊ 31 Qui lui dira en face sa voie ? et ce qu’il a fait, qui le lui rendra ?
◊ 32 Il sera conduit dans un sépulcre, et sur le tertre il veillera.
◊ 33 Les mottes de la vallée lui sont douces ; et après lui tout homme suit à la file, et ceux qui l’ont précédé sont sans nombre.
◊ 34 Et comment me consolez-vous avec de vaines [consolations] ? Vos réponses restent perfides.
Job
10 ◊ 1 Mon âme est dégoûtée de ma vie ; je laisserai libre cours à ma plainte, je parlerai dans l’amertume de mon âme,
◊ 2 Je dirai à +Dieu : Ne me condamne pas ; fais-moi savoir pourquoi tu contestes avec moi.
◊ 3 Prends-tu plaisir à opprimer, que tu méprises le travail de tes mains, et que tu fasses briller ta lumière sur le conseil des méchants ?
◊ 4 As-tu des yeux de chair ? Vois-tu comme voit l’homme mortel ?
◊ 5 Tes jours sont-ils comme les jours d’un mortel, ou tes années, comme les jours de l’homme,
◊ 6 Que tu recherches mon iniquité et que tu scrutes mon péché ;
◊ 7 Puisque tu sais que je ne suis pas un méchant, et que nul ne délivre de ta main ?
◊ 8 Tes mains m’ont formé et m’ont façonné tout à l’entour en un tout, et tu m’engloutis !
◊ 9 Souviens-toi, je te prie, que tu m’as façonné comme de l’argile, et que tu me feras retourner à la poussière.
◊ 10 Ne m’as-tu pas coulé comme du lait, et fait cailler comme du fromage ?
◊ 11 Tu m’as revêtu de peau et de chair, tu m’as tissé d’os et de nerfs ;
◊ 12 Tu m’as donné la vie, et tu as usé de bonté envers moi, et tes soins ont gardé mon esprit ;
◊ 13 Et tu cachais ces choses dans ton cœur : je sais que cela était par-devers toi.
◊ 14 * Si j’ai péché, tu m’as aussi observé, et tu ne me tiendras pas pour innocent de mon iniquité.
◊ 15 Si j’ai agi méchamment, malheur à moi ! Si j’ai marché justement, je ne lèverai pas ma tête, rassasié que je suis de mépris et voyant ma misère.
◊ 16 Et elle augmente : tu me fais la chasse comme un lion, et en moi tu répètes tes merveilles ;
◊ 17 Tu renouvelles tes témoins contre moi, et tu multiplies ton indignation contre moi. Une succession [de maux] et un temps de misère sont avec moi.
◊ 18 * Et pourquoi m’as-tu fait sortir du sein [de ma mère] ? J’aurais expiré, et aucun œil ne m’eût vu !
◊ 19 J’aurais été comme si je n’eusse pas été ; de la matrice on m’eût porté au sépulcre !
◊ 20 Mes jours ne sont-ils pas en petit nombre ? Qu’il cesse [donc], qu’il se retire de moi, et je me remonterai un peu,
◊ 21 Avant que je m’en aille, pour ne plus revenir, dans le pays de l’obscurité et de l’ombre de la mort,
◊ 22 Terre sombre comme les ténèbres de l’ombre de la mort, et où il n’y a que confusion, et où la clarté est comme des ténèbres profondes.
Job
33 ◊ 1 Mais toutefois, Job, je te prie, écoute ce que je dis, et prête l’oreille à toutes mes paroles.
◊ 2 Voici, j’ai ouvert ma bouche, ma langue parle dans mon palais.
◊ 3 Mes paroles seront selon la droiture de mon cœur, et ce que je sais mes lèvres le diront avec pureté.
◊ 4 L’Esprit de *Dieu m’a fait, et le souffle du Tout-puissant m’a donné la vie.
◊ 5 Si tu le peux, réponds-moi ; arrange [des paroles] devant moi, tiens-toi là !
◊ 6 Voici, je suis comme toi quant à *Dieu, je suis fait d’argile, moi aussi.
◊ 7 Voici, ma terreur ne te troublera pas, et mon poids ne t’accablera pas.
◊ 8 * Certainement tu as dit à mes propres oreilles, et j’ai entendu le son de [tes] discours :
◊ 9 Moi, je suis net, sans transgression ; je suis pur, et il n’y a pas d’iniquité en moi ;
◊ 10 Voici, il trouve des occasions d’inimitié contre moi, il me considère comme son ennemi ;
◊ 11 Il a mis mes pieds dans les ceps, il observe toutes mes voies.
◊ 12 * Voici, je te répondrai qu’en cela tu n’as pas été juste, car +Dieu est plus grand que l’homme.
◊ 13 Pourquoi contestes-tu avec lui ? car d’aucune de ses actions il ne rend compte.
◊ 14 Car *Dieu parle une fois, et deux fois — [et] l’on n’y prend pas garde —
◊ 15 Dans un songe, dans une vision de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes, quand ils dorment sur leurs lits :
◊ 16 Alors il ouvre l’oreille aux hommes et scelle l’instruction qu’il leur donne,
◊ 17 Pour détourner l’homme de ce qu’il fait ; et il cache l’orgueil à l’homme ;
◊ 18 Il préserve son âme de la fosse, et sa vie de se jeter sur l’épée.
◊ 19 Il est châtié aussi sur son lit par la douleur, et la lutte de ses os est continuelle,
◊ 20 Et sa vie prend en dégoût le pain, et son âme l’aliment qu’il aimait ;
◊ 21 Sa chair est consumée et ne se voit plus, et ses os, qu’on ne voyait pas, sont mis à nu ;
◊ 22 Et son âme s’approche de la fosse, et sa vie, de ceux qui font mourir.
◊ 23 S’il y a pour lui un messager, un interprète, un entre mille, pour montrer à l’homme ce qui, pour lui, est la droiture,
◊ 24 Il lui fera grâce, et il dira : Délivre-le pour qu’il ne descende pas dans la fosse : j’ai trouvé une propitiation.
◊ 25 [Alors] sa chair aura plus de fraîcheur que dans l’enfance ; il reviendra aux jours de sa jeunesse ;
◊ 26 Il suppliera +Dieu, et [Dieu] l’aura pour agréable ; et il verra sa face avec des chants de triomphe, et [Dieu] rendra à l’homme sa justice.
◊ 27 Il chantera devant les hommes, et dira : J’ai péché et j’ai perverti la droiture, et il ne me l’a pas rendu ;
◊ 28 Il a délivré mon âme pour qu’elle n’allât pas dans la fosse, et ma vie verra la lumière.
◊ 29 Voilà, *Dieu opère toutes ces choses deux fois, trois fois, avec l’homme,
◊ 30 Pour détourner son âme de la fosse, pour qu’il soit illuminé de la lumière des vivants.
◊ 31 * Sois attentif, Job, écoute-moi ; tais-toi, et moi je parlerai.
◊ 32 S’il y a quelque chose à dire, réponds-moi ; parle, car je désire que tu sois trouvé juste ;
◊ 33 Sinon, écoute-moi ; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse.
Job
30 ◊ 1 Et maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi, ceux dont j’aurais dédaigné de mettre les pères avec les chiens de mon troupeau.
◊ 2 Même à quoi m’aurait servi la force de leurs mains ? La vigueur est périe pour eux.
◊ 3 Desséchés par la disette et la faim, ils s’enfuient dans les lieux arides, dès longtemps désolés et déserts ;
◊ 4 Ils cueillent le pourpier de mer parmi les broussailles, et, pour leur pain, la racine des genêts.
◊ 5 Ils sont chassés du milieu [des hommes], (on crie après eux comme après un voleur,)
◊ 6 Pour demeurer dans des gorges affreuses, dans les trous de la terre et des rochers ;
◊ 7 Ils hurlent parmi les broussailles, ils se rassemblent sous les ronces :
◊ 8 Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays.
◊ 9 Et maintenant, je suis leur chanson et je suis le sujet de leur entretien.
◊ 10 Ils m’ont en horreur, ils se tiennent loin de moi, et n’épargnent pas à ma face les crachats ;
◊ 11 Car Il a délié ma corde et m’a affligé : ils ont jeté loin [tout] frein devant moi.
◊ 12 Cette jeune engeance se lève à ma droite ; ils poussent mes pieds et préparent contre moi leur chemin pernicieux ;
◊ 13 Ils détruisent mon sentier, ils contribuent à ma calamité, sans que personne leur vienne en aide ;
◊ 14 Ils viennent comme par une large brèche, ils se précipitent au milieu du fracas.
◊ 15 Des terreurs m’assaillent, elles poursuivent ma gloire comme le vent, et mon état de sûreté est passé comme une nuée.
◊ 16 Et maintenant, mon âme se répand en moi : les jours d’affliction m’ont saisi.
◊ 17 La nuit perce mes os [et les détache] de dessus moi, et ceux qui me rongent ne dorment pas ;
◊ 18 Par leur grande force ils deviennent mon vêtement ; ils me serrent comme le collet de ma tunique.
◊ 19 Il m’a jeté dans la boue, et je suis devenu comme la poussière et la cendre.
◊ 20 * Je crie à toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens là, et tu me regardes !
◊ 21 Tu t’es changé pour moi en [ennemi] cruel ; tu me poursuis avec la force de ta main.
◊ 22 Tu m’enlèves sur le vent, tu fais qu’il m’emporte, et tu dissous ma substance.
◊ 23 Car je sais que tu m’amènes à la mort, la maison de rassemblement de tous les vivants.
◊ 24 Toutefois, dans sa ruine, n’étend-il pas la main, et, dans sa calamité, ne jette-t-il pas un cri [de détresse] ?
◊ 25 N’ai-je pas pleuré sur celui pour qui les temps étaient durs, et mon âme n’a-t-elle pas été attristée pour le pauvre ?
◊ 26 Car j’attendais le bien, et le mal est arrivé ; je comptais sur la lumière, et l’obscurité est venue.
◊ 27 Mes entrailles bouillonnent et ne cessent pas ; les jours d’affliction sont venus sur moi.
◊ 28 Je marche tout noirci, mais non par le soleil ; je me lève dans l’assemblée, je crie ;
◊ 29 Je suis devenu le frère des chacals et le compagnon des autruches.
◊ 30 Ma peau devient noire [et se détache] de dessus moi, et mes os sont brûlés par la sécheresse ;
◊ 31 Et ma harpe est changée en deuil, et mon chalumeau est devenu la voix des pleureurs.
Job
42 ◊ 1 * Et Job répondit à l’Éternel et dit :
◊ 2 Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi.
◊ 3 Qui est celui-ci qui, sans connaissance, voile le conseil ? J’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas.
◊ 4 Écoute, je te prie, et je parlerai ; je t’interrogerai, et toi, instruis-moi.
◊ 5 Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu :
◊ 6 C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre.
◊ 7 * Et il arriva, après que l’Éternel eut dit ces paroles à Job, que l’Éternel dit à Éliphaz, le Thémanite : Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux compagnons, car vous n’avez pas parlé de moi comme il convient, comme mon serviteur Job. ◊ 8 Et maintenant, prenez pour vous sept taureaux et sept béliers, et allez vers mon serviteur Job, et offrez un holocauste pour vous ; et mon serviteur Job priera pour vous : car, lui, je l’aurai pour agréable, afin que je n’agisse pas avec vous selon votre folie ; car vous n’avez pas parlé de moi comme il convient, comme mon serviteur Job. ◊ 9 Et Éliphaz le Thémanite, et Bildad le Shukhite, et Tsophar le Naamathite, allèrent et firent comme l’Éternel leur avait dit ; et l’Éternel eut Job pour agréable.
◊ 10 Et l’Éternel rétablit l’ancien état de Job, quand il eut prié pour ses amis ; et l’Éternel donna à Job le double de tout ce qu’il avait eu. ◊ 11 Et tous ses frères, et toutes ses sœurs, et tous ceux qui l’avaient connu auparavant vinrent à lui, et mangèrent le pain avec lui dans sa maison ; et ils sympathisèrent avec lui et le consolèrent de tout le mal que l’Éternel avait fait venir sur lui, et lui donnèrent chacun un késita, et chacun un anneau d’or.
◊ 12 Et l’Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement : et il eut quatorze mille brebis, et six mille chameaux, et mille paires de bœufs, et mille ânesses ; ◊ 13 et il eut sept fils et trois filles ; ◊ 14 et il appela le nom de la première Jémima, et le nom de la seconde Ketsia, et le nom de la troisième Kéren-Happuc. ◊ 15 Et, dans tout le pays, il ne se trouvait point de femmes belles comme les filles de Job ; et leur père leur donna un héritage parmi leurs frères.
◊ 16 Et, après cela, Job vécut cent quarante ans, et il vit ses fils, et les fils de ses fils, quatre générations. ◊ 17 Et Job mourut vieux et rassasié de jours.
Job
9 ◊ 1 * Et Job répondit et dit :
◊ 2 En vérité, je sais qu’il en est ainsi. Mais comment l’homme sera-t-il juste devant *Dieu ?
◊ 3 S’il se plaît à contester avec lui, il ne lui répondra pas sur un point entre mille.
◊ 4 Il est sage de cœur et puissant en force : qui s’est endurci contre lui et a prospéré ?
◊ 5 Il transporte les montagnes, et elles ne savent pas qu’il les renverse dans sa colère ;
◊ 6 Il remue la terre de sa place, et ses colonnes tremblent ;
◊ 7 Il parle au soleil, et [le soleil] ne se lève pas ; et sur les étoiles il met son sceau ;
◊ 8 Seul il étend les cieux et marche sur les hauteurs de la mer ;
◊ 9 Il fait la grande Ourse, Orion, et les Pléiades, et les chambres du midi ;
◊ 10 Il fait de grandes choses qu’on ne saurait sonder, et des merveilles à ne pouvoir les compter.
◊ 11 * Voici, il passe près de moi, et je ne [le] vois pas ; et il passe à côté [de moi], et je ne l’aperçois pas.
◊ 12 Voici, il ravit ; qui l’en détournera ? Qui lui dira : Que fais-tu ?
◊ 13 +Dieu ne retire pas sa colère ; sous lui fléchissent les orgueilleux qui prêtent secours.
◊ 14 Combien moins lui répondrais-je, moi, [et] choisirais-je mes paroles avec lui !
◊ 15 Si j’étais juste, je ne lui répondrais pas, je demanderais grâce à mon juge.
◊ 16 Si je criais, et qu’il me répondît, je ne croirais pas qu’il eût prêté l’oreille à ma voix, —
◊ 17 Lui qui m’écrase dans une tempête, et qui multiplie mes blessures sans cause.
◊ 18 Il ne me permet pas de reprendre haleine ; car il me rassasie d’amertumes.
◊ 19 S’agit-il de force, voici, il est fort ; s’agit-il de jugement : Qui m’assignera ?
◊ 20 Si je me justifiais, ma bouche me condamnerait ; si j’étais parfait, il me montrerait pervers.
◊ 21 Si j’étais parfait, je méconnaîtrais mon âme, je mépriserais ma vie.
◊ 22 * Tout revient au même ; c’est pourquoi j’ai dit : Il consume le parfait et le méchant.
◊ 23 Si le fléau donne subitement la mort, il se rit de l’épreuve de l’innocent.
◊ 24 La terre est livrée en la main du méchant : il couvre la face de ses juges. S’il n’en est pas ainsi, qui est-ce donc ?
◊ 25 Mes jours s’en vont plus vite qu’un coureur ; ils fuient, ils ne voient pas ce qui est bon ;
◊ 26 Ils passent rapides comme les barques de jonc, comme un aigle qui fond sur sa proie.
◊ 27 * Si je dis : J’oublierai ma plainte, je renoncerai à mon visage [morne] et je serai joyeux,
◊ 28 Je suis épouvanté de tous mes tourments ; je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.
◊ 29 Soit, je suis méchant : pourquoi me fatigué-je ainsi en vain ?
◊ 30 Si je me lave avec de l’eau de neige, et que je nettoie mes mains dans la pureté,
◊ 31 Alors tu me plongeras dans un fossé, et mes vêtements m’auront en horreur.
◊ 32 Car il n’est pas homme, comme moi, pour que je lui réponde, pour que nous allions ensemble en jugement.
◊ 33 Il n’y a pas entre nous un arbitre qui mettrait sa main sur nous deux.
◊ 34 Qu’il retire sa verge de dessus moi, et que sa terreur ne me trouble pas ;
◊ 35 Alors je parlerai et je ne le craindrai pas ; mais il n’en est pas ainsi de moi.