L’autel de Béthel

1 Rois 12, 25 à 13
(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 26]

Le commentaire inspiré sur l’idolâtrie, que nous trouvons en Romains 1, nous fait connaître qu’elle a sa source dans la corruption de l’esprit de l’homme. L’arrogance de l’intelligence en devint le parent (v. 22-25). L’apôtre nous dit aussi que le « cœur de l’incrédulité » est un « méchant » cœur (Héb. 3, 12). Et au début de ce passage, nous voyons que ce fut l’amour du monde qui érigea l’autel idolâtre de Béthel. Jéroboam pensait que c’était le seul moyen par lequel il puisse sécuriser le royaume.

Il corrompit la religion du peuple. Il ne la renia pas, dans un mépris infidèle — parce qu’il reconnaissait que le peuple de Dieu avait été tiré hors d’Égypte — mais il la corrompit — chose tout aussi coupable ; car c’était la détourner pour son propre profit, ou la faire servir à ses propres fins.

Nous apprenons, au début de 1 Rois 13, comment l’Éternel s’occupe de cette corruption. C’est selon Sa manière habituelle de faire. Il envoie Son serviteur, avec une nouvelle communication de Sa pensée, et une nouvelle onction de Son Esprit, depuis le pays de Juda, jusqu’à l’autel de Béthel, pour le dénoncer, et déclarer le jugement de Dieu sur tous ceux qui étaient en lien avec lui ; avec une attente de l’exécution de ce jugement jusqu’au temps de Josias, le futur roi de la maison de David. Mais Il donne aussi un gage actuel de cette exécution — car l’autel fut fendu à l’instant, et les cendres qui étaient dessus furent répandues[1].

C’est Sa manière habituelle de faire. Il prononce le jugement, mais retarde son exécution, en en donnant des gages actuels. L’intervalle est appelé « Sa patience » — et nous savons qu’elle est « salut », un temps pour rassembler et vivifier (2 Pier. 3, 15). Énoch prononça le jugement sur les impies, et nous savons, par Jude, que ce jugement doit encore être exécuté — mais le déluge en fut comme le gage de son accomplissement. Le Seigneur prononça le jugement de Jérusalem en Matthieu 24, et nous savons, d’après les termes mêmes de la sentence, qu’elle doit encore être exécutée — mais l’invasion romaine en fut un gage de son accomplissement.

Jéroboam fut indigné contre l’homme de Dieu qui avait prononcé cette sentence contre son autel, et il étendit son bras, en commandant à ses serviteurs de se saisir de lui. Mais la main de Dieu fut sur lui, et son bras étendu devint rigide et sec. Alors sa pensée est changée — il se repent, assurément — il est plein de grâce quand les douleurs viennent sur lui — et il supplie l’homme de Dieu de prier pour le rétablissement de son bras. C’est ce qui est fait ; et il invite l’homme de Dieu à venir avec lui à la maison dans son palais, pour se rafraîchir et recevoir une récompense. Mais il fait savoir au roi, dans l’esprit d’un Daniel, qu’il peut garder ses dons pour lui et donner ses récompenses à un autre. Il quitte la scène de la malédiction divine, et se met en voyage pour retourner en Juda, ayant accompli le service qui lui avait été confié par « la parole de l’Éternel ». L’autel et ses sacrificateurs sont abandonnés pour rencontrer le jugement de Dieu en sa saison.

Maintenant, cependant, et jusqu’à la fin, la scène change. Nous ne voyons plus l’homme de Dieu et le roi ensemble, mais nous sommes amenés à voir l’homme de Dieu en compagnie d’un vieux prophète qui, en ce temps-là, vivait à Béthel.

Nous sommes exposés à des tentations particulières, si nous vivons dans les régions frontalières, ou dans des circonstances et des conditions équivoques.

Le vieux prophète, tout saint de Dieu qu’il fût, vivait (un peu à la manière d’un Lot à Sodome) près de l’autel. Le diable l’utilise ; et avec un mensonge dans sa bouche, qu’il avait été envoyé par un ange pour agir ainsi, il ramène l’homme de Dieu de son chemin qui le conduisait en Juda, pour manger et boire avec lui dans sa maison à Béthel.

L’homme de Dieu n’avait pas l’élévation de l’apôtre, ni sa force. Lui pouvait et voulait défendre la parole du Seigneur en face de toutes les prétentions ou suppositions. Il aurait prononcé un anathème même sur un ange, s’il avait osé contredire cette parole qu’il avait reçue de Dieu. Il ne tenait pas compte de qui il s’agissait, pour ainsi dire, qu’il vienne de la terre, de l’enfer ou du ciel. Il tiendrait ferme par la Parole de Dieu en face d’eux tous (Gal. 1 et 2) — tout comme il pouvait tourner le dos à Jérusalem, et reprendre le chef des apôtres, Pierre lui-même, et lui résister devant tous.

Mais cet homme de Dieu n’avait pas cette vigueur de Paul. Il abandonna la parole qu’il avait reçue de Dieu, pour la parole, comme il l’estimait, d’un ange ; et il revint en arrière pour manger et boire dans le lieu dont l’Éternel lui avait dit : « Tu n’y mangeras pas de pain, et tu n’y boiras pas d’eau ».

Et ici, un autre principe divin est illustré de façon très frappante.

Dieu juge selon l’œuvre de chacun (1 Pier. 1, 17). C’est-à-dire qu’Il discipline actuellement les siens. Le jugement dans la maison de Dieu a commencé (1 Pier. 4, 17). Et il en est ainsi ici. Le jugement sur Jéroboam et ses sacrificateurs est retardé ; le jugement de cet homme de Dieu sera immédiat. Il sera jugé maintenant par le Seigneur, afin qu’il ne soit pas condamné avec le monde ou Jéroboam bientôt (voir 2 Rois 23, 17-18). La parole descend sur lui, tombe en jugement sur lui, alors qu’il est assis à la table du vieux prophète, mangeant et buvant — car il mangeait et buvait une condamnation contre lui-même. Et peu après, alors qu’il reprend son chemin vers Juda, et y est sur la route, un lion le rencontre et le tue.

Combien tout cela est propre à arrêter nos pensées, et plein d’une signification solennelle ! Le jugement du monde est retardé ; la discipline des saints a lieu. Ainsi en est-il ici. Oui, et même plus. Il y a eu un gage actuel du jugement futur du monde, et il y aura maintenant un gage du salut à venir du saint. L’autel fut fendu, comme nous le voyons, et les cendres répandues — et de même maintenant, il n’est pas permis au lion de toucher au cadavre de l’homme de Dieu, ni de poser sa patte meurtrière sur l’âne qui l’avait porté. Son corps est réservé pour un dernier honneur, quoique toute sa vie soit à présent perdue quant au juste jugement ou à la sainte discipline de Dieu.

Il aurait été dans la nature du lion de tuer l’âne aussi bien que celui qui le montait, et de dévorer le cadavre — mais il agit tout autant sous la direction divine, dans la mort de l’homme de Dieu, que l’homme de Dieu lui-même avait agi, quand il avait prononcé le jugement sur l’autel.

Quelles illustrations variées et instructives de la vérité que toutes ces choses !

Et le vieux prophète aussi doit être de nouveau placé devant nous. — Il y avait en lui ce qui était de Dieu, aussi bien que ce qui était de la nature ou de la chair. Mais il était maintenant vieux, et les cheveux gris sont hélas nombreux sur cet Éphraïm, pour parler à la manière du prophète. Il avait vécu avec négligence, en tant que saint. Il avait fait sa demeure dans un lieu impur. Il ressemblait beaucoup à un vieux professant ayant besoin de raviver sa vertu. Satan l’utilise (comme nous l’avons vu, mais c’est triste à dire) pour corrompre son frère plus jeune, un vase nouvellement oint de l’Esprit. Mais là encore, il semble avoir été un « homme juste », comme Lot, quoique vivant dans une Sodome. Sa lamentation sur l’homme de Dieu fut authentique, et comme celle d’un saint envers un autre — authentique comme la lamentation de David sur Jonathan. C’était la tristesse d’un saint de Dieu. Et il charge ses fils, quand il mourrait, de l’enterrer dans le même sépulcre où il avait maintenant religieusement déposé les restes de celui qu’il appelle son « frère », l’homme de Dieu.

Tout cela indique la meilleure nature en lui. Et quand le Seigneur vint pour exécuter, par le moyen de Josias, le jugement qu’Il avait prononcé par l’homme de Dieu ; quand la puissance de Sa main sortit pour accomplir les déclarations de Son Esprit, et que le jour du destin du monde fut arrivé, ce monde de Jéroboam dont nous parlons, la main de Dieu respecte le vieux prophète, comme lui l’avait fait de l’homme de Dieu. Josias épargne le sépulcre de ces hommes, et préserve les os de chacun d’eux du bûcher pénal commun dans lequel il plaçait tous les autres trouvés dans ce lieu impur autour de l’autel de Béthel — comme nous le lisons de façon si complète et si frappante en 2 Rois 23.

Il en est ainsi ; et tout cela nous lit une leçon d’une instruction morale très variée. Nous voyons le manière de faire de Dieu dans le jugement du monde, et dans la discipline envers Son saint. Nous voyons le danger de vivre près de Sodome. Et nous apprenons de nouveau qu’il faut s’attacher à la Parole de Dieu, en face de tout et de tous.