Ce sont des chapitres très importants. Ils nous montrent le produit des deux grandes énergies qui, jusqu’à ce jour, animent toute la scène morale autour de nous ; et ils nous montrent aussi ces deux énergies opérant alors leurs œuvres diverses, comme elles le font encore.
Ce sont des chapitres remarquables ; merveilleux dans leur manifestation si claire d’une action morale si variée, et pourtant de façon si concise, ne laissant rien, pourrais-je dire, inaperçu, quoique dans un espace si réduit.
Je voudrais remarquer le produit de ces grandes énergies et leurs œuvres, l’énergie de la chair et l’énergie de la foi, à savoir, celle de la vieille nature et celle de l’esprit renouvelé.
Le mensonge du serpent domine pour engendrer la première.
Le serpent obtient que la femme prête attention à des paroles dans lesquelles il y avait une certaine suggestion injurieuse pour son Seigneur et Créateur. C’était un mensonge, quoique subtilement transmis ; le seul instrument par lequel il pouvait l’atteindre et la tenter. Elle écoute et répond — et ses facultés ainsi engagées sont bientôt mises en activité pour la cause de son séducteur, et elle tombe.
Le principe qui est appelé « la chair », ou « le vieil homme », est immédiatement produit, et commence tout de suite à opérer. La confiance en un autre est immédiatement perdue. L’innocence n’avait besoin de rien ; mais la culpabilité est nécessairement honteuse, et doit se procurer quelque moyen de se couvrir. Tout homme, jusqu’à maintenant, porte en lui ce qu’il ne peut pas laisser se montrer librement et avec confiance, même à la créature qui l’accompagne. La retenue a pris la place de la liberté, et des artifices viennent soulager la culpabilité et la honte. Il en est ainsi maintenant ; et il en était ainsi en cette heure où la chair fut générée.
Encore plus profondément, elle se retire de Dieu. Les hommes peuvent supporter la présence l’un de l’autre, sous l’habillage des formes et des cérémonies, et l’intelligence commune d’une nature coupable partagée ; mais ils ne peuvent pas supporter la présence de Dieu. Bien qu’il ait la ceinture de feuilles de figuier, quand Sa voix se fit entendre, Adam se cacha parmi les arbres du jardin. C’est la chair, ou la vieille nature coupable, jusqu’à maintenant. Dieu ne peut pas être toléré. La pensée d’être seul avec Lui, ou dans Sa présence immédiate, est plus que ne peut supporter la conscience. Toutes ses machinations sont vaines. Dieu est trop pour la chair. Elle murmure secrètement et impute tous les maux à Dieu Lui-même, mais elle ne peut s’avancer et le Lui dire. Elle est jugée par ce qui sort de sa propre bouche.
Voilà sa première énergie la plus simple : nous sommes haïssables et haïssant, et nous sommes inimitié contre Dieu.
Mais l’opération de ce même principe (produit ainsi en Adam par le mensonge du serpent) est manifestée d’une autre manière après cela, en Caïn. « Caïn était du méchant ». Il devint cultivateur du sol. Mais il le cultive, non pas comme soumis à la punition, mais comme quelqu’un qui voudrait obtenir quelque chose de désirable du sol, bien que le Seigneur l’ait maudit ; quelque chose pour lui, indépendant de Dieu.
C’est une grande différence. Rien n’est plus pieux, davantage selon la pensée divine, à notre égard, que de manger notre pain à la sueur de notre front, d’obtenir notre nourriture et notre vêtement par un labeur dur et honnête. C’est une magnifique acceptation du châtiment de notre péché, et s’incliner devant les justes pensées de Dieu. Mais récolter des matériaux du sol maudit ce qui doit servir à notre plaisir, notre honneur et notre fortune, dans l’oubli du péché et du jugement de Dieu, ce n’est que perpétuer notre apostasie et notre rébellion.
Tel était le travail de Caïn. Et en conséquence, il aboutit à la construction d’une ville, et à la garnir de tout ce qui lui promettait du plaisir, ou le faisait avancer dans le monde. C’est ce qu’il recherche — et recherche avec avidité, quoiqu’il doive trouver tout ceci dans le pays de Nod, dans les domaines de celui qui avait quitté la présence de Dieu.
Il avait en outre sa religion. Il apporte à Dieu du fruit de la terre qu’Il cultivait. C’est-à-dire qu’il aurait volontiers voulu que sa jouissance du monde soit sanctionnée par Dieu. S’il le pouvait, il garderait Dieu en bons termes avec lui, quoiqu’il fasse du sol même qu’Il avait maudit, l’occasion de ses jouissances. C’est très naturel, et pratiqué par notre cœur jusqu’à maintenant. Caïn désirait lier l’Éternel avec lui-même, dans sa mondanité et son amour des choses présentes, afin de garder sa conscience tranquille. Mais l’Éternel refuse, comme Il le fait jusqu’à aujourd’hui ; bien que, comme nous l’avons dit, le cœur jusqu’à aujourd’hui fasse volontiers les mêmes efforts, et obtienne que sa mondanité et son amour des choses actuelles soient sanctionnés et partagés par Jésus, afin que la conscience n’interfère pas avec la poursuite des convoitises.
Quels chemins de la chair ou du « vieil homme » nous avons là ! Tout cela est la chose même qui est répandue dans tout le monde jusqu’à aujourd’hui. C’est l’œuvre de ce principe apostat qui fut suscité dans l’âme d’Adam par le mensonge du serpent. Et étant du méchant, Caïn « tua son frère ». Il avait une religion, comme nous l’avons vu ; mais il haïssait et persécutait la vérité, tout comme jusqu’à maintenant. Voyez la même chose en Saul de Tarse, quand il vous en donne lui-même le récit, en Actes 26. Voyez-la dans la personne des pharisiens dressés contre le Seigneur. Voyez-la dans l’histoire de la chrétienté tout au long de ses générations, jusqu’à l’heure actuelle.
C’est l’inimitié de la semence du serpent envers la semence de la femme. « Caïn était du méchant et tua son frère. Et pour quelle raison le tua-t-il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes ». Voilà la cause. C’était l’inimitié du péché contre la piété, l’inimitié de l’esprit charnel contre Dieu, la convoitise du vieil homme, la convoitise de la chair contre l’Esprit ; c’était la haine du monde envers Christ, parce qu’Il rendait témoignage que « Ses œuvres étaient mauvaises ». Elle ne revêt pas toujours de tels vêtements tachés de sang ; mais elle est toujours dans le cœur. « La pensée de la chair est inimitié contre Dieu ».
Telle est la chair, la vieille nature, dans l’histoire de ce qu’elle produit, et dans le cours et le caractère de ses œuvres. Elle est exactement maintenant ce qu’elle était alors. Elle gouverne « le cours de ce monde » sous Satan, mais elle se trouve aussi en chacun de nous, si nous l’entretenons. Mais nous devons la connaître — la reconnaître quand elle se montre, et comment elle fonctionne, et la mortifier dans son principe et dans ses actes, dans toutes ses énergies propres qui assaillent continuellement l’âme.
Mais nous nous tournons maintenant vers les autres activités que nous trouvons produites et à l’œuvre dans ces merveilleux chapitres — l’activité ou l’énergie de la foi produite par la Parole de Dieu par la puissance cachée mais efficace de l’Esprit.
Tandis qu’Adam était dans la condition à laquelle l’avait réduit le péché, tandis qu’il était encore l’homme coupable et fautif sous les arbres du jardin, la parole de l’évangile, les bonnes nouvelles du Vainqueur mis à mort, de Celui qui porta le châtiment, et atteignit pourtant le sommet de la victoire glorieuse, la semence de la femme, atteignit son oreille ; et il est né de nouveau de la semence incorruptible, la parole de la vérité de l’évangile.
Il s’avance tel qu’il était. Mais il s’avance dans le plein sentiment du salut et de la victoire que la grâce de Dieu s’était proposée et avait opéré en sa faveur. En conséquence, il parle de vie. Il y a quelque chose de très beau en cela. Il appelle sa femme « la mère de tous les vivants ». Il y a quelque chose de vraiment merveilleux tout autant qu’excellent en cela. Mort tel qu’il l’était dans ses fautes et dans ses péchés, il parle de vie — mais il en parle en lien avec Christ, et avec Lui seulement. Il ne donne aucun souvenir vivant de lui. Il ne se relie pas à la pensée ou à la mention de la vie, mais seulement la semence de la femme, en accord avec la parole qu’il venait d’entendre. Non, il implique plutôt qu’il savait parfaitement bien qu’il avait perdu tout titre et toute puissance de vie, et qu’ils étaient entièrement dans un autre — mais qu’ils étaient dans cet autre pour lui. Que la vie trouvée dans un autre fût pour son usage, il n’en avait pas le moindre doute ; la preuve en est là — qu’immédiatement, il s’avance de la place de honte et de culpabilité, dans le lieu de la liberté et de la confiance, de la présence de Dieu.
Il regagne Dieu. Il L’avait perdu et avait été éloigné de Lui. Il L’avait perdu comme son Créateur, mais il L’avait maintenant regagné comme son Sauveur, dans l’évangile, dans la semence de la femme, dans Christ sa justice.
Mais nous pouvons ajouter, pour notre grande consolation en tant que pécheurs, que cette simplicité et cette hardiesse de la foi sont exactement selon la pensée de Dieu. Rien n’aurait pu Lui plaire davantage que cela — et par conséquent, en gage de ceci, Il fit d’abord un vêtement de peau pour Adam, et puis, de Ses propres mains, Il couvrit son corps nu.
C’est très béni. C’est la foi qui, au jour du puits de Sichar, et jusqu’à aujourd’hui, fait un festin au Seigneur — de la viande à manger que même les sympathies pleines de soin et d’amour de Ses saints les plus chers ne connaissent pas.
Christ est maintenant tout pour ce pécheur pardonné. De la même manière, par la foi, Ève se réjouit dans la promesse. C’est la joie et l’attente de son cœur ; et la religion d’Abel est entièrement formée par cela. Les châtiments de la sueur du front et de la peine de cœur semblent avoir été oubliés. Et ce qu’il faut considérer profondément — la terre est tenue pour peu de choses, quand Jésus était fermement saisi. Adam avait regagné l’Éternel Lui-même, et il ne semble plus jamais avoir songé être de nouveau un citoyen du monde, mais un simple cultivateur du sol selon l’affectation divine, pour un temps ; et ensuite, le laisser pour partager le plein fruit de la grâce et de la rédemption en lesquels il se confiait désormais, dans d’autres mondes. Il meurt — c’est tout. Il ne cherche pas de mémorial ici-bas. Il ne bâtit pas de ville. Il ne cherche pas à améliorer un monde maudit. Il y travaille, et il mange du pain qu’il produit. Mais il n’oublie jamais que le jugement pèse sur lui. La famille de Seth invoque le nom de l’Éternel, et recherche le réconfort et la bénédiction dans le lieu actuel du labeur et de la malédiction, selon le chemin et le temps de Dieu. Mais c’est l’objet de l’espérance et de la prophétie, tandis qu’être étranger dans le monde jugé est le chemin actuel de la foi et de la piété. C’est de fait un passage merveilleux, et il nous parle de cette heure même que nous traversons.
L’énergie de la chair ou de la vieille nature est produite et établie dans toutes ses œuvres ; l’énergie de la foi est aussi manifestée dans les âmes des élus, et montre sa puissance de manière très bénie. Nous apprenons ici nos leçons. Nous portons en nous les deux énergies. Par nature, nous sommes citoyens de la cité Hénoc, et par la grâce, notre âme est en lien avec Christ, comme Adam, Abel ou Seth. Et nous attendons l’enlèvement d’Énoch (Gen. 5, 24).
Elles sont opposées l’une à l’autre. « Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair ».