La grappe d’Eshcol

(Nombres 13)
(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 74]

Le grand principe de la vie divine est la foi — une foi simple, sincère, sans réserve, qui saisit juste et jouit de tout ce que Dieu a donné, une foi qui met l’âme en possession des réalités éternelles et l’y maintient de façon habituelle. Cela est vrai pour ce qui concerne le peuple de Dieu à toutes les époques. « Qu’il vous soit fait selon votre foi » est toujours la devise divine. Il n’y a pas de limite. Tout ce que Dieu révèle, la foi peut le posséder. Tout ce que la foi peut saisir, l’âme peut en jouir de façon constante.

Il est bon de s’en souvenir. Nous vivons tous très loin en dessous de nos privilèges. Beaucoup se satisfont de se mouvoir à une grande distance du centre béni de toutes nos joies. Nous sommes contents de connaître simplement le salut, tandis que pendant ce temps, nous ne goûtons que bien peu la sainte communion avec la personne du Sauveur. Nous nous contentons de simplement savoir qu’il existe une relation, sans cultiver sérieusement et jalousement les affections qui lui appartiennent. C’est la cause d’une grande partie de notre froideur et de notre stérilité. Comme dans le système solaire, plus une planète est loin du soleil, plus son climat est froid et plus son mouvement est lent. De même, dans le système spirituel, plus on se meut loin de Christ, plus l’état du cœur envers Christ sera froid, et plus le mouvement vers Christ sera lent. La ferveur et la rapidité seront toujours le résultat d’une proximité ressentie avec ce soleil central, la grande source de chaleur et de lumière.

Plus nous pénétrons dans la puissance de l’amour de Christ, plus nous réalisons Sa présence constante avec nous, et plus nous sentirons de façon intolérable le fait d’être loin de Lui. Tout ce qui tendrait à éloigner nos cœurs de Lui ou à cacher à nos âmes la lumière de Sa face bénie, sera craint et évité. Celui qui a vraiment appris quelque chose de l’amour de Christ, ne peut pas vivre sans lui ; oui, il peut se séparer de tout le reste pour lui. Quand il est loin de Lui, rien n’est ressenti que l’obscurité de minuit et le souffle glaçant de l’hiver ; mais dans Sa présence, l’âme peut s’élever comme l’alouette quand elle s’envole dans le brillant ciel bleu pour saluer de son chant joyeux les rayons matinaux du soleil.

Rien ne manifeste davantage l’incrédulité profondément enracinée de nos cœurs que le fait que, tandis que notre Dieu aimerait que nous jouissions de la communion avec les vérités les plus élevées, bien peu d’entre nous ne songent même à aspirer à ce qui est au-delà de ce qui est simplement essentiel. Notre cœur ne soupire pas après les plus hauts degrés de l’enseignement spirituel. Nous nous satisfaisons de ce que le fondement est posé, et ne sommes pas aussi impatients que nous le devrions d’ajouter couche après couche à la superstructure spirituelle. Non pas que nous puissions jamais faire sans fondement. Ce serait impossible. Le savant le plus avancé doit toujours avoir les bases avec lui, et plus le bâtiment s’élève haut, plus il y a besoin d’un fondement solide.

Considérons le cas d’Israël. Son histoire est pleine de riches instructions pour nous. Elle est « écrite pour nous servir d’avertissement » (1 Cor. 10, 11). Nous devons les considérer dans trois positions distinctes — comme protégés par le sang, comme victorieux d’Amalek, et comme introduits dans le pays de Canaan.

Or, clairement, un Israélite dans le pays de Canaan n’avait rien perdu de la valeur des deux premiers points. Il n’était pas moins à l’abri du jugement ou délivré de l’épée d’Amalek, du fait qu’il était dans le pays de Canaan. Non, le lait et le miel, les raisins et les grenades de ce bon pays, ne feraient qu’augmenter la valeur de ce précieux sang qui les avait préservés de l’épée du destructeur, et leur donner la preuve la plus incontestable de ce qu’ils étaient passés au-delà de l’étreinte cruelle d’Amalek.

Pourtant, nul ne voudrait dire qu’un Israélite n’aurait rien dû rechercher au-delà du linteau aspergé de sang. Il est clair qu’il devait fixer un regard ferme sur les collines revêtues de vignes du pays promis, et dire : « Là se trouve l’héritage qui m’est destiné, et par la grâce du Dieu d’Abraham, je ne me reposerai jamais satisfait jusqu’à ce que j’y ai posé triomphalement mon pied ». Le linteau aspergé de sang était le point de départ ; le pays de la promesse, le but. C’était le privilège élevé d’Israël, non seulement d’avoir l’assurance d’une pleine délivrance de la main du Pharaon et de l’épée d’Amalek, mais aussi de traverser le Jourdain et de cueillir les douces grappes de raisin d’Eshcol. C’était leur péché et leur honte qu’avec les grappes d’Eshcol devant eux, ils puissent même soupirer après « les poireaux, les oignons et l’ail » de l’Égypte.

Mais comment cela se pouvait-il ? Qu’est-ce qui les retenait en arrière ? Simplement cette chose haïssable qui, de jour en jour et d’heure en heure, nous dérobe le précieux privilège de fouler les parties les plus élevées de la vie divine. Et qu’est-elle ? L’incrédulité ! « Et nous voyons qu’ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité » (Héb. 3, 19). Elle fit qu’Israël erra dans le désert pendant quarante pénibles années. Au lieu de regarder à la puissance de l’Éternel pour les introduire dans le pays, ils regardèrent à la puissance de l’ennemi pour les en garder dehors. Ainsi, ils manquèrent. C’est en vain que les espions, qu’eux-mêmes avaient proposé d’envoyer (Deut. 1, 22)[1], rapportèrent un récit très attirant du caractère du pays. C’est en vain que les espions présentèrent à la vue d’Israël une grappe de raisins d’Eshcol, si luxuriante que deux hommes durent la porter avec une perche. Tout était inutile. L’esprit d’incrédulité s’était emparé de leurs cœurs. C’était une chose d’admirer les raisins d’Eshcol quand ils étaient ramenés à la porte de leur tente par l’énergie d’autres, et une chose tout à fait différente d’aller en avant dans l’énergie d’une foi personnelle et de cueillir ces grappes pour eux-mêmes.

Et si « douze hommes » pouvaient atteindre Eshcol, pourquoi pas six cent mille ? La même main qui avait protégé les uns, ne pouvait-elle pas protéger de même les autres ? La foi répond : « Oui ». Mais l’incrédulité se dérobe devant la responsabilité et recule devant la difficulté. Le peuple ne voulait pas plus avancer, une fois les espions revenus, qu’avant leur départ. Ils étaient dans un état d’incrédulité, du début à la fin. Et quel en fut le résultat ? Que des six cent mille qui étaient sortis d’Égypte, seuls deux eurent l’énergie suffisante pour poser leur pied dans le pays de Canaan. Cela nous parle ; cela a une voix pour nous ; cela nous enseigne une leçon. Que nous ayons des oreilles pour entendre, et des cœurs pour comprendre !

Certains ont pu dire que le temps n’était pas encore arrivé pour l’entrée d’Israël dans le pays de Canaan, dans la mesure où « l’iniquité des Amoréens n’est pas encore venue à son comble ». Ce n’est qu’un des côtés du sujet, et nous devons regarder les deux côtés. L’apôtre déclare expressément qu’Israël « n’y put entrer à cause de l’incrédulité ». Il ne donne pas comme raison « l’iniquité des Amoréens », ou quelque secret conseil de Dieu concernant les Amoréens. Il donne simplement comme motif l’incrédulité du peuple. Ils auraient pu entrer, s’ils l’avaient voulu.

Rien ne peut être plus injustifiable que de faire usage des conseils et des décrets inscrutables de Dieu pour jeter par-dessus bord la solennelle responsabilité de l’homme. Cela n’ira jamais. Devons-nous nous croiser les bras et nous allonger dans l’indolence de l’incrédulité à cause des décrets éternels de Dieu dont nous ne savons rien ? Parler ainsi ne peut être considéré que comme une monstrueuse extravagance, le résultat assuré de pousser à l’extrême une vérité jusqu’à la faire interférer avec la portée et l’action d’une autre vérité tout aussi importante. Nous devons donner à chaque vérité sa juste place. Nous ne devons pas laisser une vérité se développer alors qu’une autre n’est pas même autorisée à prendre racine. Nous savons que, à moins que Dieu ne bénisse le travail du cultivateur, il n’y aura pas de récolte au temps de la moisson. Cela empêche-t-il l’utilisation diligente de la charrue et de la herse ? Certainement pas, car le même Dieu qui a fixé la récolte à la fin, a fixé le travail patient comme moyen.

Ainsi en est-il aussi dans le monde spirituel. La fin déterminée de Dieu ne doit jamais être séparée des moyens fixés par Dieu. Si Israël s’était confié en Dieu et était monté, toute l’assemblée aurait joui des luxuriantes grappes d’Eshcol. C’est ce qu’ils ne firent pas. Les raisins étaient agréables : c’était évident pour tous. Les espions furent contraints d’admettre que le pays découlait de lait et de miel. Mais il y avait forcément un « néanmoins ». Pourquoi ? Parce qu’ils ne se confiaient pas en Dieu. Il avait déjà déclaré à Moïse le caractère du pays, et Son témoignage aurait dû être amplement suffisant. Il avait dit de la manière la plus inconditionnelle : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays-là dans un pays bon et spacieux, dans un pays ruisselant de lait et de miel » (Ex. 3, 8). Cela n’aurait-il pas dû suffire ? La description de l’Éternel n’était-elle pas plus digne de confiance que celle de l’homme ? Pour la foi, oui, mais non pour l’incrédulité. L’incrédulité ne peut jamais se satisfaire du témoignage divin, elle doit avoir le témoignage des sens. Dieu avait dit que c’était « un pays ruisselant de lait et de miel ». Les espions l’admettent. Mais écoutez ce qu’ils ajoutent : « Seulement, le peuple qui habite dans le pays est fort, et les villes sont fortifiées, très grandes ; et nous y avons vu aussi les enfants d’Anak… Et nous y avons vu les géants, fils d’Anak, qui est de la race des géants ; et nous étions à nos yeux comme des sauterelles, et nous étions de même à leurs yeux » (Nomb. 13, 29, 34).

Ainsi en fut-il pour eux. Ils ne « virent » que les murs immenses et les géants impressionnants. Ils ne virent pas l’Éternel, parce qu’ils regardaient avec l’œil des sens et non avec celui de la foi. Dieu était mis dehors. Il n’a jamais de place dans les calculs de l’incrédulité. Elle peut voir les murailles et les géants, mais elle ne peut pas voir Dieu. Ce n’est que la foi qui peut « tenir ferme comme voyant celui qui est invisible ». Les espions pouvaient déclarer ce qu’ils étaient, à leur propre vue et à celle des géants, mais pas un mot de ce qu’ils étaient au regard de Dieu. Ils ne pensèrent jamais à cela. Le pays était tout ce qu’ils pouvaient désirer, mais les difficultés étaient trop grandes pour eux. Ils n’avaient pas la foi pour se confier en Dieu. La mission des espions s’avéra un échec. Israël « méprisa le pays désirable », et « retournèrent de leur cœur en Égypte ».

C’est là l’essentiel de la question. L’incrédulité empêcha Israël de cueillir les grappes d’Eshcol et les renvoya errer quarante ans dans le désert. Ces choses, il faut s’en souvenir, « ont été écrites pour nous servir d’avertissement ». Que nous puissions en peser la leçon profondément et avec prière ! Des six cent mille qui sortirent d’Égypte, seuls deux posèrent leur pied sur les collines fertiles de la Palestine ! Israël avait passé la mer Rouge, avait triomphé d’Amalek, mais avait reculé par crainte et s’était retiré devant « les enfants d’Anak », quoique ces derniers n’étaient pas davantage que les premiers pour l’Éternel.

Or, que le lecteur chrétien pèse tout ceci. Le but spécial de cet article est de l’encourager à se lever et, dans l’énergie d’une confiance pleine et sans réserve en Christ, de fouler les plus hauts degrés de la vie de foi. Ayant notre solide fondement posé dans le sang de la croix, c’est notre privilège, non seulement d’être victorieux d’Amalek (le péché qui habite en nous), mais aussi de goûter le vieux blé du pays de Canaan, de cueillir les grappes d’Eshcol, et d’avoir nos délices dans ses flots ruisselants de lait et de miel ; en d’autres termes, d’entrer dans les expériences vivantes et élevées qui découlent d’une communion habituelle avec un Christ ressuscité avec lequel nous sommes liés dans la puissance d’une vie sans fin. C’est une chose de savoir que nos péchés sont effacés par le sang de Christ ; c’est une chose toute différente de savoir que Christ a détruit la puissance du péché qui habite en nous. Et c’est une chose encore plus élevée de vivre dans une communion ininterrompue avec Lui-même.

Ce n’est pas que nous perdions le sentiment des deux premières quand nous vivons dans la puissance de la dernière. Tout au contraire. Plus je marcherai près de Christ, plus je L’aurai habitant dans mon cœur par la foi, plus j’apprécierai tout ce qu’Il a fait pour moi, à la fois en ôtant mes péchés et dans l’assujettissement complet de ma nature mauvaise. Plus la superstructure s’élève haut, plus j’apprécierai le solide fondement en dessous. C’est une grande erreur de supposer que ceux qui se meuvent dans les sphères supérieures de la vie spirituelle, peuvent jamais sous-estimer le titre par lequel ils peuvent le faire. Oh ! non ; le langage de ceux qui ont passé dans le cercle le plus intérieur du sanctuaire en haut, est : « À celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang ». Ils parlent de l’amour du cœur de Christ et du sang de Sa croix. Plus ils s’approchent près du trône, plus ils entrent dans la valeur de ce qui les a placés dans une telle exquise élévation. Et il en est ainsi pour nous ; plus nous respirons l’atmosphère de la présence divine, plus nous foulons en esprit les parvis du sanctuaire céleste, plus nous apprécierons hautement les richesses de l’amour rédempteur. C’est quand nous cueillons les grappes d’Eshcol dans la Canaan céleste, que nous avons le sentiment le plus profond de la valeur de ce précieux sang qui nous a mis à l’abri de l’épée du destructeur.

Que nous ne soyons donc pas découragés de viser à une consécration de cœur à Christ plus élevée, par une fausse crainte de sous-estimer ces précieuses vérités qui ont rempli nos cœurs de la paix céleste, quand nous avons commencé notre carrière chrétienne. L’ennemi utilisera tout et n’importe quoi pour empêcher l’Israël céleste de poser le pied de la foi dans la Canaan spirituelle. Il cherchera à les garder occupés d’eux-mêmes et des difficultés qui accompagnent leur course ascendante en avant. Il sait que quand quelqu’un a vraiment mangé les raisins d’Eshcol, il ne s’agit plus d’échapper au Pharaon ou à Amalek. C’est pourquoi il place devant eux les murailles, les géants, et leur propre néant, leur propre faiblesse et leur indignité. Mais la réponse est simple et décisive. C’est : Confiance ! confiance ! confiance ! Oui, depuis le linteau aspergé de sang en Égypte jusqu’aux rares et exquises grappes d’Eshcol, tout est affaire de confiance simple, sans réserve et inconditionnelle, en Christ. « Par la foi, ils ont fait la pâque et l’aspersion du sang », et « par la foi, les murs de Jéricho tombèrent » (Héb. 11). Depuis le point de départ jusqu’au but, et à toutes les étapes intermédiaires, « le juste vivra de foi ».

Mais n’oublions jamais que cette foi implique l’abandon complet du cœur à Christ, aussi bien que la pleine acceptation de Christ pour le cœur. Lecteur, pesons profondément cela. Ce doit être Christ entièrement pour le cœur, et le cœur entièrement pour Christ. Séparer ces choses, c’est être « comme un bateau à rames avec une seule rame, qui tourne en rond mais n’avance pas. Il dérive seulement avec le courant, tournoyant dans sa dérive. Ou comme un oiseau avec une aile cassée, tournoyant sans arrêt, et tombant en tournoyant ». Ceci est trop souvent perdu de vue. De là la course incertaine et l’expérience fluctuante. Il n’y a pas de progrès. On ne peut s’attendre à avancer avec Christ d’une main et le monde dans l’autre. Nous ne pouvons nous régaler des « raisins d’Eshcol » tandis que nos cœurs soupirent après « les pots de chair de l’Égypte ».

Que le Seigneur nous accorde un cœur entier, un œil simple, un esprit droit. Que le seul objet qui commande notre âme soit de monter en haut et en avant. Tout ayant été réglé divinement et éternellement par le sang de la croix, que nous avancions avec une sainte énergie et décision « droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus ».