La mort accomplie

Luc 9, 30 et 31
(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 34]

Ils parlaient de Sa mort qu’Il allait accomplir — trois mots d’une signification diverse et pleine de douceur. Ils nous parlent de l’intimité, l’intimité personnelle, qui se trouvait là entre le Seigneur et les élus dans les domaines de la gloire. Comme il en était dans le jardin d’Éden au commencement, et ensuite parmi les patriarches, et puis avec les disciples et leur divin Maître dans les jours des évangélistes, ainsi en sera-t-il dans les âges de la gloire ; il y aura une intimité personnelle entre le Seigneur et les siens, indiquée ainsi par le mot « parler ». « Dieu parla avec Abraham ».

Mais nous avons aussi le sujet de leur conversation — c’était Sa mort — un thème bien digne d’intéresser les hôtes glorifiés. Nous pouvons bien en parler chaque journée dominicale, dans la lumière de la résurrection, puisque les rachetés dans les cieux en parlent dans la lumière de la gloire. Car c’est ce grand fait ou mystère qui sera célébré à toujours, comme c’est le grand fait qui doit se révéler être le pilier de l’éternité, les colonnes de la création de Dieu.

Et là encore, ils nous feront connaître une chose très importante en lien avec ce sujet — c’était une mort qui devait être accomplie — un mot qui suggère le caractère complet, fini, parfait, de la manière selon laquelle ce grand mystère, la mort de l’Agneau de Dieu à Jérusalem, devait être réalisé. Il devait être marqué par toute la solennité convenable, afin que rien ne puisse être laissé inaccompli, non réalisé ou non assuré, de ce qui avait été déterminé devoir être fait.

Et quelle consolation pour nous, pécheurs ! Le sacrifice de l’Agneau de Dieu était le précieux secret éternel qui devait nous donner une paix éternelle et bénie ; et nous avons à apprendre que tout ce qui lui avait été confié pour être accompli, fut fait — les conseils, le trône, les poids et les mesures du sanctuaire du salut, tout a été satisfait dans les moindres détails.

Je voudrais méditer un peu soigneusement sur cet accomplissement de la mort de l’Agneau de Dieu.

En lisant Lévitique 16, nous pouvons être impressionnés par le soin, l’ordre et la régularité exacte et parfaite avec lesquels le sacrificateur accomplissait l’œuvre de ce jour des expiations. Aucune hâte, mais tout dans une exactitude bien ordonnée et définie, du début à la fin.

Il devait prendre les victimes désignées, que ce soit le taureau ou le bouc. Puis il devait les offrir. Puis il devait les mettre à mort, au temps et dans l’ordre convenables. Il devait alors préparer la nuée d’encens qui devait l’accompagner et l’investir, quand il entrait dans le lieu très saint avec le sang. Et (enveloppé de cette nuée, vêtu de ses simples habits de lin, non pas de ses vêtements de gloire et de beauté de souverain sacrificateur), étant entré dans le lieu très saint, il fait aspersion du sang sur et devant le propitiatoire ; en témoignage que Dieu sur le trône de la justice a accepté le sacrifice. Il sort alors, et utilise le même sang (le sang qui avait été ainsi accrédité et sanctionné par le trône) pour la réconciliation des lieux et des choses extérieurs — nul autre que lui n’étant autorisé à être dans le sanctuaire tandis qu’il procédait ainsi, avec toute cette solennité, au travail de ce jour mystérieux.

Et ayant ainsi réconcilié les lieux et les choses extérieurs, il place les iniquités du peuple sur la tête d’un bouc, appelé le bouc azazel, et l’envoie dans un lieu où ces iniquités ne pourraient plus jamais être remises en mémoire.

Alors, paré de ses propres vêtements sacerdotaux de gloire et de beauté, il offre un holocauste pour lui-même, et un autre pour le peuple ; témoignage que toute cette grande œuvre de grâce a abouti à l’adoration et à la louange qui Lui étaient ainsi rendues par la congrégation de l’Éternel, rachetée par le sang, dont la rançon avait été payée. Et alors, il place la graisse du sacrifice pour le péché sur l’autel, en gage que le Dieu béni avait la portion la plus riche du festin, la joie la plus profonde dans ce sacrifice et cette expiation, Lui étant réservée — à la manière, je dirais, du père dans la parabole du fils prodigue[1].

Les sacrifices pour le péché, taureau et bouc, étaient alors entièrement brûlés « hors du camp » — et l’homme approprié qui avait mené au loin le bouc azazel, et l’autre qui avait désormais brûlé les sacrifices pour le péché, se purifiaient soigneusement, et puis reprenaient leur place dans le camp.

Tel était le travail de ce grand jour en Israël, le jour des expiations, le dixième jour du septième mois. Je ne cherche pas ici à l’interpréter ; je le décris seulement dans le but de le présenter, de façon à montrer la manière soigneuse et délibérée selon laquelle tout était accompli, la façon bien définie et bien ordonnée selon laquelle cette grande solennité était accomplie et célébrée à toutes ses étapes, et tout du long de son déroulement, du début à la fin.

Or cela va avec la grande expiation réelle accomplie à l’heure de la croix. Avec quelle sérénité calme, sacrée, mesurée et bien pesée, la mort du Seigneur Jésus fut-elle accomplie ! Moïse et Élie avaient bien assurément pu Lui avoir parlé de Sa « mort » qu’Il devait « accomplir » à Jérusalem. Tout au long du cours de Sa vie de service, Il avait été exposé à l’inimitié du monde. Et même dès Sa naissance, il en fut ainsi. Et en tous temps, il sembla que l’homme L’avait à sa merci. Dans la mesure où les scènes qu’Il traversait exprimaient Ses conditions, il n’y avait ni garde, ni Mahanaïm autour de Lui, ni armée angélique montant et descendant pour Sa sécurité ou Sa ressource. Et Il ne faisait pas entendre Sa voix dans les rues, refusant de faire un parti pour Lui-même, opposant confédération à confédération, quand Il aurait pu faire ainsi. Et cependant, nul ne put mettre les mains sur Lui jusqu’à ce que Son heure fût venue. Comme Il était né lorsque l’accomplissement du temps était venu, ainsi, à la plénitude des temps, mais pas avant, Il devait mourir. Mais quand ce temps vint, tout fut accompli avec une sérénité calme, sacrée, mesurée et bien ordonnée — comme nous pouvons le voir, depuis l’heure du dernier souper jusqu’à la mort elle-même.

Lors du souper, comme la victime, Il se lia Lui-même aux cornes de l’autel. En Gethsémané, immédiatement après, Il renouvelle Son renoncement à Lui-même pour Son Père. Quand les soldats viennent Le prendre, ils ne peuvent Le toucher jusqu’à ce qu’Il le veuille. Mais au temps convenable, Il se remet Lui-même, comme un captif volontaire, entre leurs mains. Il passe du baiser du traître de l’un des siens dans les mains des Juifs, et d’eux entre les mains des Gentils — parce que de telles choses avaient été prophétisées à Son sujet. Chaque détail de l’Écriture est accompli, même quand Il dit : « J’ai soif ». Toutes Ses souffrances annoncées à l’avance, dans toutes les diverses formes endurées et les insultes, furent réalisées ; même les vêtements dans lesquels Il souffrit, et la compagnie qui était avec Lui sur la croix. Ses disciples L’abandonnèrent, les brebis du troupeau furent dispersées, car les prophètes l’avaient écrit ainsi. Et alors, quand tout fut achevé, et que l’heure pascale fut complètement venue, Il entra dans les trois heures de ténèbres, sous les coups de la main de Dieu, comme Son Agneau pour le sacrifice.

La mort est ainsi merveilleuse, dans la forme et le caractère mêmes de son accomplissement, comme elle est merveilleuse au-delà de toute pensée dans ses gloires morales, et dans ses vertus de salut et de purification[2].

Mais en contraste avec tout cela, considérons, un instant, la mort du baptiseur, qui eut lieu avant cette mort du Seigneur Jésus, et celle d’Étienne, qui la suivit. Quelle différence ! Et cependant, rien d’étonnant — tout est facilement explicable.

Il n’y avait aucune valeur quant au trône de Dieu, aucune place dans les conseils de Dieu, pour la mort soit de Jean, soit d’Étienne. Elles étaient précieuses au regard de Dieu, nous pouvons en être assurés — mais elles n’étaient pas importantes, je le répète, ni pour le trône, ni pour les conseils de Dieu. Ni Sa justice, ni Sa grâce, ne les exigeaient. Le secret et la hâte peuvent donc marquer leur caractère et leur histoire. Il n’est pas non plus nécessaire que leur matériau, les circonstances qui les accompagnent, leur donnent une dignité quelconque. Aucune d’elles n’était une « mort » « accomplie », comme celle de Jésus dont parlent Moïse et Élie.

Le baptiseur fut la victime de la passion dévergondée d’une femme ; Étienne fut un martyr sous les coups de la frénésie soudaine et ardente d’une foule aveugle et religieuse. Voilà l’histoire de ces morts. Et combien elles mettent en valeur celle que nous avons considérée, et qui eut lieu entre elles ! Non pas que les leurs ne furent, comme je l’ai déjà dit, précieuses pour Dieu. Assurément elles le furent, et profondément (Ps. 116, 15). Mais elles ne furent pas prises en main par Lui, selon les conseils éternels et selon les prophéties qui avaient été données dès le commencement, comme le fut celle de Jésus. Les passions des hommes disposèrent de Jean et d’Étienne. « Ils leur ont fait tout ce qu’ils ont voulu », pourrais-je dire. Mais les conseils et le trône de Dieu, Sa justice et Sa grâce, les glorieuses révélations de Lui-même, toute l’histoire de la création dans son propos et dans ses résultats, sont là pour rendre compte de la mort de Jésus, et y trouvent leur intérêt.

Le pécheur convaincu de péché doit se familiariser avec cela, le pécheur croyant y trouve son droit. Quel objet pour alimenter l’éternité, et pour la joie et la célébration durant celle-ci !