La vie chrétienne : qu’est-ce que c’est ?

(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 68]

La question que nous nous proposons de considérer dans les pages qui suivent est une des plus intéressantes et des plus importantes qui puisse réclamer notre attention. C’est : Qu’est-ce que la vie que nous possédons en tant que chrétiens ? Quelle en est la source ? Quelles en sont les caractéristiques ? Quelle en est la fin ? Ces grandes questions n’ont qu’à être mentionnées pour captiver l’attention de tout lecteur réfléchi.

La Parole divine parle de deux origines distinctes. Elle parle d’un premier homme et elle parle d’un second. Au début du livre de la Genèse, nous lisons ces paroles : « Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance… Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle » (Gen. 1, 26-27). Cette déclaration est répétée en Genèse 5 : « Au jour où Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu ». Après cela, nous lisons : « Et Adam vécut cent trente ans, et engendra un fils à sa ressemblance, selon son image ».

Mais entre la création d’Adam à l’image de Dieu et la naissance d’un fils à sa propre image, un grand changement a eu lieu. Le péché est entré. L’innocence a disparu. Adam est devenu un homme tombé, ruiné, proscrit. Ce fait doit être saisi et pesé par le lecteur. C’est un fait important et influent. Il nous mène au secret de la source de cette vie que nous possédons comme fils d’Adam. Cette source était une tête coupable, ruinée et rejetée. Ce n’était pas dans l’innocence qu’Adam devint le chef d’une race. Ce n’était pas dans les limites du paradis que Caïn fut engendré, mais en dehors, dans un monde ruiné et maudit. Ce n’était pas à l’image de Dieu que Caïn naquit, mais à l’image d’un père tombé.

Nous croyons pleinement que, personnellement, Adam fut l’objet de la grâce divine et qu’il fut sauvé par la foi en la semence promise de la femme. Mais en le considérant sur un plan d’ensemble, c’est-à-dire, comme chef de race, il était un homme tombé, ruiné, rejeté, et tous ceux de sa postérité naissent dans la même condition. Telle qu’est la tête, tels sont les membres — tous les membres ensemble, et chacun en particulier. Le fils porte l’image de son père tombé et hérite de sa nature. « Ce qui est né de la chair est chair », et faites ce que vous voulez de la « chair » — éduquez-la, cultivez-la, sublimez-la autant que vous le voulez, elle ne produira jamais l’« esprit ». Vous pouvez améliorer la chair selon la pensée de l’homme, mais la « chair » améliorée n’est pas l’« esprit ». Les deux choses sont complètement opposées. La première exprime tout ce que nous sommes en tant que nés dans ce monde, comme semence du premier Adam. Le dernier exprime ce que nous sommes comme nés de nouveau, comme unis au second Adam.

Nous entendons souvent l’expression : « élever les masses ». Que signifie-t-elle ? Il y a trois questions que nous aimerions poser à ceux qui proposent d’élever les masses. Tout d’abord, qu’est-ce que vous allez élever ? Ensuite, comment allez-vous les élever ? Enfin, vers où allez-vous les élever ? Il est impossible que l’eau s’élève jamais au-dessus de son niveau. De même, il est impossible que vous puissiez jamais élever les enfants d’un Adam tombé au-dessus du niveau de leur père tombé. Faites ce que vous voulez d’eux, vous ne pourrez pas les élever plus haut que leur tête ruinée et proscrite. L’homme ne peut dépasser la nature dans laquelle il est né. Il peut croître en elle, mais non pas en dehors d’elle. Suivez le fleuve de l’humanité tombée jusqu’à sa source, et vous découvrirez que cette source est un homme tombé, ruiné et rejeté.

Cette simple vérité frappe à la racine de tout l’orgueil de l’homme — tout orgueil de naissance, tout orgueil d’ascendance. Nous sommes tous, en tant qu’hommes, issus d’un tronc commun, d’une même tête, d’une même source. Nous sommes tous engendrés selon une même image, et c’est celle d’un homme ruiné. Le chef de la race et la race dont il est la tête, sont tous impliqués dans une ruine commune. Considéré d’un point de vue légal ou social, il peut y avoir des différences ; mais considéré d’un point de vue divin, il n’y en a aucune. Si vous voulez avoir une idée vraie de la condition de chaque membre de la race humaine, vous devez regarder la condition de la tête. Vous devez revenir à Genèse 3 et lire ces paroles : « Il chassa l’homme ». Voilà la racine de toute la chose. Voilà la source du fleuve dont les flots ont rendu tristes les millions de la postérité d’Adam pendant près de six mille ans. Le péché est entré et a brisé le lien, abîmé l’image de Dieu, corrompu les sources de la vie, introduit la mort et donné à Satan le pouvoir de la mort.

Ainsi en est-il par rapport à la race d’Adam — à la race dans son ensemble et à chaque membre de cette race en particulier. Tous sont impliqués dans la culpabilité et la ruine. Tous sont exposés à la mort et au jugement. Il n’y a pas d’exception. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé à tous les hommes, en ce que tous ont péché » (Rom. 5, 12). « Dans l’Adam tous meurent » (1 Cor. 15, 22). Voilà les deux tristes et solennelles réalités liées ensemble — « le péché et la mort ».

Mais, grâces à Dieu, un second homme est entré en scène. Ce grand fait, tandis qu’il présente la merveilleuse grâce de Dieu envers le premier homme et sa postérité, prouve de la manière la plus claire et la plus irréfutable que le premier homme a été complètement mis de côté. Si le premier avait été trouvé parfait, alors il n’aurait pas été trouvé de place pour le second. S’il y avait eu un seul rayon d’espoir quant au premier Adam, il n’y aurait eu aucun besoin du second.

Mais Dieu a envoyé Son Fils dans ce monde. Il fut « la semence de la femme ». Que ce fait soit saisi et pesé. Jésus Christ ne vint pas sous la filiation générale d’Adam. Il descendait légalement de David et d’Abraham, comme nous le lisons en Matthieu. « Il était de la semence de David selon la chair » (2 Tim. 2, 8). De plus, Sa généalogie est retracée jusqu’à Adam par la plume inspirée dans l’évangile de Luc. Mais voici l’annonce de l’ange quant au mystère de Sa conception : « Et l’ange répondant, dit à Marie : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1, 35).

Nous avons ici un véritable homme, mais un homme sans une seule tache de péché ni un seul germe de mortalité. Il fut conçu de la femme, de la substance de la vierge, en tout point un homme comme nous, mais entièrement sans péché et complètement libre de toute association qui aurait pu donner au péché ou à la mort un droit sur Lui. Si notre Seigneur béni était venu, dans Sa nature humaine, sous la filiation d’Adam, Il n’aurait pas pu être appelé le second homme car Il aurait été un membre du premier, comme tout autre homme. De plus, Il aurait été soumis à la mort dans Sa propre personne, ce qui est un blasphème de l’affirmer ou de le supposer.

Mais, béni soit à jamais Son nom incomparable, Il était le pur, le saint, l’immaculé de Dieu. Il était unique. Il se tenait seul — le seul grain pur et intact de la semence humaine que la terre ait jamais vu. Il vint dans ce monde de péché et de mort, Lui-même sans péché et donnant la vie. En Lui était la vie, et nulle part ailleurs. Tout en dehors de Lui était mort et ténèbres. Il n’y avait pas une seule pulsation de vie spirituelle, pas un seul rayon de lumière divine, en dehors de Lui. Toute la race du premier homme était impliquée dans le péché, sous le pouvoir de la mort, et exposée au jugement éternel. Il pouvait dire : « Je suis la lumière du monde ». En dehors de Lui, tout était ténèbres morales et mort spirituelle. « Dans l’Adam tous meurent ; dans le Christ tous seront rendus vivants ». Voyons comment.

À peine le second homme fut-Il apparu sur la scène, que Satan apparut pour Lui disputer chaque pouce de terrain. C’était une grande réalité. L’homme Christ Jésus avait entrepris l’œuvre puissante de glorifier Dieu sur cette terre, de détruire les œuvres du diable et de racheter Son peuple. Œuvre extraordinaire — œuvre que nul sinon l’homme-Dieu ne pouvait accomplir. Mais c’était une chose réelle. Jésus dut rencontrer toute la ruse et la puissance de Satan. Il dut le rencontrer comme le serpent, et le rencontrer comme le lion. C’est pourquoi, tout au début de Sa carrière bénie, comme l’homme baptisé et oint, Il se tint dans le désert pour être tenté par le diable. Voyez Matthieu 4 et Luc 4. Et remarquez le contraste entre le premier homme et le second. Le premier homme se tenait au milieu d’un jardin de délices, avec tout ce qui pouvait plaider en faveur de Dieu contre le tentateur. Le second homme, au contraire, se tenait au milieu d’un désert de privations avec tout, en apparence, qui plaidait contre Dieu et en faveur du tentateur. Satan tenta le second homme exactement avec les mêmes armes qu’il avait trouvé être si efficaces contre le premier — « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Comparez Genèse 3, 6 ; Matthieu 4, 1 à 10 ; Luc 4, 1 à 12 ; et 1 Jean 2, 16.

Mais le second homme vainquit le tentateur avec une seule arme, la Parole écrite. « Il est écrit » fut la seule réponse invariable de l’homme dépendant et obéissant. Pas de raisonnement, pas de question, pas de regard vers ce chemin-ci ou celui-là. La Parole du Dieu vivant était l’autorité qui commandait à l’homme parfait. Béni soit à jamais Son nom ! Qu’à Lui soit l’hommage de l’univers aux siècles des siècles ! Amen et amen.

Maintenant, nous nous hâtons d’aborder notre thème particulier. Nous voulons que le lecteur considère, à la lumière de l’Écriture sainte, comment le second Adam communique la vie à Ses membres.

Par la victoire dans le désert, l’homme fort fut « lié », mais pas « détruit ». C’est pourquoi nous trouvons que, à la fin, il fut autorisé à L’éprouver une nouvelle fois. S’étant « retiré pour un temps », il revint dans un autre caractère, comme celui qui avait le pouvoir de la mort par laquelle il terrifiait l’âme de l’homme. Immense pensée ! Ce pouvoir s’abattit avec toute sa terrible intensité sur l’esprit de Christ dans le jardin de Gethsémané. Nous ne pouvons pas contempler cette scène dans ce jardin et ne pas sentir que l’esprit de notre bien-aimé Seigneur passait par quelque chose qu’Il n’avait jamais éprouvé auparavant. Il est évident qu’il fut permis à Satan de venir devant Lui d’une manière toute particulière et de mettre en avant ce pouvoir spécial afin de Le décourager, si c’était possible. Ainsi, Il dit en Jean 14, 30 : « Le chef du monde vient, et il n’a rien en moi ». Ainsi aussi en Luc 22, 53, nous Le voyons dire aux principaux sacrificateurs et aux capitaines du temple : « Êtes-vous sortis comme contre un brigand avec des épées et des bâtons ? Lorsque j’étais tous les jours avec vous, dans le temple, vous n’avez pas étendu vos mains contre moi ; mais c’est ici votre heure, et le pouvoir des ténèbres ».

Évidemment, la période depuis le dernier souper jusqu’à la croix fut marquée par des traits très distincts de toute période précédente de la merveilleuse histoire de notre Seigneur. « C’est ici votre heure ». Et de plus, « le pouvoir des ténèbres ». Le prince de ce monde venait contre le second homme, armé de toute la puissance dont l’avait investi le péché du premier homme. Il fit peser sur l’esprit du Seigneur toute la puissance et toutes les terreurs de la mort comme étant le juste jugement de Dieu. Jésus fit face à tout cela au paroxysme de sa force et dans toute son affreuse intensité. C’est pourquoi nous entendons des paroles comme celles-ci : « Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ». Et nous lisons encore que : « Étant dans l’angoisse du combat, il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme des grumeaux de sang découlant sur la terre ».

En un mot, donc, Celui qui entreprenait de racheter Son peuple, de donner la vie éternelle à Ses membres, d’accomplir la volonté et les conseils de Dieu, dut faire face à toutes les conséquences de la condition de l’homme. Il n’y avait pas moyen d’y échapper. Il passa par elles toutes, mais Il y passa seul, car qui hormis Lui aurait pu le faire ? Lui, la véritable arche, dut traverser seul le sombre et terrible fleuve de la mort, pour y frayer un chemin pour que Son peuple y passe sur un terrain sec. Il fut seul dans le puits de la destruction et dans le bourbier fangeux, afin que nous puissions être avec Lui sur le rocher. Il mérita seul le cantique nouveau, afin qu’Il puisse le chanter au milieu de l’Assemblée.

Mais notre Seigneur ne rencontra pas seulement tout le pouvoir de Satan comme chef de ce monde, toute la puissance de la mort comme le juste jugement de Dieu, toute la violence et l’inimitié amère de l’homme tombé ; il y avait quelque chose bien au-delà de toutes ces choses. Quand l’homme et Satan, la terre et l’enfer, eurent fait leur maximum, il restait une région de ténèbres et d’obscurité impénétrable que devait traverser l’esprit de l’homme béni, dans laquelle il est impossible à la pensée humaine d’entrer. Nous ne pouvons que nous tenir sur ses confins et, avec nos têtes inclinées dans le silence profond d’une adoration indicible, entendre le cri fort et douloureux qui en jaillit, accompagné de ces paroles : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » — paroles que l’éternité elle-même ne suffira pas pour sonder.

Ici, nous devons nous interrompre et attribuer une nouvelle fois la louange, l’hommage et l’adoration éternels et universels, à Celui qui a traversé tout cela pour nous procurer la vie. Que nos cœurs L’adorent ! Que nos lèvres Le louent ! Que nos vies Le glorifient ! Lui seul en est digne. Que Son amour nous contraigne à ne pas vivre pour nous-mêmes, mais pour Celui qui mourut pour nous et ressuscita, et nous donna la vie en résurrection.

Il n’est pas possible de surestimer l’intérêt et la valeur de la grande vérité que la source de la vie que nous, chrétiens, possédons, est un Christ ressuscité et victorieux. C’est comme ressuscité d’entre les morts que le second homme devient le chef d’une race — la Tête de Son corps, l’Assemblée. La vie que le croyant possède maintenant est une vie qui a été testée et éprouvée de toutes les manières possibles. Par conséquent, elle ne peut jamais venir en jugement. C’est une vie qui a passé à travers la mort et le jugement. C’est pourquoi elle ne peut jamais mourir, elle ne peut jamais venir en jugement. Christ, notre Tête vivante, a aboli la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile. Il a rencontré la mort dans toute sa réalité, afin que nous n’ayons jamais à la rencontrer. Il est mort afin que nous n’ayons jamais à mourir. Il a opéré ainsi pour nous dans Son amour et Sa grâce merveilleux, pour faire de la mort une partie de ce que nous possédons. Voyez 1 Corinthiens 3, 22.

Dans la vieille création, l’homme appartient à la mort. C’est pourquoi il a été dit à juste titre que du moment même que l’homme commence à vivre, il commence à mourir. Fait solennel ! L’homme ne peut échapper à la mort. « Il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement ». Il n’y a pas une seule chose que l’homme possède dans la vieille création, qui ne lui sera pas arrachée par la main sans pitié de la mort. La mort lui prend tout, réduit son corps à la poussière, et envoie son âme au jugement. Maisons, terres, richesses et distinctions, réputation et influence, tout s’en va quand le dernier ennemi sinistre s’approche. Toute la richesse de l’univers, si elle était en possession d’un homme, ne pourrait pas acheter un moment de répit. La mort dépouille l’homme de tout et l’emporte vers le jugement. Le roi et le mendiant, le pair et le manant, le philosophe instruit et le clown ignorant, le civilisé et le sauvage, sont tous semblables. La mort s’empare de tout ce qui est dans les limites de la vieille création. Le sépulcre est la fin de l’histoire terrestre de l’homme, et au-delà de lui, il y a le trône du jugement et l’étang de feu.

Mais dans la nouvelle création, la mort appartient à l’homme. Il n’y a pas une seule chose que possède le chrétien, qu’il ne doive pas à la mort. Il a la vie, le pardon, la justice, la paix, l’acceptation, la gloire, tout cela par la mort — la mort de Christ. Tout l’aspect de la mort en est changé. Satan ne peut plus l’introduire pour peser sur l’âme du croyant comme le jugement de Dieu contre le péché, bien que Dieu puisse l’employer — et le fasse — dans Ses voies de gouvernement envers les siens, en matière de discipline et de châtiment. Voyez Actes 5 ; 1 Corinthiens 11, 30 ; et 1 Jean 5, 16.

Mais comme celui qui avait le pouvoir de la mort, Satan a été détruit. Notre Seigneur Christ lui a arraché son pouvoir, et Il tient maintenant dans Sa main toute-puissante les clés de la mort et du hadès. La mort a perdu son aiguillon, le sépulcre sa victoire. C’est pourquoi, si la mort vient vers le croyant, elle ne vient pas comme un maître, mais comme un serviteur. Elle vient, non comme un policier pour tirer l’âme vers sa prison éternelle, mais comme une main amie pour ouvrir la porte de la cage et pour laisser l’esprit s’envoler vers sa patrie dans les cieux.

Tout cela fait une immense différence. Cela tend, entre autres choses, à ôter la crainte de la mort, qui était en parfait accord avec l’état des croyants sous la loi, mais est totalement incompatible avec la position et les privilèges de ceux qui sont unis à Celui qui est vivant d’entre les morts. Et ce n’est pas tout. Toute la vie et le caractère du chrétien doivent tirer leur ton de la source d’où émane cette vie. « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3, 1-4). L’eau atteint toujours son niveau. De même, la vie du chrétien, fortifiée et guidée par le Saint Esprit, s’élève toujours vers sa source.

Que personne n’imagine que tout ce pour quoi nous luttons est une simple question d’opinion humaine ou un point sans importance, une notion sans influence. Loin de là. C’est une grande vérité pratique, constamment présentée par l’apôtre Paul, et sur laquelle il insiste — une vérité qu’il a prêchée comme évangéliste, enseignée et dévoilée comme docteur, et sur les effets de laquelle il a veillé comme un pasteur fidèle et vigilant. La place que la grande vérité de la résurrection tenait dans la prédication de l’apôtre, était si proéminente, qu’il fut dit de lui par certains philosophes athéniens : « Il semble annoncer des divinités étrangères ; parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection » (Act. 17, 18).

Que le lecteur remarque cela. « Jésus et la résurrection ». Pourquoi n’était-ce pas Jésus et l’incarnation, ou Jésus et la crucifixion ? Était-ce parce que ces profonds et inestimables mystères ne tenaient aucune place dans la prédication et l’enseignement de l’apôtre ? Lisez 1 Timothée 3, 16 pour trouver la réponse. « Et, sans contredit, le mystère de la piété est grand : — Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été cru au monde, a été élevé dans la gloire ». Lisez aussi Galates 4, 4 et 5 : « Mais, quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi ».

Ces passages règlent la question quant aux doctrines fondamentales de l’incarnation et de la crucifixion. Mais Paul prêchait et enseignait et insistait jalousement sur la résurrection. Lui-même avait été converti à un Christ ressuscité et glorifié. Le tout premier aperçu qu’il saisit de Jésus de Nazareth fut celui d’un homme ressuscité dans la gloire. Ce n’est qu’ainsi qu’il Le connaissait, comme il nous le dit en 2 Corinthiens 5 : « En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon la chair ; et, si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi ». Paul prêchait un évangile de la résurrection. Il travaillait pour présenter tout homme parfait en un Christ ressuscité et glorifié. Il ne se limitait pas à la simple question du pardon des péchés et du salut de l’enfer, quelque précieux au-delà de toute estimation que soient ces fruits de la mort expiatoire de Christ. Il avait en vue le but glorieux de planter l’âme en Christ et de la garder là. « Comme donc vous avez reçu le christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui, enracinés et édifiés en lui, et affermis dans la foi, selon que vous avez été enseignés, abondant en elle avec des actions de grâces » ; « Vous êtes accomplis en lui » ; « Ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble » ; « Vivifiés ensemble avec lui » (Col. 2).

Tels étaient la prédication et l’enseignement de Paul. Tel était son évangile. C’est le vrai christianisme, en contraste avec toutes les formes de la religion humaine et de la piété charnelle sous le soleil. La vie en un Christ ressuscité était le grand thème de Paul. Ce n’était pas simplement le pardon et le salut par Christ, mais l’union avec Lui. L’évangile de Paul plantait immédiatement l’âme dans un Christ ressuscité et glorifié, la rédemption et le pardon des péchés en étant la conséquence évidente et nécessaire. C’était le glorieux évangile du Dieu bienheureux qui avait été confié à Paul (1 Tim. 1, 11).

Nous nous étendrions très volontiers davantage sur le thème béni de la source de la vie chrétienne, mais nous devons nous hâter vers les points qui restent de notre sujet. Nous appellerons donc très brièvement l’attention du lecteur sur les caractères ou les traits moraux de la vie que nous possédons comme chrétiens. Pour rendre justice à ce point, nous devons chercher à dévoiler le précieux mystère de la vie de Christ comme homme sur cette terre, à suivre Ses voies, à remarquer la manière et l’esprit avec lesquels Il a traversé toutes les scènes et les circonstances de Sa course ici-bas.

Nous devons Le voir comme un enfant soumis à Ses parents, grandissant sous le regard de Dieu, croissant de jour en jour en sagesse et en stature, manifestant tout ce qui était agréable au regard de Dieu et de l’homme. Nous devons suivre Son chemin comme Serviteur, fidèle en toutes choses — un chemin caractérisé par un travail et un labeur incessants. Nous devons Le considérer comme l’homme abaissé, humble et obéissant, soumis et dépendant en toutes choses, dépouillé de Lui-même et s’anéantissant Lui-même, se livrant parfaitement pour la gloire de Dieu et le bien de l’homme, ne cherchant jamais Son propre intérêt en quoi que ce soit. Nous devons L’observer comme l’ami et le compagnon plein de grâce, d’amour et de sympathie, toujours prêt à donner une coupe de consolation pour chaque enfant de douleur, toujours disponible pour sécher les larmes de la veuve, pour entendre le cri de l’affligé, pour nourrir l’affamé, pour purifier le lépreux, pour guérir toutes sortes de maladies. En un mot, nous devons relever les innombrables rayons de la gloire morale qui brille dans la précieuse et parfaite vie de Celui qui allait de lieu en lieu faisant du bien.

Mais qui est suffisant pour ces choses ? Nous pouvons simplement dire au lecteur chrétien : Allez étudier votre grand exemple. Fixez vos regards sur votre modèle. Si un Christ ressuscité est la source de votre vie, le Christ qui vivait ici-bas dans ce monde est votre modèle. Les traits de votre vie sont ces mêmes traits qui brillaient en Lui comme homme ici-bas. Par la mort, Il a fait de Sa vie votre vie ; le Christ qui vivait ici-bas dans ce monde est votre modèle. Il vous a lié à Lui par un lien qui ne peut jamais être rompu. Et maintenant, vous avez le privilège de revenir en arrière et d’étudier les récits des évangiles, pour voir comment Il a marché, afin que, par la grâce du Saint Esprit, vous puissiez même marcher comme Il a marché.

[Dans les pensées de Dieu], c’est une vérité très bénie, quoique très solennelle, qu’il n’y a rien qui vaille quelque chose, sinon le rayonnement de la vie de Christ au travers de Ses membres ici-bas. Tout ce qui n’est pas le fruit direct de cette vie est sans aucune valeur dans les pensées divines. Les activités de la vieille nature ne sont pas simplement vaines, mais péché. Il y a certaines relations naturelles dans lesquelles nous sommes, qui sont sanctionnées par Dieu et dans lesquelles Christ est notre modèle. Par exemple, « Maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée ». Nous sommes reconnus comme parents et enfants, maîtres et serviteurs, et instruits quant à notre comportement dans ces saintes relations, mais tout cela est sur le terrain nouveau de la vie de résurrection en Christ. Voyez Colossiens 3 et Éphésiens 5 et 6.

Le vieil homme n’est pas du tout reconnu. Il est vu comme crucifié, mort et enseveli, et nous sommes appelés à le tenir pour mort, et à considérer comme morts nos membres qui sont sur la terre, et à marcher comme Christ a marché. Nous avons à vivre une vie de renoncement à soi, à manifester la vie de Christ, à Le reproduire. C’est le christianisme pratique. Que nous le comprenions mieux ! Que nous nous souvenions que rien n’a la moindre valeur, à l’estimation de Dieu, sinon la vie de Christ manifestée dans le croyant chaque jour par la puissance du Saint Esprit. La plus faible expression de cette vie est une bonne odeur pour Dieu. Les plus grands efforts de la simple chair religieuse — les plus coûteux sacrifices, les ordonnances et les cérémonies les plus imposantes — ne sont que des « œuvres mortes », au regard de Dieu. La dévotion est une chose ; le christianisme en est une autre complètement différente.

Et maintenant, un mot quant à l’issue de la vie que nous possédons comme chrétiens. Nous pouvons dire en vérité : « un mot » ; et quel est-il ? La « gloire ». C’est la seule fin de la vie chrétienne. « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire ». Jésus attend le moment de Sa manifestation en gloire, et nous l’attendons en et avec Lui. Il est assis et attend de même. « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4, 17). La mort et le jugement sont derrière nous, et rien d’autre que la gloire devant. Si nous pouvons nous exprimer ainsi, notre hier est la croix ; notre aujourd’hui est un Christ ressuscité ; notre demain, la gloire. Il en est ainsi de tous les vrais croyants. Il en est ainsi d’eux aussi bien que de leur Tête vivante et exaltée. Telle qu’est la Tête, tels sont les membres. Ils ne peuvent être séparés un seul instant par quelque objet que ce soit. Ils sont inséparablement unis dans la puissance d’une union qu’aucune influence terrestre ou infernale ne peut dissoudre. La Tête et les membres sont éternellement un. La Tête a passé par la mort et le jugement ; de même les membres. La Tête est assise en présence de Dieu, et de même les membres — vivifiés avec Lui, ressuscités avec Lui et assis avec Lui, la Tête dans la gloire.

Lecteur, c’est là la vie chrétienne. Pensez-y. Pensez-y profondément. Considérez-la à la lumière du Nouveau Testament. Sa source, un Christ ressuscité. Ses caractères, les traits mêmes de la vie de Christ tels que vus dans ce monde. Sa fin, la gloire éternelle sans nuages. Mettez-la en contraste avec la vie que nous possédons comme fils et filles d’Adam. Sa source, un homme ruiné, tombé, proscrit. Ses caractères, les dix mille formes de l’égoïsme dont se revêt l’humanité tombée. Sa fin, l’étang de feu. C’est la simple vérité à cet égard, si nous sommes guidés par l’Écriture.

Disons juste en conclusion, par rapport à la vie que possèdent les chrétiens, qu’il n’existe pas une chose telle qu’une « vie chrétienne plus élevée ». Il est possible que les personnes qui utilisent cette forme de langage, veuillent dire une chose juste, mais la forme n’est pas correcte. Il n’y a qu’une seule vie, et c’est Christ. Sans doute, il y a des mesures diverses dans la jouissance et la manifestation de cette vie, mais quoique la mesure puisse varier, la vie est unique. Il peut y avoir des étapes plus hautes ou plus basses dans cette vie, mais elle est unique. Le saint le plus avancé sur la terre, et le plus faible nouveau-né, possèdent la même vie, car Christ est la vie de chacun, la vie des deux, la vie de tous.

Tout cela est d’une simplicité bénie, et nous désirons que notre lecteur le pèse soigneusement. Nous sommes pleinement persuadés qu’il y a un besoin urgent d’une présentation claire et d’une proclamation fidèle de cet évangile de la résurrection. Beaucoup s’arrêtent à l’incarnation ; d’autres vont jusqu’à la crucifixion. Nous désirons un évangile qui donne tout — l’incarnation, la crucifixion et la résurrection. C’est l’évangile qui possède la vraie puissance morale, le levier puissant pour élever l’âme au-dessus de toute association terrestre et la rendre libre de marcher avec Dieu dans la puissance de la vie de résurrection en Christ. Que cet évangile soit répandu partout, dans une énergie vivante, dans toute l’étendue de l’église professante. Il y a des milliers de saints de Dieu qui ont besoin de le connaître. Ils sont affligés de doutes et de questions qui seraient tous ôtés par la simple réception de la vérité bénie de la vie en un Christ ressuscité. Il n’y a pas de doutes ni de craintes dans le christianisme. Les chrétiens en ont quelquefois, mais de tels doutes et craintes n’appartiennent pas du tout au christianisme. Que la brillante lumière de l’évangile de Paul se déverse sur tous les saints de Dieu et disperse les brouillards et les voiles qui les entourent, afin qu’ils entrent réellement dans cette sainte liberté avec laquelle Christ a rendu libres les siens !