Le Sauveur et le pécheur

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 4]

Toute la Parole de Dieu le proclame du début à la fin : il n’y a rien que le sang de Christ, pour un pécheur. Toute l’expiation dont il peut jouir, toute la réconciliation qu’il peut invoquer, toutes les réponses qu’il peut fournir aux demandes du trône où le jugement est assis pour maintenir les droits de Dieu, dépendent de ce sang.

C’est le sang de l’Agneau de Dieu qui est présenté par Dieu à la foi d’un pécheur, et c’est cela que la foi d’un pécheur saisit et en quoi il se confie.

Aussitôt que le péché est entré, le sacrifice qui avait été préparé dans le conseil éternel, fut révélé. La toute première promesse annonça la mort de Christ, le brisement du talon de la semence de la femme. Ce fut la chose communiquée à l’homme en tant que pécheur — la seule chose — le pécheur s’en remettant à elle — Adam sortant de sa cachette, et se confiant en la vertu réconciliatrice du sacrifice de l’Agneau de Dieu.

Aussitôt que vint le temps convenable pour la manifestation publique de la rédemption, de nouveau, ce fut le sang de Christ qui fut révélé, et lui seul. Israël, dans le pays de la mort et du jugement, devait être délivré. Ils avaient trouvé grâce aux yeux du Dieu de leurs pères, et ils devaient devenir un peuple abrité dans le lieu du jugement, et racheté hors du lieu de la mort. C’est ce précieux sang, et lui seul, qui est utilisé dans cette grande occasion. Il devait être mis au-dehors, sur le linteau des maisons des Hébreux dans le pays d’Égypte, et la famille hébreue dedans devait se nourrir de cette victime dont le sang les avait ainsi rachetés. Rien de plus. D’une manière convenable, ils devaient se nourrir de l’agneau rôti — non pas à demi cuit ou cuit dans l’eau, mais rôti au feu, chaque partie de celui-ci. Ce devait être leur nourriture. Dans le style de l’Ancien Testament, Christ était comme leur disant : « Prenez, mangez ; ceci est mon corps ».

Et ce que nous trouvons dans le Nouveau Testament est en accord avec cela. Je lis ceci en Matthieu 26, ou en Marc 14, ou en Luc 22. Le Seigneur est là comme dans la nuit de la Pâque, ou en Exode 12. Il était alors un Christ vivant, mais Il se présente Lui-même comme un Christ crucifié, un Agneau immolé, un sacrifice sur l’autel. Il s’oublie comme vivant, et se considère comme une victime. Il prend le pain dans Sa main, et dit : « Prenez, mangez ; ceci est mon corps ». Il prend la coupe dans Sa main, et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ». C’est le Christ crucifié que le Christ vivant présente à la pensée et à l’acceptation des pécheurs, comme le fondement et le titre à toutes nos bénédictions.

C’était donner à la famille des élus l’agneau pascal, dont le sang était sur les poteaux de la porte comme leur protection et leur délivrance. Ils devaient le prendre et le manger — comme dans la nuit de l’Égypte.

Dans l’évangile selon Jean, nous ne trouvons pas la scène de la cène. Nous n’avons pas : « Prenez, mangez ; ceci est mon corps » ; mais nous avons une parole entre le Seigneur et les Juifs, dans laquelle le grand secret de la cène leur est annoncé de Sa part. Dans le sixième chapitre, Il dit à la foule qu’Il était le pain qui est descendu du ciel, la vraie manne, duquel, si un homme mange, il vit éternellement. Mais en poursuivant le cours de cette conversation, Il déclare que ce pain du ciel était Sa chair, laquelle Il donnerait pour la vie du monde, que Sa chair était en réalité un aliment et Son sang était en réalité un breuvage. C’est-à-dire — que c’est en Le recevant comme l’Agneau de Dieu, en allant à Lui comme dans la mort et sur l’autel, que le pécheur trouve la rédemption et la vie. Ce n’est pas en Le connaissant comme un Christ vivant, mais comme un Christ crucifié, que nous obtenons le salut de Dieu.

Tout est tel, dans une grande certitude et une grande simplicité. Depuis le commencement, le sang de Christ, le sacrifice de l’Agneau de Dieu, a été présenté aux pécheurs comme le seul objet sur lequel ils devaient fixer le regard de la foi, et dans lequel ils devaient mettre leur pleine et entière confiance. L’Agneau vivant ne trouve pas de place dans ce grand mystère de la rédemption — au-delà du fait que la vie témoignait de l’adéquation de l’Agneau pour l’autel — c’est l’Agneau immolé, Jésus crucifié, qui est tout, dans le grand témoignage de la rédemption des pécheurs. Le sang de l’homme-Dieu, et cela seul et uniquement, était la rançon.

Non seulement les écritures des patriarches, de Moïse et des évangiles nous enseignent cela, comme nous venons de le voir — comme le chapitre 3 de la Genèse, le douzième de l’Exode, l’institution de la cène, et le chapitre 6 de Jean — mais dans les épîtres, nous apprenons la même chose. Le chapitre 10 des Hébreux est frappant, à ce sujet. Là, nous entendons le Christ de Dieu dire : « Voici, je viens ». Mais dans quel but devait-Il venir ? Était-ce pour vivre ? Non, mais pour mourir. Pourquoi un corps Lui fut-il préparé ? Était-ce pour agir dans ce corps, et pour y passer trente-trois années dans le service actif d’un témoin et d’un ministre de Dieu et du Père ? Non ; mais pour l’offrir sur la croix (Héb. 10, 5-10). Certainement Il vécut, et cela, sous la loi, en vrai Israélite. Il vécut assurément, et cela dans un saint ministère de grâce tel, qu’il témoignait de Dieu et du Père. Mais ce passage (Héb. 10, 5-10) ignore Sa vie, et porte immédiatement sur Celui qui vint dans le monde allant à la croix — tout comme Son propre langage à la table de la cène, comme nous l’avons vu, L’omettait en tant que vivant, pour Le présenter comme le crucifié. Et alors, dans ce même passage, nous apprenons que c’est par l’offrande du corps, par le sang du Fils dans le corps qui Lui avait été préparé, que les pécheurs sont sanctifiés et rendus parfaits. Nous le lisons de nouveau dans le chapitre 13 de la même épître : « Jésus, afin qu’il sanctifiât le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte » — la sanctification d’un pécheur dépendant complètement du sang de Christ[1].

Je n’en dis pas davantage, bien que toute l’Écriture et les épîtres en fourniraient clairement bien davantage. Les ordonnances indistinctes de la loi, et l’enseignement dogmatique direct des apôtres, se rejoignent en nous disant que la mort ou le sang du Christ de Dieu est tout pour un pécheur.

Mais si Dieu communique ainsi Sa pensée, la foi la saisit et la reçoit ainsi. Le chapitre 53 d’Ésaïe en est un témoin. Là, la foi de l’Israël de Dieu réveillé peut jeter un œil, en passant, sur la personne, la vie et le ministère de Christ, mais ce n’est qu’en passant — ils avancent vers la croix, et là, ils trouvent tout pour que leur conscience comme pécheurs soit rendue parfaite, ainsi que la source et le fondement de toutes les gloires de Christ Lui-même. À la croix, ils découvrent que le châtiment de notre paix s’y trouvait, la blessure pour nos transgressions s’y trouvait, et notre guérison par Ses meurtrissures ; et qu’ayant livré Son âme en sacrifice pour le péché, Il pouvait voir devant Lui Sa famille, et le plein accomplissement du bon plaisir de Dieu dans la revendication et la manifestation de Ses propres gloires à jamais. « Il verra une semence, il prolongera ses jours, et le plaisir de l’Éternel prospérera en sa main ».

Ainsi, la joie de la vie de foi en Paul, l’apôtre des Gentils, trouve sa source dans la mort même du Seigneur pour lui (voir Gal. 2, 20-21). Ainsi, il présente cet objet à la foi des pécheurs, comme le seul objet de la foi qui justifie (Rom. 4, 23-25). Et ainsi encore, il nous enseigne que Christ crucifié est seul offert à la vue d’un pécheur, afin qu’il soit béni avec le fidèle Abraham (Gal. 3, 1-14). « Qui lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois« , dit un autre apôtre (1 Pier. 2, 24). « Le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jean 1, 7). Mais cela peut suffire ; quoique toutes les Écritures, nous le redisons, des patriarches, de Moïse, des prophètes, des évangiles, et des apôtres, se rejoignent pour mettre ensemble « l’Agneau de Dieu » et « le pécheur », pour la rédemption et la justification — l’Agneau pourvu par les richesses de la grâce de Dieu, et accepté par la foi du pécheur, par le moyen de l’enseignement de Dieu le Saint Esprit, qui opère intérieurement, qui attire et qui illumine.

Et alors, ce qui est ainsi donné en grâce, accepté par la foi, et témoigné dans toute l’Écriture, doit aussi être célébré à toujours dans les domaines de la gloire. C’est ce que nous trouvons dans ce que je peux appeler la seule partie, ou division, de l’Écriture qui reste, l’Apocalypse. Quoique toujours sur la terre, les saints là nous font savoir qu’ils ont trouvé leur objet de louange, et leur source de joie, dans l’Agneau qui a été immolé. Nous les entendons surgir, quand Jean s’adressait ici-bas encore à eux, dans une strophe fervente : « À celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang — et il nous a faits un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père — à lui la gloire et la force aux siècles des siècles » (Apoc. 1, 5-6). Et après qu’ils ont été transportés, après qu’ils ont quitté la terre pour le ciel, et ont atteint la demeure de la gloire, nous les entendons de nouveau dans une joie semblable : « Et ils chantent un cantique nouveau, disant : Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux ; car tu as été immolé, et tu as acheté pour Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple, et nation ; et tu les as faits rois et sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre » (Apoc. 5, 9-10). Et les domaines de la gloire aussi bien que la demeure de la gloire, les nations du marchepied millénial, aussi bien que ceux glorifiés dans les cieux, feront écho à cette strophe — car c’est cette seule pensée, unique et impérieuse, qui occupera l’éternité et remplira la création — car nous entendons encore cette voix familière — « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, et ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau » (Apoc. 7, 14). Ils peuvent ne pas être capables d’ajouter un mot sur leur règne, comme le faisaient les glorifiés ; ils peuvent n’avoir su seulement qu’ils seront devant le trône et serviront Dieu jour et nuit dans Son temple, que toutes leurs larmes seront essuyées, et qu’ils seront conduits par le Seigneur aux fontaines des eaux de la vie (v. 15-17) ; mais « le sang de l’Agneau » est l’objet commun de la louange, la source commune de la joie, le seul titre à toute bénédiction, que ce soit celle des saints glorifiés et transportés, ou des nations rachetés qui occuperont la terre dans les jours du millénium de restauration et de rafraîchissement. Des pécheurs voyageant et luttant maintenant dans des corps non rachetés, et dans des conditions de pèlerinage et de militants, et des pécheurs bientôt soit dans la demeure de gloire dans le ciel, soit dans les domaines de la gloire sur la terre, ne connaissant rien d’autre que le Sauveur dans le sang qu’Il a versé pour eux, dans la vie qu’Il a donnée pour eux, comme l’Agneau de Dieu, sur la croix du Calvaire. Toute gloire se trouve en cela, mais en cela seulement.