Il a souvent été dit : « Il y a deux côtés à toute question ». Cette parole est vraie et très importante. Elle réclame une attention particulière en abordant le sujet qui se trouve en tête de cet article. L’histoire de l’église professante offre bien des preuves du fait qu’un grand tort a été commis par des hommes dévoués, qui n’étaient pas guidés par un principe sain. En effet, on trouvera toujours que la gravité de l’erreur sera en proportion du degré de dévouement, là où le jugement n’est pas dirigé avec sagesse. Nous devons confesser que nous aspirons à plus de vrai dévouement, en nous-mêmes et dans les autres. Il nous semble que c’est le besoin spécial aujourd’hui. Il y a abondance de profession, même d’un caractère très élevé. La connaissance est grandement augmentée parmi nous, et nous sommes reconnaissants pour elle ; mais la connaissance n’est pas l’énergie, et la profession n’est pas le dévouement. Ce n’est pas que nous désirions dresser l’un contre l’autre ; nous voulons combiner les deux. « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de conseil ».
Remarquez cette belle union, cet entrelacement exquis d’une corde triple — « puissance, amour et sobre bon sens ». S’il y avait seulement la puissance, cela pourrait conduire quelqu’un à se comporter de façon hautaine et à pousser de côté ou à écraser quiconque ne pourrait atteindre son propre niveau — à chérir et à manifester un esprit d’indépendance hautaine, à être intolérant envers toute différence de pensée ou de sentiment. D’un autre côté, s’il y avait seulement un esprit d’amour, cela pourrait induire un tempérament facile à vivre, une indifférence complète aux exigences de la vérité et de la sainteté — une propension à tolérer l’erreur pour l’amour de la paix. Mais il y a à la fois amour et puissance, l’un pour équilibrer l’autre. De plus, il y a un sobre bon sens pour ajuster les deux et donner à chacun sa propre portée et sa juste application. Telle est la puissance d’ajustement de l’Écriture sainte, pour laquelle nous ne pouvons être assez reconnaissants.
Nous sommes si enclins à être partial — à nous précipiter aux extrêmes les plus démesurés, à appliquer à outrance un principe, alors qu’un autre, tout aussi important, n’a pas même droit à la parole. L’un sera tout entier pour ce qu’il appelle puissance, un autre pour ce qu’il appelle amour. Puis encore, l’un vantera l’énergie ; un autre ne parlera que de la valeur du principe. Nous avons besoin des deux, et notre Dieu les fournira tous deux dans Sa grâce. Un homme qui est tout entier pour des principes, peut ne rien faire par crainte de mal faire. Un homme qui est tout entier pour la puissance, peut faire du mal par crainte de ne rien faire. Mais celui à qui il est accordé, par grâce, de combiner les deux, fera la chose juste au bon moment et de la bonne façon. C’est là ce dont nous avons besoin. Et répondre, dans quelque faible mesure, à ce besoin, est le but spécial de cet article, auquel Dieu veuille attacher en grâce le sceau de Sa bénédiction.
En traitant notre sujet, il peut nous être utile, pour la clarté et la précision, de considérer d’abord le terrain ; ensuite, l’esprit ; enfin, l’objet.
Le terrain du vrai dévouement
Si nous répondons à cette question d’après les amples matériaux fournis par l’histoire d’Abraham, nous devons dire que c’est la simple foi dans le Dieu vivant. C’est là ce qui doit être le terrain solide d’un dévouement vrai, sérieux et ferme. S’il n’y a pas le lien de la foi personnelle en Dieu, nous serons conduits ici et là par tout souffle de l’opinion humaine et ballottés par tout remous de la marée des circonstances. Si nous ne sommes pas conscients de ce lien vivant entre notre âme et Dieu, nous ne serons jamais capables de nous tenir debout, encore moins de faire quelque progrès, dans le chemin du vrai dévouement. « Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent » (Héb. 11, 6).
Là gît le secret. Nous devons croire qu’Il est et ce qu’Il est. Nous devons avoir affaire avec Dieu dans le secret de notre âme, à l’écart et indépendamment de tout le reste. Notre relation individuelle avec Dieu doit être une grande réalité, un fait vivant, une expérience vraie et évidente, se tenant à la racine même de notre existence et formant l’armature et le support de notre âme en tout temps et dans toutes les circonstances. De simples opinions ne feront pas l’affaire ; des dogmes et des crédos ne suffiront pas. Il ne sera pas suffisant de dire : « Je crois en Dieu le Père Tout-puissant ». Ni cela, ni aucune autre forme de simples paroles n’ira. Il faut que ce soit une question de cœur, un sujet entre l’âme et Dieu Lui-même. Rien de moins que cela ne peut soutenir l’âme en quelque temps que ce soit, mais plus particulièrement dans un jour tel que le jour actuel, dans lequel nous nous trouvons environnés par tant de choses creuses et superficielles.
Peu de choses tendent davantage à saper les fondements de la confiance de l’âme, qu’une grande quantité de fausse profession. On peut le déduire, dans une certaine mesure, du fait que le doigt de l’infidèle est continuellement pointé sur les inconséquences flagrantes manifestées dans la vie de ceux qui enseignent et professent la religion. Et bien qu’il soit vrai que de telles incohérences, même si elles étaient multipliées dix mille fois, ne protégeraient jamais l’infidèle des justes conséquences de son incrédulité, dans la mesure où chacun devra rendre compte de lui-même et pour lui-même devant le trône de jugement de Christ, cependant, c’est un fait que la fausse profession tend à ébranler la confiance. De là le besoin urgent d’une foi en Dieu simple, sincère, personnelle — d’une confiance enfantine inconditionnelle dans Sa Parole, d’une dépendance constante de Sa sagesse, de Sa bonté, de Sa puissance et de Sa fidélité.
C’est l’ancre de l’âme, sans laquelle il sera impossible d’avancer en sécurité au milieu des eaux troublées de la chrétienté. Si nous sommes, d’une manière quelconque, soutenus par nos circonstances, si nous nous appuyons sur un bras de chair, si nous tirons notre soutien des pensées d’un mortel, si notre foi repose sur la sagesse de l’homme ou sur le meilleur de l’homme, si notre crainte de Dieu est enseignée par les préceptes des hommes, nous pouvons être sûrs que tout cela sera éprouvé et pleinement manifesté. Rien ne subsistera, sinon la foi qui tient ferme comme voyant Celui qui est invisible — qui ne regarde pas aux choses qui se voient et qui sont pour un temps, mais à celles qui ne se voient pas et qui sont éternelles.
Combien tout cela fut illustré de façon vivante dans la vie du père des croyants, nous pouvons bien l’apprendre de la merveilleuse histoire de sa vie qui nous est donnée par la plume de l’inspiration. « Abraham crut Dieu ». Observez que ce n’était pas quelque chose au sujet de Dieu qu’il croyait — quelque doctrine ou quelque opinion concernant Dieu, reçue par la tradition des hommes. Non ; cela n’aurait jamais suffi à Abraham. C’était avec Dieu Lui-même qu’il avait affaire, dans les plus intimes profondeurs de son propre être. « Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il habitât en Charran, et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté, et viens au pays que je te montrerai » (Act. 7, 2-3).
Ces premières phrases du puissant discours d’Étienne au sanhédrin présentent le vrai secret de toute la carrière d’Abraham, depuis Ur des Chaldéens jusqu’à la montagne de Morija. Nous n’avons pas l’intention d’insister sur l’intervalle solennel et instructif à Charan. Notre désir est plutôt de placer devant le lecteur, aussi clairement et précisément que possible, la valeur indicible, la nécessité absolue de la foi en Dieu, non seulement pour la vie et le salut, mais pour tout ce qui ressemble à un vrai dévouement de cœur pour Christ et Sa cause. Il est vrai que ce serviteur de Dieu honoré s’attarda à Charan, descendit en Égypte, se tourna vers Agar, trembla à Guérar et renia sa femme. Tout cela apparaît à la surface de son histoire, car il n’était qu’un homme — un homme ayant les mêmes passions que nous. Mais « il crut Dieu ».
Oui, du début à la fin, cet homme remarquable fit preuve dans l’ensemble d’une confiance inébranlable dans le Dieu vivant. Il crut en cette grande vérité qui se trouve à la base de toute vérité, à savoir, que Dieu est ; et il crut aussi que Dieu est le rémunérateur de tous ceux qui Le cherchent diligemment. C’était cela qui tira Abram hors d’Ur des Chaldéens — du sein de tous ces liens et associations dans lesquels il avait vécu et s’était mû, et avait eu son existence. C’était cela qui le soutenait tout le long des changements de sa course de pèlerin. Enfin, c’est cela qui lui permit de se tenir sur la montagne de Morija et de se montrer là prêt à déposer sur l’autel celui qui était non seulement le fils de son sein, mais aussi le canal par lequel toutes les familles de la terre devaient encore être bénies.
Rien d’autre que la foi n’aurait pu permettre à Abraham de tourner le dos au pays de sa naissance, pour s’en aller sans savoir où il allait. Pour les hommes de son temps, il dut avoir semblé être un imbécile ou un fou. Mais, oh ! il savait qui il croyait. Là gisait la source de sa force. Il ne suivait pas des fables ingénieusement imaginées. Il n’était pas soutenu par les circonstances ou les influences qui l’entouraient. Il ne s’appuyait pas sur les pensées de l’homme. La chair et le sang ne lui apportaient aucune aide dans sa merveilleuse carrière. Dieu était son bouclier, sa portion et sa récompense, et en s’appuyant sur Lui, il trouva le vrai secret de toutes ses victoires sur le monde, et de cette calme et sainte élévation qui le caractérisa du début à la fin.
Lecteur, avez-vous foi en Dieu ? Le connaissez-vous ? Y a-t-il un lien entre votre âme et Lui ? Pouvez-vous vous confier en Lui pour toute chose ? Vous appuyez-vous, en ce moment même, consciemment sur Lui, sur Sa Parole, sur Son bras ? Souvenez-vous que s’il y a quelque obscurité ou quelque hésitation à cet égard, il n’est pas et il ne peut pas être question de dévouement. Tout dévouement ferme repose sur la base solide de la foi personnelle dans le Dieu vivant. Nous ne pouvons insister trop fortement là-dessus, en un jour de profession aussi répandue que superficielle. Il ne suffira pas de dire : « nous croyons ». Il y a bien trop de cela, bien trop de connaissance intellectuelle et de profession des lèvres, bien trop de simple travail superficiel.
Il est facile de dire que nous croyons, mais comme le déclare Jacques : « Quel profit y a-t-il si quelqu’un dit qu’il a la foi ? ». La foi est une réalité divine et non un simple effort humain. Elle est basée sur la révélation divine et non sur le travail de la raison humaine. Elle relie l’âme à Dieu par un lien vivant et puissant que rien ne peut jamais rompre. Elle élève l’âme et la porte en triomphe, quoi qu’il arrive. Il peut y avoir manquement et confusion, erreur et mal, froideur et torpeur, lutte et division, chute et déviation, trébuchements et incohérences — toutes sortes de choses pour ébranler la confiance et bouleverser l’âme — mais la foi tient bon dans son chemin paisible et ferme, vaillante et non découragée. La foi s’appuie sur Dieu seul, et trouve toutes ses sources en Lui. Rien ne peut toucher à la fidélité de Dieu, et rien ne peut ébranler la confiance du cœur qui prend simplement Dieu au mot.
Et souvenez-vous que la foi, c’est simplement prendre Dieu au mot. C’est croire ce que Dieu dit, parce qu’Il le dit. C’est adopter les pensées de Dieu à la place des nôtres. « Celui qui croit a scellé que Dieu est vrai ». Combien c’est simple ! Dieu s’est révélé Lui-même, la foi marche à la lumière de cette révélation. Dieu a parlé, la foi croit la Parole. Mais, si quelqu’un demandait : « Comment Dieu s’est-Il révélé ? Où entendre Sa voix ? », Il s’est révélé Lui-même dans la face de Jésus Christ, et Sa voix peut être entendue dans Sa Parole. Il ne nous a pas laissés, béni soit Son nom, dans les ténèbres de la nuit, ni même dans la pénombre du crépuscule. Il a versé sur nous le flot complet de Sa propre vérité éternelle, afin que nous possédions toute la certitude, toute la clarté, toute l’autorité que peut donner une révélation divine.
Si l’on demandait : « Comment pouvons-nous savoir que Dieu a parlé ? », nous répondrions : « Comment pouvons-nous savoir que le soleil brille ? ». Assurément, par la douce influence de ses rayons. Comment pouvons-nous savoir que la rosée est tombée ? Assurément, par son influence rafraîchissante sur la terre, et par l’éclat de ses gouttes nacrées. Il en est ainsi de la précieuse Parole de Dieu. Elle parle pour elle-même. Ai-je besoin d’un philosophe pour me dire que le soleil brille ou que les gouttes de rosée tombent ? Assurément pas. Je sens leur influence. Je reconnais leur pouvoir. Sans doute, un philosophe pourrait m’expliquer les propriétés de la lumière et un chimiste pourrait m’instruire quant aux parties constitutives de la rosée. Ils pourraient faire tout cela pour moi, même si j’étais né et avais été élevé dans une mine de charbon et n’avais jamais vu ni l’un ni l’autre. Mais ils ne pourraient pas me faire sentir leur influence. Il en est ainsi, d’une manière divine, de la Parole de Dieu. Elle se fait sentir elle-même — sentir dans le cœur, sentir dans la conscience, sentir dans les chambres intérieures de l’âme. Il est vrai que c’est par la puissance du Saint Esprit, mais en même temps, il y a de la puissance dans la Parole.
Souvenons-nous de ceci. Que personne n’imagine que Dieu ne peut pas parler au cœur ou que le cœur ne peut pas comprendre ce qu’Il dit et sentir la puissance de Sa Parole. Un père ne peut-il pas parler à son enfant et l’enfant ne peut-il pas comprendre son père ? Si, certainement, et notre Père céleste peut parler à notre cœur même, et nous pouvons entendre Sa voix et connaître Sa pensée et nous appuyer sur Sa Parole éternelle. Et c’est là la foi — une foi simple, vivante, salutaire. Une telle définition de la foi pourrait ne pas satisfaire un théologien savant, mais cela ne fait aucune différence. Le cœur n’a pas besoin de définitions théologiques savantes. Il a besoin de Dieu, et il L’a dans Sa Parole. Dieu a parlé. Il s’est révélé Lui-même. Il est sorti de l’obscurité profonde, a chassé les ombres du crépuscule, et a relui sur nous dans la face de Jésus Christ et sur les pages de l’Écriture sainte.
Lecteur, L’avez-vous trouvé ? Le connaissez-vous réellement par la révélation qu’Il a donnée et par la Parole qu’Il a prononcée ? Sa Parole est-elle pour vous une réalité ? Est-elle votre étai et votre soutien ? Est-ce le véritable terrain sur lequel vous vous reposez pour le temps et l’éternité ? Nous vous en supplions, faites en sorte de vous en occuper dès maintenant. Veillez à avoir une foi vivante en Dieu et un tel sentiment de la valeur, de l’importance et de l’autorité de Sa Parole, que vous préfériez renoncer à tout le reste plutôt que de l’abandonner. C’est le seul terrain du dévouement. Il est totalement impossible qu’un cœur distrait et ballotté par des raisonnements incrédules, puisse jamais être vraiment dévoué à Christ ou à Son service. « Il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est ». Combien c’est simple ! Combien c’est clair ! Comment Abraham avait-il pu quitter son pays ; comment avait-il pu courir la course ; comment avait-il pu renoncer à tout et s’avancer comme un étranger et un pèlerin, n’ayant pas même un endroit où poser son pied ? Comment avait-il pu se tenir sur la montagne de Morija et étendre sa main vers le couteau pour égorger son fils ? Comment aurait-il pu faire toutes ces choses, ou même une seule, s’il n’avait pas eu une foi simple dans le seul Dieu vivant et vrai ? C’était impossible.
Et il en est de même dans votre cas, cher lecteur : à moins que vous ne puissiez vous confier en Dieu, à moins que vous ne soyez soutenu par la véritable puissance de la simple foi en la Parole du Dieu vivant, vous ne pourrez jamais avancer. En réalité, vous n’avez pas la vie en vous. Nous pouvons dire en vérité : « Pas de foi, pas de vie ». Il peut y avoir une haute profession. Il peut y avoir un semblant de dévouement, mais s’il n’y a pas une foi vivante, il ne peut pas y avoir de vie spirituelle. Et s’il n’y a pas de vie, il ne peut pas y avoir de vrai dévouement. « Le juste vivra de foi ». Il n’obtient pas simplement la vie par la foi, mais il vit jour après jour et heure après heure par la foi. C’est la source de la vie et la puissance pour l’âme tout le long du chemin. Elle met l’âme en relation avec Dieu, et ce faisant, elle communique stabilité, constance, énergie et sainte détermination au serviteur de Christ. S’il n’y a pas l’exercice constant de la foi en Dieu, il y aura fluctuation et incertitude. Le travail se fera par à-coups, au lieu d’être le résultat nécessaire de demeurer calmement en Christ par la foi. Il y aura à l’occasion une précipitation dans une certaine direction du service, qui est simplement entreprise pour un temps, et puis froidement abandonnée. La course, au lieu d’être sérieuse, vers le haut et vers l’avant, sera en zigzag et très insatisfaisante. De temps en temps, il y aura une excitation fiévreuse, et puis après, l’apathie et l’indifférence.
Tout cela est l’inverse exact du vrai dévouement. Il cause de sérieux dommages à la cause de Christ. Mieux vaut ne jamais avoir commencé du tout la course, que de l’avoir commencée, s’en être détourné, et l’avoir abandonnée. « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le royaume de Dieu ». Le vrai dévouement est basé sur une foi profonde et sincère en Dieu. Il a sa racine au plus profond du cœur. Il n’est pas sporadique ou fantasque, mais calme, constant, décidé et progressant fermement. Il peut parfois, quand il est éprouvé par la règle d’un enthousiasme romantique et visionnaire, sembler lent ; mais s’il est lent, c’est seulement parce qu’il sera sûr. La fin démontrera la différence entre l’énergie de la nature et l’activité de la foi.
Que Dieu, par Son Esprit, conduise tous les siens à un sentiment plus vrai et plus profond de ce qu’est réellement le dévouement. Il y a de l’énergie au-dehors. Les esprits des hommes sont actifs. Les principes aussi bien que les passions sont en action. Des éléments en lutte sont à l’œuvre sous la surface de la vie humaine. La société devient de plus en plus une chose troublée. Les hommes semblent être en attente de quelque chose. Il y a de toute évidence une crise imminente. Les hommes prennent parti. Le décor est planté pour le grand acte du drame. Qu’est-ce qui est nécessaire, en vue de tout cela ? Sans aucun doute, une foi calme, profonde, sérieuse dans la Parole de Dieu. C’est la seule chose qui peut garder le cœur ferme, quoi qu’il arrive. Rien ne gardera l’âme en paix ; rien ne pourra donner de stabilité à la course ; rien ne pourra nous maintenir dans le chemin du dévouement, si ce n’est la réalisation de ce lien vivant entre l’âme et Dieu Lui-même, lequel, comme étant divin et éternel, doit nécessairement survivre à tout ce qui est simplement humain et temporel.
Ayant cherché à présenter ce que nous considérons être le terrain essentiel de tout vrai dévouement — une foi sincère et personnelle dans le Dieu vivant — nous continuerons maintenant, dans la dépendance sous la direction et l’enseignement divin, en considérant :
L’esprit du dévouement
Les deux choses sont intimement liées, dans la mesure où il est impossible pour quiconque d’avoir affaire avec Dieu dans les réalités d’une vie de foi, sans que son cœur ne soit amené à une véritable adoration. Et l’esprit d’adoration est, en vérité, l’esprit qui doit toujours caractériser le vrai dévouement. C’est la foi seule qui donne à Dieu Sa juste place et laisse la scène libre pour que Lui se manifeste Lui-même dans Sa propre gloire. De là vient que la foi jouit de myriades d’occasions pour réaliser ce qu’est Dieu pour tous ceux qui se confient en Lui et Le cherchent diligemment, et que chaque nouvelle réalisation entraîne de nouveaux accents de louange. Ainsi, une foi vivante produit un esprit d’adoration, et un esprit d’adoration est le moyen par lequel sont communiquées les expériences d’une foi vivante. Plus nous nous confions en Dieu, plus nous Le connaissons, et plus nous Le connaissons, plus nous devons Le louer.
Nous avons peu idée de tout ce que nous perdons du fait de notre manque de confiance simple en Dieu. L’incrédulité entrave toujours la manifestation de la puissance et de la bonté divines. « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité ». Cela demeure vrai dans notre histoire individuelle de chaque jour. Dieu ne se montrera pas si notre incrédulité remplit le champ de vision d’autres objets. Il est impossible que Dieu et la créature puissent occuper la même position ou former ensemble la base de la confiance de l’âme. Ce doit être Dieu seul du début à la fin. « Mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui. Lui seul est mon rocher et mon salut… Confiez-vous en lui en tout temps ». Tel est le langage de la foi « seule et en tout temps ». C’est la base — le terrain solide et inattaquable du vrai dévouement — et l’âme qui occupe réellement ce terrain sera toujours revêtue d’un esprit d’adoration. La foi compte sur Dieu ; Dieu se révèle à la foi ; et la foi répond en paroles de louange et d’adoration. Rien ne peut être plus simple, et rien sur terre ne peut être plus béni. La foi peut toujours s’adresser à Dieu dans les termes suivants : « Seigneur, tu me connais ; nous sommes dans les mêmes conditions qu’autrefois ». Conditions bénies ! Que nous les comprenions mieux !
Il n’y a rien, dans tout ce monde, de comparable au fait d’avoir affaire avec Dieu dans le secret de notre âme et dans tous les détails de notre histoire personnelle, jour après jour. Cela communique un calme qui n’est pas facilement troublé, une stabilité qui n’est pas facilement ébranlée, une sainte indépendance des pensées et des paroles de l’homme, une élévation morale qui place l’âme au-dessus de l’atteinte des influences qui l’environnent. Il y a une atmosphère qui enveloppe ce monde — une atmosphère si dense, si trouble, si déprimante, que seul l’œil de la foi peut la percer. Notre propre cœur est aussi plein d’incrédulité, toujours prêt à s’écarter du Dieu vivant, soulevant constamment des raisonnements infidèles de l’intérieur ou prêtant l’oreille aux suggestions infidèles de l’extérieur. C’est pourquoi nous avons un si grand besoin d’avoir les fondements de notre confiance personnelle fortifiés, de sorte que notre dévouement puisse être plus déterminé.
Mais, en considérant l’esprit de dévouement tel qu’il est illustré dans la vie d’Abraham, nous devons regarder de plus près les faits de son histoire instructive, en particulier ceux qui précèdent immédiatement son appel à la montagne de Morija. Par exemple, en Genèse 20, nous le voyons appelé à appliquer le couteau tranchant du jugement de soi à une vieille racine de mal qui avait trouvé refuge dans son cœur depuis longtemps. Cette même racine peut enseigner à l’auteur et au lecteur une leçon profondément solennelle et éminemment pratique.
Quand Abraham débuta sa carrière, nous pouvons remarquer qu’il fut bloqué et entravé par un lien naturel, et qu’il était sous l’influence secrète d’une racine de mal moral. Le lien naturel fut rompu à Charan par la main de la mort, et Abraham fut rendu libre et capable de monter au lieu où Dieu l’avait appelé (comparez soigneusement Genèse 11, 31 et 32 et Genèse 12 avec Actes 7, 2 à 4). Il lui avait été dit de sortir de son pays et de sa parenté, et de venir au pays de Canaan, mais il amena avec lui une partie de sa parenté, et s’arrêta en route à Charan. Là, son père mourut. Là-dessus, Abraham avança jusqu’au véritable endroit de la révélation divine.
Les liens de la nature, quoique justes et réellement selon Dieu à leur place, sont certains, s’ils ne sont pas gardés à leur place, d’entraver le vrai dévouement. Il était tout à fait juste et très beau, en Élisée, d’aimer avec une tendresse filiale son père et sa mère ; mais quand Élie eut jeté sur lui le manteau prophétique, il était tout à fait au-dessous du niveau d’un profond et sincère dévouement de dire : « Que je baise, je te prie, mon père et ma mère, et je m’en irai après toi ». Les relations naturelles sont comme le miel : nous devons prendre garde de combien nous en mangeons, et quand. L’amour filial fut-il jamais si tendre que celui qui rayonnait dans le sein de l’homme Christ Jésus ? La soumission à l’autorité parentale fut-elle jamais si divinement parfaite que la sienne ? Et pourtant, quand il fallait répondre aux exigences du service, quand il fallait maintenir l’intégrité d’un véritable nazaréat, Il pouvait dire : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? ». Et aussi : « Qui est ma mère ? ». Seul le vrai et parfait Serviteur savait comment régler les exigences en conflit et garder chacune à sa place. C’est pourquoi, des mêmes lèvres sortaient, à un moment, les paroles d’un véritable nazaréat, et à un autre les paroles de la plus grande tendresse.
Abraham fut entravé dans sa course par le lien de la nature, jusqu’à ce que ce lien soit rompu par la mort ; mais la racine du mal moral semble s’être accrochée à lui pendant une période de temps plus longue. Quelle était cette racine ? Malheureusement, c’en est une que nous ne pouvons que trop bien comprendre — un peu d’incrédulité, se revêtant d’une forme de réserve humainement prudente, en ce qui concernait sa relation avec Sara.
« Quoi ! » dira-t-on, « de l’incrédulité dans le cœur du père des croyants ? ». Exactement. C’est un fait remarquable, illustré dans l’histoire des saints de Dieu les plus éminents, que leur manquement le plus remarquable se montre dans la chose même pour laquelle ils étaient le plus remarqués. Moïse, l’homme le plus doux sur toute la terre, parla légèrement. Job, modèle de patience, maudit son jour. Abraham, le père des fidèles, porta dans son cœur pendant longtemps et à travers bien des scènes variées, une racine d’incrédulité. Cette racine bourgeonna d’abord dans le pays d’Égypte où Abraham était allé pour fuir la famine qui faisait rage dans le pays de Canaan. Et, comme on pouvait s’y attendre, le germe amena du trouble pour lui et pour d’autres. « Et il arriva, comme il était près d’entrer en Égypte, qu’il dit à Saraï, sa femme : Voici, je sais que tu es une femme belle de visage ; et il arrivera que lorsque les Égyptiens te verront, ils diront : C’est sa femme ; et ils me tueront, et te laisseront vivre. Dis, je te prie, que tu es ma sœur, afin qu’il m’arrive du bien en considération de toi, et que mon âme vive à cause de toi ».
Lecteur, souvenez-vous que le Saint Esprit a écrit ce récit fidèle pour notre enseignement et notre avertissement, et en vérité, il est très solennel de penser qu’un homme tel qu’Abraham pouvait être gouverné ainsi par la crainte du danger personnel, au point d’exposer l’objet des plus tendres affections de son cœur à perdre sa vertu, et de renier sa relation avec elle. Il est vrai que sa conduite était le résultat de ce qu’il se trouvait dans une mauvaise position, car s’il était resté dans le lieu où Dieu l’avait appelé, il n’y aurait pas eu besoin de renier sa femme. Mais, comme cela se produit généralement, un faux pas conduit à un autre ; et étant allé en Égypte par crainte de la famine, il renie là sa femme par crainte de la mort.
« Et l’Éternel frappa de grandes plaies le Pharaon et sa maison, à cause de Saraï, femme d’Abram ». Quelle grâce merveilleuse envers Abraham ! Dieu, qui se plaît toujours à reprendre les craintes des siens aussi bien qu’à répondre à leur foi, couvrit Son serviteur égaré du bouclier de Sa protection puissante. La vie d’Abraham et la vertu de Sara furent toutes deux préservées, en sûreté derrière cet impénétrable bouclier, et la maison du monarque égyptien fut amenée à sentir le coup puissant de la juste verge de l’Éternel. « Et le Pharaon appela Abram, et dit : Qu’est-ce que tu m’as fait ? Pourquoi ne m’as-tu pas déclaré qu’elle était ta femme ? Pourquoi as-tu dit : Elle est ma sœur, de sorte que je l’ai prise pour ma femme ? ». Abraham s’était exposé de façon évidente, dans toute cette affaire. C’est pourquoi, bien que Dieu le protège, Il permet cependant au Pharaon de le reprendre.
Il est bon de voir cela. Quand l’homme de Dieu quitte le chemin de la foi et de l’intégrité chrétienne, il s’expose immédiatement aux hommes de ce monde, et il ne doit pas s’étonner s’ils le châtient d’une main impitoyable. Si Abraham était resté en Canaan, il n’aurait pas été repris par le Pharaon en Égypte. Il vaut bien mieux mourir de faim, s’il doit en être ainsi, dans le chemin de l’obéissance, que d’acquérir l’abondance par le sacrifice de la foi et de l’intégrité morale. Qu’il nous soit accordé la grâce de nous en souvenir en tout temps ! Il est assez facile de coucher ces choses sur le papier, mais quand survient le moment de la tentation, c’est une autre affaire. Nous devons encore nous rappeler que l’Esprit de Dieu a écrit l’histoire d’Abraham pour notre profit, et il est bon que nous pesions ses saintes leçons.
Demandons-nous maintenant l’effet produit en Abraham par le reproche acerbe du Pharaon. Se montra-t-il efficace pour le délivrer de la racine de mal qui l’avait provoqué ? Malheureusement, non. D’après ce que nous dit l’histoire inspirée, Abraham reçut le reproche en silence et alla son chemin, mais il emporta la racine avec lui, pour germer de nouveau. Il reçut une révélation nouvelle de Dieu ; il obtint une victoire splendide sur Kedor-Laomer et ses alliés, et refusa l’offre tentante du roi de Sodome ; il fut consolé par de nouvelles assurances et promesses de Dieu, et manifesta une foi enfantine qui lui fut comptée à justice. En bref, il passa par une diversité de scènes et de circonstances avec différents exercices d’âme, sans doute, mais pendant tout ce temps, la racine morale sur laquelle nous attirons l’attention du lecteur, demeurait non jugée et non confessée.
Cette racine avait bourgeonné et produit son fruit amer, mais jusque-là, le couteau tranchant du jugement de soi restait encore à lui être appliqué. Ce n’est pas avant d’atteindre Genèse 20 que cette racine réapparaît à la surface, au sujet d’Abimélec, roi de Guérar. Ici, nous avons la même scène rejouée de nouveau après des années de riche expérience de la bonté et de l’affection divines. Le roi d’Égypte et sa maison avaient été plongés dans le trouble auparavant, et le roi de Guérar et sa maison sont maintenant plongés dans les difficultés, car l’Éternel reprenait les rois pour l’amour d’Abraham, même si les rois avaient raison de reprendre Abraham à cause de ses voies.
« Et Abimélec appela Abraham, et lui dit : Que nous as-tu fait ? et en quoi ai-je péché contre toi, que tu aies fait venir sur moi et sur mon royaume un grand péché ? Tu as fait à mon égard des choses qui ne se doivent pas faire. Et Abimélec dit à Abraham : Qu’as-tu vu pour avoir fait ainsi ? ». C’était amener le patriarche jusqu’à un point crucial. Il n’y avait pas moyen d’échapper à un acte si clair. C’est pourquoi Abraham ouvre franchement son cœur et révèle cette chambre secrète qui avait été gardée fermée pendant tant d’années. Il dit tout et expose toutes les fibres de la racine qui s’est révélée être la source de tant de troubles pour lui-même et pour les autres. Écoutons la confession sans réserve de ce cher et honoré homme de Dieu. « Et Abraham dit : C’est parce que je disais : Assurément il n’y a point de crainte de Dieu en ce lieu, et ils me tueront à cause de ma femme. Et aussi, à la vérité, elle est ma sœur, fille de mon père ; seulement elle n’est pas fille de ma mère, et elle est devenue ma femme. Et il est arrivé, lorsque Dieu m’a fait errer loin de la maison de mon père, que je lui ai dit : Voici la grâce que tu me feras : Dans tous les lieux où nous arriverons, dis de moi : Il est mon frère ».
C’était là la racine de toute l’affaire. Pourquoi insistons-nous là-dessus ? Pourquoi chercher à la présenter avec de tels détails ? Simplement pour le profit spirituel et la santé morale du lecteur chrétien. N’avons-nous pas tous nos racines ? Oui, en vérité, des racines profondes, fortes et amères — des racines qui ont été la source d’un monde de tristesse et de honte pour nous, et de trouble pour ceux avec qui nous avons affaire. Eh bien donc, ces racines doivent être atteintes et jugées, car tant qu’elles demeurent non atteintes et non jugées, il est tout à fait impossible que nous puissions atteindre les niveaux les plus élevés dans le chemin du dévouement. Est-il nécessaire de rappeler au lecteur qu’il ne s’agit pas d’une question de vie ou de salut ? Avons-nous besoin de lui rappeler le sujet de notre article, qui est simplement : « Qu’est-ce que le dévouement » ? Notre seul grand but est d’élever le ton du dévouement dans l’âme de chaque chrétien qui pourrait lire ces lignes. Mais nous savons que le dévouement, pour être réel, ferme et efficace, doit reposer sur la bonne base et respirer le bon esprit. Cette base est la foi ; cet esprit est l’adoration ; et quoiqu’il soit tout à fait vrai qu’une âme puisse occuper, dans l’ensemble, le terrain de la foi et respirer un esprit d’adoration, alors qu’il y a bien des racines dans le cœur qui sont non atteintes et non jugées, nous sommes néanmoins pleinement persuadés que tant qu’il y a quelque racine cachée de mal dans le cœur, quelque pièce que nous gardons fermée et dont nous refusons qu’elle soit convenablement éclairée et aérée, les étapes les plus élevées du dévouement pratique sont bien au-delà et au-dessus de nous.
Dieu sait que nous ne voulons pas attrister le cœur du lecteur. En effet, si nos lignes contiennent quelque chose d’une tendance déprimante, leur effet devrait être réalisé d’abord et avant tout par l’auteur lui-même. Mais nous désirons encourager et exhorter, et c’est en ayant simplement en vue ces buts désirables que nous nous tournons maintenant directement vers le lecteur et plaçons devant lui cette question claire et précise : Avez-vous quelque réserve secrète dans votre âme ? Avez-vous quelque racine de mal cachée profondément dans votre cœur et votre esprit ? Y a-t-il quelque chose que vous gardez loin de l’action de la lumière et du tranchant du couteau ? Cherchez et voyez ! Cherchez diligemment ! Ne vous trompez pas vous-même, ni ne laissez Satan vous tromper. Ayez affaire honnêtement et véritablement avec votre âme sur ce sujet. Ne laissez pas une fausse application des doctrines ou des principes de la grâce vous empêcher d’exercer une censure très stricte à vos voies, à votre caractère et à votre cœur, avec toutes ses sources de motif et ses chambres cachées.
Soyez certain de cela, qu’il y a un besoin urgent d’un véritable travail de cœur de la part de tous ceux qui aspirent à fouler les étapes les plus élevées de la vie divine. Nous vivons en un jour qui mérite pour lui-même le titre de « jour de faux-semblants ». Oui, lecteur, la fausse apparence semble inscrite sur tout ce qui nous entoure, que ce soit dans la politique, le commerce ou l’industrie, et très certainement, la plus grande partie du christianisme du jour ne fait pas exception à la règle. De là la demande de réalité de la part du vrai chrétien. Et, incontestablement, toute réalité doit trouver sa source dans le cœur. Si le cœur n’est pas droit et vrai avec Dieu, nous ne pouvons être vrai en rien.
Il y a un autre point auquel nous devons faire référence dans la vie d’Abraham, avant de refermer cette partie de notre sujet. Il est présenté en Genèse 21. La servante et son fils sont chassés de la maison. Nous ne nous attardons pas sur ce point, mais le mentionnons simplement dans le but de souligner la morale profonde qui nous est communiquée par cette portion de l’histoire d’Abraham. Le cœur et la maison doivent tous deux passer sous le jugement avant que l’appel à Morija parvienne aux oreilles du patriarche. Dieu allait appeler Son bien-aimé serviteur à la plus haute position que l’homme puisse occuper, lui demander une expression de dévouement de l’ordre le plus élevé, le faire passer par un creuset au plus haut degré d’intensité. Et, remarquez-le, avant qu’Il le fasse, la racine du mal moral a été atteinte dans le cœur, et l’élément légal a été chassé de la maison. Tout cela est éminemment pratique.
Dieu a affaire avec les réalités morales. Si nous devons marcher avec Lui dans le chemin élevé et saint du pur dévouement, le cœur et la maison doivent être dûment mis en règle. Si le véritable désir de notre cœur est une marche plus proche avec Dieu, nous devons veiller à ne pas retenir quoi que ce soit en nous ou à notre sujet, qui ne serait pas en accord avec cette proximité. Notre Dieu est infiniment plein de grâce, miséricordieux et patient. Il peut nous supporter et nous aider avec une merveilleuse tendresse ; mais en même temps, nous devons nous souvenir que nous perdons la bénédiction présente et la bénédiction future, du fait de notre manque de dévouement sincère. Il n’y a rien là du légalisme : ce n’est que la juste application du principe de la grâce dans laquelle nous sommes.
« Et il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham ». Comment se fait-il que nous ne lisons jamais des paroles telles que : « Il arriva que Dieu éprouva Lot » ? Hélas ! Lot ne fut jamais dans une condition morale permettant qu’il soit ainsi hautement honoré. Sodome tenta Lot, mais elle n’était pas du tout une tentation pour Abraham. Quel contraste entre Lot dans la caverne et Abraham sur le mont Morija ! Pourtant, ils étaient tous deux sauvés. Mais quelle pauvre chose que de se contenter d’être sauvé ! Ne devrions-nous pas aspirer à ces hauteurs spirituelles qui se trouvent au-delà ? Ne devrions-nous pas désirer manifester un dévouement plus ardent ? Oh ! que nos maisons et nos cœurs soient dans une condition morale agréable au regard de Dieu, afin que nous puissions jouir d’une proximité habituelle et d’une communion non interrompue avec Lui. C’est notre privilège, et nous ne devrions jamais nous contenter de quoi que ce soit d’autre.
C’était un grand honneur conféré à Abraham quand Dieu l’appela au lieu de l’épreuve — quand Il lui demanda « son fils, son unique, Isaac ». C’était un point élevé dans la carrière du patriarche, et nous pouvons voir qu’il le ressentit comme tel d’après l’esprit dans lequel il répondit à l’appel divin, et d’après la manière dont il se rendit au lieu du sacrifice. « Moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons ». Ici, le véritable esprit de dévouement se manifeste de façon très bénie. Renoncer à son fils unique, l’objet de ses affections, le canal de toutes les promesses divines, le placer comme victime sur l’autel et le voir être réduit en cendres, qu’était-ce ? Tout simplement un acte d’adoration ! C’était en effet une œuvre réelle. Ce n’était pas une profession de lèvres vide, ce n’était pas dire : « Moi j’y vais, seigneur », sans y aller du tout. « Abraham crut Dieu ». Là gît le secret de tout. Il avait appris à montrer une obéissance inconditionnelle et implicite à la parole du Seigneur. C’est pourquoi, quand il est appelé à placer son Isaac sur l’autel comme sacrifice — cet Isaac pour lequel il avait soupiré et attendu et eu confiance — il incline sa tête et dit : « Moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons ».
Remercions Dieu de ce qu’un homme tel qu’Abraham ait vécu, afin que pût avoir lieu une scène telle que celle sur la montagne de Morija, et que nous ayons présenté à nos cœurs d’une manière si vivante et si énergique, le terrain et l’esprit du vrai dévouement !
Plus nous pesons la question qui a occupé notre attention, à savoir : Qu’est-ce que le dévouement ? plus nous sommes convaincus de son immense importance pratique. Elle met l’âme en contact direct avec le Seigneur Lui-même et ouvre à chacun un chemin qu’il peut suivre dans une confiance calme et ferme, quelles que soient les circonstances environnantes.
Mais dans la mesure même de l’importance du sujet du dévouement, il y a le besoin de clarté quant au terrain, à l’esprit et à l’objet véritables de celui-ci. Nous avons déjà cherché à présenter au lecteur la vérité concernant les deux premiers points. Il nous reste maintenant à considérer
L’objet du dévouement
Combien tout dépend de la réponse que donne le cœur à cette question : « Quel est mon objet dans la vie ? ». C’est, indiscutablement, une des plus graves questions que peut se poser quelqu’un. C’est l’objet qui marque le caractère. Souvenons-nous-en. Qu’est-ce que c’était qui donna son caractère au voyage d’Abraham vers Morija, et à sa conduite quand il y arriva ? Qu’est-ce qui attira l’attention du ciel sur la scène ? Était-ce le simple fait qu’un père allait offrir son fils en sacrifice ? Non ; des milliers de pères l’ont fait. Des milliers de fils ont été sacrifiés sur les autels des faux dieux, et cela aussi, dans un soi-disant dévouement. Mais qu’est-ce qui distinguait l’acte du père des croyants ? C’était cela : écoutons-le et notons-le avec la plus profonde attention du cœur. « Maintenant je sais que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gen. 22, 12). Nous avons là l’objet d’Abraham, et méditons sur ce point quelques instants.
Le cœur peut se proposer un millier d’objets. Ces objets peuvent être en eux-mêmes assez bons, quoiqu’aucun d’eux ne soit l’objet qui caractérise le dévouement chrétien. Nous avons connu autrefois un homme qui priait sept heures par jour. Nous l’avons vu sur ses genoux à quatre heures du matin. Et après les labeurs du jour, nous l’avons vu de nouveau sur ses genoux jusqu’à minuit. Nous l’avons vu dans les agonies de la dévotion. Sa chair était usée jusqu’à l’os à force de s’agenouiller. C’était un homme irréprochable et aimable. Ceux qui observaient sa course de chaque jour ne pouvaient mettre le doigt sur une seule imperfection morale dans sa conduite comme homme. Et pourtant, quand nous nous sommes approchés de cet homme pour lui dire quelques mots sur Christ, il s’éloigna de nous et refusa d’écouter. Il était dévoué à sa religion, mais il haïssait Christ.
Encore, un homme peut se vouer à la philanthropie. Il peut consacrer sa vie et sa fortune à des buts de bienfaisance, et faire les plus splendides sacrifices pour mener à bien ses projets. Il peut fixer les regards émerveillés de millions de gens sur sa carrière, mais être pourtant totalement étranger à Christ.
Encore plus, un homme peut se vouer à ce qui peut sembler être l’œuvre du Seigneur. Il peut sembler être un étudiant assidu de l’Écriture, un évangéliste actif, sérieux et renonçant à lui-même. Il peut parcourir les champs des missions étrangères, laisser son pays, ses proches et son chez-lui, par dévouement à son œuvre. Il peut faire tout cela, et bien plus encore, et pourtant ne pas montrer un atome de vrai dévouement chrétien, simplement parce que Christ n’était pas son objet dans tout ce en quoi il s’était engagé.
Tout cela est très solennel. Nous pouvons être religieux, pieux, bienveillants, actifs dans l’œuvre du Seigneur dans tous ses domaines, que ce soit comme évangélistes, pasteurs ou docteurs, et cependant, ne pas avoir du tout Christ devant notre âme. Quelqu’un peut commencer un travail qui, selon toute apparence extérieure, semble un véritable travail de Dieu. Il peut sembler être très simple dans son dévouement à cette œuvre, et pourtant, il peut s’avérer à la fin que son cœur était absorbé par l’œuvre, à l’exclusion complète de Christ comme objet. Le vrai dévouement chrétien est incarné dans cette courte phrase : « Pour moi, vivre c’est Christ ». Paul ne dit pas : « Pour moi, vivre c’est l’œuvre », quoiqu’où y a-t-il eu jamais un tel ouvrier, sinon dans le parfait ouvrier ? Il ne dit pas : « Pour moi, vivre c’est la religion, ou la bienfaisance, ou la moralité », quoique qui fut plus religieux, bienveillant ou moral que Paul ? Ce n’est pas qu’il aimait moins ces choses, mais il aimait Christ davantage. Cela fait toute la différence. Je peux m’épuiser dans des exercices religieux tels que des prières, des jeûnes et des veilles ; je peux consacrer tous mes biens pour nourrir les pauvres ; je peux livrer mon corps pour être brûlé, et pourtant ne pas avoir, dans toutes ces choses, une seule parcelle de vrai dévouement pour Christ.
N’est-ce pas une considération très importante, en ce jour d’activité religieuse, de formes de piété et de projets de bienfaisance ? Ne devrions-nous pas, cher lecteur chrétien, bien considérer la question de quel est notre véritable objet ? N’est-il pas trop vrai que l’on peut passer une vie entière dans l’exercice de la religion et de la philanthropie, et cependant vivre et mourir étranger à Celui qui est l’unique objet de Dieu, le seul centre du ciel — Jésus Christ ? Malheureusement, la vérité de ceci est illustrée dans l’histoire de millions de personnes. Le dieu de ce monde aveugle les esprits d’innombrables multitudes. Et avec quoi les aveugle-t-il le plus efficacement ? Avec des projets de bienfaisance et des formes de piété. Oh ! chrétienté, chrétienté, écoute cela : tes rituels, tes formes et tes plans aveuglent les pensées, endurcissent les cœurs et cautérisent la conscience d’innombrables millions.
Ce n’est pas seulement parmi les lieux de prédilection du vice sous toutes ses formes abominables, que les fidèles messagers de Dieu sont appelés à élever une voix d’avertissement, mais dans le chemin large et bien fréquenté de la profession religieuse, le long duquel des multitudes se précipitent vers leur condamnation éternelle. Le grand but du diable est de garder Christ hors du cœur, et peu lui importe par quel moyen il l’atteint. Il utilisera les convoitises d’un homme, ou il utilisera ses peurs superstitieuses. Les formes du vice et les formes de la piété sont semblables, pour lui. Il hait Christ, et cherchera par tous les moyens à garder les âmes loin de Lui. Il laissera un homme être religieux, bienveillant, aimable, moral ; mais il ne le laissera pas, s’il peut y contribuer, être un chrétien. Et quand quelqu’un, par la grâce, est réellement devenu un chrétien, l’unique but de Satan est d’attirer son cœur et de détourner son œil de Christ. Il cherchera à l’engager dans des buts soi-disant chrétiens, pour le distraire du seul objet qui forme véritablement le chrétien — Christ Lui-même. Il lui donnera beaucoup d’œuvres à faire : il le submergera de travaux et lui donnera un nom, comme étant un ouvrier très admirable. Et cependant, au moyen de cette œuvre même, il sapera les fondations du christianisme d’un homme, et trompera et pervertira ainsi son cœur, de sorte que, au fil du temps, il devienne occupé de lui-même et de ses œuvres, au lieu que ce soit avec Christ et à Son service !
De là l’importance d’avoir un seul objet toujours devant le cœur, et cet objet est Christ. « Pour moi, vivre c’est Christ ». « Tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique ». Christ est la grande mesure pour tous et pour tout. Tout doit être mesuré d’après Lui. Tout doit être réglé et apprécié en rapport avec Lui. La question n’est pas : Combien de travail est-ce que je fais ? mais : pour qui est-il fait ? Question qui sonde ! « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, héritez du royaume qui vous est préparé dès la fondation du monde ; car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais infirme, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus auprès de moi… En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits de ceux-ci qui sont mes frères, vous me l’avez fait à moi » (Matt. 25, 34-40).
Là se trouve le secret de tout service agréable et de tout véritable dévouement. Nous pouvons nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les malades ; mais si le Roi ne peut pas dire : « Vous me l’avez fait à moi », ce sera sans valeur.
Oh ! quel privilège de pouvoir faire quelque petite chose pour Christ ! de pouvoir L’avoir toujours devant le cœur ! C’est cela qui donne une réelle valeur et une véritable élévation à tout ce que nous pouvons être appelés à faire dans ce monde, que ce soit balayer un trottoir ou évangéliser une nation. Le service chrétien est ce qui est fait pour Christ. Rien d’autre ne mérite cette appellation ; rien d’autre ne sera estimé tel dans les comptes de Dieu ; rien d’autre ne passera comme l’or authentique par le feu de ce grand jour d’épreuve, qui approche rapidement. Toutes les pensées de Dieu ont pour centre Jésus. C’est Son dessein éternel d’exalter et de glorifier ce nom. Tout l’univers sera encore appelé à trouver en Jésus son soleil central. Les rayons de Sa gloire brilleront, prochainement, sur toute la création.
Ainsi en sera-t-il très bientôt. Actuellement, le chrétien est appelé à anticiper ce jour et à faire de Jésus son seul objet qui l’absorbe et le commande en toutes choses. S’il fait des aumônes, ce doit être au nom de Jésus ; s’il prêche l’évangile pour convertir et rassembler des âmes, ce doit être avec son œil fixé directement sur Jésus et pour la gloire de Son nom. Cela restreindra-t-il la sphère ou la mesure de sa bienfaisance ? Cela affaiblira-t-il son intérêt dans l’œuvre de l’évangélisation ? C’est tout l’inverse ; cela élargira beaucoup la première, et intensifiera le dernier ; et tout en faisant tout cela, cela rehaussera le ton de son esprit dans l’œuvre, et communiquera de la stabilité à tout son service, parce que son cœur et son esprit seront toujours gardés occupés de l’objet le plus élevé, à savoir Jésus Christ, le même hier, et aujourd’hui, et éternellement.
Je peux entrer dans une certaine direction de l’œuvre sous l’influence de l’excitation, ou par imitation d’autres, ou pour me faire un nom — pour toutes sortes de motifs. Je peux travailler avec une énergie et un zèle qui font honte aux autres. Je peux être hautement considéré pour obtenir un grand nom parmi mes semblables. Je peux être enflé, flatté et applaudi. Mon nom peut apparaître comme une célébrité dans tous les journaux religieux du jour. Pourtant, après tout, le Seigneur peut ne pas pouvoir dire d’un seul acte de mon service : « Tu l’as fait pour moi ».
D’un autre côté, quelqu’un peut suivre un chemin de service paisible, effacé, sans ostentation, inconnu et inaperçu, et ne cherchant pas à être remarqué. Le flux de sa bienfaisance peut couler abondamment, inconnu de tous sauf de ceux qui sont rafraîchis par son influence, et pour la plupart, pas même d’eux. Les chemins, les allées, les cours, les prisons, les hôpitaux sont visités ; les larmes de la veuve sont séchées, sa douleur est apaisée, ses besoins sont comblés ; les orphelins ne sont pas oubliés ; les fils et les filles de la peine et de la misère sont pris en charge ; la précieuse nouvelle du salut résonne dans bien des chambres ; les traités évangéliques sont glissés dans bien des mains ; et pendant tout ce temps, on entend ou on sait peu ici-bas de celui qui fait ces choses précieuses, ces actes, ou ce service et ce sacrifice de soi, de la meilleure odeur. Mais ce parfum monte au trône. Il est enregistré en haut ; il est entièrement gravé sur le cœur du Père. Il se souvient de tout et manifestera tout au temps convenable, et d’une manière telle, que celui qui l’aura fait ne reconnaîtra pas sa propre œuvre.
Qui connaissait ce qui était dans le cœur d’Abraham quand il commença ce merveilleux voyage vers Morija — un voyage qui n’a été surpassé, merveilleux mystère, que par celui de Gethsémané au Calvaire ? Qui savait ce qu’il allait faire ? Qui l’aurait jamais su, si le Saint Esprit ne l’avait pas enregistré sur la page éternelle de l’inspiration ? « Moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons ». « Ils allaient les deux ensemble ». « Tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique ». Abraham était absorbé par Dieu du début à la fin. Du moment qu’il se leva de sa couche, en ce matin mémorable, jusqu’à ce qu’il étende sa main pour saisir le couteau, son âme était absorbée par le Dieu vivant. C’est cela qui donnait une sainte élévation à toute la scène. Elle était faite pour Dieu.
Il en est toujours ainsi. Ce qui est fait pour Christ viendra en mémoire et sera récompensé ; ce qui ne l’est pas sombrera dans l’oubli éternel ou sera consumé en jugement. Ce n’est pas la quantité, mais la qualité de l’œuvre qui sera éprouvée et rendue manifeste devant le trône de jugement de Christ. Considérez la parabole des ouvriers en Matthieu 20. Quelle leçon bien de saison elle présente à notre cœur ! Les ouvriers qui avaient été embauchés les premiers étaient les seuls avec qui un accord avait été fait ; tous les autres travaillaient dans la confiance que leur maître leur donnerait ce qui était juste. Si on avait demandé à quelqu’un du premier ensemble d’ouvriers pendant la journée : « Qu’allez-vous obtenir comme rémunération pour votre travail ? », il aurait dit : « Un denier ». Ils travaillaient pour un denier. Mais si on posait la même question à l’un des autres, il aurait dit : « Je ne sais pas, mais je suis sûr que le maître fera ce qui est juste ».
Cela fait toute la différence. Du moment que je travaille pour une récompense, cela cesse d’être un service chrétien. Ce n’est pas que le service chrétien ne sera pas récompensé : il le sera certainement ; mais dans la mesure où c’est un service chrétien, il sera accompli en dehors de toute idée de récompense. « L’amour de Christ », non pas l’espoir d’une récompense, « nous étreint ». Pourquoi le méchant et paresseux esclave cacha-t-il son talent dans la terre ? Parce qu’il ne connaissait pas son Seigneur. S’il L’avait connu, il L’aurait aimé et L’aurait servi pour l’amour de Son nom, ce qui est le seul service que Christ apprécie.
C’était, nous pouvons en être sûrs, la joie de l’âme d’Abraham d’avoir un fils à placer sur l’autel de Dieu. Et ainsi en est-il pour le vrai chrétien maintenant ; c’est sa joie de pouvoir accomplir quelque petit service pour ce Seigneur qu’il aime suprêmement. Ce ne sera pas pour lui une question quant à la sorte de service ou quant à la sphère dans laquelle il doit être rendu, ni quant à la quantité de travail ; il lui suffit que son Seigneur puisse dire : « Tu l’as fait pour moi ». « Pourquoi donnez-vous du déplaisir à cette femme ? car elle a fait une bonne œuvre envers moi ». Peu importe ce que nous faisons, pourvu seulement que ce soit fait directement pour Christ, avec l’œil fixé sur Lui et le cœur rempli de Lui. C’est cela qui donne sa valeur à tout petit acte de service ; et s’il y a une chose plus qu’une autre après laquelle le cœur aspire, c’est la capacité de faire tout son travail, de quelque nature qu’il soit, avec un œil simple sur Christ.
Mais, ah ! le cœur est si traître et si enclin à avoir des motifs mélangés. Nous sommes disposés à attacher de l’importance et de l’intérêt aux choses en raison de notre relation avec elles, à nous engager dans le service pour l’amour du service, à être plus occupés de notre œuvre que du Maître. Qu’il nous soit toujours accordé la grâce de nous souvenir que tout ce qui n’est pas fait directement pour le Seigneur Lui-même, est absolument sans valeur, quelque voyant que cela puisse être au regard de l’homme ; et d’un autre côté, que la moindre chose faite par amour pour Jésus et avec un cœur uniquement pour Lui, ne sera jamais oubliée.
Il serait vraiment agréable pour le cœur de s’attarder un peu plus longuement sur ce thème béni, mais nous devons terminer. Avant de le faire, nous désirons laisser le lecteur avec cette seule question solennelle : « Quel est votre véritable objet ? ». Nous sentons tout le poids de cette question, et nous regardons à l’Esprit de Dieu pour lui donner son importance dans le cœur et la conscience du lecteur.
Pour tous ceux qui peuvent dire avec une calme confiance et une intelligence spirituelle : « Je suis sauvé », le grand point suivant est de pouvoir dire : « Christ est mon objet : pour moi, vivre c’est Christ ». Hélas, combien peu d’entre nous peuvent le dire. Nous nous arrêtons avant. Nous sommes occupés de notre salut, de notre paix et de notre bénédiction, de notre consolation et de notre liberté, ou peut-être sommes-nous pris par notre service. En un mot, ce n’est pas Christ — ce n’est pas demeurer en Lui, se nourrir de Lui et agir pour Lui. C’est en réalité le moi, et c’est une vraie misère. Nous ne devrions jamais nous satisfaire de quoi que ce soit de moindre que d’avoir Jésus comme couverture de nos yeux et objet pour nos cœurs. Ce serait là comprendre par expérience le terrain, l’esprit et l’objet du vrai dévouement.