Les deux pites

(Marc 12, 41 à 44)
(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 75]

« Et Jésus, étant assis vis-à-vis du trésor du temple, regardait comment la foule jetait de la monnaie au trésor ; et plusieurs riches y jetaient beaucoup. Et une pauvre veuve vint, et y jeta deux pites, qui font un quadrant ».

Combien peu ces gens savaient quels yeux les observaient, tandis qu’ils jetaient leurs offrandes ! Combien peu pensaient-ils être sondés par Celui dont l’œil pouvait pénétrer au plus profond de leur cœur et y lire les motifs qui les poussaient dans ce qu’ils faisaient. Ce pouvait être là le pharisien voulant se faire voir, affichant sa richesse et faisant une exhibition pompeuse de sa piété. Peut-être aussi trouvait-on là le froid formaliste, jetant au trésor, par une routine sans cœur, sa pièce stéréotypée. Jésus voyait tout cela, pesait tout cela, jugeait tout cela.

Il est bon de penser à cela dans chaque occasion où nous sommes appelés à contribuer à la cause du Seigneur. Il est bon de se souvenir, quand la boîte ou la corbeille est placée dans ma main, que « Jésus est assis vis-à-vis du trésor ». Ses yeux saints sont fixés, non pas sur la bourse, mais sur le cœur. Il estime, non pas le montant, mais le motif. Si le cœur est droit, le montant sera juste, à Son jugement. Là où le cœur bat pour Sa personne, la main sera ouverte à Sa cause. Tous ceux qui aiment vraiment Christ estimeront comme leur haut et heureux privilège de se renoncer eux-mêmes afin de contribuer à Sa cause. Il est merveilleux qu’Il daigne nous demander de faire ainsi. Cependant, Il le fait, et ce devrait être notre profonde joie d’y répondre « selon ce que Dieu nous aura fait prospérer », nous souvenant toujours qu’Il aime celui qui donne joyeusement, parce que c’est précisément ce qu’Il est Lui-même, béni soit Son saint nom !

Toutefois, le point sur lequel nous voulons spécialement nous attarder en Marc 12 est l’acte de la pauvre veuve. Au milieu de la foule des contributeurs qui s’avançaient pour jeter leurs offrandes au trésor, il y en avait une qui attira de façon particulière l’attention de notre bien-aimé Seigneur. « Et une pauvre veuve vint, et y jeta deux pites, qui font un quadrant ».

Or c’était une très petite somme, de fait, en la considérant d’un point de vue monétaire. Mais pensez à celle qui l’offrait. C’était une « veuve » — une « pauvre veuve », l’incarnation même de tout ce qui est désolé, impuissant et solitaire. Une veuve nous donne toujours l’idée de quelqu’un privé de tout appui terrestre et de tout soutien naturel. « Celle qui est vraiment veuve et qui est laissée seule, a mis son espérance en Dieu, et persévère dans les supplications et dans les prières nuit et jour ».

Il est vrai qu’il y a beaucoup de soi-disant veuves qui ne sont pas du tout caractérisées ainsi — beaucoup qui semblent tout autres que solitaires et désolées. Mais c’est tout à fait anormal. Elles sont entièrement en dehors de la sphère du véritable veuvage. Le Saint Esprit nous a fourni une photographie frappante de cette classe en 1 Timothée 5, 11 à 13.

Mais la pauvre veuve au trésor appartenait à la classe des vraies veuves. Elle en était une, selon la pensée de Christ. « Et ayant appelé ses disciples, il leur dit : En vérité, je vous dis que cette pauvre veuve a plus jeté au trésor que tous ceux qui y ont mis ; car tous y ont mis de leur superflu, mais celle-ci y a mis de son indigence, tout ce qu’elle avait, toute sa subsistance ».

Sans doute, si ces jours-là avaient été ceux de la presse publique, les offrandes princières des riches auraient été étalées dans les colonnes de quelque journal, avec une allusion flatteuse à leur montant élevé, tandis que la pauvre veuve et son offrande auraient été ignorées dans un silence dédaigneux.

Mais notre adorable Sauveur pensait autrement. Les deux pites de la pauvre veuve surpassaient, dans Sa balance, toutes les offrandes réunies. C’est une chose comparativement facile de donner des dizaines, des centaines ou des milliers, de nos trésors accumulés, mais il n’est pas facile de renoncer pour soi à un seul luxe ou confort, pour ne rien dire d’une nécessité positive. Mais elle donna tout ce qu’elle avait pour vivre à la maison de son Dieu. C’est cela qui la plaça dans une telle affinité morale, en esprit, avec le bienheureux Seigneur Lui-même. Il pouvait dire : « Le zèle de ta maison m’a dévoré ». Et elle pouvait dire : « Le zèle de ta maison a dévoré ma subsistance ». Ainsi, elle était tout près de Lui. Quel privilège !

Lecteur, avez-vous jamais remarqué la forme sous laquelle est présentée sa subsistance ? Pourquoi l’Esprit prend-Il le soin de dire : « deux pites, qui font un quadrant » ? Pourquoi ne s’est-Il pas contenté de dire : « Elle y jeta un quadrant » ? Ah ! cela n’aurait jamais suffi. Cela n’aurait pas manifesté le véritable point de toute beauté, la vraie touche du dévouement du cœur tout entier. Si elle l’avait eue en une seule pièce, elle aurait dû tout donner, ou rien. Mais en l’ayant en deux, elle avait la possibilité d’en garder la moitié pour sa propre subsistance. Et en vérité, la plupart d’entre nous estimeraient comme un dévouement extraordinaire de donner pour la cause du Seigneur la moitié de tout ce que nous possédons dans ce monde. Mais cette pauvre veuve avait un cœur tout entier pour Dieu. C’était là le point crucial. Il n’y avait aucune réserve. Le moi et ses intérêts étaient entièrement perdus de vue, et elle jeta toute sa subsistance dans ce qui, pour son cœur, représentait la cause de son Dieu. Que Dieu nous accorde quelque chose de cet esprit !