Manifestations divines

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 35]

Le Seigneur s’adressait autrefois à Son peuple en visions. L’œil alors, bien entendu, réalisait la révélation ; car c’était une forme sensible, d’une sorte ou d’une autre, qui véhiculait la révélation.

Maintenant, c’est la foi à qui Il s’adresse. Mais la foi réalise son objet aussi sûrement que le faisaient la vue ou l’ouïe autrefois. La foi « est la conviction des choses qu’on ne voit pas ».

Et du fruit en est attendu pareillement, que la réalisation soit accomplie par l’œil ou par la foi.

Ésaïe eut une vision du trône et des séraphins dans le temple rempli de fumée ; et il fut convaincu de péché et accablé. Alors le charbon purifiant pris de l’autel fut appliqué à ses lèvres ; et il fut rétabli en paix (És. 6).

Nous voyons un processus semblable, par le moyen d’autres instruments, dans les personnes d’Ézéchiel et Daniel (Éz. 1 ; Dan. 10).

Nous avons la même chose lors du ministère du Seigneur Jésus, comme ici dans les anciennes visions. Le Seigneur fut manifesté à Pierre en Luc 5, au moyen de la prise des poissons, d’une manière qui le submergea. Il fut alors convaincu d’être un pécheur, comme l’avaient été les prophètes dont j’ai parlé. Mais les paroles de Jésus lui rendirent la paix ; comme les différents instruments qui leur furent appliqués restaurèrent les prophètes. Et de même pour la Samaritaine. La parole du Seigneur la convainquit d’abord de péché, lui dévoilant tout autant sa condition de pécheresse, que la vue de la gloire avait convaincu Ésaïe. Mais les paroles du Seigneur qui suivirent, de la même manière, la restaurèrent.

Et encore plus tard, nous trouvons les mêmes effets lors de la prédication des apôtres.

Le discours de Pierre en Actes 2 amène le cri : « Hommes frères, que ferons-nous ? » ; et alors, ses paroles qui suivirent communiquèrent la joie et la paix en croyant.

Le même effet d’un discours simple et intelligible dans l’assemblée des saints, sans rien de merveilleux ou de miraculeux, peut se contempler en 1 Corinthiens 14, 23 à 25.

Ainsi, les mêmes effets sont opérés, quoique les circonstances changent, des visions ou des touchers palpables, au ministère personnel du Seigneur, ou de celui-ci au simple témoignage ou à la prédication.

Tout ce qui est nécessaire, c’est la réalisation des choses révélées — et c’est ce que fait la foi par la Parole, comme l’œil le ferait en présence d’une vision. Bien sûr, l’Esprit, nous le savons, doit donner la foi.

Une autre illustration de cela se présente à moi. Élisée suivit Élie tout le long du chemin qui conduisit Élie à son enlèvement. Les tentations parsemaient le chemin. Les difficultés s’y accumulaient, et les obstacles se répétaient. Mais le but de l’âme d’Élisée était fixé et unique. Il avait pour but d’être avec son maître tout le long du chemin, jusqu’à la toute fin. Il ne voulait entendre rien d’autre ; et c’est pourquoi les obstacles, les difficultés et les tentations trouvèrent de sa part une prompte réponse (2 Rois 2).

Les saints à Thessalonique n’avaient rien sur quoi s’appuyer, sinon un rapport. Ils n’avaient ni vision, ni miracle. Ils n’avaient pas de maître, comme Élisée, avec eux, qu’ils savaient devoir être élevé « au-dessus de leur tête », aucun signe sensible pour nourrir les attentes de leur cœur. Mais les objets de la foi étaient aussi réels, pour eux, que les choses sensibles l’étaient pour Élisée ; et le même fruit et le même effet furent opérés en eux. Ils disposèrent des obstacles dans un esprit de victoire, comme lui l’avait fait. Ils se détournèrent des idoles muettes. La foi avait son œuvre en eux, l’amour son travail, l’espérance sa patience. Ils servaient le Dieu vivant, et attendaient Son Fils des cieux.

Tout ceci était-il moindre que Élisée suivant Élie dans tout le chemin de Guilgal à l’autre côté du Jourdain, en passant par Béthel ? Les Thessaloniciens, aussi sûrement que le prophète, avaient leurs reins ceints et leurs lampes allumées, et étaient comme des esclaves qui attendent leur Seigneur. La foi en un rapport divin opérait de façon aussi effective en eux, que la présence palpable de son maître le faisait en Élisée. Et le même fruit fut porté. Tout ce que nous désirons est de réaliser notre objet, et la foi le fait aussi bien que la vue, le toucher ou l’ouïe.

Mais l’effet d’une manifestation divine, tandis qu’elle ne dépend pas nécessairement de quelque chose de palpable, comme une vision ou un miracle, devra être évalué en fonction de la condition de l’âme à laquelle elle est faite. Il en est ainsi ; et c’est une vérité morale importante. Et l’Écriture nous illustre aussi cela.

Jacob avait été grandement fautif au chevet de son père (Gen. 27) ; et à Béthel, il goûtait l’amertume de ses actes, errant alors loin de la maison de son père, sans ami et sans abri. Dans la gloire de la bonté, Dieu se manifeste à lui. Les cieux ouverts, l’échelle et les anges, accordèrent une merveilleuse réponse de la grâce de Dieu à quelqu’un tel que Jacob alors. Mais il en fut ainsi. Le Seigneur est merveilleux pour Ses saints, tandis qu’ils souffrent sous Ses réprimandes à cause de leurs méchancetés.

Après cela, Jacob avait été très incrédule à Peniel (Gen. 32). Il avait craint l’armée d’Ésaü, en présence de l’armée de Dieu. Il avait détourné ses yeux du Seigneur vers la créature ; et il avait tremblé, avait calculé et prié, comme si Celui qui était pour lui n’était pas davantage que celui qui était contre lui ; quoique l’un fût Dieu, et l’autre un homme. Le Seigneur reprend cela — assurément. Il s’oppose à Jacob. Mais Jacob résistant à cette réprimande, sa foi ravivée, saisissant le Seigneur, Celui-ci lui donne une merveilleuse manifestation de Sa grâce, lui permettant de prévaloir sur Lui, et puis lui donnant un nouveau nom et une bénédiction nouvelle.

Tels furent les matériaux dans l’histoire de Jacob, en ces deux grandes occasions, à Béthel et à Peniel. Mais l’expérience de ce saint de Dieu dans chacune de ces occasions fut différente.

À Béthel, l’expérience de Jacob était d’une nature mélangée. Il dit que le lieu était « terrible », et cependant « la porte des cieux ». Il fut encouragé par la vision, mais nous pouvons difficilement dire qu’il fut réjoui par elle. Mais à Peniel, tout était joie pour lui. Il a une fierté, un saint triomphe, sur ses lèvres, et il entreprend son voyage comme dans la lumière de la face de Dieu.

Là se trouve la différence ; et une différence qui s’explique par la condition du saint lui-même — non par la manifestation — car celle de Béthel était bien plus importante.

Il n’y avait en lui nul exercice spirituel, à Béthel, comme il y en eut à Peniel. Il était endormi là, il était éveillé ici. Il était simplement l’objet d’actions là, il est rétabli et a repris ses esprits ici. Il y avait des différences morales dans la même âme ; et en conséquence, des expériences différentes. Peniel était davantage, pour Jacob, que Béthel auparavant ; une manifestation de Dieu est davantage pour un saint éveillé que pour un saint endormi. C’est ce qui est manifeste de nos jours, comme c’est ce qui a été vu être le cas dans les premiers jours des patriarches.

Et ici, laissez-moi mettre en contraste Moïse avec la vision du rocher fendu, avec Jacob soit à Béthel, soit à Peniel. Voyez Exode 33 et 34.

Moïse plaide avec l’Éternel, et prie qu’Il veuille lui montrer « Son chemin ». Ce qu’il avait jusque-là entendu de Sa part, ne lui allait pas. Il L’avait déjà vu comme le législateur, et comme le Seigneur de l’alliance conditionnelle, et avait même mangé et bu en Sa présence, ensemble avec soixante-dix des anciens d’Israël (Ex. 19 et 24). Mais de telles manifestations de Dieu ne suffisaient pas. Moïse n’était pas satisfait. Et cela, à juste titre ; car Israël, à ce moment-là, était sous ses yeux dans une ruine morale — tout était fini pour eux d’après les conditions de la loi, ou sous leur propre alliance ; et Moïse doit donc considérer Dieu selon Sa propre manière. Il doit Le connaître Lui-même, comme il le Lui dit maintenant — Le connaître en grâce souveraine.

Le Seigneur promet de faire comme Son serviteur le désirait. Il fera passer Sa gloire devant lui, « toute Sa bonté », Sa grâce souveraine, cette grâce qui, comme dans l’évangile, abonde. Et c’est ce qu’Il fit.

Moïse est pleinement et profondément satisfait. Il s’incline et adore. Il ne demande rien de plus — pas d’autre manifestation de Dieu — mais désire seulement que Celui qui est maintenant descendu et s’est tenu avec lui, et est passé dans Sa propre gloire, veuille aller avec lui et avec Israël tout le long du chemin.

Ce fut effectivement une expérience bénie. Ce fut comme « un flot débordant et se déversant en un fleuve vivant et donnant la vie ». Et pourquoi cette riche jouissance ? Moïse l’avait recherchée. Il n’avait pas été endormi pendant la vision, comme Jacob l’avait été à Béthel ; et il n’avait pas simplement été restauré par elle, comme Jacob l’avait été à Peniel ; il l’avait lui-même recherchée. Ce fut un exercice spirituel qui l’avait conduit à la vision, et ainsi, il était préparé pour sa pleine puissance ; et il obtint sa pleine puissance.