Paul à Milet

Actes 20
(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 43]

Nous avons, dans le cours de l’Écriture, plusieurs exemples de saints mourant et de serviteurs de Dieu prenant congé de la scène d’ici-bas, et de leur ministère dans celle-ci. Jacob le fit — et de même Moïse, Josué et David. Et entre eux, Samuel également, dans une scène très touchante rappelée en 1 Samuel 12.

Dans ce chapitre, l’apôtre Paul est dans une condition similaire. Il prend congé de son ministère sur le rivage à Milet, en présence des anciens d’Éphèse.

L’histoire de Paul dans le livre des Actes consiste en deux parties — son service et ses souffrances — où, dans l’une, nous voyons Paul serviteur de Jésus ; dans l’autre, Paul prisonnier.

La première partie se termine avec ce chapitre 20, ayant commencé, pour ainsi dire, au chapitre 13. La seconde se termine avec le livre lui-même, ayant commencé avec le chapitre 21.

Toutefois, ce qui m’attire en ce moment est Paul dans ce chapitre, en contraste avec le Seigneur Jésus dans des conditions semblables, en Jean 13 à 17. Car là, le Seigneur prend congé de Son ministère en présence des douze, comme ici l’apôtre fait de même en présence des anciens de l’assemblée d’Éphèse.

Nous trouvons des points de contraste présentés de façon très frappante, et ce qui est humain dans ses meilleures conditions, se tient à côté de ce qui était divin aussi bien qu’humain ; et les distinctions sont magnifiquement maintenues et exprimées.

Mais c’est seulement ce à quoi nous nous serions attendus. Nous sommes instinctivement conscients que Paul, le plus brillant et le plus grand exemple d’un vase de Dieu oint et rempli de l’Esprit, se tient devant les affections et les souvenirs du cœur de façon très différente du Seigneur. Notre amour pour lui est celui que nous donnons à une créature semblable à nous, et cela seulement — l’amour que nous donnons au Seigneur Jésus est un amour qui adore. Nous sentons cela de façon instinctive. Nous n’avons pas besoin d’être enseignés à cet égard. Nous le savons — et ainsi, nous portons dans les sensibilités de notre esprit renouvelé le témoignage de ce que l’Écriture nous dit, que Jésus était Dieu aussi bien qu’homme, et que le vase le plus doué dans la maison de Dieu, quoiqu’il soit aussi le saint se renonçant le plus à lui-même, n’est encore qu’une créature semblable à nous.

Le contraste que ces passages offrent (le Seigneur dans une heure de séparation, et Paul dans une heure de séparation), nous donne un exemple et une illustration de tout cela, et scelle comme de nouveau les conclusions de nos âmes que nous avons déjà atteintes et sur lesquelles nous nous reposons, comme je l’ai dit, de façon instinctive.

Les points de contraste peuvent être notés ainsi. 1. L’apôtre soumet son ministère au jugement de ses frères. Il leur parle de l’humilité et des pleurs qui l’y ont conduit ; et puis, de sa diligence dans ce service, comment il les a enseignés publiquement et de maison en maison, et comment, dans sa prédication, il a embrassé et Juifs et Gentils. Et tout cela est en lui plein de douceur, et lui convient bien. Il les traite comme des compagnons dans le service de Dieu, et leur soumet sa propre mesure particulière et sa façon de servir, comme eux pouvaient le faire avec lui.

Mais je demande si c’est là le style du Seigneur Jésus ? Soumet-Il, d’une manière semblable, Son œuvre à l’approbation des hommes ? Dans les chapitres dont j’ai fait mention, nous ne Le voyons pas faire cela, même avec Son Père. Il est plutôt là comme présentant Son ministère, désormais accompli. « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire », voilà Son langage, tandis que Ses yeux regardent le ciel, et que Sa voix s’adresse là à Son Père. Il présente une œuvre accomplie, une œuvre qu’Il sait Lui-même être entièrement parfaite. C’était Sa gloire, comme ministre, Sa gloire dans Son ministère. Au lieu de le soumettre à l’approbation de Ses apôtres, Il présente plutôt, comme je l’ai dit, Son œuvre comme ce qui a été accompli, et accompli à la perfection[1].

2. Paul dit aux anciens d’Éphèse qu’il va poursuivre son chemin, lié dans son esprit, vers Jérusalem, mais qu’il ne sait pas ce qui doit lui arriver, outre ce dont le Saint Esprit avait rendu témoignage, que des liens et de la prison l’attendaient.

Était-ce le cas du Seigneur, je pose encore la question ? Pourquoi l’inverse absolu se montre-t-il en Lui ? Quand Il prenait congé de Son ministère et de Ses serviteurs, Il leur fait savoir qu’Il connaissait toutes choses, les choses proches et les choses lointaines, les choses dans le ciel et les choses sur la terre, l’histoire de l’inimitié du monde et des souffrances des justes dans celui-ci ; et l’histoire de l’éternité elle-même ; car Il leur dit aussi, qu’Il reviendra prendre les siens avec Lui pour être dans la maison du Père, et pour y habiter pour toujours. Assurément, c’est de nouveau la gloire du Seigneur ; et un témoignage rendu à Celui avec qui nous conversons en Jean 13 à 17.

3. De nouveau — l’apôtre dit à ses compagnons que, quoi qu’il ait pu être avec eux jusque-là dans une grande mesure et très intimement, il devait désormais les quitter, et qu’ils ne le verraient plus.

Mais que dit le Seigneur, en contraste avec cela ? Paul ne pouvait rien dire de plus, je l’admets. Lui, comme homme, une créature semblable à nous, sur le point de terminer rapidement sa carrière et son service ici-bas par la mort, ne pouvait que dire : « Vous ne verrez plus mon visage ». Mais, je le demande encore une fois, le Seigneur dit-Il cela ? Tout au contraire. Il fait savoir à Ses serviteurs qu’Il ne cesserait jamais de les voir, et qu’ils ne cesseraient jamais de Le voir. « Parce que moi je vis, vous aussi vous vivrez », leur dit-Il. « Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez ». Et il doit en être ainsi éternellement. Il reviendra vers eux et pour eux, afin qu’il puisse être avec eux. Ils Le verront en esprit, jusqu’à ce que vienne ce temps ; et alors, en gloire, comme avec Lui dans la maison du Père, pour toujours.

Quel resplendissement se trouve là ! Paul ne pouvait pas parler avec un langage plus élevé que ce qu’il fit ; Jésus ne pouvait pas s’exprimer sur un ton moins élevé que ce qu’Il fit. C’est la créature et Dieu — c’est la forme douce, attirante et aimante de l’amitié — c’est l’irradiation de la gloire divine personnelle.

4. Puis encore, nous écoutons l’apôtre ne se préoccupant ni de la prison, ni de la mort. Et c’est magnifique. Cela peut nous humilier, de trouver une telle foi qui se sacrifie, dans un autre. Paul avait posé sa vie sur l’autel, et était prêt à ce qu’elle y soit offerte. Mais quand nous écoutons, à Son tour, le Seigneur Jésus, nous entendons le langage de Celui qui allait retourner au Père dans la gloire, comme Il le savait, parce qu’Il avait déjà glorifié Dieu et le Père sur la terre. Paul se préparait avec bonheur à ce qui lui restait de lutte et de voyage ; mais Jésus était à la fin de cela, dans la perfection consciente de Celui qui avait ainsi glorifié Dieu dans le monde ici-bas, ce qui Lui donnait Sa place et Son droit à être glorifié avec Dieu dans les cieux.

5. Et nous trouvons ensuite l’apôtre donnant des conseils à ses frères. Et c’étaient des conseils de saison et justes. Ils ne pouvaient pas être plus justes et appropriés, pouvons-nous dire. C’était cela — servir Dieu dans Son Assemblée, et prendre garde à eux, car les dangers étaient proches.

Mais que trouvons-nous en Christ, qui corresponde à cela ? Il conseille aussi Ses apôtres — et Ses paroles pour eux sont variées. Mais au milieu d’eux, Il leur dit qu’ils rendront témoignage de Lui. Et Il leur dit que le Saint Esprit, qui allait venir du ciel, Lui rendrait aussi témoignage, et servirait la gloire de Son nom, en prenant de ce qui était à Lui et en le leur communiquant.

Quelle distance infinie, et cependant convenable, se trouve là ! Paul pouvait-il dire aux anciens d’Éphèse quelque chose de similaire ? Pouvait-il, voulait-il, osait-il faire de lui-même leur objet, quand il était absent d’auprès d’eux ? Devait-il être leur sujet ? — Il leur dit, et tout à fait justement, de servir Dieu et de prendre garde à eux-mêmes. Mais sans usurpation, Jésus se place dans la compagnie de Dieu et du Père, se faisant ensemble avec le Père l’objet du témoignage du Saint Esprit, et du ministère de l’apôtre.

Assurément, dans chaque trait de ce contraste, brille la gloire de Celui qui était infiniment au-dessus du premier des simples enfants des hommes. Elle confirme entièrement les impressions instinctives de nos propres âmes, nous disant qu’avec Jésus, mais avec Jésus seul, de tous les enfants des hommes, nous sommes dans une conversation consciente avec le Dieu vivant Lui-même, avec Celui que nous adorons aussi bien que nous L’aimons.

6. Cependant, il y a encore plus que ceci. — Paul remet ses frères et ses compagnons à Dieu et à la parole de Sa grâce. Que pouvait-il faire de plus ? Mais que fait le Seigneur, dans des conditions semblables, laissant derrière Lui Ses apôtres et Ses saints, comme Paul laissait derrière lui ses compagnons et ses frères ? Il agit de fait de façons variées et toutes glorieuses. Il leur laisse Sa paix — Il lave leurs pieds, de sorte qu’ils puissent paraître devant Dieu « tout nets » — Il leur promet que l’Esprit sera leur lumière et leur consolation — et Il les remet au Père, afin que le Père continue d’opérer en leur faveur, en Son absence, ce que Lui-même avait fait pour eux tandis qu’Il était avec eux. Quel débordement de la gloire divine ! Et Il entreprend de leur donner Ses soins, Sa pensée et Son service, jusqu’à ce qu’Il ait amené leur condition à la perfection, et cela pour toujours, dans la maison du Père !

Si Paul, comme homme, ne pouvait rien faire de plus que ce qu’il fit, Jésus fait ici rien de moins que ce que le compagnon de l’Éternel pouvait faire.

7. Et encore une fois, en suivant ce sujet merveilleux — Paul soumet sa conduite au jugement de ses frères. « Je n’ai convoité ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne. Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi ». Il se tient là devant eux avec le témoignage d’une bonne conscience. Je ne le blâme pas, ni ne cherche à le déprécier pour cela — quoiqu’en une autre occasion, il pouvait dire que c’était bien peu pour lui que d’être jugé de jugement d’homme (1 Cor. 4, 3), et qu’il reconnaîtra qu’il était fou en se glorifiant (2 Cor. 11 et 12). Mais, je le redis, je ne le blâme ni ne le déprécie pour cela. Mais je demande : En est-il ainsi du Seigneur Jésus ? Soumet-Il Sa conduite au jugement de l’homme ? Non, Il affirme plutôt trois grands faits moraux glorieux en relation avec Lui-même, Son chemin, Sa vie et Son comportement dans le monde. Il dit à Ses apôtres qu’Il a glorifié Dieu sur la terre ; Il dit au Père qu’Il L’a glorifié dans Son ministère envers les élus ; et Il dit de Lui-même : « Le chef du monde vient, et il n’a rien en moi ».

Quelle élévation morale délibérée s’exprime là ! C’est la gloire morale d’une qualité nécessairement et essentiellement divine. C’était une vie et une conduite que Dieu manifesté en chair seul pouvait montrer. Nous n’osons pas chercher quelque chose de semblable ailleurs qu’en Jésus. C’est notre joie de savoir qu’elle ne peut être trouvée ailleurs, dans le ciel ou sur la terre, parmi les anges ou les hommes ; que nul autre que le Fils du sein du Père, qui était aussi le Fils de l’homme, ne pouvait avoir offert un tel sacrifice vivant de pur encens et de bonne odeur, étant davantage, pour le Dieu bienheureux, que ne l’aurait été l’obéissance de toute une création.

Nous avons ainsi considéré la gloire qui l’emporte de beaucoup. Il y avait en effet une douce beauté morale en Paul. Nous pouvons nous humilier en nous-mêmes, en regardant ou en pensant à un tel homme. Mais notre propre âme se dit, et les histoires nous le disent semblablement, que tout est d’une autre sorte et d’une autre qualité, différant tout à la fois en matériau et en tempérament, dans ce qui se montre à nous dans le Seigneur Jésus. En Lui, il y avait une beauté morale divine. C’était l’or tissé dans l’éphod (Ex. 39, 3).

Et laissez-moi encore demander s’il n’y a pas dans cette scène l’expression de l’humanité, tandis qu’elle se termine, expression que nous ne pouvons pas trouver dans la scène semblable entre le Seigneur et Ses apôtres ? « Paul se mit à genoux et pria avec eux tous. Et ils versaient tous beaucoup de larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le couvraient de baisers ». Quelle chose précieuse au cœur ! Nous aspirons à en avoir davantage, et à en voir davantage. Nous sommes à l’étroit et froids. Le cœur n’a qu’une faible capacité pour se laisser aller de cette manière. Mais cela aurait-il pu être le cas entre Jésus et Ses apôtres ? Que disent nos instincts renouvelés, nos perceptions et nos sensibilités dans la nouvelle créature ? Et que dit l’histoire ? Jésus pria, comme le fit Paul — mais c’était en tournant Ses yeux vers le ciel, et en s’adressant à Son Père, sur la base et au titre de Son obéissance accomplie ; et alors, exprimant Sa volonté et Son désir touchant Ses saints. Les disciples étaient attristés, comme les compagnons de Paul, très attristés. La tristesse avait rempli leur cœur, parce qu’ils allaient Le perdre, à leur estimation. Mais ils savaient bien qu’Il était davantage et différent pour eux, que Paul pour ses frères. Ils pouvaient difficilement, dans une intimité humaine, pleine d’affection et de tout cœur, se jeter au cou de Celui qui avait tout dernièrement, dans une grâce divine, lavé leurs pieds, leur donnant le droit de paraître devant Dieu leur Père sans une tache sur eux.

Certainement, ces distinctions sont pleines de signification, et parfaites en beauté. Et, je le redis, car c’est pour moi une heureuse pensée, nos instincts comme saints auraient suggéré ces mêmes contrastes que nous trouvons ici dans ces deux histoires sacrées.