Pierre en Jean 21

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 41]

Ce n’est pas tant le sentiment de ce que nous étions, quand nous étions dans nos péchés et inconvertis, que le souvenir de ce que nous avons été depuis que nous connaissons le Seigneur, de notre froideur et de nos défaillances, et de nos manifestations égoïstes depuis lors, qui perturbe cet accueil entier et de tout cœur de Sa présence et de l’espérance d’être bientôt avec Lui, que nous devrions porter continuellement. Mais tout cela est légal, et appartient à la nature. L’argument divin, en Romains 5, est l’opposé de cela (v. 8, 9). Et Pierre, dans ce chapitre, illustre une réprimande de cela.

Très certainement, le souvenir qu’il avait, comme saint, pouvait bien le rendre lâche, craignant la présence du Seigneur. Mais il n’était pas un lâche. Aussitôt qu’il entend dire que c’était son Maître, qu’il avait renié par ses lèvres menteuses et profanes, qui se tenait sur le rivage, il ceignit son manteau de pêcheur autour de lui, et se jeta à l’eau par-dessus bord, pour L’atteindre aussi vite que possible. Car s’il avait des souvenirs de lui-même, il avait aussi la connaissance de son Seigneur — et c’était là le secret de son âme, et la source de son courage.

Si Pierre avait été ignorant au sujet de Christ, ou ne L’avait connu que d’après les dires de la nature, de la chair et du sang, il aurait fui au loin de peur — s’il n’avait eu qu’une connaissance partielle de Lui, il aurait eu des pleurs et des suspicions, et aurait permis à ses compagnons dans la nacelle d’atteindre le Seigneur avant lui, afin qu’ils soient comme une sorte de voile pour briser la force de Sa présence sur son esprit. Mais Pierre Le connaissait bien. Il Le connaissait en amour — et c’est pourquoi il ne fuit pas, ni ne se cache derrière ses compagnons, mais va seul en Sa présence[1].

Pierre connaissait le Seigneur. C’était tout pour lui, assurément. Et lui, étant mort, nous parle cependant encore. Il dit : « Réconcilie-toi avec Lui, et sois en paix », comme le fait toute l’Écriture.

Et il en est ainsi, je dirais, de Marie de Magdala dans le chapitre précédent, Jean 20, agissant dans une connaissance semblable de son Seigneur. Car toute pécheresse qu’elle fût, elle avait été amenée à Lui dans ses péchés, oui, et même par ses péchés, ayant eu sept démons qu’Il chassa d’elle ; et maintenant, elle parle comme si elle avait le droit de Le réclamer et de Le prendre entièrement pour elle. « Dis-moi », dit-elle, comme au jardinier, « où tu l’as mis, et moi je l’ôterai ». Il était tout à elle.

Quelle affection précieuse ! Quel sentiment de notre droit sur Lui ! Qu’il en soit ainsi pour chacun de nous ; chacun connaissant son propre droit et sa revendication personnels et individuels à un Christ complet, dans toute Sa plénitude, notre droit sur Lui-même !

Et c’est la foi, et la foi seule, qui le fait. Car la foi nous familiarise avec Lui, alors que la conscience le fait avec nous-mêmes. Cette dernière nous rend lâches — à juste titre — la première nous donne une hardiesse heureuse et sainte. La conscience avait déjà placé Pierre sur un chemin, quand il sortit du palais du souverain sacrificateur et, dehors, dans la honte et la solitude, pleura amèrement. La foi le place dans ce chemin actuel, quand il quitte la nacelle pour atteindre son Seigneur sur le rivage. Ni le sentiment moral de l’homme, ni son esprit religieux, ni une pensée générale de la miséricorde, n’auraient été capables de le placer sur une telle voie. C’était la foi — la connaissance de Christ en amour — et c’est ce qu’est la foi. La foi en Dieu, non comme un Juge, mais comme un Sauveur, est la foi — la foi en Lui comme Celui qui donne, et non comme enjoignant ou exigeant. La conscience peut agir, et agit, comme la sécurité de la communion avec Dieu — car nous ne pouvons pas et n’osons pas, marcher avec Lui, sinon avec le témoignage de celle-ci — mais elle n’en est jamais la puissance ou la mesure. La communion doit être le fruit de la foi, qui prend connaissance de Dieu selon Sa révélation de Lui-même en grâce et en salut.

Et oh, quelle chose que de connaître Dieu en amour ! d’avoir communion avec Christ comme Celui qui aime nos âmes ! de demeurer dans l’amour, et ainsi de demeurer en Dieu ! de connaître et de croire l’amour que Dieu a pour nous ! Et c’est le cher et précieux résultat de l’évangile dans le cœur — la paix en est le résultat dans la conscience. Introduire le cœur et la conscience dans ces droits qui sont à eux, par grâce, dans l’évangile, est un des fruits et des buts de la révélation que Dieu a faite de Lui-même.

Et dans ce cas de Pierre en Jean 21, en accord avec cela, le Seigneur, dans une étape ultérieure de l’action, se place en compagnie et de la conscience et de la foi de Son saint. Il agit avec la conscience de Pierre, en le faisant passer par un exercice d’âme plus amer par trois interpellations, et lui fait ainsi connaître qu’il a en effet péché en L’ayant renié de façon répétée. Mais Il se place aussi en compagnie de la foi de Pierre, en lui accordant le fruit riche et abondant de cette foi, l’amenant de nouveau dans une proximité et une pleine communion avec Lui-même (comme l’avait déjà fait la foi de Pierre), et lui accordant la faveur d’être celui, d’entre eux tous, choisi pour nourrir et guider Son troupeau d’une façon toute particulière.

C’est assurément toujours de cette manière que la grâce assure et scelle les conclusions de la foi. Le Seigneur ne fait pas de nouveau passer Pierre par le processus de réaliser en lui la sentence de mort comme pécheur, comme Il l’avait fait en Luc 5, où ils s’étaient trouvés ensemble pour la première fois à la mer de Galilée, avec une pêche de poissons miraculeuse. Non ; Il restaure simplement son âme, ou lave ses pieds, et puis lui donne sa précieuse place de proximité avec Lui, et davantage que ce sur quoi la foi même aurait compté.

Et laissez-moi simplement ajouter que c’est cette communion de Pierre avec son Seigneur dont nous avons plus abondamment besoin, si je puis parler pour d’autres. Ce n’est pas de prendre connaissance de Lui en jugement et en justice — ce n’est pas d’être occupé de Lui dans Ses conseils et Ses révélations, ou dans les choses qui Le concernent. Ces choses seront justes, et ne doivent pas être négligées. Mais Le connaître dans Son amour, voilà la foi. Et elle est de Dieu, par le travail intérieur et le témoignage de l’Esprit. Elle est au-dessus de la nature. Oui, elle est davantage éloignée de la communion avec Lui en jugement et en justice, que celle-ci ne l’est d’un état d’insouciance et d’incrédulité. La conscience, le sentiment moral, l’esprit religieux, la pensée générale de notre besoin de Sa miséricorde, comme je l’ai déjà dit, peuvent nous donner une place devant Lui en jugement, et nous pouvons être à juste titre humiliés de cela ; mais ce n’est pas très éloigné de la nature. Mais Le connaître Lui en amour, avec le sentiment de notre droit sur Lui, voilà qui est de Dieu, et bien au-delà de la nature. Pierre, dans le chapitre 5 de Luc, n’était pas le Pierre dans le chapitre 21 de Jean — quoique je reconnaisse assurément que l’Esprit l’attirait déjà alors, par la conviction divine.

Ruth avait le cœur ouvert et s’oubliait elle-même, dans le premier chapitre, quand elle unit son sort à celui de sa belle-mère affligée. Elle lui était justement soumise quand, dans le chapitre 2, elle alla comme une glaneuse dans le champ de l’homme riche ; et là, de façon magnifique, comme sous la main de Dieu, elle se tenait devant lui, acceptant sa bonté avec humilité et reconnaissance. Mais elle était bien plus que tout cela, dans le chapitre 3, quand elle consentit à se coucher à ses pieds dans l’aire, et à le réclamer pour son mari. C’était la foi. Une âme peut être aimable envers les autres, et humble et respectueuse devant Dieu, et toutefois encore dans la chair — mais pour compter sur l’amour de Christ, pour Le revendiquer, pour connaître le droit qu’elle y a, pour L’utiliser et en jouir, pour trouver son objet en Lui et recevoir comme un fait qu’Il a trouvé en nous Son objet, voilà qui est au-dessus de la nature. C’est une bénédiction de l’ordre le plus élevé, qui nous est donnée par l’Esprit ; glorifiant Dieu, et le ciel pour nous.

Pour Ruth, passer de l’aire aux pieds de Boaz, à sa maison et à sa table et à la position de maîtresse de ses serviteurs, et partager sa richesse et lui-même, était une chose facile, naturelle et nécessaire — mais passer du champ de la glaneuse à l’aire était un chemin qui ne pouvait être entrepris (comme celui de Pierre en Jean 21) que sous la conduite du Saint Esprit, l’attirant par les cordes de l’amour. Appeler le Seigneur, non plus « mon maître », mais « mon mari », c’est en vérité la foi.