La repentance implique le jugement moral de nous-mêmes sous l’action de la Parole de Dieu par la puissance du Saint Esprit. Elle est la découverte de notre état de péché, de notre culpabilité et de notre ruine complets, de notre banqueroute sans espoir, de notre condition perdue. Elle s’exprime dans ces paroles éclatantes d’Ésaïe : « Malheur à moi ! car je suis perdu », et dans cette touchante déclaration de Pierre : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». La repentance est une nécessité constante pour le pécheur, et plus elle est profonde, mieux cela vaut. C’est le soc qui pénètre dans l’âme et retourne le sol en jachère. Le soc n’est pas la semence, mais plus le sillon est profond, plus la racine sera forte. Nous apprécions un profond travail de repentance dans l’âme. Nous craignons qu’il y en ait trop peu dans ce qui est appelé l’œuvre du renouveau. Les hommes sont si désireux de simplifier l’évangile et de rendre le salut facile, qu’ils manquent d’insister sur les exigences de la vérité et de la justice sur la conscience du pécheur.
Sans doute, le salut est aussi gratuit que peut le rendre la grâce de Dieu. De plus, il est tout entier de Dieu, du début à la fin. Dieu est sa source, Christ son canal, le Saint Esprit sa puissance pour l’appliquer et en jouir. Tout cela est bienheureusement vrai, mais nous ne devons jamais oublier que l’homme est un être responsable, un pécheur coupable auquel il est commandé de se repentir et de se tourner vers Dieu. Ce n’est pas que la repentance ait en elle quelque vertu salvatrice. Nous pourrions tout aussi bien affirmer que les sentiments d’un homme qui se noie pourraient le sauver de la noyade, ou qu’un homme pourrait faire fortune par un acte de banqueroute engagé contre lui. Le salut est entièrement par grâce ; il est du Seigneur dans toutes ses étapes et dans chacun de ses aspects. Nous ne pouvons être trop catégoriques quant à la déclaration de tout ceci ; mais en même temps, nous devons nous souvenir que notre bien-aimé Seigneur et Ses apôtres ont constamment poussé les hommes, tant Juifs que Gentils, au solennel devoir de la repentance.
Il y a beaucoup de mauvais enseignement sur ce sujet, une grande quantité de légalisme et de confusion, par lesquels le bienheureux évangile de la grâce de Dieu est tristement obscurci. L’âme est conduite à se fonder sur ses propres exercices, au lieu de le faire sur l’œuvre accomplie de Christ — à être occupée d’un certain processus, de la profondeur duquel dépend son droit à venir à Jésus. En bref, la repentance est vue comme une sorte de bonne œuvre, au lieu de la découverte douloureuse que toutes nos œuvres sont mauvaises et notre nature incorrigible. Là encore, nous devons faire très attention à garder la vérité de Dieu. Tout en répudiant complètement le faux enseignement de la chrétienté sur le sujet important de la repentance, nous ne devons pas tomber dans le mauvais extrême de nier sa nécessité constante et universelle.
Prenez un exemple. Voilà deux hommes dans un canot de sauvetage ; l’un a été récupéré après deux heures d’une lutte terrible avec les vagues, dans l’agonie mentale la plus affreuse à cause de la crainte de la mort. L’autre est descendu de l’épave quelques minutes après qu’elle eut heurté le récif, et a à peine eu le temps de sentir le danger. Tous deux sont dans le canot de sauvetage ; tous deux sont saufs, l’un tout autant que l’autre. Ils sont sauvés par le canot de sauvetage. Il ne s’agit pas de leurs sentiments précédents, mais simplement de ce qu’ils sont dans le canot.
Sans doute, le premier aura un sentiment plus profond de la valeur du canot de sauvetage, mais c’est une question d’expérience, et non pas de salut. Il n’y a guère deux cas de conversions semblables. Certains passent par des exercices d’âme avant de venir à Christ, d’autres après. C’est le Christ que j’atteins, et non la manière de L’atteindre, qui sauve mon âme.
Nous ne pouvons pas établir une règle rigide. Nous croyons que tous doivent, tôt ou tard, apprendre ce qu’est la chair, et plus nous l’apprendrons tôt et complètement, mieux cela vaudra. Nous avons trouvé de façon invariable que ceux qui avaient traversé les plus profonds labourages au début, faisaient ensuite les chrétiens les plus fermes et les plus solides. Mais nous sommes sauvés par Christ, et non par l’expérience. Il arrive souvent que nombre de nos jeunes gens, qui ont été élevés religieusement et amenés à faire une profession, ont besoin qu’on pense beaucoup à eux, quand ils sont appelés à aller dans le monde. Ils sont ignorants de leur propre cœur, ignorants des pièges et des tentations du monde, ignorants des artifices de Satan. Ils n’ont jamais éprouvé ce qu’est le monde. Ils ont été amenés, peut-être graduellement, imperceptiblement, dans la vie divine, mais ils n’ont jamais été criblés et éprouvés. C’est pourquoi, quand ils sont mis en face des dures réalités de la vie, quand ils sont appelés à lutter contre les difficultés du jour, à rencontrer les raisonnements des incrédules, les fascinations du ritualisme ou les séductions du monde — le théâtre, la salle de bal, le concert, les mille et une formes de plaisir — ils ne sont pas capables de résister à ces choses. Ils ne sont pas décidés pour Christ ; leur christianisme n’est pas suffisamment prononcé ; ils cèdent et tombent au pouvoir de la tentation ; et alors ils sont très misérables, souvent amenés presque au désespoir. Mais Dieu, dans Sa miséricorde, les ramène après leur terrible conflit, et surmonte tous les exercices pour l’approfondissement et la consolidation de Son œuvre dans leur âme.
Mais, s’il n’y a pas le germe de la vie divine ; si c’est simplement l’effet de l’éducation religieuse et de l’influence de la maison, alors l’âme plonge tristement, avec un terrible empressement, dans le tourbillon du péché, et se précipite tête la première vers la destruction.
Combien d’aimables jeunes ont quitté la maison parentale, vertueux et simples, ignorant les voies cruelles du monde et ignorants de leur propre cœur. L’ennemi prépare quelque piège pour lui ; il est pris dans le piège ; une chose conduit à une autre ; il va de mal en pis, jusqu’à ce qu’à la fin, il devienne la victime dégradée de la convoitise et du vice, une épave morale sur laquelle des parents au cœur brisé sont appelés à verser bien des larmes amères, ou par laquelle leurs cheveux gris descendent avec tristesse au sépulcre.
Nous sommes tout à fait persuadés que ce qui est nécessaire pour le jour dans lequel nous sommes, est une consécration de cœur entière, absolue, sans partage, à Christ. Nous avons besoin d’une rupture complète d’avec le monde dans toutes ses phases, et de ce parfait repos et de la satisfaction de cœur en Dieu Lui-même qui rendent un homme complètement indépendant de tout ce que ce monde mauvais a à offrir. S’il n’y a pas cela, il est inutile de chercher quelque véritable progrès dans la vie divine.