Ruth

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 25]

Les voies de la grâce et de la foi, et le fondement sur lequel chacune agit, trouvent de très belles illustrations dans ce petit livre.

La foi a deux caractéristiques spéciales — et de même la grâce. La foi vainct le monde, et retourne complètement et de façon intime à Dieu. Ou, selon le langage de l’Écriture, elle prend place « hors du camp », et à l’intérieur du voile.

La grâce encourage l’âme (inspirant de la confiance), et puis lui répond. Ce sont deux de ses traits brillants ; et ils trouvent ici leur expression dans les actes de Boaz envers Ruth ; tout comme la foi illustre ses deux propriétés (dont j’ai parlé ci-dessus) dans les actes de Ruth.

Ruth, au commencement, lie son sort à celui de Naomi, à l’heure de son veuvage, de son caractère d’étrangère et de sa pauvreté. Pour l’amour de Naomi, elle veut, comme une fille d’Abraham, quitter son pays, sa parenté et la maison de son père ; et tout ce qui peut être dit pour la faire changer d’avis n’aboutit à rien. Elle veut aller au travers du monde inconnu, et le peuple d’Israël sera son peuple, et leur Dieu sera son Dieu. Et c’était là la foi qui prend place hors du camp, ou obtient la victoire sur le monde.

Mais la foi qui laisse le monde, retourne à Dieu. Et il en est ainsi de Ruth. Les grandes choses de Boaz ne sont pas trop grandes pour elle. Pour ce qui était du rang ou de la condition sociale, elle était aussi éloignée de lui que possible, une glaneuse dans son champ derrière ses moissonneurs, indigne d’être placée parmi ses jeunes filles. Mais c’est lui qu’elle vise. Elle ne recherche pas une petite mesure, mais la plus élevée et la plus riche. La glaneuse deviendra la femme. Et c’est aussi le chemin de la foi. Elle sort hors du camp, mais elle entre à l’intérieur du voile. Elle quitte le monde, mais elle retourne dans la pleine présence de Dieu ; ainsi, elle prend la place opposée à celle dans laquelle la chute a placé l’homme. Par la chute, l’homme est éloigné de Dieu, et trouve sa place dans le monde. Nous voyons cela en Caïn. Il sortit de la présence de l’Éternel ; mais là, il bâtit une ville, et la remplit de toutes sortes de profits et de plaisirs, de passe-temps et de trafics. La foi retourne par le même chemin, faisant le trajet inverse. Elle prend congé du monde, et revient pleinement, intimement et pour toujours, à Dieu. Et ce chemin et cette puissance de la foi sont montrés en Ruth, se joignant tout d’abord à la pauvreté de Naomi, puis obtenant pour elle-même la richesse et la dignité de Boaz.

Et la grâce a sa grandeur et son excellence, à sa manière et en son temps, aussi sûrement que la foi. Elle encourage d’abord, comme je l’ai dit, inspirant confiance ; et puis elle récompense la confiance qu’elle a éveillée.

Que faisait l’Éternel avec Gédéon, en Juges 6 ? Que faisait-Il avec Moïse en Exode 3 ? Que faisait-Il avec Jérémie, quand Il l’appela au commencement à son service (voir Jér. 1) ? Il trouva là des cœurs lents et réticents ; mais Il les rend prêts pour la bénédiction que Sa grâce a préparée pour eux. Et, dans les jours de Son ministère, quelle était la manière de faire du Seigneur Jésus, sinon celle du Dieu de Moïse, de Gédéon et de Jérémie ? Comment Il s’assit au puits de Sichar, amenant la confiance d’une pauvre Samaritaine éloignée. Comment Il reprenait encore et encore cette « petite foi » qui ne connaissait pas et ne pouvait pas dire, si elle pouvait ou non regarder à Lui pour le bien. Et comment Il chassa immédiatement du cœur du pauvre lépreux le seul doute qui y subsistait, l’oppressant et l’obscurcissant.

Et c’est aussi la manière de faire de l’Esprit dans les apôtres. Combien de l’enseignement des épîtres, combien de l’énergie de l’Esprit là, est occupé à fortifier la foi et à encourager le cœur des saints. Les arguments de la persuasion divine, les répréhensions de la plus belle sincérité, et les désirs de l’amour, sont tous employés pour unir le faible cœur à la grâce et à l’évangile de Dieu.

Et Boaz en est fait l’expression. La délicatesse, et toutefois la sincérité, avec laquelle il encourage Ruth dans le chapitre 2, est magnifique à admirer. Et alors, il est prêt à répondre à toutes les demandes que la confiance qu’il avait ainsi éveillée lui fait. Il n’a pas entraîné son cœur vers une déception. Tout comme la main du Seigneur est prête à remplir la main du pécheur que Son Esprit a déjà ouverte pour recevoir de Lui.

Et ici, je dirais, ce fut un moment béni pour l’âme de Naomi, quand elle prit conscience du souvenir, ou de la connaissance de ce simple fait, que Boaz était un proche parent (Ruth 2, 20). « Béni », dit-elle, « soit-il de l’Éternel, qui n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts ». C’était comme quand une âme est amenée à la découverte non seulement de la grâce qui est en Dieu, mais du droit d’un pécheur à cette grâce, parce que Jésus est le proche parent.

Et ainsi, à la découverte de ce fait béni, Naomi, immédiatement, charge Ruth de demeurer avec ses jeunes filles, et de ne pas se rencontrer dans un autre champ. Car c’est le chemin de la foi, à la pleine découverte de Christ. Elle dit adieu, un adieu pour toujours, à toutes les autres confiances.

Boaz était un proche parent — et un proche parent a des devoirs et des obligations, selon les lois et les ordonnances en Israël. Naomi savait cela, et elle instruit Ruth, l’étrangère, dans ces merveilleux secrets privilégiés. Et elle est hardie, et encourage Ruth. Et la foi est si calme. Elle compte sur les plus grandes choses — le pardon, l’acceptation, l’adoption, l’héritage, la gloire. Mais quoique hardie, elle est justifiée. Les coutumes et les ordonnances du lieu dans lequel la foi est introduite, les conseils du Dieu d’Israël, les secrets de la grâce abondante, sont la justification de la foi. Elle vise haut ; mais son but est guidé par l’Esprit de Dieu ; car Dieu a, depuis longtemps, prévu dans Ses conseils ces choses élevées pour la foi.

Et quand Ruth eut suivi la parole de Naomi, et se fut couchée aux pieds du proche parent, et l’eut réclamé comme seigneur et mari, à son retour vers Naomi, celle-ci, dans un magnifique langage, lui déclare : « Qui es-tu, ma fille ? » (Ruth 3, 16). C’est parfaitement beau. Naomi considérait Ruth comme l’épouse élue. Elle savait ce que le fidèle proche parent voulait faire d’elle. Elle brillait dans sa dignité et sa joie entières, aux yeux de Naomi, à ce moment-là — tout comme nous devrions nous considérer dans une puissance de foi semblable, et dire : « Nous sommes maintenant les enfants de Dieu ; et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que quand Il apparaîtra, nous Lui serons semblables, car nous Le verrons comme Il est ».

Ce qui suit est l’expérience d’une âme, quand le proche parent est découvert par la foi.

La grâce du proche parent est aussi un grand spectacle à contempler. Il y a des obstacles sur le chemin. Un parent plus proche a ses droits, et Boaz doit les reconnaître et y répondre. Tout comme, dans le grand original, le péché résiste aux propos de l’amour — la culpabilité de l’homme se tient en travers de sa bénédiction par Celui qui est saint tout autant qu’Il est plein de grâce. Mais Il a trouvé un moyen pour revendiquer Sa justice et mettre de côté le péché, tandis qu’Il satisfait Son propre amour et répond à toutes les demandes que la foi fait à la grâce.

Boaz va à « la porte », le lieu du jugement, et il rencontre là « les anciens », qui étaient les gardiens et les défenseurs de la justice. Et là, en leur présence, et à leur pleine satisfaction, il met de côté le parent plus proche, et ainsi ôte du chemin l’obstacle qui s’y trouvait, afin de prendre Ruth et toutes ses charges sur lui. La foi avait compté sur cela, que « l’homme ne se donnerait pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui » (Ruth 3, 18) ; et c’est ce qui se passa. Boaz règle toute l’affaire, Ruth n’a qu’à « s’asseoir tranquille », comme Naomi le lui a appris, et son proche parent est fidèle et son rédempteur est puissant.

Un proche parent en Israël était quelqu’un qui n’oubliait pas, comme Naomi l’avait dit à Ruth, sa bonté envers les morts ou les vivants (Ruth 2, 20). Ni non plus pour le pauvre et l’opprimé, pouvons-nous ajouter. Il devait payer la rançon de l’héritage, l’héritage vendu de son frère pauvre — il devait venger le sang de son frère mis à mort — il devait relever le nom de son frère mort et sans enfant. Quels beaux services, présentant la grâce dans ses richesses, sa profondeur et sa diversité. Et Boaz en est fait le représentant.

Il agit, en prenant Ruth et en la bénissant de la plus riche bénédiction qu’il pouvait lui accorder, d’après la garantie des lois d’Israël. Il agissait justement quoique généreusement — honorant les exigences du trône du jugement, en prenant une glaneuse du champ pour la faire asseoir à son côté. Belle ombre de Celui qui est juste tout en étant Celui qui justifie.

La foi peut viser haut, et compter sur de grandes choses, mais la grâce de Dieu, et les conseils de Dieu, et la loi du proche parent, et la fidélité du Rédempteur, garantissent tout cela. La hardiesse de la foi ne surpassera pas le droit de la foi. Le cœur qui s’encourage en Dieu sera béni — il est béni de le dire !

Et la grâce a une garantie aussi claire pour se satisfaire, que la foi l’a pour s’encourager. La croix a été, pour ainsi dire, dressée « à la porte », ou dans le lieu du jugement. Dieu n’est jamais plus saint que quand Il pardonne le péché sur le fondement de la croix de Christ. Là, la gloire de Dieu dans les hauts lieux est proclamée de nouveau, comme l’est la paix sur la terre. Sa justice est manifestée là, aussi brillamment que Son amour. C’est une miséricorde sur le trône sur laquelle nous nous appuyons — un propitiatoire sur l’arche de l’alliance, où se trouvent les tables du témoignage. Si le sang de l’aspersion est là, la loi gardée, honorée et magnifiée s’y trouve aussi. La justice de Dieu est déclarée là, afin qu’« Il soit juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus » (Rom. 3, 26). C’est une gloire pour Dieu dans les lieux très hauts, tandis que c’est la paix sur la terre, le bon plaisir dans les hommes, qui seront encore chantés par toute âme qui apprend le mystère et le fruit de la mission du Fils du sein du Père, dans un monde de pécheurs.

Et je voudrais encore remarquer un autre point magnifique dans l’instruction de Naomi à Ruth.

Elle lui dit, dans la première étape, tandis qu’elle était encore une prétendante, de se laver, de s’oindre, et de mettre ses vêtements sur elle, et puis de descendre dans l’aire où devait se trouver Boaz. Mais aussitôt que Boaz l’eut acceptée, alors Naomi change de langage, et lui dit de s’asseoir tranquille (Ruth 3, 3, 18).

Il en est ainsi dans le cheminement de l’âme. Nous sommes occupés de nous-mêmes, au début. Nous avons de nombreuses pensées quant à notre impureté et notre nudité, notre condition de pécheurs coupables et dans notre honte — mais quand nous en venons à connaître le grand secret de la grâce, que notre Rédempteur a fait sienne notre cause, alors le silence, le calme, l’oubli de soi et l’occupation de Christ seul, nous conviennent. Nous avons alors à demeurer là et à voir le salut de Dieu. Nous avons alors, comme Joshua en Zacharie 3, à demeurer silencieux, tandis que l’Éternel fait Son travail avec nous et pour nous. Nous avons à Le laisser répondre à nos accusateurs, et ne pas ouvrir nos lèvres, comme la femme en Jean 8. Nous pouvons, au préalable ou tandis que nous sommes en route, comme le fils prodigue, penser à nous-mêmes ; mais aussitôt que nous sommes entrés dans la maison, et que nous voyons que le Père a pris soin de notre bénédiction, alors, à nouveau comme le prodigue, nous n’avons qu’à nous asseoir et manger.

Et laissez-moi encore dire que Naomi se tenant entre Boaz et Ruth, témoin de Boaz envers Ruth, est comme l’Écriture se tenant entre Dieu et nous. Elle nous rend témoignage de Dieu. Elle L’engage même — et l’affaire de la foi est d’écouter, de recevoir, et de jouir avec confiance. C’est ce que fit Ruth. La modeste glaneuse devint une prétendante assurée, et si vous voulez, hardie, par la parole de Naomi. C’était suffisant pour Ruth, tout à fait suffisant, que Naomi l’ait instruite. Elle ne demanda rien de plus, ni n’hésita.

Et, chose bénie à ajouter, la parole de Naomi suffisait pour Boaz, comme elle l’avait été pour Ruth. Quoi que Naomi ait engagé de la part de Boaz pour la glaneuse, Boaz le fit pour elle. Il suffisait à Boaz que Naomi l’ait engagé. Et ainsi, chose bienheureuse à dire, il suffit que l’Écriture ait parlé, et fait des promesses au nom du Seigneur aux pécheurs. Tout sera accompli. Pas un mot n’en manquera. Le ciel et la terre passeront, avant que cela puisse se faire. Jésus avait accompli l’Écriture tout au long de Son ministère ici-bas, et Il ne pourra pas se reposer jusqu’à ce qu’Il ait tout achevé, dans toutes ses riches et merveilleuses promesses de grâce et de gloire.