Samarie — Galilée — Judée

Jean 4 et 5
(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 39]

Combien sont simples et importants ces mots trouvés dans ce passage : « Veux-tu être guéri ? » (Jean 5, 6).

Mais ils ne seront pas estimés à leur juste valeur, si nous ne considérons pas soigneusement l’occasion qui les a suscités.

Le Seigneur était à Jérusalem. Il était dans le grand centre et le représentant de la religion humaine, et entouré alors de ses diverses ressources. C’était le sabbat. C’était un temps de fête, dans la ville des solennités. L’ordonnance, ou le ministère angélique de Béthesda, se trouvait devant Lui, et des foules gisant tout alentour. Le temple était à proximité, et les pharisiens étaient partout.

Au milieu de toutes ces choses, parlant de fait le même langage, et appelant l’homme à être religieux, le Seigneur se place Lui-même. Mais c’est comme une chose nouvelle, une chose différente de tout ce qui était déjà là, qu’Il apparaît maintenant. Il ne tient pas compte de la fête, ou du sabbat, ou du temple. Il met de côté l’ordonnance, et Il provoque les pharisiens. Ses paroles sortent pour tout annuler, et introduire quelque chose d’une sorte entièrement nouvelle. « Veux-tu être guéri ? ». L’homme peut immédiatement se libérer de toute rivalité et de toute résistance ; il peut cesser de regarder autour de lui pour une aide humaine ; il n’a plus besoin d’attendre, ni de douter à propos de la bénédiction si longtemps désirée. Elle était là en Jésus pour lui, sans rival, sans aide de l’homme, sans délai, sans doute, sans ordonnance ou ange. La seule question était : Voulait-il recevoir la bénédiction de Jésus ? Voulait-il être Son débiteur ? Voulait-il se tenir là et voir le salut de Dieu ? Voulait-il laisser Dieu, en grâce, travailler pour lui ?

Quelles paroles, en effet, au milieu d’une telle scène ! Quelles paroles touchantes et importantes ! Elles étaient un appel, depuis la religion, ses ressources et ses dépendances, à la foi, et aux ressources et à la souveraineté de la grâce.

Cela se passait en Judée. Mais il y a aussi la Samarie et la Galilée, tout aussi bien que la Judée, et nous devons considérer chacune.

Ces régions sont moralement très différentes. La Samarie était souillée, la Galilée rationaliste, la Judée religieuse. Voilà les différences caractéristiques entre elles, comme nous les voyons dans ces chapitres.

La Samarie était le lieu souillé, réprouvé, l’endroit hors du camp, pour ainsi dire. Elle était un type du monde des pécheurs. Elle n’avait aucun caractère à perdre. Mais un tel endroit était simplement le lieu que le Fils du sein du Père venait visiter, et dans lequel Il pouvait exercer Son œuvre.

La Galilée était le lieu rationnel, fier et intellectuel. L’expérience du Seigneur à Nazareth Lui avait déjà montré le caractère de cette région. C’était un lieu où l’orgueil avait prévalu sur les convictions, et où Il avait été rejeté (quelle que soit la manière dont Il pouvait leur montrer Son autorité), parce qu’Il était le fils du charpentier. Il avait démontré là qu’un prophète n’était pas honoré dans son propre pays (Luc 4). Il essaye donc une autre ville en Galilée, à cette occasion, et Il va à Cana. Mais Cana, pour Lui, n’est pas la Samarie. Il y avait là de la prétention. Les Galiléens Le reçoivent parce qu’ils avaient vu Ses miracles. Ils L’accréditent pour eux-mêmes, avant de L’accepter. Et nulle part l’orgueil de la prétention n’est plus décelable que dans le monde intellectuel.

La Judée était le lieu religieux. Si la Galilée était le monde intellectuel, la Judée était le monde religieux. Quoique d’une sorte différente, aucune des deux ne convenait au Fils du sein du Père. Il n’était pas venu parmi les hommes pour les justifier ou les adopter comme religieux, ni pour les éduquer et les cultiver comme intellectuels. Il s’occupait de l’homme souillé, de l’homme en tant que pécheur, et la prétention de la part de l’homme, sous quelque forme que ce soit, ne Lui convenait pas.

Il y a une consolation étonnante pour l’âme, en voyant comment le Seigneur était affecté de façon différente dans ces diverses régions.

En Samarie, Il s’assit sur le puits avec quelqu’un de la nation souillée ; et après cela, Il demeura deux jours au milieu d’un certain nombre d’entre eux. La conscience là était remuée, et Il se trouve donc parmi eux sans aucune réserve. Il n’y avait pas de poids pesant sur Son esprit. Il était au lieu qui Lui convenait, l’endroit qui Lui donnait l’opportunité d’agir comme de Lui-même, et de leur laisser apprendre ce qu’Il était, et pour quelle raison Il était venu dans ce monde. Il trouva une demeure en Samarie, car Il trouva là des consciences remuées, ou des cœurs humiliés et contrits (És. 57, 15).

Vis-à-vis de la Galilée, Il regardait avec un poids sur Son esprit (Jean 4, 44). La Galilée n’était pas cette scène naturelle qu’était la Samarie, pour le service de l’étranger divin. Il n’était pas venu là, comme je l’ai dit plus haut, pour éduquer et cultiver l’homme intellectuel. Et c’est pourquoi, alors que nous Le voyons prendre place au puits de Sichar tout à fait à l’aise, et puis demeurant deux jours parmi les Samaritains comme chez Lui, ici, en Galilée, Il ne trouve pas de demeure, et Il y entre avec réserve. Il y met en œuvre la grâce et la puissance, mais c’est sans rafraîchissement d’esprit. Il n’a pas là de viande que Ses disciples ne connaissaient pas. La Samarie l’avait fournie. Il devait éprouver la Judée ; ou plutôt, de fait, l’annuler. La Judée était religieuse, tout comme la Galilée était rationaliste ; la Galilée avait ses prétentions, la Judée ses préoccupations ; et à la Judée, le Seigneur dut se présenter comme la fin de la loi, la substance de ses ombres, l’objet de toutes ses ordonnances, et Celui qui devait prendre la place de tout ce qui y était. Il prend Sa place du côté de Béthesda et dit simplement à l’homme impotent : « Veux-tu être guéri ? ». Il voulait être accepté comme la fin de toutes les ordonnances, la vie et la puissance de toutes les institutions de la ville des solennités. Il fait personnellement ce que l’apôtre, doctrinalement, fait dans l’épître aux Hébreux, se substituant à toutes les ressources de la dispensations mosaïque ou lévitique. Il entra librement en Samarie, et avec réserve en Galilée ; mais en Judée, Il ne trouva aucun lieu. Le sabbat, le réservoir, le temple, les fêtes, étaient là devant Lui, et Il est tenu pour un intrus et doit se retirer.

Tout cela contribue à notre consolation. Nous apprenons de cela ce qu’était Jésus, et nous l’apprenons pour notre consolation. C’est quand nos nécessités L’accueillent, comme en Samarie, qu’Il nous donne Sa présence ; c’est quand nos prétentions sont manifestes, qu’elles soient intellectuelles ou religieuses, que nous Le perdons, en tout ou en partie. Le Seigneur au puits de Sichar et au réservoir de Béthesda, se montre de façon différente.

Et laissez-moi ajouter que de même que nous commençons, ainsi nous devons poursuivre avec le Seigneur, comme des pécheurs, comme des Samaritains, avec des consciences exercées. Si nous abandonnons la conscience et adoptons l’intelligence, si nous nous séparons d’un cœur brisé et adoptons la religion, si nous quittons la Samarie pour la Galilée ou la Judée, la communion avec Jésus fera défaut. Car Jésus quitta la maison, quand il quitta la Samarie, et n’en trouva aucune autre, ni en Galilée, ni en Judée.

Certainement donc, nous voyons ces régions être moralement diverses, et le bien-aimé Seigneur en lien avec chacune d’elles de diverses manières. La conscience était remuée en Samarie, et ne demandait aucun miracle ; et là, Jésus était chez lui. L’esprit plutôt que la conscience était exercé en Galilée, et les miracles étaient la base de la foi ; et là, Jésus fit une œuvre de grâce et de puissance, mais ne demeura pas. La religion Le chassa de la Judée.

Tout cela ne nous parle-t-il pas de Jésus, pour notre réconfort ? Le Fils de Dieu s’approchera d’un enfant de la nature misérable, ruiné par sa propre faute, et corrompu, mais la prétention, sous quelque forme que ce soit, ne Lui conviendra pas. Ce peut être la prétention intellectuelle, qui discute avec Lui et l’estime à ses propres balances — ce peut être la prétention religieuse, qui se confie encore en ses œuvres, en dépit des offres de Sa grâce ; mais aucune d’elles ne Lui conviendra, à Lui qui vint dans une scène de ruines, justement parce que c’étaient des ruines, folles, noires, lépreuses, impossibles à nettoyer. Que le pécheur soit tel, et Jésus s’approchera de lui, car Il est venu pour le chercher et le sauver — mais que l’homme prétende ou assume quelque chose, et Jésus doit être sur la réserve.

C’est une douce méditation de parcourir ces chapitres inestimables, et de faire ces découvertes du Fils de Dieu. Nous pouvons L’étudier, L’étudier profondément, quand nous L’avons ainsi devant nous ; car c’est le cœur et la conscience, et non pas seulement l’esprit, qui sont alors assis pour recevoir la leçon.

Avec tout cela, cependant, je dois mettre une autre chose en avant — « la manière dont le Seigneur a agi avec la Samaritaine souillée, pour obtenir ainsi pour Lui une demeure là ». Comme Il vint à la fois pour chercher et sauver, cette scène nous Le montre à la fois cherchant et sauvant.

Elle était un enfant de la nature, nature souillée et ruinée. Son cœur ne connaissait rien au-delà des joies et des occupations ordinaires de la vie quotidienne.

Le Seigneur commence par gagner sa confiance. Et Il le fait avec l’habileté de l’amour, demandant une faveur de sa part.

Il acquiert la confiance qu’Il cherchait. Elle se sent à l’aise en Sa présence.

Il utilise alors la confiance qu’Il a obtenue, pour son bien. Il éveille la curiosité de celle qu’Il a gagnée. Il utilise une forme de paroles telle, qu’elle lui fait sentir que ce n’est pas une personne ordinaire qu’elle a rencontrée. Elle adopte le mot « Seigneur », montrant que son âme a été arrêtée et fixée. Et ayant ainsi gagné à la fois sa confiance et son attention pour Lui, comme étant une personne pas ordinaire, Il utilise encore Ses avantages pour elle, mais avec fidélité vis-à-vis de sa condition actuelle. Il s’adresse à sa conscience ; et après un court moment, Il la tient, exposée à elle-même, à sa confusion et à son étonnement.

Ainsi, Il a acquis sa confiance, son attention et sa conscience. Mais il y a encore plus. Elle lutte, et voudrait volontiers se cacher de nouveau — comme Adam autrefois. Une question d’adoration fera office, pour elle, de ce que les arbres du jardin firent pour lui. Mais Il la suit dans sa cachette, et répond à sa demande avec des paroles telles qu’elles ne semblent que fixer encore davantage l’attention de son âme sur Lui, et éveillent encore plus vivement son étonnement, de sorte qu’elle L’identifierait presque avec le Messie promis.

Il se révèle alors à elle. Cela est toutefois pour sa satisfaction ; comme elle s’était tenue auparavant, révélée à elle-même, par Ses paroles, pour sa confusion.

Elle Le quitte, et les disciples reviennent ; mais ils apprennent de Lui que leurs provisions étaient désormais inutiles. Il a renvoyé un pauvre pécheur heureux, et c’était pour Lui à manger et à boire, et du repos.

Quels secrets sont révélés dans ces choses de la Samarie, de la Galilée et de la Judée, et quelles méthodes de grâce dans ces actes envers la femme !

Pour ce qui la concerne, le Seigneur cherche puis sauve. Il cherchait la confiance d’une pécheresse — puis fixa l’attention de son âme sur Lui — puis l’exposa à elle-même, et enfin, se révéla à elle dans la lumière, la joie et la liberté — et quand tout le processus est terminé, Il trouve plus de joie dans son aboutissement, qu’elle-même !

C’est le Jésus avec lequel nous avons affaire, et c’est notre privilège, comme c’est aussi notre devoir, de L’étudier.

Il peut trouver une demeure, parmi nous sur cette terre, seulement dans le pauvre pécheur qui, avec un cœur brisé, a affaire avec Lui — et Il doit obtenir pour Lui une demeure telle, par la puissance de Son Esprit travaillant intérieurement. Nous trouvons un exemple de tout cela ici. Le prophète, je dirais, a esquissé ou anticipé cela, en Ésaïe 57, 15 à 19. Mais tout cela nous parle du Sauveur que nous avons trouvé. Son expérience différente en Samarie, en Galilée et en Judée, nous dit qu’Il ne trouve une demeure qu’au milieu de pécheurs au cœur brisé ; et Ses agissements avec la femme nous montrent comment Il obtient cette demeure pour Lui-même.