Voyages à Jérusalem

(Traduit de l’anglais)
J.G. Bellett

[Courtes méditations 32]

Le voyage des mages de l’Orient, tel que nous le lisons en Matthieu 2, et celui de la reine du Midi, tel que nous le trouvons en 2 Chroniques 9, brillent devant nous d’une sorte de beauté et de signification semblables. Eux tous vont à Jérusalem — mais les mages de l’Orient ont commencé leur voyage sous le signe ou la prédication de l’étoile ; la reine du Midi a commencé le sien simplement sur la base d’un rapport qui lui était parvenu dans son pays lointain. Car, par moments, le Seigneur a visité et guidé Ses élus par des signes, des marques visibles, des songes, des voix, des visites d’ange, et choses semblables — et par moments, Il leur a simplement fait entendre un rapport, comme dans le cas de cette illustre dame. Mais quelle que soit la manière dont Il s’adresse à nous, la foi est au courant de Sa voix, comme dans ces cas-là. « Mes brebis écoutent ma voix — et elles me suivent ».

Les mages vinrent pour adorer, et prirent des offrandes avec eux ; la reine du Midi vint pour s’enquérir, à la porte de la sagesse, et pour apprendre des leçons de Dieu ; et faisant trafic de ce qui était plus précieux que l’or ou les rubis, elle prit avec elle les trésors les plus précieux de son royaume.

Le voyage des mages est riche en illustrations de la vie de foi. Mais Jérusalem ne les satisfit pas. Ils durent aller à Bethléhem pour atteindre l’objet de leur foi. Dans le voyage antérieur de la reine du Midi, Jérusalem répondit à toutes ses attentes. En cela, nous pouvons trouver quelques caractéristiques morales frappantes, qui comportent plusieurs exhortations salutaires et significatives pour nos propres âmes.

En premier lieu, j’observe que le rapport qui l’avait atteinte touchant le roi à Jérusalem, la rend immédiatement insatisfaite de sa condition actuelle, quelque riche qu’elle soit, et honorable dans une mesure exceptionnelle. Car elle se met immédiatement en route — laissant derrière elle son propre domaine royal, avec tous ses avantages dans la chair et dans le monde. Le fait de son voyage témoigne du malaise et de l’insatisfaction qu’avaient éveillés les nouvelles concernant Salomon et Jérusalem.

Cela parle à nos oreilles. Cela nous parle de l’opération sur notre cœur, que le rapport de ce qui s’est répandu au sujet d’un plus grand que Salomon, devrait produire. Dans le même esprit, en ce jour-ci, l’âme vivifiée, par le rapport qu’elle a reçu concernant Jésus, est convaincue, et rendue agitée dans cette condition dans laquelle la nature nous a laissés, et dans laquelle ce rapport nous a trouvés. Nous avons été bouleversés par lui — sortis de toute l’aise et la satisfaction que nous avions pu trouver auparavant en nous-mêmes et dans nos circonstances ou notre caractère.

Mais encore une fois, aussitôt que cette dame élue atteignit Jérusalem, elle se mit à considérer tout le domaine du roi là. Elle était venue pour cela, et elle le fit. Elle n’est pas oisive. Elle s’accoutume à tout. Elle pose au roi ses questions difficiles, écoute sa sagesse et contemple ses gloires. Le service et la tenue mêmes de ses serviteurs ne lui échappèrent pas — et certainement pas l’escalier par lequel il montait à la maison de Dieu.

Cela aussi parle à nos oreilles. Quand nous atteignons Jésus, notre âme fait de Lui son objet. Nous apprenons de Lui, nous parlons de Lui, nous recherchons les secrets de Sa grâce et de Sa gloire. Nous avons le sentiment de cette seule chose, que notre affaire est avec Lui. Il est notre objet.

Mais en troisième lieu, après que cette reine étrangère se fut accoutumée à tout ce qui appartenait au roi en Sion, elle fut satisfaite. Son âme fut rassasiée comme de moelle et de graisse. Elle ne savait pas que faire d’elle-même. Elle ne comprenait pas sa nouvelle condition. La joie était écrasante. Elle dit qu’on ne lui en avait pas dit la moitié ; et Salomon surpassait la réputation qui l’avait atteinte à son sujet. Il n’y eut plus d’esprit en elle. Elle retourne dans son pays et vers son peuple, comblée. Elle le quitte, comme la femme de Sichar quitta Jésus ; vidée de tout le reste, mais remplie et satisfaite de son nouveau trésor.

Tel avait été son merveilleux chemin. Son voyage avait commencé dans le sentiment agité et mal à l’aise du besoin ; toute sa belle apparence précédente de circonstances flatteuses étant brisée. Elle s’était accoutumée aux vastes et mystérieux trésors de l’endroit où son voyage l’avait conduite ; elle l’avait fait soigneusement, avec un cœur d’autant plus engagé et intéressé, qu’elle progressait dans sa recherche. Elle termina son voyage, ou revint dans son propre pays, comme quelqu’un de comblé à ras bord quant à toutes ses attentes et tous ses désirs.

Le voyage depuis le midi vers Jérusalem, rapporté dans le Nouveau Testament, a de nombreux caractères semblables. Je veux parler de celui de l’eunuque éthiopien, en Actes 8.

Il commença son voyage avec une conscience troublée. Il était allé à Jérusalem pour adorer — mais il quitte cette ville de solennités, cette cité du temple et du service de Dieu, avec sa sacrificature et ses ordonnances, encore troublé — et nous le voyons, chercheur inquiet, dans son chemin de Jérusalem à Gaza au sud. Rien, dans ce centre de ressources et d’observations religieuses, n’avait donné du repos à son âme. Il était insatisfait de l’adoration qu’il avait rendue là. Sa conscience n’était pas purifiée. Il n’avait encore aucune réponse de Dieu. Il n’y avait aucun repos dans son esprit. Jérusalem, je dirais, l’avait déçu, comme elle l’avait fait pour les mages.

Mais si, comme la reine de Sheba, il était au début, en commençant son voyage, mal à l’aise et insatisfait, comme elle, il fut profondément impliqué dans ce que Dieu lui fournissait, par Ses témoins et Ses représentants. La Parole de Dieu s’adressait à son âme. Le prophète Ésaïe le sortait de lui-même. Il ne tressaillit pas de surprise à la voix de l’étranger dans ce lieu désert. Tout ce qui lui importait, tout ce à quoi il pensait, c’était le secret du Livre. Il inspectait ce témoin de la grâce de Dieu, comme la reine avait autrefois inspecté le domaine de Salomon, le témoin de sa gloire. Et Philippe le conduisit dans le secret qu’il recherchait.

Et alors, il est satisfait. Son cœur, comme celui de la reine, est rempli de ce qui lui a été désormais révélé. Il poursuit la seconde étape de son voyage, de Gaza en Éthiopie, « tout joyeux ». Philippe pouvait le laisser, mais il pouvait se passer de lui. La femme de Sichar pouvait aussi laisser sa cruche, et trouver que Jésus était tout pour elle. Avec une âme rassasiée comme de moelle et de graisse, il peut poursuivre son chemin. C’est un autre qui retourne vers le sud, Sheba ou l’Éthiopie, avec un cœur riche des découvertes qu’il avait faites lors de sa visite à Jérusalem.

Ces caractéristiques semblables se suivent facilement, dans ces deux récits. Mais c’était plutôt la conscience qui avait mis l’eunuque en route ; c’était le désir qui avait déplacé la reine. Et elle vint en contact avec la gloire, à la cour et dans le domaine de Salomon ; l’eunuque avec la grâce, dans les paroles du prophète Ésaïe. Mais que Dieu s’adresse à nous avec une révélation de Sa grâce ou de Sa gloire ; qu’Il s’adresse à la conscience ou au cœur, c’est Sa prérogative élevée et divine de nous combler — comme Il le fait pour ces deux individus distingués. Il rassasie l’âme d’une manifestation de Lui-même, quelque forme que prenne cette manifestation, ou qu’elle s’adapte à quelque exigence ou demande de l’âme qu’il lui plaise. Et nous obtenons une telle satisfaction d’une manière différente, mais très bénie, selon l’exemple que nous en donnent ces deux cas.

Et laissez-moi ajouter un autre trait commun aux deux. Leur esprit était libre de toute réticence. La reine considérait les gloires de Salomon, elle pouvait contempler son domaine plus élevé, plus éminent et plus excellent, sans le moindre mouvement de jalousie ou d’envie. Elle était trop heureuse pour cela. Elle pouvait congratuler le roi en Sion, et ses serviteurs qui le servaient, et son peuple qui entendait sa sagesse, et rentrer chez elle comme quelqu’un qui était privilégiée d’avoir pu seulement le visiter ; mais elle n’enviait pas la part plus riche dont ils jouissaient. Sa propre part à la bénédiction la comblait, quoique son vase soit comparativement petit. Et de même pour l’eunuque, j’en suis tout à fait sûr. Il désirait être redevable à Philippe — savoir que c’est le moindre qui est béni par le plus excellent : Qu’il en soit ainsi, dirait son esprit. Il était heureux, il était comblé ; et s’il n’y avait aucun vide dans son esprit, comme nous pouvons nous en assurer, il n’y avait pas là d’envie.

Quelle joie devrait-il y avoir, en considérant de tels exemples de l’œuvre divine ! L’âme troublée en raison de sa propre condition — appliquée à une recherche zélée de Christ — satisfaite par la découverte de Lui-même — et alors, trop heureuse pour demeurer au milieu des tumultes et des désaccords de cette nature qui convoite avec envie ! Et combien le processus est effectué sans bruit ! Il se poursuit dans l’esprit d’un homme par la puissance qui opère selon l’exemple du vent qui souffle où il veut, mais sans que l’on sache d’où il vient ni où il va.

J’ai cependant une autre pensée sur ce sujet des voyages à Jérusalem.

Par moments, nous trouvons, comme dans le cas de la reine de Sheba, que cette grande ville répondit à toutes les attentes qui avaient été formées par le cœur qui la respectait. Ce qui était là l’avait pleinement et profondément satisfaite, comme nous l’avons vu. Mais par moments, Jérusalem avait gravement déçu le cœur. Elle le fit, comme je pourrais le dire encore, pour les mages de l’Orient, qui étaient venus là chercher le Roi des Juifs. Ils durent passer outre, et se mettre une nouvelle fois en chemin, jusqu’à Bethléhem dans le sud. Elle déçut aussi l’eunuque, comme je l’ai déjà observé. Il était venu là pour adorer — mais il s’en alla insatisfait dans son esprit, et recherchant ce repos que, comme nous l’avons vu, toutes les ressources religieuses de cette ville du temple et de la sacrificature ne lui donnaient pas, et ne le pouvaient pas. Et j’ajouterais qu’elle déçut le Seigneur Jésus de même. Au lieu d’y trouver un bon accueil pour Lui et Sa place, Il dut pleurer sur elle et déclarer sa ruine, et rencontrer là, dans Sa propre personne, ce que nous pouvons ici rappeler plutôt que mentionner.

Cependant, dans les derniers jours, pour ainsi dire, elle revivra et prendra de nouveau le caractère qui la remplissait dans les premiers jours. Elle répondra à toutes les plus riches attentes de ces foules qui monteront alors, comme la reine du Midi, pour voir le Roi dans Sa beauté. Les grandes routes seront alors envahies de joyeux visiteurs, et les cœurs des milliers des nations répèteront à nouveau ce qu’ils auront trouvé dans la ville sainte. « Toutes les nations y afflueront », comme nous le lisons ; « et beaucoup de peuples iront, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel ». Et nous lisons aussi : « Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles ». Et encore : « Je me suis réjoui quand ils m’ont dit : Allons à la maison de l’Éternel ! Nos pieds se tiendront dans tes portes, ô Jérusalem ! Jérusalem, qui es bâtie comme une ville bien unie ensemble en elle-même ! C’est là que montent les tribus, les tribus de Jah, un témoignage à Israël, pour célébrer le nom de l’Éternel ». Ce sont quelques-uns des témoins divins inspirés des vertus satisfaisantes de ces voyages vers la ville du grand Roi, aux jours du royaume, quand le gage que le voyage de la reine de Sheba nous a donné sera pleinement réalisé dans la joie des cœurs des milliers des nations qui, dans le jour à venir du rétablissement de Sion, viendront là pour servir volontairement le Seigneur de toute la terre.

La suite est facilement évaluée. Les voyages à Jérusalem satisfont ou déçoivent ; et c’est le Seigneur Lui-même qui doit déterminer lequel des deux. Sa gloire était en ce temps-là manifestée ou réfléchie là, et c’est pourquoi sa visite satisfit la reine de Sheba ; Sa grâce n’était alors ni dispensée, ni témoignée là, et c’est pourquoi sa visite déçut l’eunuque d’Éthiopie. Et ainsi, la valeur de cette ville de solennités devait être mesurée d’après la présence de Christ là.

Et il en est ainsi, laissez-moi le dire, de toutes les ordonnances et de tous les services. Jérusalem n’est qu’une « cité des Jébusiens », si Jésus n’en est pas la vie et la gloire ; elle est « la joie de toute la terre », s’Il l’est. C’est comme le mont Sinaï ou Horeb. Il n’est que « le mont Sina en Arabie », ou il prend la dignité de « la montagne de Dieu », selon que le Seigneur l’adopte ou non. Les ordonnances de la loi étaient « des ombres des biens à venir », l’ameublement de la « belle maison » de Dieu, ou de simples « misérables éléments », selon que Christ les utilise ou les renie.