Dans la partie de l’évangile que nous venons de considérer, nous avons vu le parfait serviteur ; cette nouvelle division place devant nous la perfection de Son service, la foi qui en bénéficie et l’opposition qu’il suscite. Il nous est accordé de voir que le ministère du Seigneur est caractérisé par la justice et la grâce — la justice qui soulève la question des péchés (v. 1-12) et la grâce qui bénit les pécheurs (v. 13-17). Un tel ministère suscite aussitôt l’opposition des hommes, car la justice qui soulève la question des péchés dérange la conscience, et la grâce qui bénit le pécheur offense l’orgueil religieux.
Versets 1 et 2. Nous avons déjà vu le Seigneur et Ses disciples à Capernaüm. Une nouvelle fois Il entre dans cette ville privilégiée et annonce la parole aux foules qui s’assemblent. On pourrait croire que les âmes sont avides d’entendre la vérité ; hélas ! un peu plus tard, le Seigneur doit dire : « Toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadès ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle serait demeurée jusqu’à aujourd’hui. Mais je vous dis que le sort du pays de Sodome sera plus supportable au jour de jugement que le tien ». C’est à Capernaüm que l’homme avait été délivré d’un esprit immonde ; c’est là que la belle-mère de Simon avait été guérie ; c’est là qu’on Lui avait apporté la multitude de ceux qui se portaient mal et qu’Il les avait guéris, et c’est là que le paralytique recevait maintenant le pardon de ses péchés. Capernaüm avait véritablement été placée très près du ciel, de la puissance et de la grâce du ciel, mais en vain pour ce qui concernait la grande masse. En ce jour-là comme dans le nôtre, la seule présence des foules ne signifie pas que les âmes sont exercées ou les consciences réveillées. La venue du Seigneur au milieu d’eux n’était à leurs yeux que la merveille du jour ; mais devant Dieu, l’absence de repentir en présence d’un tel ministère les mettait dans une condition plus terrible.
Versets 3 et 4. Toutefois, là où il y avait de la foi en Christ, la bénédiction était reçue. L’œuvre de Dieu n’est pas accomplie par des mouvements de masse, mais par le travail individuel dans les âmes ; et là où il y a de la foi, il y aura des difficultés à vaincre. Le paralytique ne pouvait rien faire par lui-même, aussi était-il « porté par quatre personnes » ; et même ainsi, ils ne pouvaient « s’approcher de lui, à cause de la foule ». Mais la foi vainc tous les obstacles.
Verset 5. Le Seigneur reconnaît leur foi et, comme dans chacune de Ses voies envers nous, Il voit au-delà du simple besoin extérieur qui peut nous avoir amené à Lui, et s’occupe d’abord de la racine du mal. Au-delà de la paralysie, comme au-delà de toute maladie, il y a la question du péché qui a introduit la maladie et la mort dans le monde. Il se peut que l’homme et ceux qui l’avaient amené n’aient été que peu exercés quant aux péchés ; cependant ils avaient foi dans le Seigneur, et le Seigneur répond tout de suite à cette foi et commence à révéler les bénédictions qui sont la part de ceux qui croient ; ainsi Il peut dire : « Tes péchés sont pardonnés ».
Versets 6 et 7. Dès le moment où le Seigneur fait usage de Sa puissance pour pardonner les péchés, l’opposition se manifeste. Les hommes ne font pas d’objection à ce que les démons soient chassés, ni à la guérison de maladies ou à la purification de lépreux, car de telles délivrances soulagent l’homme d’épreuves physiques sans nécessairement troubler sa conscience. Mais dès qu’Il parle des péchés, la conscience est atteinte et les hommes commencent à s’opposer. Ils disent : « Qui peut pardonner les péchés, sinon un seul, Dieu ? ». Leur argument était juste quant au principe, car Dieu seul peut pardonner les péchés ; il était faux dans son application, car ils ne discernaient pas la gloire de la personne qui était présente — Dieu manifesté en chair.
Verset 8. Les hommes qui raisonnaient ainsi sont laissés sans excuse, car le Seigneur agit de manière à mettre en évidence la gloire de Sa personne. Il leur montre qu’ils sont en présence de Celui à qui aucune pensée n’est cachée. Ils n’ont peut-être pas prononcé une parole, mais tout était connu de Celui qui sonde les cœurs et peut dire : « Pourquoi faites-vous ces raisonnements dans vos cœurs ? ». La réponse à leurs raisonnements, comme à tous les raisonnements humains, n’est-elle pas que, chez celui qui n’a pas conscience de ses besoins, il ne peut y avoir d’appréciation de la personne de Christ ?
Versets 9 à 12. Dans Sa grâce, le Seigneur prononce une autre parole qui manifeste Sa puissance divine d’une manière que même l’homme naturel peut apprécier. « Lequel est le plus facile, de dire… : Tes péchés te sont pardonnés ; ou de dire : Lève-toi, prends ton petit lit, et marche ? ». Il a été dit[3] à juste titre : « Les deux étaient également faciles pour Dieu, également impossibles pour l’homme ». Afin que les hommes « sachent » que le Seigneur avait le pouvoir de pardonner, Il dit au paralytique : « Lève-toi, prends ton petit lit, et va dans ta maison ». Cette manifestation extérieure de puissance était le garant de la réception intérieure du don de la grâce. La foule dit aussitôt : « Nous ne vîmes jamais pareille chose ».
Versets 13 à 15. La proclamation du pardon des péchés a excité le ressentiment des chefs juifs. Cette opposition est le premier signe du rejet complet de Christ, rejet qui impliquait la mise de côté des Juifs. C’est alors l’occasion de donner, dans l’appel de Lévi, une indication de la dispensation nouvelle qui allait être introduite par le Seigneur. Ainsi nous lisons : « Et il sortit encore et longea la mer ». Dans l’Écriture, la mer est souvent employée pour représenter les nations ; elle suggère par conséquent la grande vérité que le Seigneur allait devenir le centre de rassemblement du christianisme, pour les croyants d’entre les Juifs et d’entre les Gentils. La parole adressée à Lévi était : « Suis-moi ». En outre, le fait que Lévi était un publicain, ou un percepteur d’impôts, met en évidence le grand trait caractéristique du christianisme en contraste avec la loi. Aux yeux d’un Juif, aucune occupation n’était plus vile et plus scandaleuse que celle d’un homme qui gagnait sa vie en extorquant le tribut pour les Romains haïs. Que le Seigneur puisse appeler un tel homme, c’était la manifestation de la grâce immense qui élève un pécheur de la place de dégradation la plus basse à la place la plus élevée, au service du Seigneur comme apôtre. Lévi répond aussitôt à l’appel, et prépare dans sa maison un festin auquel il invite beaucoup de publicains et de pécheurs, afin que ceux-ci puissent rencontrer le Sauveur des pécheurs.
Verset 16. Une telle manifestation de grâce excite l’opposition de ceux que caractérisent l’orgueil intellectuel et l’orgueil religieux. Ils sont profondément offensés par la grâce qui les ignore, prend un pécheur beaucoup plus enfoncé qu’eux dans la dégradation morale, et l’élève à une place bien supérieure à la leur en bénédiction et en puissance. Ces opposants ne s’approchent pas de Christ, comme une âme exercée l’aurait fait, mais ils se tournent vers les disciples. Et, de même que le serpent chercha à ébranler la confiance d’Ève en Dieu en posant ce qui paraissait être une question toute simple, ces hommes essaient d’ébranler la confiance des disciples dans le Seigneur en posant ce qui pouvait leur sembler une question très sensée : « Pourquoi mange-t-il et boit-il avec les publicains et les pécheurs ? ».
Verset 17. Le Seigneur répond à cette question par une simple analogie : « ceux qui sont en bonne santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal ». Puis Il en fait l’application en disant : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs ». Ils insinuaient que le Seigneur s’associait à des pécheurs ; Il répond qu’Il « appelait » des pécheurs à quitter leur état pour Le suivre. La grâce envers le pécheur ne signifie pas de l’indifférence à l’égard de ses péchés.
Verset 18. Mais les pharisiens gagnent de l’assurance. Ils avaient essayé de saper la confiance des disciples dans le Seigneur en leur posant des questions à Son sujet ; maintenant ils vont chercher à prendre les disciples en faute en soulevant devant le Seigneur des questions à leur propos. « Pourquoi les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent-ils, mais tes disciples ne jeûnent pas ? ».
Versets 19 à 22. Le Seigneur a de nouveau recours à une analogie pour mettre au jour leur folie. Conviendrait-il de jeûner en présence de l’époux ? Pareillement, serait-il opportun de jeûner en présence de Celui qui dispensait la bénédiction tout autour de Lui ? Les jours viendraient où Christ ne serait plus là. Considération solennelle pour ceux qui s’opposaient à la grâce ! Alors, certes, le jeûne serait à sa place ; non simplement l’abstention de nourriture, mais le renoncement aux plaisirs d’un monde qui a rejeté Christ. Comme toujours, le Seigneur fait davantage que de répondre à leur question. Il prouve qu’elle révèle leur incapacité totale à entrer dans les voies nouvelles de Dieu en grâce. Le nouveau caractère de la grâce manifesté dans la vie, la marche et la conduite, ne pouvait pas davantage être lié à l’ancien ordre de choses qu’une pièce de drap neuf ne peut être cousue à un vieil habit. La vie intérieure, et la puissance de cette nouvelle vie, ne peuvent pas non plus être contenues dans de vieilles outres. Le vin nouveau demande des outres neuves. La puissance et l’énergie du Saint Esprit n’ont rien de commun avec la chair. Le Seigneur introduisait ce qui était entièrement nouveau, présenté en figure par la « pièce neuve », le « vin nouveau » et les « outres neuves ». Quand ce qui est nouveau est introduit, on ne peut pas retourner à ce qui est ancien. Hélas ! c’est ce que la chrétienté a essayé de faire en attachant les formes du judaïsme au christianisme. Les doctrines de la grâce ont été reçues, mais dans la pratique, les formes de la loi ont été adoptées.
Versets 23 à 28. Dans l’incident qui eut lieu un jour de sabbat, nous voyons une indication de plus que tout le système représenté par le sabbat allait être mis de côté. En soulevant la question du sabbat, les pharisiens professent un grand zèle pour l’observation extérieure d’un jour, alors qu’ils sont absolument indifférents au fait que le Seigneur du sabbat et Ses disciples peuvent avoir faim. Ils prétendaient glorifier Dieu au moment même où ils rejetaient Son témoin. Le Seigneur démasque leur hypocrisie en rappelant l’histoire de David et de ses compagnons qui, au jour de leur rejet, eurent faim. Dans cette circonstance, lorsque l’oint de Dieu était rejeté, pourchassé et affamé, le pain de proposition perdait sa valeur à Ses yeux, et ainsi David et ceux qui étaient avec lui ne commettaient pas de péché en agissant contrairement à la lettre de la loi et en mangeant de ce pain. De même pour le sabbat : il était pour la bénédiction des hommes et non pas pour augmenter les souffrances d’êtres affamés. En outre, « le Fils de l’homme est Seigneur aussi du sabbat », et par conséquent au-dessus du sabbat qu’Il a institué.
Dans le cours de ce chapitre, il nous est ainsi accordé de voir la justice qui soulève la question des péchés, la grâce qui pardonne les péchés et appelle des pécheurs, et la foi qui obtient la bénédiction. Puis nous voyons l’opposition que le cœur naturel, s’il est laissé à lui-même, élève toujours contre un ministère de justice et de grâce. Enfin, cette opposition devient l’occasion de montrer le changement de dispensation qui allait se produire.