Traité:Jonathan et Josias

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H. Rossier 1915

La fin de Jonathan et de Josias renferme de sérieux enseignements, applicables aux temps difficiles que nous traversons. L’un et l’autre de ces hommes de Dieu tombèrent dans la bataille, mais pour des causes différentes.

Jonathan avait un caractère très aimant. « Son âme se lia à celle de David » dès leur première rencontre, et il « l’aima comme son âme ». Il se dépouilla même de son vêtement royal et de toutes ses armes, pour en orner son grand ami. Chaque outrage fait à David, tombait douloureusement sur le cœur de Jonathan ; mais il ne lui suffit pas de sympathiser avec le futur roi d’Israël ; il conclut une alliance avec lui et sa maison, en disant : « L’Éternel est entre moi et toi, à toujours » (1 Sam. 18 ; 20). Il ne doutait pas un instant de la victoire finale de David, et quoiqu’il pensât que ce dernier lui donnerait une belle part dans son royaume, il n’ambitionnait pas le règne pour lui-même (1 Sam. 23, 17). Rien n’est plus touchant que de voir le cœur honnête, noble et désintéressé de cet homme de Dieu, se donnant tout entier à l’objet de sa tendresse et de son admiration.

Tant de qualités aimables et quasi-féminines dans leur délicatesse (2 Sam. 1, 26), s’alliaient cependant avec une grande énergie, choses qui ne se voient pas souvent ensemble. Le courage moral de Jonathan ne tenait compte d’aucun obstacle, quand il s’agissait de combattre pour la cause de l’Éternel : il en fournit la preuve lors de l’attaque du poste des Philistins (1 Sam. 14).

Comment donc cet homme, dont le cœur ne battait que pour Dieu et pour David, Son oint, finit-il si lamentablement sur les montagnes de Guilboa ? On dira, et qui oserait le nier, qu’en faisant partie de l’armée de Saül, il lui devait obéissance comme à son père, et au roi, jadis établi de Dieu, mais possédant encore, comme chef de l’armée, l’autorité sur la nation. Saül n’avait-il pas le droit d’exiger l’assistance de son propre fils, pour combattre les ennemis héréditaires d’Israël ?

Et cependant Jonathan, avec toutes ses qualités morales si attachantes, et en présence de devoirs imposés par des relations naturelles qui ont elles-mêmes une sanction divine, avait tort, entièrement tort, de combattre dans les rangs de l’armée de Saül. Une occasion s’était présentée à lui et il n’avait pas su la saisir, une seule occasion, mais qui aurait décidé de son sort. Quand David, traqué par Saül de retraite en retraite, habitait le désert de Ziph, Jonathan, sans craindre le courroux de son père, se leva et s’en alla vers son ami. Jamais peut-être, il ne lui montra plus d’affection, ni plus d’estime ; jamais il n’eut une vision plus nette de l’avenir glorieux de David. Quelle était donc sa faute, dans ce moment critique de son existence ? « David demeura dans le bois, et Jonathan s’en alla à sa maison » (1 Sam. 23, 16-18). Il retourna chez lui, restant ainsi lié à tout un système dont Dieu avait d’avance prononcé la déchéance, et il ne partagea pas la réjection actuelle de David, se privant ainsi d’assister au glorieux établissement de son règne.

Associé à David, il aurait couru, sans doute, d’autres dangers, comme celui de se joindre aux Philistins dans la guerre contre Israël (1 Sam. 29), seulement la grâce de Dieu était capable d’écarter ce péril et l’écarta, en effet, pour David et les siens, lorsqu’ils y furent exposés. Mais il est un fait remarquable, c’est que les compagnons de David qui partagèrent ses dangers journaliers, le suivant de refuge en refuge, furent préservés jusqu’à l’établissement du royaume, sans qu’un seul cheveu de leur tête pérît. De même aussi, la protection de David eût sauvé la vie de Jonathan, associée à la sienne.

Ces faits renferment pour nous une leçon sérieuse. Sans doute, leur enseignement a un caractère plutôt moral que matériel ; mais, quoiqu’il en soit, souvenons-nous que le chrétien est retiré du monde, du monde politique, militaire ou religieux, pour suivre un Christ rejeté. La vie divine qui nous a été communiquée par la foi, le Saint Esprit dont nous avons été baptisés, nous tiennent moralement éloignés des conflits qui divisent les hommes, et nous séparent du monde, de ses intérêts et de ses alliances. Le chrétien n’a pas plus à embrasser la cause des nations chrétiennes qui s’élèvent les unes contre les autres, qu’il n’a à prendre parti pour ou contre les infidèles, car son chef et son conducteur est Christ. Même quand il s’agit d’obéissance aux autorités constituées, le cas de Jonathan est d’une sérieuse instruction. Son obéissance à Saül, comme chef de l’armée, et même comme père, avait une limite ; les services aussi que sa nation pouvait réclamer de lui, avaient une limite — elle était tracée par ses relations avec David, et c’est ce que Jonathan ne comprit pas. Si David gouvernait les sentiments de son cœur, il ne gouvernait pas ses actes, et c’est là que fut sa faute. Au fond, deux alternatives se présentaient à lui : Être approuvé de sa nation et de Saül, et montrer son patriotisme en combattant les Philistins, ou bien, être mal vu de tous, de Saül, du peuple et des Philistins, et avoir l’approbation d’un David rejeté et de quelques « hors-la-loi » qui l’entouraient. La cause de Saül n’était pas plus juste aux yeux de Dieu que celle des Philistins, quand même les uns étaient idolâtres et que les autres adoraient le vrai Dieu. Une seule cause était juste, celle de David, méconnu, méprisé du monde, et qui n’avait pas de place où reposer sa tête. Affirmer de tels principes sera toujours une folie incompréhensible pour les hommes, et un paradoxe sujet à caution pour les chrétiens qui n’ont pas pris place avec Christ en dehors du monde. Sans doute, une position de séparation du monde et d’une vaine profession chrétienne est semée de difficultés et, si nous sommes fidèles, nous en faisons bien vite l’expérience ; mais nous pouvons avoir bon courage. Étrangers moralement à toutes les passions qui, dans ces jours néfastes, agitent le cœur des hommes, nous avons « Dieu pour nous, et qui serait contre nous ? ». Retenons bien cette vérité dans sa réalité ; car, chose triste à dire, c’est précisément d’elle que le monde se réclame pour justifier ses ambitions, sa politique et ses guerres. Je ne doute pas qu’avec la piété qui nous sépare du monde, nous serons même matériellement gardés de tomber dans la bataille, et de subir avec le monde les conséquences souvent mortelles de la cause qu’il défend. N’est-il pas dit : « La piété est utile à toutes choses, ayant la promesse de la vie présente… » (1 Tim. 4, 8) ?

Loin de moi la pensée, en parlant ainsi, que la mort du chrétien sur le champ de bataille soit toujours la conséquence du fait que la cause du monde a primé pour lui la cause de Jésus Christ. Qui dira le nombre des chrétiens qui ont laissé leur vie dans les combats en suivant le chemin de leur divin Maître, dans le dévouement et l’abnégation pour secourir les victimes, pour panser les blessés, amis et ennemis, pour porter l’évangile aux mourants à travers les dangers mortels ? « Pour l’œuvre », dit l’apôtre, « il a été proche de la mort, ayant exposé sa vie… » (Phil. 2, 30).

Nous pouvons parler encore d’un très grand nombre de jeunes gens, souvent fils de parents chrétiens, parfois complètement étrangers aux choses de Dieu, et qui, en présence de dangers imminents, ont été convertis sur les champs de bataille et, après avoir rendu témoignage à leur Sauveur, ont été, selon la parole du prophète, « recueillis de devant le mal et sont entrés dans la paix » (És. 57, 1). Quelle consolante pensée, au milieu du deuil occasionné par leur départ ! Et leurs familles en larmes ne peuvent-elles pas dire, en parlant d’eux : « Cela est de beaucoup meilleur » (Phil. 1, 23) ?

Sans doute, la discipline du Seigneur envers tel de Ses enfants qui L’a déshonoré dans sa marche, pourrait aussi aboutir à la mort dans le combat, mais nous ne nous y arrêtons pas, car ce jugement n’est pas de notre fait, et il appartient à Dieu seul de le prononcer. Ce sur quoi nous voudrions insister ici, c’est sur l’avertissement qui nous est donné par la fin de Jonathan. Un cœur réellement affectionné à Christ, comme celui de cet homme de Dieu, peut n’être pas affranchi des pensées, des intérêts, des liens naturels ou nationaux des hommes, et, s’assimilant ainsi aux préjugés du monde, il s’expose à partager le sort de ce dernier dans les batailles. Il s’expose, ai-je dit, car la puissance miséricordieuse de Dieu peut garder les siens et préserver leur vie, même au milieu des dangers qu’ils se sont attirés par leur manque de discernement spirituel. Et, en parlant ainsi, nous n’oublions pas que, devant la mort de Jonathan, le « doux chantre d’Israël » se plaisait à ne reconnaître que les trésors d’amour contenus dans le cœur de son ami.

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La mort de Josias (2 Rois 23, 29-30 ; 2 Chron. 35, 20-25) fut pleurée par Jérémie dans ses Lamentations, comme celle de Jonathan l’avait été par David. De même que cette dernière, elle nous présente de sérieux avertissements.

Dans la longue série des rois de Juda, il n’y en eut jamais de plus irréprochable que Josias : on peut dire de lui que le zèle de la maison de Dieu le dévorait (Ps. 69, 9). Ce zèle même reçut la plus belle récompense en ce qu’il fut l’occasion de la mise au jour des Saintes Écritures, perdues depuis longtemps dans quelque coin ignoré du temple (2 Chron. 34, 14). Ces Écritures apportèrent à Josias la connaissance de deux choses essentielles pour un réveil véritable : la séparation complète de toute idolâtrie et le culte rendu à Dieu autour de la célébration de la Pâque (2 Chron. 34-35), deux choses qui caractérisent aussi bien le résidu chrétien de nos jours, que le résidu juif d’alors.

Malgré ce réveil si apparent, le sort du peuple aux jours de Josias était aussi irrévocablement fixé que l’est le sort de la chrétienté de nos jours. Il n’y avait pas à y revenir : la patience de Dieu envers Israël avait atteint son terme (2 Chron. 34, 23-25). Ce fait est pleinement développé dans la prophétie de Jérémie (voyez Jér. 5, 10-19). Mais Josias, à cause de sa piété, obtint une promesse spéciale : « Parce que ton cœur a été sensible, et que tu t’es humilié devant Dieu quand tu as entendu ses paroles contre ce lieu et contre ses habitants, et parce que tu t’es humilié devant moi, et que tu as déchiré tes vêtements, et que tu as pleuré devant moi, moi aussi j’ai entendu, dit l’Éternel. Voici, je vais te recueillir auprès de tes pères, et tu seras recueilli en paix dans tes sépulcres, et tes yeux ne verront pas tout le mal que je fais venir sur ce lieu et sur ses habitants » (v. 27-28).

Pourquoi donc cette promesse ne fut-elle accomplie que partiellement ? C’est qu’elle pouvait être révoquée, si Josias était infidèle à l’alliance contractée par lui et tout le peuple devant l’Éternel (v. 31-32. Voyez, au sujet de cette alliance, Jér. 11, 1-11). Or, dans une seule occasion, Josias, au lieu « d’écouter la voix de l’Éternel », suivit sa propre volonté et ses propres pensées. Il perdit ainsi, partiellement du moins, la bénédiction assurée à sa fidélité. Cet homme, si scrupuleux pour suivre les Écritures, se laissa égarer par ses antipathies politiques et livra bataille au Pharaon Neco. Le résultat fut que, loin d’être recueilli en paix dans ses sépulcres, il fut frappé dans le combat et transporté mort sur son char à Jérusalem (2 Rois 23, 29-30 ; 2 Chron. 35, 24). Cependant, Dieu qui est fidèle ne retira de Sa parole que ce que Josias en avait retiré lui-même, en entreprenant la guerre, au lieu de chercher la paix, et accorda au moins ceci à Son serviteur, d’être recueilli dans les sépulcres de ses pères.

Le péché de ce bon roi avait été d’épouser la cause et les intérêts d’une des nations qui se disputaient la possession du monde d’alors. Était-ce calcul politique ? Était-ce animadversion contre l’Égypte ? Voyait-il un danger dans sa prépondérance ? Se considérait-il comme plus en sécurité par une entente avec l’Assyrie ? Les historiens en ont décidé, mais la Parole ne nous le dit pas ; il importe donc fort peu que nous le sachions. Ce qui est certain, c’est que Josias s’efforça d’arrêter l’attaque du Pharaon contre l’Assyrie au moment même où, sous le jugement de Dieu, cette grande puissance assyrienne allait entrer en agonie et où Ninive, sa capitale, allait disparaître pour être remplacée par Babylone, jadis sa tributaire.

Et, de fait, l’Assyrien n’avait-il pas été toujours l’ennemi acharné d’Israël ? Cent dix ans auparavant il avait asservi et dispersé les dix tribus ; en Juda, il avait outragé l’Éternel et Son fidèle témoin Ézéchias ; plus tard, il avait emmené Manassé captif à Babylone. Or le jugement de l’Assyrien était arrivé ; Ninive allait être détruite ; le roi de Babylone allait fonder son empire sur les ruines de l’Assyrie. Josias aurait dû en connaître quelque chose. La prophétie de Sophonie, prononcée sous son règne, prédisait la ruine de Ninive (Soph. 2, 13) ; la prophétie d’Ésaïe, sous Ézéchias, annonçait la ruine de Juda et de Jérusalem par Babylone (És. 39, 6-7). Mais quelle humiliation atteignait ce roi pieux ! Le monde, le roi d’Égypte, en savait davantage que lui sur les desseins de Dieu ! « Dieu m’a dit de me hâter », dit le Pharaon : « Désiste-toi de t’opposer à Dieu, qui est avec moi, afin qu’Il ne te détruise pas ». Or ces paroles de Neco « venaient de la bouche de Dieu » (2 Chron. 35, 21-22). Le Pharaon lui-même ne devait pas retirer le fruit de sa victoire, car il tomba bientôt sous les coups de Nebucadnetsar (Jér. 46, 2). Mais si Josias, à sa honte, ne connaissait qu’imparfaitement les desseins de Dieu, n’était-il pas sage de laisser Dieu faire Son œuvre, et de se dire que toute intervention de sa part ne pouvait que contrecarrer cette œuvre ou s’y opposer ?

De fait, Josias était plus coupable que Jonathan. Ce dernier, sans cacher ses sympathies pour David, manquait de foi pour se soustraire à l’autorité de l’homme ; tandis que le premier aurait dû se tenir tranquille, humble et confiant en l’Éternel (És. 30, 15), au lieu de manifester ses sympathies, de prendre parti dans le conflit des nations et de se trouver finalement, à sa honte, en opposition avec les desseins de Dieu, qu’il aurait dû, tout au moins, connaître en partie par les prophètes.

Bien-aimés, cette histoire a, pour nous, une instruction solennelle. Gardons-nous, dans les guerres qui ensanglantent le monde, de prendre parti pour une puissance contre une autre. Laissons, en restant dans une humble dépendance de Dieu, Ses voies s’accomplir. Déjà dans le fait de vouloir la victoire du parti qui a nos sympathies, nous prenons moralement la place de Josias. Soyons assurés que les voies de Dieu sont parfaites. Prier pour la victoire, c’est demander à Dieu de faire notre volonté, c’est vouloir en assurer le triomphe, et courir au-devant d’une défaite humiliante pour nous, d’un sujet de scandale pour le monde, qui se moquera de notre foi, si Dieu ne nous répond pas. Il se peut que la parole prophétique nous renseigne, comme ce fut le cas pour Josias, sur les grandes lignes des voies de Dieu dans ces conflits ; il se peut qu’une parole sortie de la bouche de Dieu nous montre que les événements vont se dénouer en vue d’une solution future ; n’est-ce pas une raison pour nous tenir dans une humble expectative, confiants avant tout dans la Parole qui nous apprend qu’avant ces événements nous aurons, comme Dieu le promettait à Josias, été recueillis en paix auprès du Seigneur (Apoc. 3, 10) ?

Cette attitude expectative des croyants n’est pas de la partialité, mais elle n’est nullement de l’indifférence. Notre cœur, pressé par l’amour, peut aller d’autant plus librement et indistinctement vers tous ceux qui souffrent ; il sort des bornes étroites où notre misérable égoïsme voudrait l’enfermer, pour aller à toute la famille de Dieu, mais aussi à tous les hommes, sans distinction de nationalité. Le chrétien s’en remet à Dieu des résultats de ces luttes cruelles, car il sait que, si les jugements actuels de Dieu sur le monde sont universels (Jér. 25, 15-29), ils sont, grâce à Dieu, aujourd’hui encore, des appels à la repentance. Il sait, en outre, que Dieu se servira de tout ce mal, déchaîné par Satan, pour amener l’accomplissement de Ses desseins et glorifier finalement le seul digne d’être glorifié, notre Seigneur Jésus Christ, en introduisant Son règne sur la terre.

Peut-être conclurez-vous que le devoir de Josias était de rester neutre dans le conflit qui s’élevait entre l’Égypte et l’Assyrie. Loin de nous une telle pensée ! La neutralité suppose presque toujours une espèce d’égoïsme. Le neutre n’entre pas dans les combats qui agitent le monde, afin que son pays ne soit pas troublé dans son fonctionnement politique ou financier. Dans ce but, il a soin de tenir la balance, aussi exacte que possible, entre l’un et l’autre des belligérants. Il se place en dehors des responsabilités, tout en se réservant de jouer à l’occasion le rôle d’arbitre entre les parties, ce qui lui donne comme un brevet de supériorité morale sur elles. Tel ne pouvait être le rôle de Josias. Il avait appris directement de Dieu que le jugement allait être exécuté sur sa nation, plus coupable que les autres, parce que plus privilégiée qu’elles (2 Chron. 34, 23-25). Lui-même avait reçu l’assurance qu’il serait retiré de devant le mal, afin que Dieu donnât libre cours à la colère contre Son peuple. Il ne pouvait donc exercer la neutralité, dans le sens que l’on donne généralement à ce mot. Quel que fût l’instrument de la vengeance divine, il devait reconnaître que son pays l’avait méritée le premier, et, courbant la tête, déclarer comme Ézéchias : « La parole de l’Éternel est bonne », puis, comme ce roi pieux, ajouter avec une profonde gratitude : « Il y aura paix et stabilité pendant mes jours » (És. 39, 8). Dieu veuille que les chrétiens appartenant aux pays neutres soient pénétrés des mêmes sentiments !

Tels auraient dû être les motifs de Josias pour s’abstenir d’entrer dans le conflit. Dieu préparait, par ce dernier, le jugement qui allait atteindre Son peuple. De quel droit Josias serait-il intervenu dans cette préparation ? Le moment seul de l’exécution du jugement pouvait être retardé par la piété du roi. Il hâtait ce moment en abandonnant la soumission à la volonté de l’Éternel, qui l’avait caractérisé jusque-là, et forçait Dieu à le discipliner en le privant d’une mort paisible et en le laissant périr dans la bataille.

Ainsi le chrétien ne peut être ni partial, ni indifférent, ni neutre, dans les conflits qui agitent les nations. Il doit être simplement chrétien. Sans doute, il sera profondément reconnaissant envers le Seigneur, s’Il épargne à sa patrie les horreurs de la guerre ; mais, s’il est exercé devant Dieu, il reconnaîtra qu’elle mérite les mêmes coups que ses voisins. Dans l’intervalle, il se réveillera pour juger ses propres voies et vivre dans la piété en attendant le Seigneur. Il priera, il intercédera ; il se dévouera également à tous ; il souffrira avec ceux qui souffrent, pansera les blessures morales et les plaies matérielles, visitera les veuves, vêtira les orphelins. Quel ministère ! Et combien de chrétiens en ont senti la douceur, en ces jours troublés !

Faire partie d’un peuple élu, d’une nation sainte, marcher dans l’amour et dans l’humilité, étranger aux haines et aux orgueils qui s’entrechoquent autour de lui, compatir aux défaites, ne pas partager les victoires des peuples, parce que l’on a part à d’autres victoires ! En effet, le chrétien passe, au milieu des foules bruyantes, escortant un char de triomphe, celui de son Sauveur, et, pénétré de la grandeur de cette victoire remportée sur la croix, il L’accompagne en tout lieu, répandant autour de lui l’encens de l’évangile, odeur de vie pour la vie, odeur de mort pour la mort.

De cette manière, l’œuvre de Dieu s’étend sur la scène même du mal ; une moisson lève, grandit, mûrit sur les champs de carnage, et vient remplir les greniers célestes. Dieu se sert de l’excès du mal et de l’œuvre atroce, accomplie par Satan, pour gagner des âmes à Christ. Le chrétien, conscient de sa position, n’a en vue que ce résultat ; il laisse les événements se dérouler avec leurs angoissantes péripéties ; il sait que la divine Parole s’accomplira par l’exécution des jugements — peut-être sur le lieu même qu’il habite, et qu’ils ont épargné jusqu’ici — mais il sait aussi qu’aujourd’hui est encore un jour favorable, un jour de salut, et il élève sa faible voix pour le proclamer partout où passe le char triomphal du Sauveur !

S’il n’agit pas ainsi, peut-être devra-t-il, comme Josias, tomber dans la bataille pour avoir épousé les haines, les antipathies, l’orgueil et les ambitions d’un monde auquel il n’appartient plus et n’aurait jamais dû s’associer !

Que Dieu, chers amis, nous garde de la fin de Jonathan et de Josias, tout en nous donnant de partager la fervente affection de l’un pour son roi rejeté, l’attachement de l’autre à la Parole et son zèle pour la maison de Dieu.