« À l’écart » (Marc 6, 31 ; 7, 33 ; 9, 2)

G. André

[Feuille aux jeunes n° 127]

« Il y avait beaucoup de gens qui allaient et qui venaient, et ils n’avaient pas même le loisir de manger ». N’est-ce pas l’expérience de plus d’un parmi nous ? Les disciples rentrés de leur tournée d’évangélisation (Marc 6, 7-13) se rassemblent auprès de Jésus et sont tout heureux de Lui raconter « tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné ». Il nous semble les voir, empressés autour du Maître, relatant leurs expériences nouvelles. Mais sans cesse, des gens allaient, venaient, les interrompaient ; aucune tranquillité, même pas pour manger. Et Jésus de leur dire : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ».

Le travail journalier nous prend souvent plus que nous ne voudrions, que ce soit les études avec les examens en vue, l’apprentissage et ses cours, l’atelier, l’hôpital ou les affaires. Que de fois ne ressentons-nous pas que les heures trop remplies se succèdent en une course vertigineuse qui souvent laisse à peine le temps de nourrir son corps ou son âme. Et ceux qui sont engagés dans l’œuvre du Seigneur ne sont pas épargnés. Plus encore que d’autres peut-être, les sollicitations de tout genre, les personnes qui vont et viennent, les besoins divers rencontrés sur la route, débordent le cadre normal de leur journée.

Qu’il ferait bon s’arrêter un moment ; prendre quelques heures, quelques jours de tranquillité ! Mais le devoir nous paraît être là, et la « chasse » continue ; parfois — au moins pour ce qui concerne le travail séculier — monte à nos lèvres la question de l’Ecclésiaste : « Qu’est-ce que l’homme a de tout son travail, et de la poursuite de son cœur, dont il s’est tourmenté sous le soleil ? ».

La voix du Maître se fait alors entendre : « Venez à l’écart vous-mêmes, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». — Serait-ce possible ? Être à l’écart avec Lui, près de Lui, sans personne qui aille et vienne, sans la pression continuelle d’une tâche dont on ne voit pas le bout ? Sans attendre que la maladie ou l’accident nous arrête de force, on peut certainement, en la recherchant avec prière, trouver l’occasion qu’Il nous donnera d’être à l’écart et de faire silence, pour L’écouter, prier et passer en revue devant Lui tout ce qu’ont apporté les semaines ou les mois précédents. Mais cela demandera certains renoncements ; il y faudra mettre le prix. Serait-il trop grand pour être à Ses pieds,

Laissant les heures s’écouler
Dans un silence qui s’oublie,
Jésus, pour te laisser parler ?


« Ouvre-toi »

Marc 7, 34

On amène à Jésus un sourd qui parlait avec peine, et on Le prie pour qu’Il lui impose la main. Va-t-Il le guérir devant tous et le délivrer de sa surdité au milieu du brouhaha qui les entoure ? « L’ayant tiré à l’écart, hors de la foule », Jésus met ses doigts dans les oreilles de l’homme, touche sa langue et dit : Ouvre-toi.

N’avons-nous jamais éprouvé que nous étions sourds ? Nous fréquentons les réunions, mais n’en retirons plus le profit précédent. Nous lisons la Parole, mais elle paraît avoir perdu sa saveur. Nous voudrions prier, mais c’est « avec peine » que nous nous exprimons. Que faire ? N’importe-t-il pas de se laisser « tirer à l’écart » pour que cette même main du Sauveur opère aussi pour nous, et qu’à nouveau notre oreille s’ouvre, le lien de notre langue se délie ?

Un autre jour, c’est un aveugle que l’on amène à Jésus, Le priant de le toucher. « Et ayant pris la main de l’aveugle, il le mena hors de la bourgade » (Marc 8, 23). Là, à l’écart, la main divine se pose sur les yeux obscurcis ; et progressivement, la cécité disparaît pour faire place à la pleine lumière.

N’avons-nous jamais eu de problème que nous ne savions résoudre ? Ou été en perplexité devant tel ou tel choix ? Et dans les années décisives de seize à trente ans, où, pour la plupart, se fixera l’orientation de la vie, ne nous est-il jamais apparu que nous étions comme aveugles ? Pourquoi ne pas laisser la main d’amour nous tirer à l’écart, hors de nos occupations et de notre milieu, quelques heures, quelques jours, afin qu’Il puisse agir en nous et donner la lumière ?


« Après six jours, Jésus… »

Marc 9, 2

Jésus prend avec Lui trois disciples, et les mène « seuls à l’écart sur une haute montagne ». Non pas seulement sortir de la bourgade ou s’éloigner de la foule, ni même aller dans un lieu désert ; mais gravir une haute montagne, bien au-dessus de la vie journalière, de son activité, de ses problèmes, pour avoir la vision suprême de la gloire du Seigneur. Moments inoubliables qui ont marqué de leur empreinte toute la vie des trois apôtres, comme en témoigne Pierre quand, avec émotion, il rappelle dans sa dernière épître : « Nous, nous entendîmes cette voix… étant avec lui sur la sainte montagne ». Plus question ici de simplement se reposer à l’écart, ou d’avoir les oreilles ou les yeux ouverts ; il s’agit de Le voir. Vision de Saul au chemin de Damas ou dans le temple (Act. 22, 17-18) ; vision de Daniel au bord du fleuve (Dan. 10, 19), ou de Josué près de Jéricho (Jos. 5, 13). Moment souvent unique dans la vie d’un croyant où se révèle la personne incomparable : non pas seulement le Messie et le Roi dans toute Sa gloire, mais le Fils bien-aimé du Père !

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Le culte et les réunions nous donnent dans la vie courante de précieux moments à l’écart, dans la présence du Seigneur. Mais il y a aussi des occasions particulières où Il nous veut pour un temps plus long près de Lui. L’été va ramener pour plusieurs d’entre nous quelques jours ou semaines de vacances. Les laisserons-nous s’emplir de toutes sortes de distractions, certainement utiles et bienfaisantes à leur place, ou saurons-nous ménager parmi ces jours quelques moments pour, seuls ou entre quelques-uns, nous retirer à l’écart, « au désert », ou « sur la montagne » ? Et là, faire silence, écouter, prier, surtout prier, et voir, Le voir ?

Que le Seigneur nous l’accorde à tous.