« Et maintenant, que tardes-tu ? » (Actes 22, 16)

H. Jean

[Feuille aux jeunes n° 129]

En route vers Damas pour rechercher les chrétiens et les amener à Jérusalem liés de chaînes afin qu’ils soient jetés en prison, Saul est brutalement arrêté par une « grande lumière qui brilla du ciel comme un éclair autour de lui » (Act. 9, 3). Jésus lui parle, le Seigneur qui a été dans les souffrances et qui est maintenant dans la gloire, le Seigneur qui s’identifie avec les siens persécutés, et dont les brèves paroles, comme un poignard, percent le cœur du persécuteur. Aveugle « à cause de la gloire de cette lumière », Saul est amené à Damas, et là, dans le jeûne et la prière, il attend.

C’est alors qu’Ananias, « homme pieux », lui est envoyé par Dieu. Il recouvre la vue et entend ces paroles : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin, auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues. Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi… » (Act. 22, 14-16).

Le futur apôtre obéit à cette injonction et nous le voyons « aussitôt » « prêcher Jésus dans les synagogues, disant que Lui est le Fils de Dieu » (Act. 9, 20), et cela pendant « des jours en grand nombre ». Il fallait sans retard se lever, être baptisé, prêcher. Le temps pressait et Dieu demandait des actes à celui qui, pendant trois jours, était resté en prière et dans l’affliction en Sa présence.

Après le rappel du choix souverain de Dieu et de Ses buts à son égard, l’apôtre entend la question incisive d’Ananias. Est-elle une flèche pour nos cœurs et nos consciences, chers jeunes amis croyants ?

Comme Saul, n’avons-nous pas été « choisis dès le commencement » (2 Thess. 2, 13), pour connaître la volonté de Dieu révélée dans Sa Parole ? Si, pour être apôtre, il fallait avoir vu le Seigneur (Act. 1, 21-22 ; 1 Cor. 9, 1), nous aussi en quelque manière, nous avons vu le seul juste, à cause de nos péchés, cloué sur la croix infâme par la main d’hommes iniques. Nous Le voyons encore dans la Parole de Dieu, suivre Son douloureux chemin de la crèche à la croix, puis être élevé au ciel d’où Il est venu. Nous entendons les paroles de grâce qui sortent de Sa bouche, « la grâce est répandue sur tes lèvres » (Ps. 45, 2) ; mais elles résonnent aussi, les paroles qui nous appellent à Le suivre dans un chemin de souffrance, de renoncement, mais de joie intérieure. Dans les circonstances les plus éprouvantes, quel témoin allait être l’apôtre pendant toute sa vie ici-bas, au service de ce Maître qu’il avait rencontré et dont il avait apprécié la grâce. Témoins, ne voulons-nous pas l’être, touchés par Son amour, malgré notre faiblesse, par Sa force, où Il nous place ? Écoutons la question : Que tardes-tu ? Lève-toi.

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Que tardes-tu à venir contempler ce Sauveur adorable tel que nous le montre la Parole, dans Sa soumission, Sa dépendance, Son obéissance, dans Son humanité parfaite, dans Sa joie à accomplir la volonté de Son Père — à Le voir Lui-même dans Son amour déployé envers tous, petits, faibles, malades, affligés, éprouvés, découragés, humiliés, dans Son dévouement, mais aussi dans Ses perfections et dans Ses gloires. Tu es exhorté à Le voir, à Le contempler, à fixer les yeux sur Lui, à Le considérer, glorieux à la droite de Dieu Son Père. Puis, dans le calme, comme Marie qui, assise à Ses pieds, L’écoutait, toi aussi prête une oreille attentive à Sa voix, la voix de Celui qui révèle le Père, la voix du bon Berger qui sait et connaît tout ; demeure à l’écoute et ferme ton oreille aux mille voix humaines et mondaines qui te sollicitent.

Comme l’Israélite recueillait chaque matin la manne en proportion de ce qu’il pouvait manger (Ex. 16, 16), ne tarde pas — si tu ne le fais pas encore — à prendre quotidiennement dans l’Écriture, la provision nécessaire à la nourriture de ton âme.

N’est-ce pas pendant ta jeunesse, dans la possession de tes facultés que le Créateur t’a accordées — c’est entre quinze et trente ans que la mémoire est fidèle et retient — que tu peux étudier et sonder les Écritures, guidé par le Saint Esprit et dans un esprit de prière ? Ah ! ne tarde pas ! Si tu savais comme on regrette d’avoir gaspillé trop de jours pendant ses jeunes années.

Que tardes-tu à te séparer de ce qui entrave ta vie spirituelle, qui retarde ta croissance, qui empêche son développement — à trancher ce qui constitue un obstacle à ta communion avec le Seigneur et te retient douloureusement loin de Lui : une compagnie qui t’entraîne, une affection qui t’enchaîne, un projet que tu caresses, un objet que tu convoites, un pardon que tu n’as pas accordé ou que tu n’as pas sollicité…

Que tardes-tu à répondre au désir du cœur du Seigneur en t’approchant de Sa table ? Attends-tu d’être parfait ? As-tu simplement négligé ? Es-tu resté dans l’indifférence ou dans l’ignorance ? Voudrais-tu conserver encore une certaine liberté ? Il attend, Lui, ton geste en réponse à Son sacrifice d’amour ; les jours s’écoulent, veux-tu Le faire attendre encore ? Tu sais qu’Il revient ; serais-tu de ceux qui ont entendu mais qui n’ont pas écouté, qui n’ont pas obéi : « Faites ceci en mémoire de moi » — « jusqu’à ce qu’il vienne » ?

Que tardes-tu à venir à Jésus avec ton fardeau, ta tâche quotidienne, le souci de tes études, de ton apprentissage, tes déceptions, tes raisonnements, tes murmures, tes élans, tes sympathies. C’est à toi aussi que le Seigneur répète : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi… » (Matt. 11, 28). Oui, c’est de Lui que tu peux apprendre : Il est le divin Maître, le parfait instituteur. Mais Il veut aussi se charger de ce qui est trop lourd pour toi afin que tu ne sois plus écrasé, mais valide et léger pour te lever et partir avec confiance en avant. Viens à Lui et parle-Lui ; « fais-moi entendre ta voix, ta voix est douce » (Cant. 2, 14). Dis-Lui tout. Lui seul comprend et agit en puissance et en divine sympathie. Il veut répondre à ta prière pour que tu sois « rempli de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur, pour lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre et croissant par la connaissance de Dieu : étant fortifié en toute force, selon la puissance de sa gloire » (Col. 1, 9-11).

Que tardes-tu à accomplir le service que le Seigneur te demande, car toi aussi tu as un service, service d’adoration, service dans l’assemblée, à remplir dans la dépendance de l’Esprit ; service d’intercession envers ceux qui sont près et ceux qui sont loin, ceux qui te sont chers et ceux que tu ne connais pas mais que tu aimes en Jésus. Tu as prié pour ton frère, ton camarade, ton voisin, ce malade, cet affligé, c’est bien, mais maintenant que tardes-tu ? Lève-toi et va ! Le Seigneur mettra Ses paroles dans ta bouche ; va parler de Lui, ton Sauveur, car tu deviens responsable de cette âme en détresse. Va porter la parole, le traité, le verset, le court mais pressant message. Tu penses peut-être que c’est le rôle du missionnaire, du colporteur, d’un frère âgé. Retrouve l’âge d’Ésaïe, de Jérémie, quand Dieu leur parle (És. 6 ; Jér. 1).

Mais reste en contact avec le Maître, tout près de Lui, demeurant dans le sanctuaire. À l’extérieur le sacrificateur ne voyait que la lumière du soleil, lumière naturelle. Dès qu’il pénétrait dans le lieu saint, quand il en franchissait le seuil, la lumière du chandelier seul l’éclairait. C’est cela qu’il te faut : la lumière divine.

Après sa rencontre avec le Seigneur, l’apôtre Paul obéit à la parole d’Ananias. Ne veux-tu pas toi aussi, ne plus attendre, mais obéir au « Fils de Dieu qui t’a aimé et s’est livré lui-même pour toi » (Gal. 2, 20) ?

Que tardes-tu ? Lève-toi.

L’homme de Sichar

À plus d’une reprise, nous avons recommandé la brochure de J.G. Bellett : La gloire morale du Seigneur Jésus Christ. Elle présente à nos cœurs la vie du Seigneur Jésus sur la terre. Son auteur avait été l’un des premiers à se réunir avec J.N. Darby. Un ami a laissé le récit suivant de la dernière visite qu’il lui fit peu avant son décès :

Il avait beaucoup changé ; le cœur se serrait à voir le pauvre corps ainsi amaigri et usé, affaissé sur les coussins de son fauteuil ; mais son esprit se réjouissait profondément dans son Seigneur bien-aimé. « Il y a deux mois, dit-il, lorsque j’ai compris que cette maladie était à la mort, je Lui ai demandé de se révéler Lui-même à moi dans tout Son amour, et de me faire éprouver Sa présence. Il l’a fait ; Il m’a rempli de Lui-même. Je sais que le sang a accompli son œuvre bénie, oui, bénie pour mon âme. Son amour, Sa beauté, Sa perfection remplissent mon cœur et ma vision ». Il remarqua qu’il se sentait un peu mieux ce jour-là, « mais ce n’est pas ce qui me réjouit ». Puis, joignant ses vieilles mains amaigries, il dit, tandis que les larmes coulaient le long de son visage : « Mon précieux Seigneur Jésus, tu sais combien pleinement je peux dire avec Paul que déloger et être avec toi est de beaucoup meilleur ! Combien je le désire ! Des visiteurs me parlent de couronne de gloire — je les prie de se taire ; de la gloire du ciel — je leur demande de n’en rien dire. Je n’attends pas des couronnes ; c’est Lui, Lui-même que je possède ; c’est avec Lui que je vais me trouver. Oh ! être avec l’homme de Sichar ; avec Celui qui s’est arrêté pour appeler Zachée ; avec l’homme de Jean 8 ; avec l’homme qui a été suspendu à la croix ; avec l’homme qui est mort ; être avec Lui, avant que la gloire, que les couronnes, que le royaume apparaissent ! C’est merveilleux — être seul avec l’homme de Sichar ; avec l’homme de la porte de la cité de Naïn ; être avec Lui pour toujours ; échanger pour Sa présence cette scène triste, si triste, qui L’a rejeté ! Oh, l’homme de Sichar ! ».