Le voile ôté

G. André

[Feuille aux jeunes n° 171]

« Quand il se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté »

2 Cor. 3, 16

Lorsque Moïse descendit du Sinaï, sa face rayonnait « parce qu’il avait parlé avec Lui » (Ex. 34, 29) — ce verset ne résonne-t-il pas dans nos cœurs avec le désir profond qu’une telle expérience puisse se réaliser pour nous-mêmes ? Mais quand il s’approchait d’Israël, Moïse mettait un voile sur sa face, car la gloire dont il avait été témoin et qu’il reflétait, devait prendre fin (2 Cor. 3, 7). Le moment n’était pas encore venu où un mortel pourrait écrire : « Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père » (Jean 1, 14).

Un autre voile subsistait en Israël : le voile sur les Écritures (2 Cor. 3, 14). Depuis lors, ce voile a été levé : il a pris fin « en Christ ». Tel fut le cas sur le chemin d’Emmaüs, où le Ressuscité faisait brûler le cœur de deux disciples attristés, en leur expliquant « dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24, 27).

Le voile qui rendait inaccessible aux Israélites la gloire qui brillait sur la face de Moïse — le voile qui les empêchait de découvrir Christ dans les Écritures de l’Ancien Testament — l’un et l’autre ont pris fin pour nous. Par la puissance du Seigneur, en Esprit, nous tous pouvons contempler à face découverte la gloire du Seigneur et être transformés en la même image de gloire en gloire (2 Cor. 3, 18).

D’où vient donc que cette vision nous soit si rare, si peu claire ?

D’Israël il nous est dit que, lorsque les Écritures leur sont lues, « le voile demeure sur leur cœur » (2 Cor. 3, 15). N’en est-il pas ainsi souvent pour nous ? Un voile s’est placé entre notre Seigneur et notre âme : des fautes non jugées, des habitudes coupables dans lesquelles on persévère, une lassitude, la négligence de « rechercher Sa face », et tant d’autres choses. Peut-être rien d’essentiel, de vital, de fondamental. Il y a bien des années un frère prenait l’exemple d’une plante verte placée près d’une fenêtre dans un appartement. À la fenêtre un rideau de tulle tamise le jour. Mais la maîtresse de maison s’avise d’en ajouter un second. Puis un troisième. La plante ne s’en ressent pas trop. Mais quand elle en ajoute un quatrième ou un cinquième, petit à petit, notre plante s’étiole, perd sa vitalité, et si l’expérience continue, s’en va mourir.

N’en est-il pas ainsi souvent pour nous ? De petites choses se sont placées entre notre âme et le Seigneur Jésus. On a négligé la lecture de Sa Parole ; on a prié, mais sans réaliser Sa présence ; on est allé à la réunion, mais en pensant à tout autre chose ; et la distraction a trop souvent envahi nos cœurs, même au culte, même lorsque nous avons participé au mémorial de Sa mort ; on a aimé « aller çà et là », comme dit le prophète Jérémie, au lieu de prendre le temps de choisir la « bonne part » aux pieds de Jésus,

Laissant les heures s’écouler
Dans un silence qui s’oublie,
Jésus, pour te laisser parler.

Que faire ? Ce voile, ce brouillard va-t-il persister ? Nous fera-t-il perdre la vraie joie qu’il y a dans le Seigneur (non pas le salut sans doute, puisqu’il ne peut être perdu : Jean 10, 28-29, mais la jouissance de ce salut) ? Nous rendra-t-il des chrétiens mornes, qui ont perdu de vue la lumière qui a relui dans nos cœurs pour faire luire « la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ » (2 Cor. 4, 6) ?

Lors d’un séjour d’automne en montagne, le brouillard avait envahi les alentours. Deux jours, trois jours… la patience arrivait à son terme ! Quelqu’un suggère : Montez au sommet, vous y trouverez le soleil. Quelques minutes de marche, et le brouillard gris, humide, devenait plus lumineux ; quelques pas encore et la cime des arbres paraissait presque atteindre la lumière ; cinq minutes de plus, le ciel était tout bleu, la mer de brouillard, d’où émergeaient les sommets proches et les hautes cimes lointaines, s’étendait à perte de vue. Expérience inoubliable, illustrant la joie retrouvée par le chrétien qui ne vivait plus de la communion avec son Seigneur, mais qui, apprenant de nouveau à monter vers la cime, a retrouvé, par Sa grâce, la lumière de Sa face.

Que dit notre texte à propos d’Israël ? « Quand il se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté ». Une expérience semblable peut être nôtre. Se tourner vers le Seigneur est à la fois très simple, et très sérieux. Il s’agit de venir à Lui tels que nous sommes. Le cœur naturel dira : Il faut d’abord que je mette tout en ordre pour pouvoir me tourner vers Lui[1]. Mais l’enseignement de la Parole est de venir à Lui, sans crainte, de rechercher Sa face, Sa présence ; dans le sentiment de cette présence, l’échelle des valeurs reprendra son juste sens ; nous verrons les choses comme Lui les voit, même si cela nous amène à être « d’accord avec Dieu contre nous-mêmes » ; « le voile sera ôté ». « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1, 9).

Un quatrième voile subsiste aujourd’hui. Il s’étend sur l’évangile. « Le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4, 4). Peut-être y en a-t-il de tels parmi nos lecteurs ? Ils ont cru être dans la lumière, mais ce n’était que foi d’éducation, croyance, tradition. Il ne peut être dit d’eux ce que l’apôtre exprime quant aux Corinthiens : « Vous êtes… la lettre de Christ… écrite… par l’Esprit du Dieu vivant… sur les tables de chair du cœur » (2 Cor. 3, 3). Seul l’Esprit du Dieu vivant peut ouvrir les yeux, tels ceux de l’aveugle qui s’était lavé à Siloé ; revenu, aux pieds de Jésus, il pouvait dire : « Je crois, Seigneur ! Et il lui rendit hommage » (Jean 9, 38).