Quelques cantiques (1)

L. Gibert

[Feuille aux jeunes n° 139]

Le psaume 87, dans son dernier verset, traduit la joie des rachetés du Seigneur. Ils chantent et dansent (Ps. 87, 7), ceux qui habitent Sion, la cité de Dieu (v. 2), parce qu’« ils sont nés en elle » (v. 5), nés de la vie divine.

C’est l’élan du cœur, un saint tressaillement d’allégresse, la joie sans mélange de ceux qui ont, par grâce, la conscience de leur titre et de leur position d’enfants de Dieu. Ils trouvent en Lui « toutes leurs sources », sources de paix, de bonheur, de force — en Lui, leur Sauveur parfait.

Deux scènes se présentent à notre esprit, en rapport avec cette vive expression de reconnaissance et de louange : celle d’Exode 15 et celle de 1 Chroniques 15. Nous parlerons aujourd’hui de la première, avec la pensée de consacrer une autre « Feuille aux jeunes » pour la seconde.

Ayant traversé la mer Rouge, Moïse et les fils d’Israël chantèrent à l’Éternel le cantique de la délivrance ; et Marie, la prophétesse, prit un tambourin en sa main, et toutes les femmes sortirent après elle, avec des tambourins et des chœurs (de danse) et Marie leur répondait :

« Chantez à l’Éternel, car il s’est hautement élevé ! » (Ex. 15, 20-21).

C’était le matin triomphant, après la nuit chargée de crainte et d’angoisse ; comme le matin de la résurrection, où « Jésus apparut à ceux qui étaient dans le deuil et pleuraient » (Marc 16, 10). Le Pharaon était mort, « précipité dans la mer, couvert par les abîmes, descendu dans les eaux profondes comme une pierre » (Ex. 15, 1, 5). Comme à la croix et au tombeau vide, Satan fut vaincu, tout son effort réduit à néant, et tournant à sa confusion (voir Col. 2, 15).

Ce qu’Israël proclame, c’est la force toute-puissante de son Rédempteur pour accomplir le propos de grâce divine ; c’est l’avenir glorieux ouvert devant le peuple racheté ; c’est la place qu’Il lui réserve sur la montagne de Son héritage, le lieu de Son sanctuaire (Ex. 15, 17).

Alors, comme scandant les strophes de ce cantique, Marie et les femmes chantent en chœurs ; et la danse traduit l’heureuse liberté qui est la part de ceux qui sont délivrés à jamais du joug si dur de la servitude en Égypte.

Ainsi en est-il de la joie première goûtée dans le salut de Dieu. Le nouveau converti l’éprouve d’une manière parfois si intense qu’il « chante devant les hommes », et rend un touchant témoignage à la grâce qui l’a délivré : « J’ai péché, et j’ai perverti la droiture, et il ne me l’a pas rendu » (Job 33, 27). La confession est faite à salut (Rom. 10, 10) par une bouche qui loue le Seigneur avec des lèvres qui chantent de joie (Ps. 63, 5).

Jeune lecteur, pouvez-vous dire, vous aussi : « Jah est ma force et mon cantique, et il a été mon salut », « Il est mon Dieu et je lui préparerai une habitation, le Dieu de mon père et je l’exalterai » (Ex. 15, 2) ? Jésus est-Il votre Sauveur ? Vous sentez-vous désormais « conduit par sa bonté, guidé par sa force » (v. 13) ? Êtes-vous engagé par le cœur dans le chemin frayé pour la foi jusque dans le lieu de Son habitation (v. 17) ? Être amené jusqu’à Son sanctuaire pour pouvoir Le louer éternellement, telle est la bienheureuse espérance par grâce que possèdent ceux qui sont aimés de leur Dieu et Père, ceux que l’apôtre appelle « les frères aimés du Seigneur » (2 Thess. 2, 13-16).

Si ce chemin, comme celui d’Égypte en Canaan, passe au travers du désert, n’en soyez ni attristé ni découragé, jeune chrétien qui avez l’assurance d’être « planté sur la montagne de l’héritage divin ». La foi rend déjà présente à votre cœur cette maison du Père où votre place est préparée par le Seigneur Lui-même. Mais il vous faut la foi pour participer à Sa victoire sur le monde — terre aride et altérée, sans eau (Ps. 63, 1) — non pas seulement du fait des circonstances souvent pénibles qu’on y rencontre, mais surtout parce que rien ne se trouve ici-bas qui puisse pleinement satisfaire notre cœur et lui donner le bonheur : Jésus en est absent.

L’épreuve de la foi, nous l’avons en figure dans le voyage des Israélites vers le pays promis à Abraham. De ce voyage, 1 Corinthiens 10, 1 à 12 nous résume l’humiliante histoire : ils ont manqué de foi. Et qu’elle est solennelle, l’exhortation qui suit : « Toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement ».

Au bout de la traversée du désert, Moïse reçoit de Dieu au chapitre 31 du Deutéronome, les paroles d’un cantique qu’il devait leur enseigner et mettre dans leur bouche. Il ne nous est pas dit si les Israélites le chantèrent ; nous lisons seulement que Moïse l’écrivit et le prononça à leurs oreilles. Il est probable qu’ils ne le chantèrent pas : un jour de deuil se levait ; Moïse, après Aaron, allait être recueilli vers ses peuples, car l’incrédulité d’Israël avait provoqué l’infidélité de ses conducteurs (Deut. 32, 51). Tout paraissait compromis, des propos de la grâce et du conseil divin. La grâce, il est vrai, aurait le dernier mot ; après le cantique donné en témoignage contre les fils d’Israël, Moïse allait les bénir de la part de Dieu, avant sa mort (chap. 33).

Mais à l’inverse de ce qui s’était passé quarante ans auparavant, sur le rivage de la mer Rouge, il n’y a, dans les plaines de Moab, ni tambourins ni chœurs de danse, quand les Israélites entendent prononcer le cantique de Moïse. Il nous semble plutôt les voir courber la tête, lorsque s’élève leur condamnation :

— « C’est une génération perverse (v. 5) ;

— le peuple a abandonné le Dieu qui l’a fait, il a méprisé Son salut (v. 15) ;

— ils sont une nation qui a perdu le conseil, il n’y a en eux aucune intelligence… » (v. 28).

Et c’eût été plutôt une complainte qu’un cantique, si la miséricorde ne se glorifiait vis-à-vis du jugement, si les dernières strophes n’exaltaient Celui qui est le Même, qui vit éternellement, qui pardonnera à Sa terre, à Son peuple (Deut. 32, 39-43). Car propitiation a été faite pour leur péché ; ne sont-ils pas, comme peuple, sous l’aspersion du sang de la Pâque ? Et les dernières notes du cantique annoncent la joie finale des nations bénies avec eux.

Dans ce beau mais solennel cantique, nous voulons souligner à l’intention de nos jeunes lecteurs le verset 29 : « Oh ! s’ils eussent été sages, ils eussent compris ceci, ils eussent considéré leur fin ! ». Dieu ne les avait pas laissés se détourner de Lui sans les avoir exhortés et avertis. D’entre ceux qui tombèrent dans le désert à cause de leur incrédulité, quelqu’un aurait pu dire qu’il avait été ignorant des voies de Dieu, de Ses actes de bonté et de justice ?

Sachons donc considérer notre fin ; comprenons ce que Dieu nous enseigne, et recherchons Sa sagesse. Que le cantique de Moïse nous soit, à nous aussi, un témoignage, reçu avec révérence et crainte, pour ne point être une condamnation. Hélas ! combien de chers enfants de chrétiens, qui avaient peut-être un peu légèrement confessé Jésus comme leur Sauveur à l’entrée de leur carrière terrestre, ont oublié en pratique la purification de leurs péchés d’autrefois (2 Pier. 1, 9) ; ils ont achevé leur vie sans joie, sans paix, ayant à tout le moins perdu leur couronne, si même ils ont pu être sauvés comme à travers le feu (Dieu le sait !), parce qu’ils s’étaient engagés, sans considérer leur fin, sans intelligence et sans réflexion, dans des voies de chagrin, dans un chemin de volonté propre ! Soyons tous attentifs et veillons sur nos cœurs.


Pourrions-nous passer sous silence le cantique qu’Israël chanta en Nombres 21, 17 et 18 ? Il est très consolant de voir où se place le seul cantique dont il nous est dit qu’il fut chanté au désert (v. 19), très peu avant l’entrée en Canaan, par ce peuple au cœur inconstant. Permettez à ceux qui sont près d’achever leur carrière de vous rendre leur témoignage à la fidélité de Dieu, à la valeur de Sa Parole, au ministère du Saint Esprit. C’est là ce qu’exprime ce seul cantique tout à la fin du voyage, chanté près du puits autour duquel Dieu dit à Moïse d’assembler le peuple pour qu’Il leur donne de l’eau.

« Alors Israël chanta ce cantique : Monte, puits ! Chantez-lui : puits que des princes ont creusé, que les hommes nobles du peuple, avec le législateur, ont creusé avec leurs bâtons ! ».

Le peuple est assemblé ; il réalise là son unité ; il reçoit de Dieu l’eau qui désaltère ; mais elle n’est pas présentée ici comme découlant du rocher frappé (comp. Ex. 16, 1-7 avec 1 Cor. 10, 4). Elle monte du fond du puits. C’est la même eau, figure constante de l’Esprit Saint et de Ses divins effets pour l’âme qui s’abreuve aux sources divines ; c’est bien l’eau dont elle a besoin, mais donnée de façon spéciale.

Ici, le peuple était au bénéfice du travail des princes, des hommes nobles, du législateur (celui qui avait le bâton du commandement). Ils avaient creusé le puits avec leurs bâtons. Le bâton de Jacob avait soutenu, jusqu’au bout de son voyage (Héb. 11, 21), le patriarche dont le nom donné par l’Ange était devenu Israël, prince de Dieu (Gen. 32, 28 ; Os. 12, 5). Leurs bâtons, à ces hommes nobles, c’était l’immanquable ressource en Dieu qui conduit, réconforte et restaure. L’activité de leur foi, en faveur du peuple commis à leurs soins, avait eu ce résultat : du puits creusé par eux montait l’eau rafraîchissante, donnée par l’Éternel sans doute, mais donnée par leur moyen. La source profonde était la Parole de Dieu, Dieu révélé en grâce ; pour la mettre comme à la portée du peuple assemblé, « venu aux eaux » (És. 55, 1), ils avaient accompli leur service avec fidélité et dévouement. Et le cantique de reconnaissance monte vers Dieu qui pourvoit ainsi aux besoins de Son peuple au désert.

Jeune chrétien, venez-vous souvent au puits, à Beër ?

Le renouvellement de l’Esprit Saint (Tite 3, 5) est un acte divin qui se continue tout le long du voyage. On naît à la vie du Christ par l’action de l’Esprit appliquant la Parole de Dieu à l’âme, ainsi régénérée : alors, l’eau de la vie coule du Rocher frappé, Christ en croix, vers qui le pécheur regarde dans sa misère, quand il passe de la mort à la vie. Il faut ce regard de la foi vers Jésus le Sauveur.

Mais cette vie doit s’entretenir ; pour cela, l’eau coule dans la Parole de vie, et le Saint Esprit prend de ce qui est à Christ et nous le communique (Jean 16, 14). Il faut boire, pour que la vie soit maintenue en nous, visible dans ses effets pratiques.

Or, parmi tous les moyens d’édification mis à notre disposition par la grâce de Dieu, il y a l’eau qui monte du puits creusé au désert par les princes et les nobles. Le Seigneur glorifié « a donné des dons aux hommes… en vue de la perfection des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ». Lisez et méditez Éphésiens 4, 7 à 16 ; vous apprécierez toujours plus les dons du Seigneur à Son Assemblée, le ministère reçu de Lui, comme un service pour Lui en faveur des siens.

Ministère oral, au milieu de l’assemblée, s’exerçant parfois en cinq paroles prononcées par l’Esprit (1 Cor. 14, 19). Ministère écrit, à l’adresse de chaque chrétien, d’une valeur souvent peu connue de vous, chers jeunes gens, à qui le temps est mesuré, si pressantes sont vos obligations scolaires et autres ; mais ce qui, peut-être, vous manque plus encore, c’est l’attrait réel pour la nourriture solide (Héb. 5, 12-14), le goût des lectures qui édifient l’âme, propres à aider dans l’étude et la compréhension de la Parole de Dieu.

Qu’elle est pourtant toujours fraîche, l’eau qui monte du puits creusé par les ouvriers du Seigneur ! Quel bien procure à notre cœur ce contact pris avec l’Écriture par le moyen de ces ouvrages, de ces traités qui sont la seule vraie richesse de nos bibliothèques ! Qu’y a-t-il dans la vôtre, sur vos étagères à livres, mon jeune ami ? Qu’y trouvez-vous quand votre âme ressent la soif de ce qui désaltère vraiment, demandant à être rafraîchie ? L’eau vive, jaillissant en vie éternelle, du puits creusé jusqu’aux sources profondes et divines ; celle que Jésus donnait à la Samaritaine en s’offrant à elle comme le don de Dieu ? Ou celle des pauvres citernes de ce monde, dont Il dit : Quiconque boira de cette eau-ci aura de nouveau soif ?