Quelques cantiques (2)

L. Gibert

[Feuille aux jeunes n° 140]

Nous avons précédemment rappelé trois cantiques donnés par l’Esprit de Dieu au peuple d’Israël, depuis la mer Rouge jusqu’aux frontières du pays promis.

Considérons aujourd’hui la place qu’occupa le chant « des cantiques de l’Éternel », en deux circonstances remarquables de son histoire.

Nous désirons encourager notre chère jeunesse à remplir un service qui lui revient comme à tous les chrétiens, faisant ainsi à la place que Dieu lui donne, l’acquit de sa charge (Col. 4, 17). C’est avec un réel chagrin que nous voyons parfois nos jeunes gens suivre comme du bout des lèvres le chant des cantiques dans l’assemblée ; ils privent ainsi leurs aînés du réconfort que procurerait à tous leur participation au service divin de la louange ; ils perdent une occasion d’être utiles ; et, chose plus grave, ils semblent en quelque mesure refuser à Dieu ce qui Lui est dû.

Mais abordons notre sujet d’aujourd’hui ; peut-être, si la place nous est réservée, traiterons-nous ensuite cette question du chant chrétien considéré sous l’angle de sa pratique, car nous sommes convaincus de sa réelle importance dans le service divin.

Cette conviction est renforcée par la place faite au chant dans les circonstances du peuple d’Israël auxquelles nous donnerons notre attention.

Rappelons d’abord le motif de Dieu dans la rédemption et la mise à part de Son peuple : « J’ai formé, dit-Il, ce peuple pour moi-même ; ils raconteront ma louange » (És. 43, 21). Dieu fait toutes choses en vue de Sa gloire, pour que soient connues Ses perfections, qu’Il révèle par Jésus Christ, afin que gloire Lui soit donnée dans l’Assemblée (Éph. 3, 21).

En nos temps où Sa créature Lui refuse toute louange, dans le mépris de Ses droits, qui Lui rendra ce qui Lui est dû ? — Ceux devant qui le Sauveur, délivré de toutes Ses angoisses, chante les louanges de Dieu au milieu de l’assemblée (Héb. 2, 12) ; ceux qu’Il invite à joindre leurs voix à la sienne pour qu’ils exaltent avec Lui le nom glorieux de l’Éternel rédempteur (Ps. 34, 3).

Telle était la part du peuple d’Israël racheté de la servitude ; il avait dit en Exode 15, 2 : « Jah est ma force et mon cantique… Il est mon Dieu… je l’exalterai ». Son souhait était déjà de « lui préparer une habitation ».

Dieu l’enseigna par Moïse pour que « tout homme que son cœur y porta, tous ceux qui avaient un esprit libéral » puissent contribuer à l’œuvre de la tente d’assignation dont le tabernacle dressé au désert fut « la maison de l’arche du témoignage » (Ex. 40, 3).

Cette arche resta pendant plus de huit siècles le centre du culte rendu à Dieu « assis entre les chérubins » (Ps. 80, 1 ; lire Héb. 9, 4-5). Au désert avec Moïse, en Canaan avec Josué, l’arche occupe cette place centrale dans le culte de l’Éternel. Même après les sombres temps des Juges, le cœur d’Éli le sacrificateur tremblait pour l’arche de Dieu quand aussi les Philistins tremblaient à cause d’elle (1 Sam. 4, 13, 7). Dieu était là. C’était comme le lieu de Son trône sur la terre.

Hélas ! l’arche connut de douloureuses épreuves par la faute des Israélites ; ils pensèrent que sa seule présence dans leur camp forcerait Dieu à leur donner la victoire (1 Sam. 4). Impiement conduite au combat, elle fut prise par les Philistins ; elle revint, après que Dieu eut fait éprouver à ceux-ci Sa force en jugement. Mais quel triste retour, marqué d’une sévère discipline pour l’irrévérence des Israélites à Beth-Shémesh ! Puis elle demeura à Kiriath-Jéarim, n’ayant pas repris sa place dans le tabernacle dressé à Silo (Jos. 18, 1), et que nous retrouvons, sans l’arche, à Gabaon en 1 Chroniques 21, 29.

Ainsi, durant toute la longue période des Juges, plus de trois siècles, le peuple élu a toujours davantage méconnu les droits de l’Éternel. Raconter Sa louange ? — il n’en a guère le souci, il en devient indigne. Rien d’étonnant qu’on ne l’entende pas chanter. Le chant de Debora et de Barak n’est qu’une exception, avec un sens personnel : ce n’est pas un cantique du peuple…

Jusqu’à ce que vienne David, « le doux psalmiste d’Israël », dont même les dernières paroles sont un cantique exaltant en une glorieuse vision d’avenir Celui qui sera « comme la lumière du matin » — Christ, soleil de justice « dominant en la crainte de Dieu » (2 Sam. 23, 1-4).

Toute la vie de foi de David a eu l’arche divine comme centre de ses affections et motif de ses actions. Lisez le psaume 132, où se montre son attachement à l’arche de l’Éternel. David y parle de son ardent désir : trouver un lieu pour l’Éternel dont les saints exulteront en chantant de joie, quand Il entrera dans Son repos, Lui et l’arche de Sa force (v. 8).

Cette maison de son Dieu, à laquelle il était tant attaché, pour laquelle il avait enduré tant d’afflictions, en vue de laquelle il avait, de toute sa force, préparé l’or, l’argent, tous les matériaux nécessaires — cette maison serait la maison de l’arche de l’alliance de l’Éternel. Il avait ardemment souhaité la bâtir lui-même, mais Salomon son fils en aurait le privilège, quand son trône serait affermi à toujours (Salomon est une figure du Christ glorieux, comme David est le Christ souffrant). Toutefois, David a eu, de cette maison, le modèle par l’Esprit (1 Chron. 28, 11-19), une maison grande et merveilleuse (2 Chron. 9), où les sacrifices de Dieu Lui seraient offerts, où la louange Lui serait présentée.

Et le même Esprit lui dicte les hymnes pour le service divin, pour célébrer l’Éternel ; comme aussi Il le conduit à fabriquer des instruments de musique de Dieu (1 Chron. 16, 42) ; et encore à choisir et à établir dans leurs charges ceux qui enseigneront, dirigeront et exécuteront la musique et le chant des psaumes et des cantiques (1 Chron. 6, 31…) ; à désigner ceux qui prophétiseront avec des harpes, des luths et des cymbales (1 Chron. 25, 1-7).

Si David n’a pas eu la joie profonde de voir l’arche enfin dans son repos, il lui est pourtant accordé la grande faveur de la voir prendre en Sion sa place, après qu’elle eut été « trouvée dans les champs de Jaar ». Dernière étape vers le lieu de sa gloire, l’arche est placée dans la tente que David a tendue pour elle, sur ce même mont Morija où Isaac avait été offert en sacrifice. L’arche, notons-le bien, c’est en un sens Christ dans Son service pour Dieu et pour les siens, c’est le Seigneur venu ici-bas pour accomplir l’œuvre que le Père Lui avait donnée à faire (Jean 17, 3, 4). Autant que cela pouvait être révélé avant la croix suivie de l’exaltation glorieuse du divin Ressuscité, l’arche en Sion était déjà le couronnement de cette œuvre, pour ce qui concernait le salut et la paix du peuple de Dieu, appelé à louer son Dieu et à Lui sacrifier la louange.

Aussi bien, cette scène de 1 Chroniques 16 est-elle d’une grande beauté. Si elle n’atteint pas en magnificence la dédicace du temple lui-même, faite plus tard par Salomon, elle en est une belle anticipation ; holocaustes, sacrifices de prospérités sont offerts devant Dieu par David, qui bénit aussi le peuple au nom de l’Éternel, distribuant à tout Israël la nourriture et la joie (1 Chron. 16, 1-3), bénissant aussi sa propre maison (v. 43). Nous avons donc là une touchante image du culte rendu à Dieu, qui aussi pourvoit à tout ce qui nous concerne :

Ô Jésus, pain du ciel, divine nourriture,
Par toi nous vivrons à jamais !

« Alors », lisons-nous, « en ce jour, David remit entre les mains d’Asaph et de ses frères, ce psaume, le premier, pour célébrer l’Éternel » et invoquer Son nom. « Chantez-lui, chantez-lui des cantiques », telle est l’exhortation, toujours de saison. « Chantez à l’Éternel… Il est fort digne de louange… Alors les arbres de la forêt chanteront de joie devant l’Éternel… Il est bon… sa bonté demeure à toujours… Béni soit l’Éternel… de l’éternité jusqu’en éternité. Et tout le peuple dit : Amen ! et loua l’Éternel » (1 Chron. 16, 7-9, 23, 25, 33, 34, 36).

Quelle bouche serait demeurée muette, quand Dieu demandait et agréait la louange ? Quel cœur aurait pu rester insensible, dans le jour où le roi David traduisait sa joie profonde « en sautant et jouant » devant l’arche de Dieu ?

Cher jeune ami, que nous craignons de voir trop habitué dès l’enfance aux calmes expressions du culte humblement rendu en esprit et en vérité — que nous souffrons de sentir comme un peu distant, lorsque l’assemblée loue le Seigneur — puissiez-vous ne pas « mépriser dans votre cœur » (1 Chron. 15, 29) ce qui est d’un si grand prix devant le Père qui s’est cherché de tels adorateurs (Jean 4, 23).

Certes, nous en convenons avec humiliation, le niveau du culte se ressent trop souvent de nos faiblesses, mais c’est pourtant le culte que nous devons rendre par l’Esprit de Dieu (Phil. 3, 3). Et si vous trouvez que le chant des hymnes se traîne, que les cantiques manquent de ferveur, donnez le secours de vos jeunes voix, chantez de votre cœur à Dieu avec l’assemblée du Seigneur. En faites-vous partie par la foi en Jésus ? Prenez vraiment place parmi ceux qui invoquent Son nom ; si faibles soient-ils, ils L’ont au milieu d’eux, Lui dont l’œuvre parfaite est l’un des motifs de leur louange à Dieu. Et chantez avec nous l’amour du Rédempteur.

Plus ample encore est la fête de la dédicace du temple, quand l’arche prend sa place dans l’oracle, au lieu très saint de la maison de Dieu. Comment décrire cette scène où la majesté divine impose une sainte révérence ? Salomon fléchit les genoux, et tous les fils d’Israël s’inclinent le visage en terre (2 Chron. 6, 13 ; 7, 3), quand la gloire de l’Éternel remplit Sa maison. Alors Dieu répond à l’invitation de l’Esprit dictée à David : « Lève-toi pour entrer dans ton repos, toi et l’arche de ta force » (Ps. 132, 8 ; 2 Chron. 6, 41).

Mais quelle harmonie, et quelle puissance selon Dieu, quand « une même voix » se fait entendre, louant et célébrant l’Éternel,

— la voix des milliers de Lévites et de chantres, eux tous, Asaph, Héman et Jeduthun, et leurs fils, vêtus de fin coton, avec des cymbales, des luths et des harpes, se tenant à l’orient de l’autel ;

— celle des cent vingt sacrificateurs sonnant des trompettes ;

— voix unies aux instruments de musique de l’Éternel, que le roi David avait faits pour Le célébrer, parce que Sa bonté demeure à toujours (2 Chron. 5, 11-14).

Alors le feu descend du ciel et consume l’holocauste et les sacrifices ; alors la gloire de l’Éternel remplit la maison. Dieu agrée la louange et prend place au milieu de Son peuple, qui célèbre une fête solennelle.

Certes, c’est spécialement vers la gloire du Messie et la bénédiction future de Son peuple terrestre, que ces scènes orientent nos pensées. Notre espérance comme enfants de Dieu est céleste ; faveur excellente, nous verrons Dieu dans la face du Seigneur Jésus glorifié et élevé plus haut que les cieux. Mais à cette anticipation des gloires qui vont, pour Christ, suivre Ses souffrances — qu’elles soient terrestres au milieu d’Israël et des nations bénies en Lui, ou célestes dans le jour des noces de l’Agneau pour d’éternelles félicités — à cette vue que la foi nous donne d’un Christ glorifié aux yeux de tout l’univers, se lie toujours la louange qui Lui sera pleinement rendue. Les accents éclatants des trompettes, l’accord parfait des voix soutenues et renforcées par tous les instruments de musique de Dieu, devant le temple à Jérusalem, n’étaient qu’une figure de cette louange universelle offerte à Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau.

De tout cela, mes jeunes amis, le service du culte dans l’assemblée est, pour le Seigneur, les prémices, quand Ses rachetés, réunis autour de Lui, adorent le Père en Son nom. La foi qu’Il nous donne rend actuelle cette scène d’éternité ; l’Esprit est là pour conduire cette louange qui jaillira parfaite, à flots pressés, sans cesse renouvelés, quand nous verrons là-haut le Seigneur de gloire ; Lui-même est là, selon Sa promesse, au milieu des deux ou trois assemblés à Son nom ; et c’est sous le regard de Dieu et dans Sa faveur que Ses rachetés, encore sur cette terre, savourent les félicités de Sa maison.

Êtes-vous l’un de Ses rachetés ?

Alors, louez-Le avec les siens, comme les fils d’Asaph louaient avec leurs pères, « eux tous ».

Et si vous n’avez pas encore cette grâce en partage, désirez ardemment la posséder pour vous-même. Venez à Jésus, Il révèle le Père, le Dieu d’amour qui L’envoya des cieux