Son existence éternelle et Sa divinité

« Le Fils unique qui est dans le sein du Père »

(Jean 1, 18)

Rien n’est plus à redouter que les raisonnements dans les choses où les affections doivent nous animer ; rien de plus dangereux que d’abandonner le domaine de la puissance vivante pour la région des spéculations ou des théories. Les mystères de Dieu sont eux-mêmes tous de la plus haute valeur pratique, pour fortifier dans le service, consoler dans l’épreuve, ou élargir la communion de l’âme.

L’apôtre Paul parle de lui-même et de ses compagnons de service comme étant des « serviteurs de Christ », et des « administrateurs des mystères de Dieu ». Nous aussi, dans notre mesure, nous sommes appelés à être des serviteurs, pratiquement et personnellement actifs et dévoués en tout, patients, diligents et utiles dans les labeurs. Mais nous devons aussi être des « administrateurs des mystères », gardant pures et inviolées les vérités révélées de Dieu. Les raisonneurs de ce siècle peuvent ne pas les recevoir : la croix leur est une folie, et les « chefs de ce monde », les philosophes qui se disent sages, n’ont pas connu « la sagesse de Dieu en mystère ». Toutefois ce mystère ne doit leur être concédé en aucune manière. L’administration nous en a été confiée, et ce qui est requis d’un administrateur, c’est qu’il soit fidèle (1 Cor. 4, 1, 2).

Maintenir la gloire personnelle du Fils de Dieu et y rendre témoignage, est une partie importante de cette haute et sainte administration. L’apôtre Jean le fait avec un soin jaloux. Lorsqu’il s’agit des judaïsants ou d’autres faux docteurs qui corrompaient la vérité, Paul les combat par divers arguments. Dans l’épître aux Galates, où il défend la simplicité de l’évangile, il mêle aux raisonnements les plus serrés et les plus pressants, des appels pleins de tendresse et des supplications ardentes. Mais, dans les épîtres de Jean, tout est péremptoire. Il écarte sommairement et tient à distance tout ce qui n’est pas de cette « onction de la part du Saint » qui fait connaître le Fils, aussi bien que le Père, qui n’admet pas qu’aucun mensonge vienne de la vérité, et qui dit nettement : « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ».

Cette diversité de procédés dont use l’Esprit Saint dans Sa sagesse a son importance, et nous devons y faire attention. L’observation des jours ou l’abstention des viandes étaient des choses qui, en réalité, dépréciaient la pleine gloire et la liberté de l’évangile. Toutefois il fallait les supporter (Rom. 14). Mais la dépréciation de la personne du Fils ne saurait être tolérée ; nous ne pouvons à cet égard passer un décret d’indifférence.


Un simple voyage d’Égypte en Canaan n’aurait pas constitué un vrai pèlerinage. Plusieurs avaient parcouru cette route sans être des étrangers et des pèlerins de Dieu. Les fatigues et les difficultés inhérentes à la traversée d’un désert aride et sans chemin frayé, n’en auraient pas fait un pèlerinage divin ou céleste. Il ne suffit pas d’une vie de labeurs et de renoncement poursuivie même avec ce courage moral qui convient à ceux qui, pour Dieu, sont étrangers sur la terre. Pour faire de ce voyage celui du Dieu d’Israël, il fallait que l’arche fût au milieu des pèlerins, portée par un peuple que le sang avait racheté d’Égypte, et qui se dirigeait vers Canaan dans la foi en la promesse.

Telle était la vocation des enfants d’Israël dans le désert. Ils avaient à suivre l’arche, à l’accompagner et à la sanctifier. Leur faiblesse a pu se trahir et attirer sur eux, de plus d’une manière et en plus d’une occasion, le châtiment et la discipline ; mais du moment qu’ils abandonnaient l’objet direct de leur vocation, tout était perdu. C’est ce qui arriva. En face de l’arche de Jéhovah, ils portèrent le tabernacle de Moloch et l’étoile de Remphan, et, en conséquence, leurs pas furent tournés vers Babylone ou Damas (Amos 5 ; Act. 7).

Et quelle est l’arche qui, maintenant, est au milieu des saints pour les conduire sûrement, saintement et à la gloire de Dieu, à travers le désert de ce monde ? N’est-ce pas le nom du Fils de Dieu ? Quel est le mystère confié à notre administration et à notre témoignage, sinon celui-là ? « Celui qui demeure dans la doctrine (la doctrine de Christ), celui-là a le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres » (2 Jean 9-11). Les saints doivent élever un mur de séparation entre eux et ce qui déshonore Christ.

Arrêtons-nous pour considérer, pendant quelques moments, la personne du Seigneur Jésus comme Fils de Dieu, et s’Il daigne Lui-même nous assister, le sujet de notre méditation sera en bénédiction pour nos âmes.


Nous sommes baptisés « au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ». Ces paroles renferment la déclaration formelle du mystère de l’essence divine, la Trinité, le Fils y étant reconnu comme une personne divine, aussi bien que le Père et le Saint Esprit.

Ce mystère — le Père, le Fils et le Saint Esprit, trois personnes dans l’unité de la gloire ou de l’essence divine — est présenté dans d’autres parties des Écritures, d’une manière différente et à un point de vue plutôt moral. Elles le montrent dans sa grâce et sa puissance, et dans son application à nos besoins, à notre vie et à notre édification. C’est ce que l’on voit spécialement dans l’évangile de Jean, qui n’énonce pas ce mystère sous la forme précise qu’il a dans les paroles du baptême, mais qui le place devant l’intelligence des saints, le présente à nos affections, à nos consciences, et le met en notre possession dans la foi et la communion.

C’est ainsi qu’au verset 14 du premier chapitre de Jean, on entend les saints interrompre, pour ainsi dire, l’histoire des gloires de Jésus, et sceller de leur témoignage cette grande vérité : « La Parole devint chair ». Dans la ferveur qui convenait à un tel moment, le courant de leurs pensées est comme brisé. Après avoir commencé à parler de la Parole devenue chair, avant d’avoir achevé leur témoignage, ils proclament (dans une parenthèse) Sa gloire personnelle qu’ils disent avoir vue — « une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père ». Et bientôt après (v. 18), il est parlé de ce Fils unique comme étant « dans le sein du Père » — paroles profondément précieuses pour nos âmes[1].

Le Seigneur, sans doute, est appelé « le Fils de Dieu », à différents points de vue. Il est nommé ainsi comme né de la vierge Marie (Luc 1, 35). Il est dit Fils de Dieu par un décret divin, comme aussi en résurrection (Ps. 2, 7 ; Act. 13, 33 ; Rom. 1, 4). Cela est et demeure vrai, bien que d’autres révélations nous soient données quant à Sa filiation divine. Il est le Fils, et cependant Il a reçu le nom de Fils (Héb. 1, 1-5). Matthieu et Marc ne font mention pour la première fois de Sa relation avec Dieu comme Fils, qu’à Son baptême. Luc va plus loin, il parle de Lui comme Fils du Très-haut avant Sa naissance dans ce monde. Mais Jean remonte plus haut encore, jusque dans l’incommensurable et ineffable distance de l’éternité, et nous L’annonce comme Fils dans le sein du Père.

Sans doute, tous ne Le discernaient pas avec la même clarté ; il y avait chez ceux qui s’adressaient à Lui différentes mesures de foi touchant Sa personne. Lui-même, par exemple, reconnaît que la foi du centurion qui saisissait Sa gloire personnelle, dépassait ce qu’Il avait trouvé en Israël. Mais tout cela n’affecte en rien ce que nous apprenons touchant Sa personne, savoir qu’Il était le Fils « dans le sein du Père », ou « la vie éternelle qui était auprès du Père », et qui nous a été manifestée.

Nous ne devons pas, bien-aimés, toucher à ce précieux mystère. Craignons d’obscurcir la lumière de cet amour, dans lequel nos âmes sont invitées à marcher en poursuivant leur chemin vers le ciel. Et — si j’ose exprimer cette pensée plus douce et plus profonde — craignons d’admettre aucune confession de foi (ou plutôt d’incrédulité) qui priverait le sein de Dieu de ses éternelles et ineffables délices, qui nous dirait que notre Dieu n’a pas connu, de toute éternité, la joie d’un Père, et que notre Seigneur ne goûtait pas de toute éternité, la joie d’un Fils quant Il reposait dans le sein du Père.

Si, dans l’essence divine, il y a des personnes, comme nous savons qu’il y en a, ne devons-nous pas aussi reconnaître qu’il existe entre elles des relations ? Le Père, le Fils et le Saint Esprit ne sont-ils pas révélés à notre foi, le Fils engendré et le Saint Esprit procédant du Père ? Assurément. Les personnes dans cette gloire ne sont pas indépendantes l’une de l’autre, mais en relation l’une avec l’autre. Et ce n’est pas dépasser notre mesure que de dire que le grand archétype de l’amour, le précieux modèle ou l’original de toute affection de relation, se trouve dans cette relation entre les personnes divines.

Pouvons-nous accepter cette pensée d’incrédulité qu’il n’y a pas de personnes dans l’essence divine, et que le Père, le Fils et le Saint Esprit ne sont que différentes manifestations de la même personne ? La substance même de l’évangile en serait détruite. Et cette autre pensée d’incrédulité que ces personnes divines ne sont pas en relation entre elles, jetterait une ombre sur l’amour révélé dans l’évangile.

On me demandait un jour si le « sein du Père » n’avait existé qu’au jour où le petit enfant naquit à Bethléhem. À cette question, je réponds avec une entière assurance : Certainement le sein du Père a existé de toute éternité. Il était l’habitation éternelle dont jouissait le Fils, et où Il était l’ineffable délice du Père. C’est « la retraite cachée de l’amour », a dit quelqu’un, « de l’amour ineffable plus élevé que la gloire, car la gloire peut être révélée, mais non pas cet amour ». Il est insondable.

L’âme peut n’avoir pas été exercée touchant ces vérités, mais les saints ne peuvent admettre qu’on les nie. L’âme n’ose livrer ce mystère aux pensées des hommes. La foi défend ce terrain contre « la philosophie et les vaines déceptions ». Les Juifs même réfutent la difficulté que plusieurs trouvent à l’admettre. Ils comprenaient qu’affirmer être Fils de Dieu, comme le faisait le Seigneur, c’était se dire égal à Dieu. Dans leur pensée, se dire Fils, bien loin d’impliquer qu’il s’agissait d’une personne secondaire ou inférieure, affirmait l’égalité. Dans une autre occasion, ils accusent Jésus de blasphème, disant qu’Il se faisait Dieu parce qu’Il revendiquait Sa relation de Fils avec Dieu, Son Père (Jean 5 ; 10). C’est ainsi que les Juifs, à plus d’une reprise, réfutent cette misérable difficulté que soulèvent l’incrédulité et les vaines déceptions des hommes. Ils étaient assez sages pour ne pas vouloir soumettre au prisme des raisonnements humains la lumière où Dieu habite.


« Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père », est une parole qui doit arrêter nos raisonnements, et la déclaration que la vie éternelle nous a été manifestée, pour que nous ayons communion avec le Père et le Fils (1 Jean 1, 2), exprime distinctement l’ineffable mystère du Fils comme étant une personne dans l’essence divine, comme étant « la vie éternelle » auprès du Père. Il est aussi écrit : « Le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître ». Et je le demande, quel autre que Dieu peut faire connaître Dieu ? En un certain sens, on peut définir Dieu. Mais le cœur de l’Église ne saurait se contenter de ces définitions, bien que la sagesse du monde ne connaisse rien d’autre. Il nous faut une connaissance ou une révélation de Lui-même que Lui seul peut donner. Le Fils dans le sein du Père, le Fils qui a fait connaître Dieu, peut-Il donc être autre qu’une personne divine ?

Rien ne saurait répondre à tout ce que l’Écriture nous dit de ce grand mystère, sinon la foi en ceci : le Père et le Fils sont dans la gloire de l’essence divine, et, quoique égaux en gloire, il y a entre eux cette relation de Père et de Fils. « Celui qui était auprès de Dieu au commencement, éternel comme Dieu, Dieu Lui-même, était aussi le Fils de Dieu », a dit quelqu’un ; puis il ajoute : « Dieu permet que plusieurs choses restent des mystères, en partie, je le pense, afin d’éprouver de cette manière l’obéissance de nos esprits, car Il demande de nous cette obéissance d’esprit, tout autant que celle en action. Cette sujétion de l’esprit à Dieu est une partie de la sainteté, et c’est une chose que l’Esprit de Dieu seul peut donner. Lui seul est capable de calmer et d’humilier ces puissances intérieures de l’esprit qui s’élèvent et osent juger des choses de Dieu, refusant de recevoir ce qu’elles ne comprennent pas ; désobéissance et orgueil qui n’ont leurs pareils que dans la désobéissance et l’orgueil de Satan ». Garantie sainte et bien à propos pour nos âmes ! « Qui est le menteur », demande l’apôtre, « sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? ». Et immédiatement après, il ajoute : « Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils », et encore : « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père » ; paroles bien sérieuses que l’Esprit Saint nous donne. Comment aurions-nous la connaissance du Père, sinon par le Fils et dans le Fils ? Le Père peut-Il être connu autrement ? C’est pourquoi il est écrit : « Quiconque nie le Fils, n’a pas non plus le Père ». Je puis dire : « Abba, Père », dans l’esprit d’adoption ; — un poète a pu dire : « Car aussi nous sommes sa race » ; — mais Dieu n’est pas connu réellement comme le Père, si le Fils n’est pas reconnu comme étant dans la gloire de l’essence divine.

Nous avons l’assurance, sous la sanction de l’autorité divine, que si l’onction que nous avons reçue demeure en nous, nous demeurerons dans le Fils et dans le Père.


Le Fils peut-Il être honoré comme le Père (Jean 5, 23), s’Il n’est pas reconnu comme étant dans l’essence divine ? La foi en Lui ne consiste pas à croire qu’Il est un Fils de Dieu, ou Fils de Dieu comme né de la vierge, ou comme ressuscité d’entre les morts, bien que ce soient des vérités qui Le concernent. La foi en Lui est la foi en Sa propre personne. Je ne puis pas appeler Jésus « Fils de Dieu », sauf dans la foi en Sa relation divine comme Fils. L’intelligence qui nous a été donnée, l’a été, « afin que nous connaissions le Véritable », et comme étant « dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ ». À cela l’apôtre ajoute : « Lui est le Dieu véritable et la vie éternelle ».

« La vérité », dans le sens que lui donne la seconde épître de Jean, n’est-elle pas « la doctrine du Christ », ou l’enseignement de l’Écriture touchant la personne de Christ ? Et la vérité de la relation de Fils dans l’essence divine, n’y est-elle pas renfermée ? Oui, car il y est dit : « Celui qui demeure dans la doctrine, celui-là a le Père et le Fils ». Et la porte doit être fermée contre ceux qui n’apportent pas cette doctrine du Christ — la même épître parlant de Lui comme du « Fils du Père », paroles qui ne sauraient s’appliquer à Lui comme né de la vierge par l’opération du Saint Esprit.

Mais de plus, l’amour de Dieu peut-il être compris selon l’Écriture, si la divinité du Fils n’est pas reconnue ? Cet amour ne tire-t-il pas son caractère de cette doctrine même ? N’est-ce pas sur ce fondement-là que nos cœurs sont touchés et attirés ? « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ». Et encore : « En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima, et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péché ». Et auparavant, l’apôtre avait dit : « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui,… et nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde ».

Cet amour ne perdra-t-il pas immédiatement son incomparable gloire, si la vérité de la divinité éternelle du Fils est mise en question ? Que répondraient nos âmes à celui qui nous dirait que ce n’est pas Son propre Fils que Dieu n’a point épargné, et a livré pour nous tous ? Combien cela dessécherait le cœur d’apprendre que Celui que Dieu a ainsi livré (voy. Rom. 8, 32), n’était Son Fils que comme né de la vierge, et que ces paroles : « Il n’a pas épargné son propre Fils », se rapportent à ce qui en lui est humain, et non à ce qui est divin.

Prenons bien garde d’amoindrir la portée de la précieuse Parole de Dieu, pour l’accommoder aux préjugés de l’homme. Était-ce avec son serviteur, ou avec un étranger, ou avec quelqu’un qui fût simplement né dans sa maison, qu’Abraham se rendait à Morija ? Était-ce avec un fils d’adoption, ou bien avec son propre fils, son fils même, son fils unique qu’il aimait ? Nous savons comment répondre à ces questions. Et je ne sais pas comment je pourrais parler du Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré Lui-même pour moi, si je ne Le recevais point par la foi comme le Fils dans le sein du Père, le Fils dans la gloire de l’essence divine.

Le Fils est le Christ. Dieu, dans la personne de Son Fils, a entrepris pour nous toute l’œuvre officielle, toute l’œuvre pour laquelle était nécessaire un Christ, oint de Dieu. Il l’a fait dans la personne de Jésus. En conséquence, nous disons : « Jésus Christ, le Fils de Dieu ». Le Fils unique, le Christ, Jésus de Nazareth, sont une même personne. Mais c’est dans Sa gloire personnelle et essentielle, dans Son office, et dans l’humanité qu’Il a prise, que nous Le voyons sous ces noms différents.


Nous pouvons suivre Son merveilleux sentier depuis la gloire jusqu’à ce qu’Il hérite de toutes choses. Quelles découvertes, bien-aimés, nous faisons touchant Sa personne ! Lisez ce que disent de Lui les passages suivants : Proverbes 8, 23 à 31 ; Jean 1, 1 à 3 ; Éphésiens 1, 10 ; Colossiens 1, 13 à 22 ; Hébreux 1, 1 à 3 ; 1 Jean 1, 2 ; Apocalypse 3, 14. Méditez sur Sa personne, telle qu’elle vous est présentée dans ces glorieuses Écritures. Laissez-les vous pénétrer de leurs diverses lumières pour voir Celui en qui vous vous confiez, Celui qui a tout quitté pour vous, Celui qui a foulé, et foule encore, un tel sentier — et dites-moi si vous pouvez vous séparer de Lui ou de ce sentier ? Il était dans le sein du Père — Il était la vie éternelle auprès du Père, Dieu, et cependant auprès de Dieu. En conseil Il était alors établi, avant le commencement de la poussière du monde. Ensuite, Il fut le Créateur de toutes choses dans leur beauté et leur ordre primitifs ; puis, dans leur état de péché et de ruine, le réconciliateur de toutes choses ; et bientôt, dans leur réunion en un, Il sera l’héritier de toutes choses. Notre foi Le contemple ainsi, et parle ainsi de Lui. Nous disons : Il était dans les conseils éternels, dans le sein de la vierge, dans les afflictions de ce monde, dans la résurrection d’entre les morts ; Il est couronné dans le ciel de gloire et d’honneur, et sera, avec toute autorité et louange, héritier et Seigneur de toutes choses.

Admettez qu’Il n’était pas dans le sein du Père de toute éternité, puis demandez à votre âme si elle n’a rien perdu de l’intelligence et de la joie de ce précieux mystère, déroulé ainsi devant elle d’éternité en éternité. Je ne puis comprendre un saint soutenant une telle chose, et je ne pourrais consentir à me joindre à une confession de foi, disant de mon Père céleste qu’Il n’a pas donné Son propre Fils pour moi.

Quelle bénédiction il y aurait pour nous — si nous étions capables de suivre cette pensée — de contempler le Seigneur tout du long de ce sentier jusqu’au trône de la gloire !

Et j’ajouterai : À chaque pas de Sa course, nous Le voyons objet dans le cœur de Dieu des mêmes et parfaites délices ; toute Sa joie à la fin, autant qu’au commencement, bien qu’avec ce privilège et cette gloire, qu’Il faisait Ses délices d’une manière bienheureuse et merveilleusement variée. L’Écriture nous permet de suivre cette précieuse pensée. Nous ne parlons pas de cette joie que le Fils avait dans le sein du Père de toute éternité. Nous ne le pourrions pas. Le sein du Père était « la retraite cachée de l’amour » — et la joie qui accompagnait cet amour est aussi inexprimable que lui-même.

Mais lorsque Son Bien-aimé fut établi comme centre de toutes les opérations divines et fondement de tous les conseils de Dieu, Il était encore les délices de Dieu. C’est dans cette position et dans ce caractère, que nous Le voyons au chapitre 8 des Proverbes (v. 22-31). Dans ce merveilleux passage, la sagesse, ou le Fils, est vue comme l’origine, l’auteur et le soutien de toutes les œuvres et de tous les conseils divins ; établi selon les desseins de Dieu avant que le monde fût, ainsi que nous le présentent plusieurs passages du Nouveau Testament (voy. Jean 1, 3 ; Éph. 1, 9, 10 ; Col. 1, 15-17).

Et en tout cela, Il peut dire de Lui-même : « J’étais alors à côté de lui son nourrisson, j’étais ses délices tous les jours, toujours en joie devant lui ».

Et lorsque l’accomplissement du temps est arrivé, le Fils de Dieu vint dans le sein de la vierge. Qui peut dire ce mystère ? Il est réel, mais nul ne peut le sonder. C’est un autre moment de joie et une nouvelle occasion de la faire naître ; des anges viennent proclamer le mystère et l’annoncer aux bergers dans les campagnes de Bethléhem.

Alors, sous une nouvelle forme, le Fils de Son amour commença une autre carrière. À travers les souffrances et dans Son service comme Fils de l’homme, on Le voit sur la terre, mais toujours et sans mélange les délices ineffables du Père, comme dans les siècles cachés de l’éternité. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » ; « voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme trouve son plaisir » ; telles sont les paroles du Père, exprimant Sa joie immuable en suivant les pas de Jésus sur cette terre souillée.

Or cette même voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir », se fit entendre une seconde fois sur la sainte montagne, au jour de la transfiguration, de même qu’on l’avait entendue à Son baptême, sur les rives du Jourdain. La transfiguration était le gage et la figure du royaume, de même que le baptême était l’entrée dans Son ministère et Son témoignage. Mais le sein du Père jouit toujours des mêmes délices là où se trouve le Fils, soit que Son regard Le suive le long du sentier solitaire où, comme serviteur, Jésus traversa un monde souillé, soit qu’Il Le contemple sur les hauteurs où, comme Roi de gloire, Il dominera sur le monde millénaire.

Ce sont Ses délices en Lui, délices parfaites et toujours les mêmes d’éternité en éternité. Aucun arrêt, aucune interruption, dans la joie de Dieu en Lui, bien qu’elle soit variée — joie immuable dans sa plénitude et sa profondeur, quelles que soient les occasions qui la font naître. Celui qui la cause est toujours et en tout le même, et telle est aussi la joie. Elle ne connaît pas différentes mesures, bien que les sources en soient diverses.

Or ce Jésus fut sans souillure dans tout sentier d’éternité en éternité ; aussi saint dans le sein de la vierge, que dans le sein du Père ; aussi pur et sans tache à la fin de Son voyage ici-bas, que lorsqu’Il le commença ; aussi parfait comme serviteur, que comme Roi ; une perfection infinie caractérisant le tout, et le bon plaisir du Père reposant en toutes choses sur Lui.

Si seulement l’âme était pénétrée de la pensée que ce précieux Seigneur (contemplé soit où Il est, soit tel qu’Il est) est le même qui, de toute éternité, était dans le sein du Père, si cette pensée était retenue avec force par la puissance du Saint Esprit, plus d’une tendance dans notre esprit qui maintenant le souille, serait arrêtée. Celui qui était dans le sein de la vierge, est le même qui était dans le sein du Père ! Quelle pensée ! L’Éternel des armées, assis sur Son trône haut et élevé, comme Ésaïe Le vit, Celui que les séraphins ailés adoraient, était Jésus de Galilée ! Aussi pur comme homme qu’Il l’était comme Dieu — sans tache dans le vase humain, comme Il l’était dans le sein éternel — aussi immaculé au milieu des souillures du monde, que lorsqu’Il était tous les jours les délices du Père, avant que le monde fût ! Quelle ineffable pensée !

Si l’âme est pénétrée de ce mystère, bien des pensées qui surgissent dans notre esprit, trouveront immédiatement leur solution. Qui oserait, en présence d’un semblable mystère, parler légèrement, comme plusieurs l’ont fait ? Que Sa gloire apparaisse à l’âme, et, comme les séraphins, nous nous voilerons la face, et tels que Moïse, nous ôterons les sandales de nos pieds.


Les divins raisonnements de la première épître de Jean montrent, je le pense, que nos vues touchant le Fils de Dieu affectent la communion de l’âme. Car, dans cette épître, l’amour est manifesté dans le don du Fils, et nous demeurons dans l’amour. Si donc j’estime que le Père en donnant le Fils, n’a fait don que de la semence de la vierge, l’atmosphère dans laquelle je demeure est obscurcie. Mais si ce don est pour moi celui du Fils qui, de toute éternité, est dans le sein du Père, mon sentiment de l’amour s’élève, et avec lui le caractère de ce en quoi je demeure. C’est ainsi que la communion de l’âme est affectée par notre appréciation du Fils. En conversant avec les saints, on peut voir, il est vrai, que plusieurs, à cause de la simplicité de leur foi, bien que n’ayant qu’une faible mesure de vérité, en jouissent plus que d’autres qui en ont une plus considérable. Mais cela ne touche en rien les pensées et les raisonnements de l’Esprit dans cette épître. Il reste toujours vrai que l’amour est ce en quoi nous demeurons, et notre communion tirera son caractère de la manière dont nous apprécierons l’amour. Et pourquoi, je le demande, chercherions-nous à affaiblir la jouissance de la communion, et ainsi notre jouissance en Dieu ? Le mal gît en ceci — si j’ose parler pour d’autres — c’est que nous nous soucions trop peu des choses précieuses que nous avons en Lui.

Le Fils, le Fils unique, le Fils du Père, s’est « anéanti lui-même », afin d’accomplir le bon plaisir de Dieu, en servant de misérables pécheurs. Mais le Père souffrira-t-Il que les pécheurs, pour qui toute cette humiliation a été endurée, en prennent occasion pour déprécier le Fils ? Cela ne peut être, comme nous le dit Jean 5, 23. Jésus avait déclaré que Dieu était Son Père, « se faisant ainsi égal à Dieu ». Mettrions-nous en question que Dieu L’ait soutenu dans Sa déclaration ? Que font donc ceux qui nient que le Fils soit dans l’essence divine ? Le Père n’acceptera pas l’honneur qu’on voudrait Lui rendre, si, en même temps, Il n’est pas rendu au Fils, car « celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé ».

L’Esprit fut donné aux disciples par Jésus ressuscité, lorsqu’Il souffla en eux (Jean 20). Le Saint Esprit procéda alors de Lui, et ainsi l’Esprit fut[2]. Mais dira-t-on pour cela, qu’Il n’était pas auparavant dans l’essence divine ? Jamais un saint n’aura cette pensée. Il en est ainsi du Fils. L’Esprit Saint vint sur Marie ; la puissance du Très-haut la couvrit de son ombre, et c’est pourquoi la sainte chose qui naquit d’elle fut appelée Fils de Dieu. Mais cela ne touche en rien la vérité qu’auparavant il était le Fils dans l’essence divine.

Considérons encore la première épître de Jean. Il s’adresse aux pères, aux jeunes gens et aux petits enfants. Les « pères » sont ceux qui ont « connu Celui qui est dès le commencement ». Ils demeurent dans « la doctrine de Christ » et ont « le Père et le Fils ». L’onction de la part du Saint est puissante en eux, si je puis m’exprimer ainsi. Ils ont écouté avec un profond recueillement d’âme, la déclaration du Père par le Fils (Jean 1, 18). Ayant vu le Fils, ils ont aussi vu le Père (Jean 14, 7-11). Ils gardent les paroles du Fils et du Père (Jean 14, 21-23). Ils savent que le Fils est dans le Père, eux dans le Fils, et le Fils en eux. Ils ne sont pas orphelins (Jean 14, 18-20).

Les « jeunes gens » sont ceux qui ont « vaincu le méchant », celui qui agit dans le monde en niant le mystère du Christ (1 Jean 4, 1-6). Mais ils ne sont pas établis dans la pleine puissance de ce mystère, comme les pères le sont, et ils ont besoin d’exhortations. L’apôtre les avertit donc contre tout ce qui appartient au monde, parce qu’ils ont déjà vaincu cet esprit qui, dans le monde, s’oppose à Christ.

Les « petits enfants » sont ceux qui ont « connu le Père ». Mais ils ne sont que de petits enfants ; ils ont donc besoin d’être enseignés et exhortés. Leur connaissance du Père a quelque chose qui manque de maturité, et qui n’est pas aussi liée que celle des pères avec la connaissance du Fils, de « Celui qui est dès le commencement ». L’apôtre les met donc en garde contre les antichrists, les décrivant comme s’élevant contre « la vérité » ou « la doctrine du Christ ». Il leur dit que « celui qui nie le Fils, n’a pas non plus le Père », que si l’onction qu’ils ont reçue demeure en eux, ils demeureront sûrement dans le Fils et dans le Père, et que la maison de Dieu porte ce caractère qu’aucun de ceux qui ne goûtaient pas cette onction, ne pouvait y rester. Il leur rappelle que la promesse que le Fils a promise, est la vie éternelle. Et enfin, il les exhorte à demeurer dans ce que cette onction enseigne, afin qu’eux, les apôtres, ne soient pas couverts de honte au jour de l’apparition du Fils.

Tout ce précieux passage des Écritures traite donc de la personne du Fils, ou de « la doctrine du Christ ». C’est leur progrès dans cette vérité, leur relation avec elle, et non leur caractère général de chrétien, qui les distingue comme pères, jeunes gens, et petits enfants. Ces exhortations ont donc en vue le grand sujet de toute l’épître, c’est-à-dire le Fils de Dieu. En effet, c’est Lui qui la caractérise d’un bout à l’autre. C’est le sang du Fils qui purifie. Nous avons un avocat auprès du Père, et qui est-Il, sinon le Fils ? C’est dans le Fils que l’onction que nous avons reçue nous fait demeurer. C’est le Fils qui a été manifesté pour détruire les œuvres du diable. C’est dans le nom du Fils qu’il nous est dit de croire. C’est le Fils qui a été envoyé pour manifester ce qu’est l’amour. C’est la foi dans le Fils qui donne la victoire sur le monde. C’est touchant le Fils qu’est le témoignage de Dieu. C’est dans le Fils que nous avons la vie. C’est le Fils qui est venu pour nous donner une intelligence, et c’est en lui que nous sommes. C’est le Fils qui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Nous trouvons tout cela dans cette épître, et ainsi c’est le Fils qui est le grand objet qu’elle nous présente. L’apôtre distingue les pères, les jeunes gens et les petits enfants, selon leur relation avec cet objet ; d’après la mesure selon laquelle leurs âmes Le saisissent. Ainsi tout, dans cette épître, se trouve être conséquent d’une manière divine et précieuse.

Jean, dans le même écrit, parle beaucoup d’amour et de justice, comme ce qui découle nécessairement du fait que nous sommes nés de Dieu, et en est la preuve. Mais, en même temps, il parle d’une vraie ou d’une fausse confession de Christ. Considère-t-il les premières choses comme pratiques et vivantes, et les autres comme spéculatives ? Il ne nous autorise en rien à faire cette distinction. Toutes sont traitées comme ayant le même caractère, et il nous fait connaître que l’exercice de l’amour et la pratique de la justice ne complèteraient pas le témoignage d’une âme née de Dieu, sans la connaissance et la confession du Fils.

Si, dans la vision, Ésaïe avait pu suivre le sentier de Jésus parcourant les villes et les villages de Son pays natal, dans quelle adoration perpétuelle n’aurait-il pas été ? Il avait vu Sa gloire. Il L’avait contemplé sur Son trône haut et élevé, les pans de Sa robe remplissant le temple et les séraphins se voilant la face, en reconnaissant en Jésus la gloire de la déité. Ésaïe « vit sa gloire, et parla de lui » (Jean 12 ; És. 6). Et nous avons besoin de la voir ainsi par la foi — la foi dans le Fils, la foi en Jésus, la foi en Son nom ; nous avons besoin de saisir Sa personne, d’avoir le sentiment de Sa gloire, cachée derrière un voile plus épais que l’aile d’un séraphin, le voile d’un Galiléen humble et rejeté du monde.

En terminant, rappelons-nous ce que dit le Seigneur touchant les serviteurs qui ont à donner aux autres la nourriture dans le temps convenable (Matt. 24 ; Luc 12). Ils doivent avoir soin de ne pas corrompre cette nourriture. Ils ont à « paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre Fils », dit un apôtre. « Paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous », dit un autre. Et l’Assemblée de Dieu et le troupeau de Dieu doit croître de « l’accroissement de Dieu ». Merveilleuses paroles !

Veillons, bien-aimés, sur les tentatives de l’ennemi pour corrompre la nourriture des esclaves du Seigneur. Les enseignements de Jean touchant le Fils de Dieu, et ceux de Paul touchant l’Assemblée de Dieu, sont la nourriture qui convient au temps actuel, et nous ne devons pas accommoder au goût et aux raisonnements des hommes la nourriture que Dieu a mise en réserve pour Ses saints. La manne doit être recueillie telle qu’elle vient du ciel, et apportée au camp des voyageurs pour les nourrir du pain des anges.

« Et maintenant, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés » ; telles sont les paroles de Paul, bien applicables aussi de nos jours.