Son humanité

« Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous »

Dans l’histoire de la chair et du sang qui nous est donnée dans les Écritures, nous apprenons que, par le péché la mort est entrée dans le monde. Pour tous ceux qui sont représentés comme étant en Adam, la sentence était : « Au jour que tu en mangeras, tu mourras certainement ». Mais touchant la semence de la femme qui n’était pas ainsi représentée, il avait été dit au serpent : « Tu lui briseras le talon ». La mort de cette semence devait avoir un caractère aussi particulier que sa naissance. Selon celle-ci, il devait être la semence de la femme, et dans sa mort, avoir son talon brisé. Quand les temps furent accomplis, Celui qui avait été promis naquit « de femme ». Le Fils de Dieu, Celui qui sanctifie, participa à la chair et au sang ; Il devint « la sainte chose » qui naquit de Marie.

La mort avait-elle aucun droit sur Lui ? Non, aucun. Selon l’alliance éternelle, Il devait avoir le talon brisé, mais la mort n’avait aucun droit sur Sa chair et Son sang. Dans cet Être béni, il y avait, si j’ose ainsi l’exprimer, la capacité de répondre au dessein divin, que Son talon serait brisé ; mais en aucune manière Il n’était exposé à la mort.

Sous l’alliance éternelle, pour accomplir le dessein de Dieu et selon Son propre bon plaisir divin, Il s’était livré Lui-même, disant : « Voici, je viens ». En vue des grandes fins que Dieu se proposait : déployer Sa gloire et donner la paix au pécheur, Il avait pris « la forme d’esclave ». Au temps convenable, Il fut « fait à la ressemblance des hommes », et étant « en figure comme un homme », Il poursuivit sa course d’humiliation volontaire « jusqu’à la mort de la croix »[3] (Phil. 2).

C’est ainsi que nous Le voyons durant toute Sa vie. Il voile Sa gloire, « la forme de Dieu », sous celle « d’esclave » ; Il ne cherchait pas la gloire de la part des hommes. Il honorait le Père qui L’avait envoyé et non pas Lui-même. Il ne voulait pas se faire connaître. Il ne voulait pas se montrer au monde. C’est ce que nous lisons de Lui. Tout cela convenait à la « forme » qu’Il avait prise, et nous en trouvons la parfaite illustration dans les récits des évangiles.

Sous cette forme humble, qui cache celle de Seigneur de la terre et de la mer, Il consent à payer le tribut. On le Lui demande, ou au moins on demande à Pierre : « Votre Maître ne paie-t-il pas les didrachmes ? ». Le Seigneur déclare Sa liberté de le faire ou non, mais de peur de scandaliser, Il paie pour Lui et pour Pierre. Mais quel était Celui qui se soumettait ainsi au tribut ? C’était Celui duquel il est écrit : « La terre appartient à l’Éternel, et tout ce qu’elle contient ». Et, en effet, Il commande à un poisson de la mer de Lui apporter la pièce d’argent même qui Lui était nécessaire et qu’Il fait donner aux préposés à l’impôt (Matt. 17).

Quel exemple frappant de ce qu’est le précieux mystère de la piété ! Celui qui était « en forme de Dieu », et qui « ne regardait pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu », se servant des trésors du grand abîme et commandant, comme étant toutes à Lui, aux créatures formées par la main de Dieu, Celui-là avait pris la forme d’un esclave ! Quelle gloire nous voyons briller à travers le nuage, en considérant cette circonstance passagère et aussi vulgaire ! Tout se passait entre le Seigneur et Pierre, mais c’était une manifestation de la « forme de Dieu » cachée sous la « forme d’esclave », de quelqu’un qui était soumis à la puissance humaine. Tout ce que la terre contient Lui était tributaire, au moment même où Il consentait à être tributaire des hommes. Dans une autre occasion, le convive sans apparence qui se trouvait à un festin de noces, faisait les frais de la fête, non seulement comme s’Il eût été « l’époux », mais comme le Créateur de tout ce qui y était servi. Là encore, « il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui ».

Il est aussi écrit de Lui : « Il ne contestera pas, et ne criera pas ; et personne n’entendra sa voix dans les rues » ; Il ne voulait pas briser le roseau froissé, mais plutôt se retirer. Et c’était parce qu’Il avait pris « la forme de serviteur », comme le dit le passage de l’Écriture que cite l’évangile : « Voici mon serviteur que j’ai élu » (Matt. 12).

Tous ces incidents montrent d’une manière significative quelle était Sa voie. « Montre-nous un signe du ciel », disaient les pharisiens (Matt. 16). C’était une nouvelle tentation placée devant Lui pour l’engager à s’élever Lui-même, comme lorsque Satan cherchait à Lui persuader de se précipiter du haut du temple, ou lorsque les siens Lui disaient : « Montre-toi au monde toi-même ». Mais que répond le parfait serviteur ? Il ne sera pas donné d’autre signe que celui de Jonas — un signe d’humiliation, un signe que le monde et le prince de ce monde remporteraient en apparence et pour un moment, un avantage sur Lui, au lieu d’un signe qui aurait frappé de terreur et réduit au silence le monde forcé de se soumettre à Lui.

Elles sont d’une excellence et d’une beauté exquises, ces traces du parfait serviteur de Dieu. David et Paul se tenant, pour ainsi dire, de chaque côté de Sa personne, comme Moïse et Élie sur la sainte montagne, reflètent l’image de Celui qui, comme serviteur, se cachait Lui-même. David avait frappé le lion et l’ours, et Paul fut ravi au troisième ciel — mais ni l’un ni l’autre ne parlèrent de ces faits. Ces actes étaient de brillants reflets du parfait serviteur. Mais David et Paul, comme d’autres mentionnés dans l’Écriture, ou ceux que nous rencontrons parmi les saints, sont trop loin du grand modèle pour que nous puissions Le mesurer. Il cachait « la forme de Dieu » sous « la forme d’esclave ». C’est Lui qui avait été la force de David quand celui-ci frappa le lion et l’ours, et Il était le Seigneur de ce ciel où Paul fut ravi, mais Il était ici-bas sous la forme de quelqu’un qui n’avait pas « où reposer sa tête ».

Il en est de même au sommet, puis au pied de la sainte montagne. Au sommet, durant un moment fugitif, Il se montre à Ses élus comme le Seigneur de gloire. Redescendu dans la plaine, Il était seulement Jésus, défendant à Ses disciples de dire à personne la vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme eût été ressuscité d’entre les morts (Matt. 17).

Observez-Le encore dans la nacelle sur le lac durant l’orage. Il était là comme un travailleur fatigué auquel le sommeil était doux. Telle était la forme dans laquelle Il se manifestait. Mais sous ce voile était « la forme de Dieu ». Il se lève, et comme Celui « qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains, et qui a serré les eaux dans un manteau » (Prov. 30, 4), Il reprend le vent, et dit à la mer : « Fais silence, tais-toi ! » (Marc 4).

C’est dans les pleines et diverses gloires du Jéhovah d’Israël, que notre Jésus passe parfois devant nous. Autrefois, le Dieu d’Israël avait commandé aux créatures du grand abîme, et « un grand poisson » avait été préparé pour engloutir Jonas, et être pour lui un tombeau pendant le temps fixé. De même, en Son temps, Jésus se montra le Seigneur de « cette mer grande et vaste » et de tout ce qu’elle contient, et commanda à une multitude de poissons de se rassembler dans le filet de Pierre (Luc 5). « Les animaux, les petits avec les grands », qui s’ébattent dans les eaux, reconnaissaient dans les premiers temps comme dans de plus rapprochés, la voix de Jéhovah — Jésus.

Ainsi le Dieu d’Israël, comme Seigneur de tout ce que la terre aussi bien que la mer contiennent, se servit d’une ânesse muette pour réprimer la folie du prophète. Et Il se montre encore plus dans ce caractère, lorsque l’arche dut être ramenée du pays des Philistins. Le Dieu d’Israël fit éclater Sa puissance sur ce que la nature a de plus fort, en obligeant les jeunes vaches attelées au char qui portait l’arche, à se diriger, sans se détourner ni à droite ni à gauche, vers Beth-Shémesh sur les frontières d’Israël, en dépit des fortes résistances de tous leurs instincts naturels.

Plus tard, le Seigneur Jésus agit en affirmant de la manière la plus frappante la même gloire et la même puissance du Dieu d’Israël. Lui, la vraie arche, avait aussi à retourner en Son lieu. Le moment vint, dans la suite de Son histoire, où, comme l’arche aux jours de Samuel, Il devait être transporté de la place où Il était dans ce monde. Il avait à visiter Jérusalem entouré de Sa gloire. Il était nécessaire que, comme Roi de Sion, Il entrât dans la cité royale, et Il prend un ânon, le petit d’une ânesse, pour Lui rendre ce service. Et Il le fait, dans toute la conscience de Sa dignité et de Ses droits comme Seigneur de toute la terre. Le possesseur de l’ânon écoute ce message : « Le Seigneur en a besoin », et contrairement à la nature, en opposition à tout ce que le cœur de l’homme aurait pu dire touchant son droit, « il l’envoie aussitôt ».

Ainsi Jésus brillait de la gloire qui caractérisait le Dieu d’Israël. Le voile pouvait être épais, et il l’était. C’était Jésus de Nazareth, le charpentier, le fils du charpentier (Matt. 13, 55 ; Marc 6, 3), mais si épais que fût le voile, la gloire qu’il couvrait était infinie. C’était la gloire de Jéhovah dans toute sa plénitude, toute la divine splendeur que ses rayons brillants venaient affirmer et exprimer. « Il n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu », bien qu’Il se soit « anéanti lui-même ». La foi saisit cette gloire voilée, et le cœur la garde et l’entoure comme d’une muraille de feu. « Qui est monté dans les cieux, et qui en est descendu ? Qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains ? Qui a serré les eaux dans un manteau ? Qui a établi toutes les bornes de la terre ? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils, si tu le sais ? » (Prov. 30, 4). Nous n’essaierons pas de le dire — mais comme Moïse, tandis que Jésus passe, nous nous prosternerons et adorerons (Ex. 34).

Qu’ils sont beaux ces exemples dans lesquels l’Écriture nous montre la forme d’esclave cachant la gloire de Dieu ! Ils ont le même caractère et la même signification, j’ose le dire, ces cas dans lesquels Il semble s’abriter du danger, ou mettre en sûreté Sa vie. Et c’est toujours pour l’âme une tâche précieuse et bénie de découvrir ainsi Sa beauté et Sa gloire cachées aux yeux des hommes. Mais plusieurs qui, à aucun prix, ne voudraient ternir Sa gloire, sont encore inaptes à la saisir, et souvent se trompent sur la manière dont elle se manifeste, ou la forme qu’elle prend.

Le Fils vint dans le monde en contraste complet avec l’homme qui est encore à venir, et devant lequel, comme il est écrit, « la terre tout entière sera dans l’admiration » (Apoc. 13, 3). Ainsi que Jésus le dit Lui-même : « Moi, je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez ». En accord avec ce principe, quand Sa vie était menacée, Il n’étonnait pas le monde par quelque acte qui commandât l’admiration : au contraire. Il s’était anéanti Lui-même. Il ne voulait être ni quelqu’un ni quelque chose. Il refusait absolument d’être grand aux yeux des hommes — admirable et glorieux contraste avec celui « dont la plaie mortelle avait été guérie », de sorte que toute la terre frappée d’étonnement l’adorait, et dont l’image avait reçu la vie et la parole, afin que tous, petits et grands, reçussent sa marque sur leur front.

Le Fils de Dieu offrait un parfait contraste avec tout cela. Il vint au nom de Son Père, et pas en Son propre nom. Il avait la vie en Lui-même. Il était égal à Dieu, duquel il est écrit « qu’il possède seul l’immortalité », mais Il cachait cette splendeur de la gloire divine sous la forme de quelqu’un qui semblait protéger Sa vie par les moyens les plus ordinaires et les plus méprisés. Cette pensée nous serait précieuse, si nous avions seulement des cœurs disposés à adorer. Celui qui viendra bientôt en son propre nom pourra recevoir par l’épée une blessure mortelle et cependant vivre, de sorte que le monde en sera dans l’étonnement, mais le Fils de Dieu fuit en Égypte.

Manquerions-nous d’intelligence spirituelle au point de ne pas voir de telles choses ? La vue de Sa gloire est-elle tellement voilée qu’elle doive nous être imposée ? S’il en est ainsi, que le Seigneur veuille nous supporter, et qu’Il daigne nous donner de la voir. Car sous ce voile se trouve une gloire qui, semblable aux flammes de la fournaise des Chaldéens, aurait pu détruire en un instant tous Ses ennemis. En effet, à la fin, quand le moment fut venu, la puissance des ténèbres devait avoir son heure, les serviteurs de cette puissance, en présence de la gloire du Seigneur, « reculèrent et tombèrent par terre », nous montrant que, si Jésus fut saisi par eux, Il était un captif entièrement volontaire, de même que plus tard Il fut une victime volontaire[4].

En rapport avec ce que je viens de dire, contemplons-Le dans l’occasion à laquelle j’ai déjà fait allusion (Matt. 12, 14, 15). Le Seigneur craignit-Il en ce moment la colère des pharisiens, et croyait-Il devoir mettre Sa vie en sûreté ? Je ne le pense pas. Il prenait une position qui convenait parfaitement au sentier admirable qu’Il suivait comme serviteur, ne cherchant point à s’acquérir un nom honoré dans le monde, mais, à travers l’humiliation et la mort, un nom tel que les Gentils pussent se confier en Lui, et que les pauvres pécheurs fussent sauvés par la foi en ce nom.

Considérez-Le dans un autre moment, quand l’épée d’un Hérode Le menaçait une seconde fois. Comment le Seigneur agit-Il devant ce danger et le domine-t-Il ? C’est dans la conscience que, en dépit de toute la ruse du roi, et dût Hérode y ajouter la violence, Lui, Jésus, suivrait jusqu’au bout le chemin qui Lui était tracé, accomplirait Son œuvre, puis serait consommé. Et cette consommation dont Il parle, devait venir, nous le savons, non du fait qu’Hérode ou les Juifs l’auraient emporté sur Lui, mais de ce qu’Il se livrerait Lui-même pour devenir le chef de notre salut et serait « consommé par les souffrances ». Et, dans la même occasion, le Seigneur dit que, bien que comme prophète, Il dût mourir à Jérusalem, c’était afin que Jérusalem comblât la mesure de ses péchés, car Il était le Dieu de Jérusalem qui, pendant tant de siècles de patience et d’amour, l’avait supportée, avait plaidé avec elle, mais qui bientôt, exerçant le jugement, la laisserait désolée (Luc 13, 31-35).

Je le répète : Que de gloires étaient voilées sous l’humble forme de Celui que menaçait la colère d’un roi, et qui avait à rencontrer le mépris et l’inimitié de Son peuple !

Je voudrais encore relever un ou deux incidents plus frappants que ces derniers. Considérons le Seigneur dans Sa propre ville, aux premiers jours de Son ministère. Nous y voyons le même grand principe. Pour moi, le bord escarpé de la montagne sur laquelle Nazareth était bâtie, n’est pas un lieu où la vie de Jésus fût en danger, mais ce que le faîte du temple avait été pour Lui (voy. Luc 4, 9, 29). Le diable n’avait pas la pensée que le Seigneur se donnerait la mort en se précipitant du haut du temple. Il Le tentait, comme autrefois il avait tenté la femme dans le jardin. Il voulait L’induire à se glorifier Lui-même, et, si j’ose dire ainsi, à se faire semblable à Dieu, comme il l’avait dit à Ève. Il cherchait à corrompre en Christ les sources secrètes, comme il l’avait fait en Adam, et à mettre en mouvement un des principaux ressorts — « l’orgueil de la vie ». Mais Jésus garda la forme de serviteur. Il ne voulut pas se précipiter Lui-même, mais rappela avec soumission cette parole : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ».

Il en fut ainsi sur la montagne de Nazareth. Le lieu d’où l’on voulait précipiter Jésus n’était pas plus élevé que le faîte du temple. Jésus ne courait pas plus de danger en un endroit que dans l’autre. Il serait arrivé sain et sauf au pied de la montagne comme au bas du temple. Mais comment aurait été accomplie l’Écriture qui annonce qu’Il ne chercherait point Sa gloire ? Lui donc, « passant au milieu d’eux, s’en alla ». Il se retira sans être remarqué ni connu, restant sous Sa forme de serviteur, et manifestant Sa grâce dans les pensées de Ses saints.

Nous n’osons pas dire qu’Il sauva ainsi Sa vie. Une telle pensée est contraire à la gloire de Sa personne, « Dieu manifesté en chair ». Dans les jours de Sa chair, Jésus était constamment rafraîchi dans Son cœur, lorsque la foi découvrait Sa gloire cachée sous le voile. Quand le Fils de David, ou le Fils de Dieu, ou le Jéhovah d’Israël, ou le Créateur du monde, était discerné par la foi sous la forme de Jésus de Nazareth, Jésus se réjouissait en esprit. Et maintenant aussi, nous pouvons le dire, lorsqu’Il est présenté de nouveau à nos pensées sous la forme de serviteur, Il se réjouit dans les saints contemplant Sa gloire derrière le nuage.

La « fuite » en Égypte, comme nous pouvons la nommer, pendant les jours du jeune enfant de Bethléhem, est un incident d’une beauté spéciale. Nous nous rappelons qu’au temps de Moïse, les enfants d’Israël en Égypte étaient comme un buisson au milieu du feu ; mais à cause de la sympathie et de la présence du Dieu de leurs pères, le buisson n’était pas consumé. Jéhovah était au-dessus du Pharaon ; celui-ci aurait voulu détruire le peuple, mais Jéhovah le gardait et le faisait multiplier au cœur même du pays du Pharaon. Et cela s’opérait « non par force, ni par pouvoir », car Israël ne valait pas plus qu’un buisson, un buisson de ronces, qu’une étincelle aurait consumé. Mais le Fils de Dieu était dans le buisson. C’était là le secret. Il était avec Israël en Égypte, comme plus tard dans la fournaise avec Shadrac, Méshac et Abed-Nego, et, bien que le buisson fût en feu, et que la fournaise fût chauffée sept fois plus qu’à l’ordinaire, l’odeur du feu n’avait point passé sur eux.

« Grande vision », en effet, que celle que Moïse contempla — le buisson en feu qui ne se consumait pas — vision telle qu’il se détourna pour la voir. Et nous pouvons encore, dans le même esprit que Moïse, nous détourner et visiter le même lieu. Lisons Exode 1 à 15, et regardons encore cette vision merveilleuse ; comment le buisson était en feu sans être consumé, comment ce faible buisson d’Israël fut gardé sain et sauf au milieu de la fournaise d’Égypte, parce que le Fils de Dieu était là.

Que l’ardeur du feu fût augmentée de plus en plus, il ne pouvait l’emporter. Et comment enfin Israël quitta-t-il l’Égypte ? De la même manière que les trois jeunes hommes sortirent de la fournaise que Nebucadnetsar avait fait chauffer. Ce fut en triomphe, sans que rien fût brûlé, sinon les liens qui les enchaînaient. Le Pharaon et son armée périrent dans la mer Rouge, tandis qu’Israël en sortait sous la bannière de l’Éternel.

Mais Israël en Égypte jouissant des sympathies du Fils de Dieu, était-il plus en sécurité que Jésus, « Dieu manifesté en chair » ? Le buisson israélite aurait-il été à l’épreuve de la fournaise d’Égypte, et la chair de Jésus dans Son humiliation, lorsque Dieu Lui-même était manifesté dans cette chair, n’aurait-elle pas été inattaquable, malgré l’inimitié complète de l’homme, la haine d’un roi, l’envie des scribes et la rage de la multitude ? Tout le mystère du buisson en feu et non consumé, est là. Israël ne pouvait pas souffrir au-delà de ce que Dieu avait prescrit, à cause des sympathies du Fils de Dieu ; Jésus ne pouvait pas être touché au-delà de ce qu’Il voulait, parce qu’Il était l’incarnation du Fils de Dieu.

« J’ai appelé mon fils hors d’Égypte », était vrai de Jésus comme d’Israël. Jésus et Israël étaient, chacun dans leur jour, des buissons en feu mais non consumés — faibles en apparence et au jugement des hommes, mais inattaquables. Tous deux eurent leurs douleurs dans cette Égypte du monde, mais leur vie est à l’abri de toute atteinte ; Israël à cause des sympathies dont il jouissait, Jésus à cause de ce qu’Il était dans Sa personne.

Était-ce donc pour sauver Sa vie que le petit enfant fut conduit en Égypte ? Israël autrefois quitta-t-il l’Égypte pour échapper à la mort ? Shadrac et ses compagnons sortirent-ils de la fournaise pour que leur vie fût à l’abri ? La vie d’Israël était en sûreté en Égypte comme hors d’Égypte. Les trois jeunes gens juifs étaient aussi peu touchés par le feu dans la fournaise que dehors. Israël quitta l’Égypte pour rendre témoignage à la gloire de Jéhovah, son Sauveur ; il en fut de même des trois jeunes hommes en Chaldée ; et de la même manière, et pour la même fin, le petit enfant fut conduit hors de la Judée, loin de la colère du roi Hérode. Le Fils de Dieu avait pris la forme de serviteur. Il n’était pas venu en Son propre nom, mais au nom de Son Père. Il s’était anéanti Lui-même, Il avait pris cette humble forme d’esclave, et c’est comme tel qu’Il commença Sa course, tandis qu’Il était encore « petit enfant ». Il fut ainsi, parmi d’autres humiliations, obéissant même jusqu’à fuir en Égypte, comme pour sauver Sa vie de la colère du roi, et c’était pour la gloire de Celui qui L’avait envoyé.

Nous devons être attentifs à ne pas prendre occasion de ces exemples de Sa vie de parfait serviteur, pour déprécier Sa personne. Il était inattaquable. Jusqu’à ce que Son heure fût venue, et qu’Il fût prêt à se livrer Lui-même, les capitaines et leurs cinquantaines devaient tomber avant de pouvoir Le saisir ; mais Lui, avant cette heure, Il s’abaissait, et s’abaissait encore, allant en Égypte dans une occasion, et ensuite d’un village à un autre — Fils de l’homme, méprisé et rejeté.

Traiterons-nous avec un esprit insouciant et léger ce mystère de l’assujettissement volontaire du Fils de Dieu ? Lèverons-nous avec irrévérence le voile qui Le couvre ? Et c’est ce que l’on ferait, si l’on voulait se servir des exemples que j’ai cités et d’autres semblables, pour démontrer que la condition de chair et de sang que le Seigneur avait prise, était assujettie à la mort. Ce serait vouloir lever le voile d’une main irrespectueuse et inhabile. Et ce serait plus encore. Nous Lui porterions un double déshonneur. Nous déprécierions Sa personne dans des actes qui manifestent Sa grâce et Son amour infinis pour nous, Son assujettissement et Son dévouement à Dieu.

On dit cependant de nos jours que la nature, ou la violence, ou un accident, auraient pu porter atteinte à la vie du Seigneur Jésus, et causer Sa mort comme à nous. Une telle pensée, je le demande, ne rattache-t-elle pas le péché à Sa personne ? On dira que ce n’est pas ce que l’on entend. C’est possible, mais en réalité, ce n’est pas autre chose, car dans l’histoire de l’homme que trace l’Écriture inspirée (et notre sagesse ne doit pas aller au-delà de ce qui est écrit), la mort ne s’attache à Lui que par le péché. Si la chair et le sang dans la personne de Jésus étaient exposés à mourir, ou si, par leur nature et leur condition, ils étaient sujets à la mort (sauf lorsque, dans Sa grâce, Il s’est livré Lui-même), ne seraient-ils pas rattachés au péché ? Est-ce ainsi que Christ est devant l’âme ? Cette suggestion Le traite comme quelqu’un qui est exposé à mourir. Il n’aurait alors jamais pu entreprendre d’accomplir tout ce que comporte la forme de serviteur — l’obéissance jusqu’à la mort. À part ce qu’Il avait entrepris dans ce caractère de serviteur, Il n’était assujetti à rien.

Il y a, dans la pensée que nous combattons, quelque chose qui fait craindre que « les portes du hadès » ne tentent de nouveau d’assaillir le roc sur lequel l’Église est fondée, je veux dire la personne du Fils de Dieu. Et si l’on cherche à la justifier sous le prétexte que l’on a voulu faire ainsi ressortir la réelle humanité du Seigneur, l’excuse elle-même doit d’autant plus éveiller nos soupçons. Est-ce simplement l’humanité que j’ai dans la personne de Christ ? N’est-ce pas infiniment plus, savoir Dieu manifesté en chair ? Il ne pourrait être mon Sauveur à moi, s’Il n’était pas le compagnon de Jéhovah. Chaque créature doit au Créateur tout ce qu’elle peut Lui rendre. Celui-là seul qui ne regardait pas « comme un objet à ravir d’être égal à Dieu », a pu prendre la forme de serviteur — tout autre est déjà serviteur, ainsi que nous l’avons dit. Aucune créature ne peut sans rébellion vouloir faire au-delà de ce qu’elle est obligée de faire. Personne n’était qualifié pour être garant de l’homme, si ce n’est Celui qui, sans prétention, revendiquait le droit d’être égal à Dieu et par conséquent d’être indépendant.

La vraie humanité en Adam était susceptible de pécher ; le fait le prouve. Nous pouvons affirmer avec plus de certitude qu’Adam avait la capacité de pécher que la capacité de mourir. Son histoire démontre la première chose, mais ne nous permet pas d’affirmer la seconde, car il nous est dit que la mort est entrée par le péché. Par nature, il y avait en lui la capacité de pécher, mais il ne nous est pas dit qu’il y eût la capacité de mourir.

Si donc quelqu’un, pour démontrer la vraie humanité de Christ, voulait suggérer qu’il y avait en Lui la capacité ou la possibilité de pécher, que lui dirions-nous ? Je laisse la réponse à ceux qui connaissent Jésus. Soyons sûrs que le diable est derrière tous ces assauts contre le roc de l’Église, qui est la personne du Fils de Dieu (Matt. 16, 18). Car Son œuvre, Son témoignage, Ses souffrances, Sa mort même, ne seraient absolument rien pour nous, s’Il n’était pas Dieu. Sa personne donne sa valeur à Son sacrifice, et c’est ainsi qu’elle est notre rocher. Ce fut une confession de Sa personne, faite par un disciple qui, à ce moment, était ignorant de Son œuvre et de Son sacrifice, qui conduisit le Fils de Dieu à parler de Lui-même comme du roc sur lequel Son Assemblée serait bâtie, et aussi à annoncer cette vérité ou ce mystère contre lequel les portes du hadès, la force et la subtilité, devaient déployer tous leurs efforts. C’est ce qui eut lieu dès le commencement, et ce qui a encore lieu maintenant. La pleine gloire de « Dieu manifesté en chair » a été, dans les temps passés, obscurcie par les Ariens et les Sociniens, au moyen de raisonnements plus ou moins spécieux et faux. Plus récemment, la nature morale de l’homme Christ Jésus, « sur toutes choses, Dieu béni éternellement », a été assaillie par l’Irvingisme, ternie et souillée autant que la pensée mauvaise de l’homme pouvait le faire. Plus récemment encore, les relations dans lesquelles Jésus se trouve auprès de Dieu, et les expériences d’âme par lesquelles Il fut exercé, ont été l’objet des spéculations de l’esprit humain, et maintenant, Sa chair et Son sang, le « temple de son corps », a été profané. Mais il est aisé de voir dans toutes ces attaques le même dessein — celui de déprécier la gloire du Fils de Dieu. D’où vient cela ? Nous le savons. Et d’où viennent l’énergie et la puissance qui s’y opposent ? Le Père est jaloux de la gloire de Son Fils ; Il la maintient contre tout ce qui tend à la déprécier, que les attaques soient grossières ou subtiles. Lisez, bien-aimés, les paroles du Seigneur aux Juifs dans le chapitre 5 de Jean. Là est découvert ce secret, que bien que le Fils se soit abaissé Lui-même, et, comme Il le dit, ne puisse « rien faire de lui-même », le Père veille à ce que par là, Il ne soit en rien déshonoré, ni déprécié — Il veille sur les droits, sur tous les droits divins du Fils, et le déclare par ces paroles qui dénotent Son soin jaloux pour la gloire de Son Bien-aimé : « Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé ».

La patience dans l’enseignement, la patience envers ceux qui sont simplement ignorants, est assurément la voie divine, la voie de l’Esprit de grâce. C’est celle que suivait Lui-même le Seigneur : « Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ? » disait-Il. Mais permettre ou tolérer la moindre chose qui porte atteinte à Christ, n’est pas cette voie divine. Les écrits de Jean nous le prouvent — ils sont la portion la plus solennelle des oracles de Dieu, si particulière et précieuse à la fois, parce qu’elle traite de la gloire personnelle du Fils. Et ils me semblent montrer que ceux qui voudraient souiller cette gloire, ou qui seraient insoucieux de la maintenir, n’ont à attendre que peu de miséricorde, si même aucune.

J’ajouterai que d’autres faits dans l’histoire du Seigneur, tels que la faim, la soif et la fatigue, ne peuvent être allégués pour soutenir la pensée que, dans la chair et le sang auxquels Il participait, Il fut sujet à la mort. Le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, n’était exposé à rien. Aucune chose en dehors du jardin d’Éden n’était Sa portion. Il avait soif et était fatigué lorsqu’Il s’assit au puits de Sichar. Il dormait dans la nacelle après une journée de service pénible. Mais tout ce qu’Il connut de ces choses, dans ce lieu de ronces et d’épines, de douleurs, de peines et de labeurs, Il le connut et l’endura seulement pour accomplir ce qui convenait à la forme de serviteur qu’Il avait prise.

Quand les Juifs s’adressaient à Lui, l’homme de douleurs, Il leur apparaissait comme âgé de près de cinquante ans. Ce que j’apprends de ce fait, c’est seulement combien Il avait supporté de labeurs dans le service qu’Il accomplissait pour notre bénédiction et pour la gloire de Son Père. J’y vois la réalisation de ce qui est écrit : « Son visage était défait plus que celui d’aucun homme », à cause de tout ce qu’Il endura pour nous et de la contradiction des pécheurs, mais non pas, dans la moindre mesure, l’effet du déclin causé par l’âge, comme si ce déclin pouvait s’attacher à Lui.

Les Juifs sont plus d’une fois, dans l’Écriture, accusés d’avoir été Ses meurtriers (Act. 2, 36 ; 3, 15 ; 7, 52), et c’est avec justice. Nous sommes tous sous la même condamnation. C’est le crime de meurtre qui pèse sur nous. Dans un sens entièrement judiciaire, ils livrèrent et mirent à mort le Juste ; ils furent Ses meurtriers. Et cependant, si étrange que cela semble à la raison, ce que nous lisons est parfait aux yeux de la foi : « Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même ; j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre : j’ai reçu ce commandement de mon Père ». Il était libre et cependant assujetti à un commandement. Chose étrange, je le répète, pour la raison et l’incrédulité, mais parfaite pour la foi.

Le Fils de Dieu mourut sur la croix, où les mains iniques de l’homme L’avaient cloué, et selon le dessein éternel et la grâce de Dieu. C’est là qu’Il mourut, et Il mourut parce qu’Il était là. L’Agneau fut immolé. Qui voudrait contredire ce fait ? Des mains iniques L’ont mis à mort, et Dieu s’est pourvu de Lui comme d’un Agneau pour Son autel. Qui oserait toucher à un mystère si précieux et si nécessaire pour nous ? Et cependant l’Agneau s’est livré Lui-même en sacrifice. Ce ne furent ni l’épuisement causé par les souffrances, ni les douleurs de la crucifixion qui amenèrent Sa mort. Il laissa Sa vie de Lui-même. En signe qu’Il était en pleine possession de la vie qu’Il laissait — « il cria d’une forte voix », puis « rendit l’esprit ». Le récit ne nous permet pas d’avoir une autre pensée, ni, ajouterai-je, les affections des saints qui L’adorent. Pilate s’étonna qu’Il fût déjà mort ; il avait peine à le croire et eut à s’en assurer. Le temps qui s’était écoulé depuis la crucifixion n’était pas suffisant pour avoir amené la mort ; aussi les jambes des deux autres crucifiés avec Jésus, furent-elles brisées. Mais Lui était déjà mort. Pilate dut faire un enquête et s’en assurer par des témoins oculaires. La vérité que nous maintenons interprète ainsi seule le sens strict et littéral du récit. Nos âmes devraient bénir Dieu de nous avoir présenté un tel tableau de Son Agneau immolé, de notre Sauveur crucifié par des meurtriers, et mourant pour nous. Mettons-nous de côté le récit qui nous Le montre comme l’Agneau immolé, ou faisons-nous taire le cantique qui, dans le ciel, célèbre ce mystère, lorsque nous disons que l’Agneau immolé a laissé de Lui-même Sa vie ? L’histoire du Calvaire qu’a tracée le Saint Esprit affirme cette pensée ; ce que nous soutenons interprète seul le récit strict des faits. Jésus était libre et cependant assujetti à un commandement. La foi saisit tout cela. Et selon ce mystère, quand l’heure fut venue, comme nous le lisons : « Ayant baissé la tête, il remit son esprit » (Jean 19, 30). Il reconnaissait le commandement qu’Il avait reçu, et cependant de Lui-même Il donnait Sa vie ; obéissant jusqu’à la mort, c’était cependant Lui qui laissait Sa vie.

La foi n’a aucune difficulté à comprendre ces choses — et même elle saisit que c’est en cela seul que consiste le vrai et parfait mystère. Il mourut selon les conseils éternels, auxquels Il se soumit volontairement, étant le « compagnon » de « l’Éternel des armées ».

Mais, ainsi que nous l’avons déjà dit à Sa louange, le Fils de Dieu sur la terre cachait toujours Sa gloire — la forme de Dieu — sous la forme de serviteur. Sa gloire avait été reconnue dans toutes les sphères de la domination de Dieu. Les démons, les corps et les âmes des hommes, la mort et le sépulcre, les bêtes des champs et les poissons de la mer, le blé et le vin, reconnaissaient Sa puissance. Lui seul, si j’ose le dire, n’y prétendait pas, car Son sentier ici-bas était de voiler Sa gloire. Il était « le Seigneur de la moisson », mais Il se montrait comme un des ouvriers dans le champ ; Il était le Dieu du temple, et le Seigneur du sabbat, mais se soumettait aux attaques et aux défis d’un monde incrédule.

Tel était le voile ou la nuée sous lesquels Sa gloire se retirait. Et c’est ainsi, comme nous l’avons déjà dit, qu’Il agissait dans les diverses occasions où Sa vie était menacée. Sous des formes méprisées, Il cachait Sa grandeur. Parfois, la faveur du commun peuple Le mettait à l’abri (Marc 11, 32 ; 12, 12 ; Luc 20, 19) ; d’autres fois, Il se retirait Lui-même, ou d’une manière ordinaire ou d’une manière plus miraculeuse (Luc 4, 30 ; Jean 8, 59 ; 10, 39) ; d’autres fois encore, l’ennemi ne pouvait mettre la main sur Lui, parce que Son heure n’était pas venue (Jean 7, 30 ; 8, 20) ; et dans une occasion remarquable, comme nous l’avons vu, la fuite en Égypte L’éloigne de la colère d’un roi qui cherchait Sa vie.

En toutes ces choses, du commencement à la fin, ce que nous voyons, c’est le Seigneur de gloire s’effaçant comme quelqu’un qui vient au nom d’un autre, et non en Son propre nom. Toutefois Il était « le Seigneur de gloire » et « le Prince de la vie ». Il était un captif volontaire, ainsi que nous l’avons remarqué, et tout à la fin, Il fut une victime volontaire. « Il a donné sa vie en rançon pour plusieurs »[5].

En d’autres jours, l’arche de l’Éternel était tombée entre les mains des ennemis. Elle fut prise par les Philistins à la bataille d’Ében-Ézer. Là, Dieu « livra à la captivité sa force, et sa magnificence dans les mains de l’ennemi », mais elle était inattaquable. En apparence, c’était une chose faible, faite de bois et d’or ; mais sa présence troublait les incirconcis et frappait leurs dieux, leurs personnes et leurs terres. Elle était toute seule, sans aide aucune, au milieu d’ennemis enivrés de leur victoire ; pourquoi donc ne la mirent-ils pas en pièces ? L’écraser contre une pierre semblait chose facile, et elle eût été détruite. Elle les gênait, et semblait pourtant à leur merci. Pourquoi donc ne pas s’en débarrasser ? Ils ne le pouvaient pas. L’arche parmi les Philistins était un autre buisson dans les flammes et qui ne se consumait pas. Elle semblait être à la merci des incirconcis, mais elle était inattaquable. Les Philistins pouvaient l’envoyer d’Asdod à Gath, et de Gath à Ékron ; mais aucune main ne pouvait la toucher pour la détruire (voyez 1 Sam. 4 à 6).

Il en était ainsi de la vraie arche — du Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair. Il pouvait être comme le jouet des incirconcis pendant un temps ; Pilate L’envoyant à Hérode, et Anne à Caïphe ; la multitude Le conduisant à Pilate, et Pilate Le livrant à la multitude ; mais Sa vie était en dehors de leur atteinte. Il était le Fils de Dieu, et bien que manifesté en chair, Il était toujours le Fils comme dans l’éternité. Par quelques douleurs qu’Il eût passé, quelques fatigues qu’Il eût endurées, la faim, la soif, les labeurs, en toutes ces choses, Il accomplissait ce qui convenait à la forme de serviteur qu’Il avait prise. Mais Il était le Fils qui avait « la vie en lui-même », l’arche inviolable, le buisson ne pouvant être consumé, même au milieu des flammes dévorantes de la haine sans mélange du monde. Tel était le mystère.

Mais en disant cela, en continuant cette méditation avec quelque satisfaction dans mon âme et aussi quelque profit, j’en ai la confiance, il n’y a rien que j’aimerais autant que d’éprouver les sentiments de tout vrai Israélite, au jour où l’arche de Dieu revint du pays des Philistins. Il aurait eu le cœur rempli de joie et d’adoration ; il aurait mis tous ses soins à s’assurer que ce grand événement avait eu lieu, en effet, même s’il eût vécu loin de la scène. Comme tout Israélite, de quelque tribu qu’il fût, ce fait le concernait profondément — que l’arche eût été délivrée, qu’elle ne fût plus maniée par les mains des incirconcis, ni envoyée par eux d’une de leurs cités à une autre. Mais une fois convaincu de cela, il devait veiller à ne pas la toucher, à ne pas regarder dedans, de peur de pécher comme les Bethshémites, lorsqu’elle fut revenue de chez les Philistins.

Nous devons, j’en ai la ferme conviction, repousser ces pensées sur la condition mortelle du corps de notre précieux Seigneur. Toutes ces paroles et ces spéculations ressemblent à la manière profane dont les mains des Philistins incirconcis se portaient sur l’arche. Et nous avons à montrer l’erreur de ces pensées, en même temps que leur irrévérence. Rien que la pleine délivrance de l’arche des mains des ennemis, et son retour vers nous, ne doit nous satisfaire. Mais un autre devoir nous incombe. Nous n’avons pas à la manier, ou à la scruter, comme si c’était un objet ordinaire. Nous ne devons pas nous étendre en paroles à cet égard, car « dans la multitude des paroles la transgression ne manque pas ». On ne doit se permettre aucune considération d’ordre physique dans un tel sujet, quand même elle serait saine et ne pourrait être contredite. Ce n’est point là la voie de l’Esprit de Dieu, ni de Sa sagesse. Le corps du Seigneur était un temple, et il est écrit : « Vous révérerez mon sanctuaire : moi, je suis l’Éternel ».

Si quelqu’un refusait de suivre ces spéculations, et au lieu d’y répondre, les repoussait, je n’aurais rien à dire. Il peut y avoir chez plus d’une âme un saint sentiment qui la porte à refuser de s’ingérer dans ce qui doit toujours être au-dessus de nous, au-delà de la portée de qui que ce soit, et de ce que l’Écriture présente. Je me rappelle les paroles : « Ne réponds pas au sot selon sa folie, de peur que toi aussi, tu ne lui ressembles ». Mais ces spéculations sur la personne du Fils de Dieu tirent leur origine d’autre part. L’arche est tombée en des mains incirconcises, et ce que j’ai pris sur moi d’écrire, est un essai de la recouvrer. Mon désir est de la faire descendre, avec tout le respect et la sainteté qui conviennent à l’âme en accomplissant ce service, du « chariot neuf » où la pensée humaine l’a placée (1 Chron. 13, 7).


J’ajouterai que toute la question actuelle peut profiter à l’âme. Quelque repoussante que fût la carcasse du lion, elle dut fournir autrefois du miel, agréable au goût et propre à nourrir (Jug. 14). Paul eut à s’occuper de la tâche pénible de défendre la doctrine de la résurrection contre plusieurs d’entre les saints à Corinthe ; mais comme de la carcasse du lion, il en sortit une nourriture salutaire. Car non seulement il présente la défense de la doctrine elle-même, mais devant son âme se déroulent les diverses gloires qui appartiennent à ce mystère. Il lui est donné par l’Esprit de voir la résurrection dans son ordre, ou à ses différentes époques, l’intervalle qui les sépare, et ce qui se fait dans chacune d’elles, selon les dispensations divines, la scène qui doit succéder à la dernière de ces époques, et aussi la grande ère de la résurrection des saints dans toute sa puissance et sa magnificence, avec le cri de triomphe qui l’accompagne (1 Cor. 15). Là était le miel, et encore du miel tiré de la carcasse d’un lion, car telle est la controverse entre frères.

Mais comme il est écrit (car il en est encore ainsi, dans la grâce abondante et invariable de Dieu) : « De celui qui dévorait est procédée la nourriture, et du fort est sortie la douceur ».


« Non point à nous, ô Éternel, non point à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta vérité ».