Il remet le royaume

« Alors le Fils aussi sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses »

(1 Cor. 15, 28)

C’est pour l’âme une chose heureuse et fortifiante, de se rappeler avec une foi vivante que le même Jésus qui fut autrefois sur la terre, est maintenant dans le ciel et que nous Le connaîtrons pendant l’éternité. Si nous gardons cette pensée dans notre cœur et notre mémoire, chaque trait de Sa vie ici-bas nous apparaît dans une nouvelle lumière, et nous sentons et reconnaissons que nous avons à méditer dans les évangiles une page plus merveilleuse, et en quelque sens plus heureuse et bénie aussi, que nous n’avions pensé.

Aux jours où Il séjourna parmi nous, tout était une réalité pour Lui ; tout était vivant et personnel. Il ne s’arrêtait pas à la surface. Lorsqu’Il guérissait une blessure ou une douleur, en un sens, Il la ressentait. « Lui-même a pris nos langueurs et a porté nos maladies ». Son esprit buvait aux sources aussi bien qu’aux eaux qui en découlaient, car non seulement Ses joies, Ses douleurs, Ses craintes étaient réelles, mais Il entrait dans le caractère tout entier de chaque incident qui les faisait naître. Il connaissait le langage muet de l’âme affligée qui Le touchait dans la foule, et comprenait toute la signification de cet attouchement. Il éprouvait une joie profonde devant la foi de ce Gentil qui voyait à travers le voile épais de Son humiliation, et découvrait la gloire divine qui brillait sous ce voile. De même Son cœur était rafraîchi par la hardiesse de la foi de la pécheresse qui, à travers le nuage épais de ses propres péchés et de sa honte, saisissait la grâce divine qui pouvait tout guérir (voy. Luc 7). Il comprenait l’empressement avec lequel Zachée courait en avant de la foule et montait sur le sycomore, et Il connaissait les méditations de Nathanaël sous le figuier. Il entendait les disputes des disciples entre eux sur la route de Jérusalem, Il les entendait dans le tumulte des convoitises qui s’agitaient en eux, avant qu’elles éclatassent en querelles au-dehors. Il connaissait l’amour aussi bien que la confiance en soi-même qui poussait Pierre à venir vers Lui en marchant sur les eaux.

Assurément, quand nous lisons la merveilleuse histoire de Jésus, nous avons, en gardant ces faits dans notre souvenir, à L’y chercher Lui-même en tout, soit que nous pensions à la main qui accomplit les œuvres, soit que nous suivions les traces des pieds qui foulèrent ce sentier. Alors chacun de Ses actes, chacune de Ses paroles produira sur nous une impression toute nouvelle, et quels progrès bénis ne ferons-nous pas ? Ne serons-nous pas édifiés dans le sens le plus élevé du mot, si nous acquérons une connaissance plus réelle d’un Jésus vivant et personnel ? Dans les jours où nous sommes, bien-aimés, il y a une tendance à oublier Sa personne, à Le perdre de vue, au milieu du témoignage rendu d’une manière si étendue à Son œuvre. On peut relever le plan des régions de la doctrine, pour ainsi dire, comme avec la règle et le niveau, au lieu de les contempler avec un cœur rempli d’admiration et d’adoration, comme étant le lieu où se manifestent les gloires du Fils de Dieu. Et cependant, c’est là ce qu’Il apprécie en nous. Il nous a faits personnellement les objets dont Son cœur s’occupe, et Il désire être l’objet du nôtre.

N’est-ce point là, en un sens, « la pierre du faîte » ? Ce désir personnel de Christ à notre égard, ne domine-t-il pas toutes Ses voies de grâce ? L’élection, la prédestination, le pardon, l’adoption, la gloire et le royaume, n’ont-ils pas leur unique couronnement dans ce désir de Christ de faire de nous un objet pour Lui-même ? Assurément, c’est là ce qui est au-dessus et au-delà de tout, une plénitude plus riche et plus élevée que toute autre chose. L’adoption et la gloire, la réception dans la famille et une part dans le royaume, seraient incomplètes, s’il n’y avait pas aussi ce mystère — le Fils de Dieu trouvant en nous un objet désirable. Il renferme toutes les autres œuvres et tous les conseils de la grâce, et ainsi les dépasse tous.

L’Esprit prend plaisir à parler de l’œuvre de Christ, et à l’apporter au cœur et à la conscience dans toute sa valeur et sa suffisance. Nous ne pourrions subsister un seul moment, si cette œuvre n’avait pas été tout juste ce qu’elle a été, selon les conseils et les plans de Dieu. Mais l’œuvre du Seigneur Jésus peut être un sujet important pour l’âme, tandis que Lui-même reste à l’arrière-plan, et c’est une grande perte.


Ces méditations sur le Fils de Dieu qui maintenant touchent à leur terme, me suggèrent une autre pensée.

Quand nous considérons les parties les plus profondes et les plus distantes des voies de Dieu, nous avons parfois le sentiment que c’est trop pour nous, et nous cherchons à nous soulager du poids de cette grandeur, en revenant à des vérités plus élémentaires et plus simples. Il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Si nous avions mieux pénétré le sens de ces mystères plus avancés, nous saurions que nous n’avons pas besoin de nous retirer de leur contemplation pour éprouver du soulagement, puisqu’ils ne sont en réalité que des expressions différentes et plus profondes de la même grâce et du même amour que nous avons appris à connaître dès le commencement. Ils ne sont qu’un flot plus abondant de la même rivière coulant dans un lit plus large, précisément parce qu’elle est plus éloignée de sa source.

Jusqu’à ce que nous ayons cette assurance dans notre âme, nous sommes mal préparés à penser à ces vérités. Si nous craignons qu’en contemplant les gloires, nous abandonnions les affections, nous faisons tort à la vérité et à nos âmes. Il n’en est nullement ainsi. Plus les gloires se déploient pleinement, plus se révèlent les richesses de la grâce. La naissance d’une rivière à sa source, quand nous l’embrassons d’un seul coup d’œil, sans effort, présente assurément un charme particulier ; mais lorsqu’elle devient, sous nos yeux, un fleuve puissant, avec ses courants et ses bords variés, nous comprenons beaucoup mieux pourquoi elle a commencé à couler. C’est cependant toujours la même eau, et nous trouvons le même plaisir à remonter jusqu’à sa source ou à redescendre le long de ses divers canaux. Lorsqu’en esprit nous atteignons « les nouveaux cieux et la nouvelle terre », nous nous trouvons avec la même glorieuse personne, et jouissant de la même grâce illimitée que nous avons apprise et connue dès le commencement.

Que, par la grâce de Dieu, le fruit de ces méditations soit la même personne réelle pour l’âme, et rapprochée d’elle : « Jésus Christ le même, hier, aujourd’hui, et éternellement » ; ce qu’Il est dans Sa propre gloire et ce qu’Il est pour nous.

Aux jours d’autrefois, il y eut des manifestations du Fils de Dieu. Dans ces apparitions, tantôt Sa gloire était voilée, tantôt elle se montrait sans voile. Pour Abraham, à la porte de sa tente, pour Jacob à Peniel, pour Josué sous les murs de Jéricho, comme pour Gédéon et Manoah, un voile couvrait Sa gloire, et la foi, dans une mesure plus ou moins grande, pénétrait au-delà et discernait Celui que ce voile cachait. À Ésaïe, à Ézéchiel, à Daniel, le Fils de Dieu apparut dans une gloire sans voile, et la grâce trouva le moyen de leur en faire supporter la splendeur (És. 6 ; Éz. 1 ; Dan. 10).

Mais, avec ou sans voile, Sa personne demeurait la même. Lorsqu’Il eut participé à la chair et au sang, Sa gloire était aussi voilée, et la foi avait à la découvrir comme au temps d’Abraham et de Josué ; puis, après qu’Il fut monté au ciel, Il apparut à Jean dans une splendeur de gloire telle que la grâce dut intervenir, comme dans le cas d’Ésaïe et de Daniel, pour que l’apôtre pût en supporter la présence (Apoc. 1).

À cet égard, les temps et les saisons ne font aucune différence. Il est vrai que jusqu’à ce que la plénitude fût venue, le Fils n’était pas « né de femme ». Alors Il devint « Celui qui sanctifie », participant à la chair et au sang, comme les enfants y avaient eu part (Héb. 2, 14), mais ce ne fut qu’à ce moment qu’Il devint de la semence d’Abraham : « Il dut, en toutes choses, être rendu semblable à ses frères ». Pour que cela eût lieu, il fallait le moment fixé, « la plénitude des temps », les jours de la vierge de Nazareth. Mais les manifestations du Fils de Dieu, dans les jours qui précédèrent, étaient les prémices de ce grand mystère, qu’au temps convenable, Dieu enverrait Son Fils, né de femme. Elles étaient, si j’ose dire, les ombres préfigurant ce qui devait venir. Or je voudrais faire observer, comme étant plein d’intérêt pour nos âmes, que ces ombres étaient merveilleusement exactes. Elles montrait d’avance, sous des formes à la fois de gloire et de grâce, les voies de Celui qui plus tard séjourna ici-bas et traversa la terre dans un amour humble, dévoué, plein de sympathie, et qui maintenant est assis glorifié dans le ciel, Fils de l’homme, pour toujours.

Il y a du charme pour l’âme à suivre et à étudier ces ressemblances et ces préfigurations exactes. Si, dans l’aire d’Ophra, nous voyons une gloire voilée, il en est de même au puits de Sichar ; si nous contemplons la splendeur d’une gloire sans voile sur les rives du fleuve Hiddékel, nous la retrouvons dans l’île de Patmos. Le Fils de Dieu apparut aux regards d’Abraham, comme un voyageur marchant pendant la chaleur du jour, et c’est ainsi qu’Il se montre aux disciples sur la route d’Emmaüs, quand le jour était sur son déclin. Il participe au repas qu’Abraham lui avait préparé, « un veau tendre et bon », comme il mange « d’un poisson cuit et d’un rayon de miel », au milieu des disciples à Jérusalem. Dans les jours de Sa résurrection, Il revêt des formes diverses, afin de répondre, en grâce divine, aux besoins du moment, comme Il l’avait fait autrefois, se montrant soit comme un étranger, soit comme un visiteur ; apparaissant simplement comme « un homme de Dieu », à Manoah et à sa femme, ou comme un chef d’armée, à Josué près de Jéricho.

Or c’est là, comme j’ai désiré le montrer dans ces méditations, ce qui est d’un prix infini, de voir Jésus toujours le même, si près de nous, si réel pour nous. Nous avons besoin que nos yeux soient purifiés, pour qu’ils s’habituent à contempler avec bonheur un ciel, tel que celui où Jésus se trouve. Ne sera-ce rien, ô mon cœur, de passer l’éternité avec Celui qui, regardant en haut, rencontra les yeux de Zachée dans le sycomore, et qui fit tressaillir son âme de joie, en laissant tomber son nom de Ses lèvres ; avec Celui qui, sans une parole de reproche, remplit le cœur convaincu et vivifié d’une pauvre pécheresse samaritaine, et le fit déborder de joie et de liberté ? Ce qui nous manque, c’est une foi simple et enfantine, car nous ne sommes pas à l’étroit en Lui, et il n’y a rien qui Lui soit plus précieux qu’un cœur croyant. Cela Le glorifie plus que même le service qui Lui sera rendu durant l’éternité.

La nature ne peut entrer dans ces choses. Il faut pour que cette foi et cette confiance existent, l’œuvre intérieure et le témoignage du Saint Esprit. La chair se trouve accablée. Elle ne peut jamais, ainsi que le dit l’apôtre, « atteindre à la gloire de Dieu ». Lorsqu’Ésaïe fut placé en présence de la gloire de Dieu, il ne put en supporter l’éclat. Il se souvint de ses souillures et s’écria : « Malheur à moi ! je suis perdu ». Tout ce qu’il avait devant lui était la gloire, tout ce qu’il sentait en lui-même était son indignité et l’incapacité où il était de subsister devant elle. C’était la nature en lui, qui sous l’action de la conscience, de même qu’Adam dans le jardin d’Éden, cherchait à être délivrée de la présence de Dieu. L’homme naturel, chez le prophète, ne savait pas découvrir l’autel qui se trouvait sur la même scène que la gloire. Il n’apercevait pas ce qui pouvait parfaitement lui donner une tranquillité et une assurance entières, et le rendre propre, tout pécheur qu’il fût en lui-même, à la présence de la gloire dans toute sa splendeur. La chair ne saurait arriver à cette connaissance. Le messager de l’Éternel des armées la donne, l’applique aussi, et le prophète aussitôt se trouve à l’aise, en possession d’une pureté ou d’une sainteté qui sont à la hauteur du « Saint des saints » Lui-même, et de la splendeur de Son trône.

L’Esprit agit en nous au-dessus de la nature, oui, en contradiction même avec elle. La nature en Ésaïe, comme en chacun de nous, est confondue devant les choses d’en haut, incapable d’y élever ses regards — l’Esprit nous attire intérieurement et nous conduit en liberté au-dessus de la terre. Lorsque Siméon est amené par l’Esprit en présence de la gloire, il s’en va rempli à la fois de confiance et de joie. Il prend l’enfant Jésus dans ses bras. Il ne demande pas à la mère de le lui permettre ; il ne se sent débiteur à personne du précieux privilège qu’il possède d’embrasser « le salut de Dieu », que ses yeux contemplaient. Par l’Esprit, il avait découvert l’autel, et dès lors la gloire n’était pas au-dessus de sa portée (És. 6 ; Luc 2).

Ces choses sont vraies aujourd’hui, aussi vraies qu’aux jours d’Ésaïe et de Siméon. L’Esprit nous mène dans un sentier que la chair n’a jamais foulé. La chair reste à part, saisie de frayeur, ou bien fait entendre des paroles de blâme quand la foi est en pleine liberté. Nous ferons bien de nous rappeler ces voies si différentes de la nature et de la foi, afin d’être consolés, réjouis et encouragés, lorsque nous contemplerons encore le Fils de Dieu, et que nous méditerons sur les mystères et les conseils de Dieu qui se rapportent à Lui.


Nos méditations ont suivi le Seigneur depuis l’éternité où Il était dans le sein du Père, jusqu’aux jours à venir du royaume millénaire. Nous avons contemplé les diverses phases de Son abaissement et de Son élévation, et indiqué les liens qui rattachent entre elles les différentes parties de ce grand mystère, c’est-à-dire les moments de transition dans les époques de ce merveilleux voyage. L’Écriture — notre unique guide — ne nous permet guère de le suivre plus loin. Les Psaumes et les Prophètes ouvrent la porte du royaume à venir, et l’ouvrent toute grande ; mais ils ne nous conduisent pas beaucoup au-delà. Tout au plus nous laissent-ils entrevoir qu’il y a des régions plus lointaines, sans jamais nous les faire contempler.

Il est parlé à diverses reprises du royaume à venir comme étant éternel dans sa durée. Cela est exact, je n’ai pas besoin de le dire, mais dans ce sens qu’il ne sera remplacé par aucun autre royaume. Comme Daniel le dit : « Ce royaume ne passera point à un autre peuple ». Il ne peut pas plus être transféré que la sacrificature du même Christ, le Fils de Dieu. Il doit durer autant que la royauté, continuer aussi longtemps que l’autorité « ordonnée de Dieu » existera ; car il ne cessera pas, tant que Celui « à qui toute autorité a été donnée » aura encore à opérer quelque œuvre au moyen de cette puissance. Mais en son temps, le royaume aura accompli tout ce à quoi il doit servir, et alors il prendra fin.

Le psaume 8 nous fait entrevoir ce mystère, la cessation ou la remise du royaume. Il célèbre la domination du Fils de l’homme, au jour de Sa puissance, sur les œuvres de la main de Dieu. Mais, comme nous le fait comprendre le commentaire inspiré de ce passage en 1 Corinthiens 15, 27 et 28, ce psaume renferme l’indication que ce jour de puissance doit faire place à un autre ordre de choses.

Nous avons aussi des indications morales concernant ce même mystère. Par exemple, le siècle futur doit être, comme nous l’avons vu, un royaume, le temps où un sceptre gouvernera, et comme tel, doit prendre fin. Un sceptre pourrait-il être le symbole de l’éternité divine, de l’éternité de la présence de Dieu ? Un sceptre peut exercer sa prérogative de puissance pendant un temps, mais selon l’Écriture, ce ne pourrait être le symbole de notre éternité en la présence bénie de Dieu. On peut à peine dire qu’Adam ait tenu un sceptre. Il avait la domination, mais était-elle exactement celle d’un roi ? À lui appartenaient plutôt la seigneurie et l’héritage, mais non un royaume. Ce n’était pas une autorité royale, bien qu’il y eût la plus entière soumission de la création envers lui, et l’ordre le plus parfait. Dans la suite des voies de Dieu et selon Sa sagesse, il n’exista pas de royaume durant un long temps. Ces pensées nous font voir que, lorsqu’arrive le temps d’un royaume, l’autorité d’un sceptre, ou l’exercice du pouvoir royal, un tel état de choses ne saurait être final ou éternel. Ce n’est pas là, me semble-t-il, que s’arrêteront des pensées spirituellement ou scripturairement exercées à l’égard de Dieu et de Ses voies. Un sceptre de justice n’est pas une notion aussi élevée ou aussi éternelle qu’un lieu où la justice habite, et c’est ce que confirme l’Écriture (2 Pier. 3, 13).

Une autre indication morale de la même vérité, c’est que le royaume à venir sera un état de choses imparfait. Nous n’avons pas besoin de déterminer jusqu’à quel point la puissance sera nécessaire, jusqu’à quel point elle devra s’exercer, mais elle sera là, prête à se faire sentir. Comme nous l’avons dit, les prophètes contemplent et décrivent largement ce royaume dans sa force, son étendue, sa durée, sa gloire, sa félicité et la paix qui y régnera ; mais le mal et la douleur s’y trouveront, bien qu’avec l’autorité pour réprimer l’un et les ressources pour soulager l’autre.

Ce fait ne nous indique-t-il donc pas moralement que cet ordre de choses doit céder la place à un meilleur ? Il y a plus : le royaume est une chose déléguée, un ministère, et comme tel, selon la pensée scripturaire et divine, il implique une responsabilité, une fonction dont il faut rendre compte. Mais ici, bien-aimés, nos âmes sont de nouveau invitées à s’occuper de Jésus, du Fils de Dieu Lui-même.

Sous le caractère dont je viens de parler, Son royaume est semblable à ce qu’a été, dans le passé, Son temps d’humiliation sur la terre, et actuellement Sa sacrificature dans le ciel. Chez le Seigneur, dans un sens général, tout a été, est, et sera un ministère. Il vint sur notre terre pour faire la volonté de Dieu, et lorsqu’Il l’eut accomplie, Il se livra Lui-même en sacrifice par un dernier acte d’obéissance. Sa séance actuelle dans les cieux est aussi un ministère. Comme souverain sacrificateur établi là, Il est « fidèle à Celui qui L’a établi, comme Moïse aussi l’a été dans toute sa maison ». Il en sera de même de Son royaume à venir et de Sa puissance. Ce sera, comme tout le reste, un ministère. Bien que ce doive être une chose nouvelle, qui ne Lui avait pas encore été confiée auparavant, une chose glorieuse et excellente — ce n’en sera pas moins un ministère. Comme tel, il viendra un temps où il faudra en rendre compte et le remettre en d’autres mains. Un tel mystère remplirait nos âmes de béatitude, si nous avions la foi et les affections nécessaires pour en jouir. Car, selon ces voies merveilleuses, l’assujettissement et l’obéissance à Dieu — que l’homme qui n’est que poussière, rejette et Lui refuse — reçoivent, à cause de la gloire ineffable de la personne qui s’y soumet, une valeur telle, que l’obéissance ininterrompue et complète de toutes les créatures n’aurait pu y atteindre. C’est là une précieuse vérité que l’âme perd dans la mesure où l’ennemi la prive d’une juste appréciation de ce qu’est la personne du Fils.

Le Fils Lui-même trouve Ses délices à être le serviteur ou l’administrateur de la volonté de Dieu, en grâce ou en gloire, en humiliation ou en puissance. Et quand nous considérons, dans un esprit d’adoration, qui est Celui qui passe par toutes ces phases, nous comprenons que ces divers changements de circonstances et de conditions, soit basses, soit élevées, ne sont rien en réalité. Dans un sens, qu’est-ce qui pourrait élever une telle personne ? Serait-ce la gloire et un royaume ? La foi n’a pas plus de peine à reconnaître en Lui l’administrateur de la puissance, et de la domination, et des honneurs royaux, quand Il viendra s’asseoir sur Son trône, qu’elle n’en a à Le voir traverser comme serviteur le sentier d’ici-bas, dans la faiblesse et l’humiliation. De telles distances, en un sens, ne sont rien lorsqu’il s’agit du Fils. Dans un autre sens, nous le savons, la distance entre ces différentes positions est immense ; car Il est entré dans la douleur au temps convenable, de même qu’Il entrera dans la joie quand le moment en sera venu. Comme nous l’avons dit, pour Lui, tout a été, tout est, tout sera réel, et par conséquent, la distance est immense. « L’homme de douleurs » prendra la « coupe du salut ». Ne sera-ce rien ? Tout genou se courbera devant Celui qui a été méprisé et rejeté, insulté et raillé, et toute langue confessera Son nom. Mais à travers tout, la personne reste la même, Dieu et homme en un seul Christ. La foi accepte donc qu’ayant été, dans les jours de Son humiliation, le ministre de la volonté et de la grâce du Père, Il sera encore l’administrateur du royaume du Père, dans les jours de Son exaltation et de Sa force.

L’Écriture nous Le fait connaître en plus d’un passage. « Quand je recevrai l’assemblée », dit Christ en anticipant le royaume, « je jugerai avec droiture ». Il reconnaît ainsi que, dans le royaume, Il aura cette place d’administrateur. De même, Il dit que le temps pour Lui de recevoir le royaume et le moment de la répartition des récompenses et des honneurs du royaume, n’est pas entre Ses mains, mais dans celles du Père (Marc 13, 32 ; Matt. 20, 23). En ce jour-là, toute langue assurément confessera que Jésus Christ est Seigneur, mais ce sera « à la gloire de Dieu le Père ». Lui-même le nomme le royaume de « son Père ». Il sera oint pour l’administrer, de même qu’Il fut oint pour Son ministère dans les jours de Sa chair (voy. És. 11, 1-3 ; 61, 1, 2).

Il y a plus ; Il sera dépendant de Dieu durant le jour de Sa puissance, ainsi qu’Il l’a déjà été, ou comme Il le fut autrefois, en Son jour de douleur et de faiblesse. C’est pourquoi nous lisons : « On priera pour lui continuellement » — de même que Salomon, le roi en type, plaça le royaume qu’il avait reçu sous les soins du Dieu d’Israël, par un acte public d’intercession (voy. Ps. 72 et 2 Chron. 6).

Tout nous indique ainsi moralement que le royaume doit être remis à Dieu, car tout nous montre qu’il est une chose déléguée et à administrer ; et cette indication morale, comme nous l’avons dit, est confirmée par la citation du psaume 8, et le commentaire divin qui en est fait en 1 Corinthiens 15. Tout pour Christ est assujettissement et service : les jours royaux de puissance, les jours de renoncement et de douleur, ainsi que les jours célestes du ministère sacerdotal.

De même que « Christ ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur », mais que « celui-là l’a glorifié qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré », ainsi nous pouvons dire qu’Il ne s’est pas non plus glorifié Lui-même pour être fait Roi, mais que Celui-là L’a glorifié qui Lui a dit : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds ». « Je voyais dans les visions de la nuit, et voici, quelqu’un comme un fils d’homme vint avec les nuées des cieux, et il avança jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté ».

Tel est l’établissement du royaume à venir de Christ. Et ainsi, c’est une chose déléguée qui, reçue des mains d’un autre, doit en son temps être remise. Le Fils sera certainement trouvé fidèle là où tous les autres ont manqué. Des hommes, il est écrit : « Dieu se tient dans l’assemblée de Dieu ; il juge au milieu des juges ». Mais du Fils, il est dit : « Ton trône, ô Dieu ! est pour toujours et à perpétuité ; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne. Tu as aimé la justice et haï la méchanceté ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons » (Héb. 1 ; Ps. 45 et 82). Tout cela nous montre que le Seigneur Jésus ne tient le royaume que comme une administration qui Lui est confiée pour un temps. Que ce soit l’épée ou le sceptre qu’Il tienne entre Ses mains ; qu’Il agisse comme David ou comme Salomon, Il sera également fidèle. Quand Il sortira pour exercer le jugement ou pour combattre les batailles de l’Éternel, ce sera vrai de Lui, comme il est dit : « Le Seigneur, à ta droite, brisera les rois au jour de sa colère », et encore : « Venez, voyez les actes de l’Éternel, quelles dévastations il a faites sur la terre ! ». Et ce sera encore vrai quand Il s’assiéra sur le trône, ou gouvernera le royaume en paix : « Je marcherai dans l’intégrité de mon cœur, au milieu de ma maison », dit Christ le Roi. Et de Lui, il est dit à Jéhovah : « Il jugera ton peuple en justice et tes affligés avec droiture ». Mais je le répète, tout cela suppose un pouvoir délégué, bien que confié à une main spéciale.

De même que la mort du Seigneur a accompli autrefois pour toujours l’œuvre pour laquelle Il la subissait, et que Sa sacrificature céleste s’exerce maintenant, jour après jour, d’une manière parfaite, ainsi Son royaume accomplira tout ce qui le concerne. Et alors, tout étant accompli, Il déposera Son sceptre, et le royaume prendra fin, ainsi qu’il est écrit : « Ensuite la fin, quand il aura remis le royaume à Dieu le Père… alors le Fils aussi lui-même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous ».

« Que Dieu soit tout en tous ». Oui, Dieu, par le Fils, a fait les mondes. Et quand les mondes et les siècles auront achevé leur course et accompli leur œuvre, quand les dispensations auront manifesté les conseils, les œuvres et les gloires qui leur étaient assignés — le Fils, comme Celui en qui toutes ces choses étaient fondées et par qui elles étaient ordonnées, sera Lui-même assujetti à Celui qui Lui avait assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.

C’est remettre la charge confiée ; c’est la sujétion de Celui sous les pieds duquel toutes choses avaient été mises, à Celui qui les Lui avait assujetties. Quant à la personne, bien différente de la charge, elle est éternelle. Le Fils est dans la gloire de l’essence divine, de même que le Père et le Saint Esprit.

La personne est le mystère des mystères que nous contemplons. Lorsque nous pensons à Christ dans la réalité de ce qu’Il est, tout l’éclat même du royaume à venir n’est qu’un voile jeté sur Sa gloire inhérente. La splendeur du royaume pourrait-elle déployer ce qu’Il est en Lui-même ? Les honneurs du royaume de Salomon et même de tous les royaumes du monde, ne voileraient-ils pas la gloire du Fils, aussi réellement que les outrages du prétoire de Pilate ou la couronne d’épines et l’opprobre du Calvaire ? Le fait d’être né à Bethléhem comme fils de David, aux acclamations des anges, est-il la mesure de Sa gloire personnelle, plus que le nom de Nazarénien ? La foi discerne le serviteur dans les jours d’exaltation comme dans les jours d’abaissement et de douleurs. Il a servi comme serviteur ; Il sert comme sacrificateur ; Il servira comme roi.

Ce mystère que nous contemplons ici, est le lien des liens ; dans la foi à ce mystère, toutes les distances et tous les intervalles disparaissent. Le ciel et la terre, Dieu et l’homme, Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés, les choses les plus élevées et les plus abaissées, sont associées l’une à l’autre pour la gloire de Dieu et pour notre bénédiction.

Quels anneaux ! Quels mystères et quelles harmonies ! Quels conseils touchant les fins de la création dans les âges cachés de l’éternelle et divine sagesse avant que le monde fût ! « Si vaste que soit la course tracée par l’Écriture, c’est toujours un cercle, et sous cette forme parfaite, elle revient au point d’où elle est partie. Le ciel qui avait disparu, au chapitre 3 de la Genèse, reparaît dans les derniers chapitres de l’Apocalypse. L’arbre de vie se trouve de nouveau près du fleuve d’eau vive, et il n’y a plus de malédiction.

« Les différences mêmes de formes sous lesquelles reparaît le royaume céleste sont profondément caractéristiques. Elles montrent non seulement que tout a été reconquis, mais retrouvé sous une forme plus glorieuse, parce que c’est par le Fils que cette restauration est accomplie. Ce n’est plus le paradis, mais la Jérusalem céleste ; ce n’est plus le jardin produisant son fruit spontanément et sans labeur, comme il convenait au bonheur de l’homme dans son état d’innocence ; c’est la cité, plus somptueuse, plus magnifique, plus glorieuse, mais en même temps le résultat de labeurs et de souffrances ; édifiée pour être une habitation plus splendide et plus durable, mais formée de pierres qui, d’après le modèle de la « maîtresse pierre de coin, élue et précieuse », ont été, chacune en son temps, laborieusement taillées et péniblement équarries pour occuper la place qui leur était destinée ».


Ayant ainsi atteint le moment où le royaume est remis, nous sommes arrivés aux confins du « nouveau ciel et de la nouvelle terre ». Les cieux et la terre de maintenant auront été la scène sur laquelle le Fils a exercé Son action et auront rendu témoignage de Ses perfections en grâce et en gloire, en humiliation et en puissance, dans Ses ministères comme serviteur, sacrificateur et roi, dans la foi de la foi et dans la seigneurie sur toutes choses. Puis, quand le Fils aura été ainsi manifesté, dans la faiblesse et dans la force, sur la terre et dans le ciel, de la crèche jusqu’au trône, comme Nazaréen et Bethléhémite, comme Agneau de Dieu et Oint, comme Seigneur sur toutes choses, selon tout ce à quoi Il était prédestiné dans les conseils éternels, alors les cieux et la terre d’à présent auront accompli tout ce qu’ils avaient à faire. Lorsque tout ce qui manifeste le Fils aura été déployé, ils auront fini leur temps. Ils passeront, et l’âme qui les a contemplés accomplissant leur service, sera préparée à entendre cette parole du prophète de Dieu : « Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés ».

Mais comme nous l’avons dit précédemment, l’Écriture — notre seul guide — ne nous donne pas la liberté de suivre le Seigneur plus loin que le royaume. L’Esprit Saint en passant et occasionnellement, nous donne cependant quelques caractères des nouveaux cieux et de la nouvelle terre. Ésaïe nous dit que l’on ne se souviendra plus du premier ciel et de la première terre, quand la nouvelle création sera introduite, montrant ainsi combien celle-ci surpassera la première en excellence. Il dit aussi que les nouveaux cieux et la nouvelle terre subsisteront devant Dieu[17], suggérant ainsi la pensée que c’est l’état éternel. Paul dit qu’après que le royaume aura été remis au Père, Dieu sera « tout en tous », voulant dire par là, je pense, qu’alors tout pouvoir délégué, tout ministère, même ce qui a été remis entre les mains du Fils, auront pris fin, comme ayant accompli le dessein pour lequel ils avaient été établis. Pierre parle des nouveaux cieux et de la nouvelle terre comme étant la demeure de la justice, et transporte ainsi notre pensée au-delà de l’époque où la justice tient le sceptre, où elle règne.

Mais Jean, dans l’Apocalypse (chap. 21), est plus explicite : « Et je vis », dit-il, « un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés, et la mer n’est plus ». Puis il ajoute, en parlant de ce nouvel état de choses : « Voici, l’habitation de Dieu est avec les hommes, et il habitera avec eux ; et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux, leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées ». Combien cela est précieux ! Les premières choses sont passées ; les larmes sont passées, la mort est passée, douleurs, cris et deuil ne sont plus. Il ne reste aucune trace des choses précédentes où le péché et la mort avaient imprimé leur sceau. La terre millénaire avec toutes ses bénédictions, est loin de répondre à un ordre de choses aussi élevé, car le péché et la mort s’y trouvent encore (És. 65). « Les premières choses sont passées ». Ce n’est pas que nous devions perdre quoi que ce soit de ce qui nous a été donné ou communiqué selon Ses conseils de grâce et de gloire, par le ministère du Fils et par les opérations de l’Esprit. Rien de ce que nous avons reçu dans le cours des dispensations divines ne sera perdu pour nous. Cela ne se pourrait pas. Même les rafraîchissements de l’Esprit que nous goûtons en passant, et que troublent si souvent les mouvements de la chair, ne sont pas perdus pour nous. Ils sont le témoignage de ce qui est éternel dans son essence même. De même on jouira, dans ses plus éclatants résultats, de toute la sagesse si diverse de Dieu, qui a été déployée dans les différentes dispensations. Elle est essentiellement éternelle, et ne peut être perdue pour nous. Ces manifestations de Dieu dans Sa sagesse, dans Sa puissance, dans Sa grâce et dans Sa gloire, se sont montrées et déployées dans la suite des siècles, et ont rencontré la lutte et l’opposition sur la scène de notre monde gâté, ruiné et dégradé. Mais dans les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre, tout conflit aura disparu, et ces manifestations seront connues dans leurs complets, glorieux et triomphants résultats.

Devant Celui qui est assis sur le « cheval blanc », les pouvoirs apostats de « ce présent siècle mauvais » sont frappés à l’heure du plus entier développement de leur orgueil et de leur audace, et le Seigneur avec Ses saints règne en justice sur la terre durant l’âge millénaire. Devant Celui qui est assis sur le grand trône blanc, le ciel et la terre d’à présent s’enfuient et disparaissent, et Celui qui est assis sur le trône dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles ». Ce sont assurément des choses distinctes, d’une haute signification, et indiquant le développement successif des conseils et des voies de Dieu.

Ce ne sera plus sur la terre nouvelle, le sceptre de la justice, mais son habitation ; et par conséquent, ce ne sera pas le trône du Fils, mais le tabernacle ou l’habitation de Dieu. Ce n’est plus l’autorité divine s’exerçant sur la scène, mais l’habitation de Dieu sur une scène heureuse et nouvelle.

Ce ne sera plus la terre sur laquelle a coulé le sang de Christ, la terre, sépulcre de milliers de générations : ce sera une nouvelle terre. Ce ne seront plus les cieux revêtus « de noirceur » et auxquels « un sac est donné pour couverture », desquels les tonnerres, le vent de tempête et le déluge sont descendus, pour opérer l’œuvre de jugement et porter témoignage de la juste colère de Dieu : ce sera un ciel nouveau.

Celui qui aura soif boira de la fontaine d’eau de la vie ; celui qui vaincra héritera de toutes choses (Apoc. 21, 6, 7). Caractères bénis qui distinguent les saints, mais souvent bien peu réalisés ! Mais bénis et précieux cependant, lorsque nous lisons ce qu’ils sont et que nous y pensons — soupirer après le Dieu vivant, et vaincre au milieu de ce monde mauvais !

Je ne voudrais ajouter que peu de paroles. Nous ne devons pas faire des spéculations, là où nous ne pouvons donner des enseignements positifs. Nous ne devons pas écouter ce que nous n’apprenons pas du Seigneur. Sa Parole écrite est la règle des pensées de tous les saints, bien que quelques-uns se soient plus largement que d’autres, mis en possession de cette Parole par l’Esprit Saint. Nous devons tous connaître la règle commune, et chacun de nous doit aussi connaître sa mesure personnelle dans l’Esprit. Je voudrais donc m’arrêter ici, ajoutant seulement une pensée qui m’a été en bénédiction : c’est que, bien que nous ne puissions discerner ces régions lointaines, nous pouvons y croire et les espérer avec confiance, ou plutôt nous confier en Celui qui en est le Seigneur. Nos cœurs peuvent être assurés qu’elles seront tout ce qu’ils désirent, tout ce que demanderont les nouvelles conditions où nous nous trouverons. Le ciel a toujours été ce qui répondait aux besoins de la terre. Au commencement, le soleil a été établi pour dominer sur le jour, et la lune et les étoiles pour dominer sur la nuit. Ils étaient alors placés dans le ciel, parce qu’ils satisfaisaient à ce qu’il fallait à la terre. Mais il n’y avait pas d’arc-en-ciel dans la nuée, parce que la terre n’avait pas besoin d’un signe et d’un gage que, si Dieu agissait encore en jugement, Il épargnerait la terre. Le jugement était alors chose inconnue. Mais lorsque la conscience eut été réveillée, que le jugement fut compris et redouté, quand Dieu fut connu comme un Dieu juste par les actes qu’Il avait accomplis, et que la terre eut besoin d’être assurée que, dans Sa colère, Il se souviendrait d’avoir compassion, alors dans le ciel apparut le gage de cette miséricorde, déployé au front même des nuées, signe du jugement.

Ainsi le ciel a déjà été changé, ou s’est revêtu d’une manière nouvelle, selon les besoins variés de la terre ; et le passé est une garantie pour l’avenir, bien « qu’un ciel nouveau et une terre nouvelle » doivent être révélés. Mais je puis ajouter que la terre millénaire, en son jour, connaîtra la même fidélité du ciel envers elle. Elle y verra le sanctuaire de la gloire, comme la foi y contemple maintenant le sanctuaire de la paix, et la cité céleste de cet âge-là sera vue descendant du ciel, dans le caractère même qu’elle devra avoir pour satisfaire aux besoins des nations de la terre et de leurs rois, qui se réjouiront en elle et lui apporteront leur gloire et leur honneur. Le Dieu du ciel et de la terre, dans Son infinie et infatigable bonté, poursuivant toujours sans dévier et d’une manière constante Ses voies d’ancienneté, se montrera toujours fidèle en bénissant Ses créatures. « Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, en qui il n’y a pas de variation ou d’ombre de changement ». Les nouveaux cieux et la nouvelle terre raconteront à jamais l’histoire de cette bonté variée et inépuisable.

Ce dont nous avons besoin, c’est de posséder l’heureuse foi qui rend réelles pour l’âme toutes ces grandes et précieuses vérités. La maison du Père n’est plus à une distance effrayante pour nous. Nous en sommes approchés, et nous y entrons avec une sainte et heureuse hardiesse par le sang de Jésus. Notre pensée n’aurait jamais pu concevoir un amour tel que celui du Père, de notre Père. Mystérieux amour qui nous amène tout près de Lui !

Puissent ces méditations nous aider à connaître cette proximité et la réalité des choses précieuses qui appartiennent à la foi. Amen.