Sa domination sur toutes choses

« Tu as assujetti toutes choses sous ses pieds »

(Héb. 2, 8)

En lisant le commencement de l’évangile de Luc, on est frappé d’y trouver et d’y sentir la profonde et vive expression de l’intimité qui existe entre le ciel et la terre. Ce sont les besoins et la faiblesse de l’homme qui ouvrent les portes du ciel ; mais une fois ouvertes, elles le sont largement.

Zacharie et Élisabeth « étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche ». Ils étaient de la famille sacerdotale, de la postérité d’Aaron. Mais ce ne fut pas leur justice qui ouvrit pour eux le ciel ; ce furent leurs besoins et leurs infirmités. Élisabeth était stérile, et tous deux étaient fort avancés en âge ; et la raison de leur réelle bénédiction était là, dans leur douleur et leur faiblesse. Pour la femme stérile et le mari sans enfants, Gabriel vient avec une promesse du ciel. Mais ainsi que je l’ai dit, le ciel une fois ouvert, il l’est largement. Les anges sont tout activité et joie ; peu importe que ce soit le temple dans la royale et sainte cité, ou un village reculé de la Galilée méprisée, Gabriel est prêt à se rendre dans l’un ou dans l’autre. La gloire de Dieu éclate dans les champs de Bethléhem, tout autant qu’au milieu des armées célestes. Le Saint Esprit remplit de Sa divine lumière et de Sa puissance les vaisseaux élus, et le Fils Lui-même devient un homme. Le ciel et la terre sont très rapprochés l’un de l’autre. L’activité et la joie commencées en haut, sont ressenties et trouvent leur réponse sur la scène d’ici-bas. Les bergers, les femmes favorisées de Dieu, le vieux sacrificateur, et l’enfant dans le sein de sa mère, partagent le même enthousiasme du moment, et les saints qui attendaient voient s’accomplir leurs désirs.

Je ne sache pas de passages des Écritures qui présentent ce caractère avec plus de beauté (Luc 1 et 2). C’est comme en un moment, en un clin d’œil, qu’une transition bénie s’accomplit :

« Le ciel descend pour saluer nos âmes »

La terre apprend de la bouche de ces merveilleux témoins qu’en vérité la porte des cieux lui était toute grande ouverte. L’intimité la plus profonde accompagnait les services de la grâce. L’ange appelle par leurs noms Zacharie et Marie, et en leur parlant nomme aussi Élisabeth. Le cœur comprend immédiatement ce langage.

Nous pouvons bénir le Seigneur qui nous fait connaître ces choses, et nous Le bénirions, sans doute, si nous marchions avec plus de simplicité et de foi, dans le sentiment de la proximité et de la réalité du ciel.

Jacob et Étienne, chacun dans son jour, virent de la même manière le ciel s’ouvrir devant eux, et il leur fut donné de connaître l’intérêt personnel qu’ils y avaient. Jacob contemple une échelle dressée, dont le sommet pénètre dans les cieux, tandis que le pied repose sur la terre, à l’endroit même où il était couché. C’était un lieu méprisable et déshonoré, témoin à la fois de son péché et de sa misère. Mais là se trouvait l’échelle, et la voix du Seigneur, qui trônait dans Sa gloire au-dessus de ce lieu, parle à Jacob de bénédiction, de sécurité, d’héritage, et lui promet de le conduire.

De même, Étienne voit aussi le ciel ouvert et en contemple la gloire ; mais le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu. Le martyr apprenait ainsi, comme l’échelle l’avait dit au patriarche, que lui et les circonstances où il se trouvait en ce moment même, occupaient les pensées du ciel.

Il en était ainsi, selon les mêmes voies, dans ces jours éloignés où vivaient Jacob et Étienne, éloignés l’un de l’autre comme ils le sont de nous. Mais l’intervalle des temps ne fait aucune différence. La foi voit les mêmes cieux ouverts maintenant et apprend comme les hommes d’autrefois, que ces cieux sont à nous. Elle apprend qu’il existe des liens entre eux et nous, dans les circonstances où nous sommes. L’œil de la foi a une échelle devant lui, le ciel est ouvert, et il y contemple « l’homme Christ Jésus », le Médiateur de la nouvelle alliance, le grand souverain Sacrificateur, l’Avocat auprès du Père, Celui qui sympathise et qui est aussi notre précurseur dans ces régions de la gloire.

Jésus est monté en haut, et la foi reconnaît que ce qu’Il accomplit actuellement dans les cieux est entièrement « pour nous ». Il se souvient là de nos besoins, aussi bien que de nos douleurs. Les souffrances de Jacob étaient celles d’un homme repentant, celles d’Étienne, d’un martyr, mais le ciel de Jacob était aussi celui d’Étienne.

Cela n’est pas tout. La foi connaît un autre mystère dans le ciel. Elle sait que, si le Seigneur a pris là Sa place dans ces divers caractères de grâce envers nous, Il l’occupe aussi comme Celui que l’homme a méprisé et que le monde a rejeté. C’est aussi ce que la foi saisit dans les cieux où le Seigneur Jésus, le Fils de Dieu, est maintenant assis.

Jésus mourut sous la main de Dieu. Son âme fut mise en oblation pour le péché. « Il plut à l’Éternel de le meurtrir », et Il ressuscita comme Celui qui était mort de cette manière : Sa résurrection rendant témoignage de l’acceptation de Son sacrifice. Il monta ensuite au ciel dans le même caractère, afin d’y poursuivre le dessein de grâce que Dieu avait en vue dans cette mort et dans cette résurrection.

Mais le Seigneur Jésus mourut aussi sous la main de l’homme, c’est-à-dire que la main méchante de l’homme eut sa part dans cette mort, tout autant que celle de la grâce infinie de Dieu. Il fut rejeté par « les cultivateurs », haï du monde, chassé, crucifié et tué. C’est là un autre caractère de Sa mort. Et Sa résurrection et Son ascension sont selon ce caractère aussi des parties de l’histoire de Celui que le monde a rejeté. En effet, Sa résurrection est le gage du jugement du monde (Act. 17, 31), et Son ascension L’a placé dans l’attente du jour où Ses ennemis seront mis comme marchepied de Ses pieds (Héb. 10, 13).

Ces distinctions nous font comprendre les différents aspects sous lesquels la foi, à la lumière de la Parole, considère Jésus monté en haut. Elle Le voit là, dans la grâce de Sa sacrificature, intercédant pour nous ; et, en même temps, attendant le jugement de Ses ennemis.

L’évangile proclame le premier de ces mystères, c’est-à-dire la mort du Seigneur Jésus sous la main de Dieu pour nous, et Sa résurrection et Son ascension, dans un caractère en harmonie avec cette mort. Et c’est dans cet évangile que nous pouvons à bon droit nous glorifier comme étant celui de notre parfait salut[14]. Mais en se glorifiant dans le premier de ces mystères, on pourrait oublier le second. Ce serait une sérieuse lacune dans l’âme d’un saint et dans le témoignage de l’Église. Car si ce grand fait, la mort du Seigneur sous la main de l’homme, est oublié sur la terre, il n’est sûrement pas oublié dans le ciel. Ce mystère n’est pas, il est vrai, le mobile de l’action qui se passe actuellement dans le ciel ; ce qui l’est, c’est la mort de la victime et les intercessions du sacrificateur en vertu de cette mort. Mais ce sera la mort du divin martyr, la mort du Fils de Dieu par la main de l’homme, qui caractérisera bientôt l’action qui aura lieu dans le ciel.

Ces distinctions sont nettement et clairement tracées et maintenues dans l’Écriture. Le ciel, tel qu’il nous est ouvert dans l’Apocalypse, est un ciel tout autre que celui qui nous est présenté dans l’épître aux Hébreux. Les pensées, les actions, les occupations, diffèrent entièrement, tout autant que la mort du Seigneur Jésus considérée comme perpétrée par la main de l’homme, c’est-à-dire par nous, diffère de cette mort venant de la main de Dieu, c’est-à-dire accomplie pour nous. Les mêmes objets s’y trouvent, mais dans des relations différentes.

Par exemple, nous voyons dans le ciel de l’épître aux Hébreux et dans le ciel de l’Apocalypse, un trône et un temple, mais le contraste entre eux est très soigneusement maintenu. Dans l’épître aux Hébreux, le trône est un trône de grâce, et nous y trouvons et obtenons tout ce que requièrent nos peines et nos besoins du temps présent. Dans l’Apocalypse, c’est un trône de jugement devant lequel et autour duquel sont les agents et les instruments de la colère et de la vengeance. Dans les Hébreux, le sanctuaire ou le temple est occupé par le souverain Sacrificateur de notre profession, le Médiateur d’une nouvelle alliance, servant là en vertu de Son propre et très précieux sang. Dans l’Apocalypse, le temple retentit des sons et resplendit des lumières qui annoncent le jugement. Des éclairs, des voix et des tonnerres, en accompagnent l’ouverture. C’est le temple vu par le prophète, rempli de fumée, et dont les fondements des seuils sont ébranlés, en signe que le Dieu auquel appartient la vengeance était là dans Sa gloire (És. 6).

La vue que nous avons du ciel dans l’Apocalypse est donc très solennelle. C’est le lieu où la puissance se prépare des instruments pour le jugement. Les sceaux sont ouverts, les trompettes retentissent, les coupes sont versées, mais c’est comme introduction à quelque terrible calamité sur la terre. L’autel qui est là n’est pas celui de l’épître aux Hébreux, celui où la sacrificature céleste mange du pain de vie, mais c’est l’autel qui fournit le feu du châtiment pour la terre. Et là aussi, il y a guerre, et à la fin il s’ouvre, ce ciel devant Celui dont le nom est « la Parole de Dieu », qui est vêtu d’un vêtement teint dans le sang, et de la bouche duquel sort une épée aiguë à deux tranchants, afin qu’Il en frappe les nations.

Assurément, c’est là le ciel sous un nouveau caractère, et le contraste avec celui des Hébreux est très solennel. Ce n’est pas le ciel tel que la foi le saisit maintenant, un sanctuaire de paix rempli des provisions et des témoignages de la grâce, mais un ciel qui nous apprend que, bien que le jugement soit pour le Seigneur une œuvre inaccoutumée, cependant c’est Son œuvre au temps convenable. Car le ciel, dans ses diverses phases, est le lieu du témoignage de la grâce, du jugement et de la gloire. C’est maintenant le ciel de la grâce ; il deviendra le ciel du jugement au temps qui commence en Apocalypse 4, et se continue durant toute l’action du livre, jusqu’à ce qu’aux chapitres 21 et 22, il devienne le ciel de la gloire.

L’âme doit s’accoutumer à cette sérieuse vérité, que le jugement précède la gloire ; je parle ainsi par rapport à l’histoire de la terre ou du monde. Car pour ce qui est du croyant, il est passé de la mort à la vie ; pour lui, il n’y a pas de condamnation ; il ne ressuscite pas pour le jugement, mais pour la vie. Mais il doit savoir que, dans la suite de l’histoire divine de la terre ou du monde, le jugement précède la gloire. Le royaume sera vu dans l’épée ou « la verge de fer », avant d’être contemplé dans le sceptre. L’Ancien des jours est assis en vêtements blancs sur un trône de flammes de feu, avec les livres ouverts devant Lui, avant que le Fils de l’homme vienne jusqu’à Lui avec les nuées des cieux pour recevoir la domination (Ps. 2 ; Dan. 7).

Ces leçons sont très clairement enseignées et distinguées dans les Écritures. Dans la période qui s’ouvre en Apocalypse 4, c’est Christ rejeté par l’homme, et non pas Christ accepté de Dieu pour des pécheurs, qui est devenu l’objet et la pensée du ciel. Et en conséquence, des préparatifs sont faits pour venger sur le monde les torts qu’y a soufferts le Seigneur Jésus, et pour revendiquer Ses droits sur la terre. En d’autres termes, c’est le ciel commençant cette série d’actes qui doit établir le Seigneur dans Son royaume après le jugement de Ses ennemis.

Mais tout ceci nous montre de nouveau, selon la pensée dominante de ces méditations sur « le Fils de Dieu », que c’est la même personne qui est gardée devant nous, pour être connue de nous, dans toutes les phases ou périodes du même grand mystère. À quelque point que nous soyons arrivés, nous marchons toujours dans la compagnie du même Jésus. En effet, ces distinctions, que j’ai déjà fait remarquer, nous disent qu’Il a été reçu dans le ciel, et qu’Il y est maintenant assis dans les caractères mêmes sous lesquels Il avait été auparavant connu et manifesté sur la terre. Car Il a été ici-bas comme Celui qui accomplissait parfaitement la grâce de Dieu envers nous pécheurs, et comme Celui qui endura dans toute sa plénitude l’inimitié du monde. Or c’est sous ces deux caractères, comme nous l’avons vu, qu’Il est assis dans le ciel.

Mais Il ne se hâte point de revêtir ce second caractère, ou d’apparaître agissant dans le ciel comme Celui qui a été méprisé sur la terre. Il retarde, pour ainsi dire, le moment d’entrer dans le ciel de l’Apocalypse. Et dans ce trait de Son caractère, en différant l’heure du jugement, en demeurant encore dans le lieu de la grâce, Il dévoile à nos yeux une très douce expression du cœur que la foi nous a appris à connaître. C’est ainsi que, lorsqu’Il était ici-bas, Il approchait à pas lents de Jérusalem comme le Dieu de jugement. Il disait à la cité coupable : « Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes », avant de prononcer ces paroles : « Voici, votre maison vous est laissée déserte ». Il s’attardait dans les plaines, visitant chaque cité et chaque village du pays, dans Son patient service de grâce, avant de s’asseoir sur la montagne des Oliviers pour annoncer le jugement et la désolation de Sion (Matt. 24, 1). Et maintenant, de Celui qui s’avançait ainsi lentement sur la route qui Le conduisait au lieu d’où Il prononçait le jugement, il est écrit : « Il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance »[15] (2 Pier. 3).

Ainsi, nous avons devant nous la même personne, avec le même caractère, que nous la considérions comme Il était sur la terre, soit comme Il est maintenant dans le ciel, une seule et même personne, moralement la même, malgré les changements de scène et de condition. « La grâce qui était en Christ dans ce monde est la même qui est en Lui maintenant dans le ciel ». Paroles consolantes et propres à encourager ! Comme nous devrions savoir réellement que nous parlons selon la vérité, quand nous disons : « Je Le connais » ! Nous L’avons contemplé dès le commencement. Nous L’avons vu descendant du ciel, prenant naissance dans le sein de la vierge, couché dans la crèche ; Il traversa ensuite la terre revêtu d’une gloire parfaite, complète, sans souillure, bien que voilée ; Il mourut et fut enseveli ; Il ressuscita et retourna au ciel, et comme nous l’avons déjà envisagé, la foi Le voit là, Lui que la foi avait connu pour avoir vécu ici-bas, Lui-même, le ministre et le témoin de la grâce de Dieu envers l’homme, Celui qui a porté pleinement l’inimitié de l’homme contre Dieu, et qui cependant est le Dieu qui diffère le jugement.

Mais je dois faire remarquer quelque chose de plus, touchant le même Jésus, quelque chose qui est encore plus immédiatement en rapport avec le sujet de ma présente méditation.

Lorsque le Seigneur Jésus était ici-bas, Il attendait Son royaume. Il se présenta Lui-même à la fille de Sion, comme étant son Roi, le Fils de David. En entrant dans la cité, « débonnaire et monté sur une ânesse », Il se manifestait comme Celui que les prophètes avaient autrefois annoncé. Autrefois Son étoile, l’étoile du royal enfant de Bethléhem, était apparue en Orient, appelant les Gentils à venir au Fils de David, dans la ville de David. Mais Il ne trouva point ce qu’Il attendait alors : « Il vint chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ». Toutefois Il emporta avec Lui dans le ciel cette même pensée, ce même désir de Son royaume : « Un homme noble s’en alla dans un pays éloigné, pour recevoir un royaume ». Il pense à Son royaume, maintenant qu’Il est assis sur le trône du Père, comme Il y pensait et l’attendait lorsqu’Il était ici-bas. Et, je le répète ici, combien, sous ce beau caractère de roi, nous sommes gardés en communion avec le même Jésus. Il fut autrefois sur la terre, Il est maintenant dans le ciel ; mais, où que ce soit, nous Le connaissons comme le même Seigneur, un dans Sa personne, un dans Ses desseins et Ses désirs, bien que les lieux et les conditions changent. Il était roi d’Israël ici-bas, et, avec désir, réclamait Son royaume ; mais Ses concitoyens le Lui ayant refusé, Il l’a reçu dans le ciel. Au temps convenable, au jour de la joie de Son cœur, Il reviendra pour l’administrer ici-bas où d’abord Il était venu le chercher. « Je voyais dans les visions de la nuit, et voici quelqu’un comme un Fils d’homme vint avec les nuées des cieux, et il avança jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servissent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit ».

C’est là aussi l’hommage que nous rendons au même Jésus, et le cœur l’apprécie lorsque nous y pensons. Mais il y a un autre trait de cette identité qui surpasse de beaucoup tout ce que nous avons fait remarquer.

Lorsqu’Il était ici-bas, Il désirait être connu de Ses disciples ; Il désirait que leurs regards, pauvres pécheurs qu’ils étaient, découvrissent quelques rayons de Ses gloires cachées. Il se plaisait de même à communiquer à la foi les trésors de Sa grâce. La foi qui comptait sur Lui sans réserve, la foi qui en simplicité avait recours à Lui en toute occasion, la foi qui subsistait, bien que repoussée ou traitée avec une apparente froideur, cette foi-là Lui était précieuse. Le pécheur qui s’attachait à Lui, malgré le mépris du monde, ou qui se confiait en Lui sans être soutenu ou encouragé par d’autres, recevait de Lui l’accueil le plus bienveillant. L’âme qui, en liberté, recherchait Sa présence, qui désirait entrer en communion avec Lui, assise à Ses pieds ou penchée sur Son sein, pouvait obtenir de Lui ce qu’elle voulait, ou, comme Abraham lorsqu’il intercédait, pouvait demeurer avec Lui aussi longtemps qu’il lui plaisait.

Il désirait l’union avec Ses élus ; une union complète, personnelle, et permanente, prêt comme Il l’était à partager avec eux le nom que le Père Lui avait donné, l’amour dans lequel Il était auprès du Père, et la gloire dont Il était héritier.

Il recherchait la sympathie ; Il soupirait après la communion, dans Ses joies comme dans Ses douleurs. Or nous ne saurions en aucune manière apprécier la souffrance de Son cœur lorsqu’Il ne la rencontrait pas. C’était pour Lui un sentiment bien plus profond, nous pouvons le dire, que lorsque, se présentant pour réclamer un royaume, Il ne le recevait pas. Quelle douleur dans ces paroles : « Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ! ». N’y voyons-nous pas l’expression d’un cœur solitaire ?

Il y a plus encore. Il se proposait, lorsqu’Il était ici-bas, de partager Son trône avec les siens. Il ne voulait pas être seul ; Il voulait faire part à Ses élus des honneurs et de l’héritage qui Lui appartenaient, de même qu’Il aurait voulu qu’eux, en sympathie avec Lui, comprissent et partageassent Ses joies et Ses douleurs.

Et maintenant — mystère excellent et merveilleux qui nous Le fait entendre — tout cela est ou sera réalisé pour Lui dans l’Église et par l’Église. L’Église est appelée à répondre aux désirs du Seigneur Jésus en toutes ces choses, à être pour Lui tout ce que Son cœur demandait, soit à présent par le Saint Esprit, soit bientôt dans le royaume. Elle est appelée à entrer maintenant, en esprit, dans Ses pensées et dans Ses affections, Ses joies et Ses douleurs, et ensuite à resplendir dans Sa gloire et à s’asseoir sur Son trône.

Quel mystère ! L’Église à qui le Saint Esprit a été donné pour demeurer en elle, et qui est destinée à s’asseoir, glorieuse elle-même, dans l’héritage de la possession du Seigneur, l’Église est la réponse à ces désirs les plus profonds du cœur de Jésus, le Fils de Dieu, dans les jours de Sa chair. Je le répète : Quel mystère ! Nous pouvons bien admirer ces harmonies qui nous parlent du même Jésus, de Sa personne, toujours la même dans les différentes parties de Ses voies merveilleuses. Lorsqu’Il était ici-bas, Il cherchait et réclamait un royaume, et désirait les sympathies de Ses saints. Mais Son peuple n’était pas préparé à reconnaître Sa royauté ; Ses saints n’étaient pas capables d’entrer dans cette communion. Toutefois, Il reçoit maintenant un royaume dans le ciel, et Il reviendra l’administrer ici-bas. Il commence maintenant, par l’Esprit Saint qui demeure dans Ses élus, à trouver cette communion qui sera pleinement réalisée pour Lui au jour où ils auront atteint la perfection. Le royaume sera Sa gloire et Sa joie. Il est appelé « la joie du Seigneur », car il sera dit à ceux qui le partageront avec Lui : « Entre dans la joie de ton Seigneur ». Mais la communion dans laquelle l’Église sera avec Lui, Lui sera bien plus précieuse. C’était ici-bas Son désir le plus intense ; ce sera bientôt Sa plus riche jouissance. Ève était pour Adam bien plus que la domination sur toutes choses.

Avons-nous, bien-aimés, assez de puissance dans nos âmes pour nous réjouir dans la pensée que le cœur du Seigneur Jésus sera ainsi satisfait ? Nous pouvons découvrir et retracer les joies diverses qui L’attendent au jour de Ses épousailles, au jour des délices de Son cœur ; mais avons-nous la capacité, en esprit, de faire davantage ? Il est humiliant d’avoir à adresser de semblables questions à notre âme, nous pouvons le dire en toute sincérité.


Le royaume et l’Église seront au Seigneur.

Le royaume Lui appartiendra à plus d’un titre. Il le prendra en vertu de l’alliance, ou selon les conseils existants de Dieu, avant la fondation du monde. Il l’obtiendra par Son droit personnel, car Lui, le Fils de l’homme, n’a jamais perdu l’image de Dieu, et Il ne le pouvait pas, parce que, tout en étant Fils de l’homme, Il était le Fils du Père. Il ne la perdit pas, et l’ayant conservée, la domination Lui appartient à titre personnel, selon les premiers grands décrets de puissance et de gouvernement formulés ainsi : « Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre ». Il prendra aussi le royaume en vertu de Son obéissance, ainsi que nous le lisons : « Étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, se ploie tout genou ». Sa mort aussi Lui donne un titre au royaume, car nous lisons encore : « En lui, toute la plénitude s’est plu à habiter, et par lui à réconcilier toutes choses avec elle-même, ayant fait la paix par le sang de sa croix, par lui, soit les choses qui sont sur la terre, soit les choses qui sont dans les cieux ». Et la croix, où Il subit la mort, portait, sans qu’il eût été permis d’en effacer une seule lettre, maintenues intactes par la puissante main de Dieu, ces paroles : « Celui-ci est Jésus, le Roi des Juifs ».

Ainsi la domination appartient au Fils de l’homme en vertu de l’alliance, par le titre personnel qu’Il y a, par Son titre de service ou d’obéissance, et par celui d’achat que Sa mort Lui a donné. Je puis y ajouter aussi, par droit de conquête, car les jugements qui Lui fraieront le chemin du trône et qui retrancheront du royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, seront exécutés, comme nous le savons, par Sa main puissante. « Portes, élevez vos têtes ! Et élevez-vous, portails éternels, et le Roi de gloire entrera. Qui est ce Roi de gloire ? L’Éternel fort et puissant, l’Éternel puissant dans la bataille ».

Quelles solides fondations sont ainsi posées pour la domination du Fils de l’homme ! Combien chaque titre contribue à l’honneur et à la gloire de Son nom. Ainsi que nous le voyons en Apocalypse 5, personne dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait prendre le livre, si ce n’est l’Agneau qui avait été immolé, le lion de la tribu de Juda. Mais aussitôt qu’Il s’avance, Celui qui est assis sur le trône, le Lui laisse prendre de Sa main, et alors l’Église dans la gloire, les anges et toutes les créatures dans les différentes parties des vastes domaines de la création, exaltent en triomphe les droits et les titres de l’Agneau. Et si Son droit est ainsi assuré, scellé comme il l’est pas des milliers et des milliers de témoins, s’il est merveilleux aussi, tels seront la puissance et le royaume que maintient ce droit. Tout le grand dessein de Dieu dans le gouvernement de toutes choses revit et est rétabli en Christ, le Fils de Dieu, « le Seigneur venu du ciel », aussi bien que le « Fils de l’homme ». Nous pouvons dire que si « toutes les promesses de Dieu sont oui en lui, et amen, en lui », de même toutes les destinées de l’homme sous le gouvernement de Dieu sont « oui et amen » en Lui.

La domination fut donnée à Adam. À Noé fut confié le gouvernement. Abraham fut établi père de plusieurs nations. À David appartint le jugement et à Salomon la royauté. Mais en Christ toutes ces gloires seront réunies et brilleront ensemble. En Lui et sous Lui, se fera « le rétablissement de toutes choses ». Il portera « plusieurs diadèmes », et plusieurs noms Lui sont donnés. Son nom de « Seigneur », dans le psaume 8, n’est pas Son nom de « Roi », dans le psaume 72. La gloire qui appartient à chacun est spéciale. Les couronnes sont différentes, mais l’une et l’autre sont à Lui. Il est également « Père d’éternité » ; Roi et cependant Père, le Salomon et l’Abraham de Dieu. En Lui tout sera béni, et cependant devant Lui, tout genou fléchira. L’épée aussi est à Lui, et « la verge de fer », aussi bien que le sceptre de justice. Il jugera comme David et régnera comme Salomon.

Comme Fils de David, Il prend en main la puissance pour l’exercer dans une certaine sphère de gloire. Comme Fils de l’homme, Il exerce la puissance dans une sphère de gloire bien plus vaste. Il vient dans Sa propre gloire, dans la gloire du Père et dans la gloire des saints anges. Comme homme ressuscité, Il prend aussi la puissance. Nous le voyons en 1 Corinthiens 15, 23 à 27. Et ce caractère s’exerce aussi dans une sphère spéciale. Il foule aux pieds la mort, le dernier ennemi. Et comme tout le reste, il est convenable et parfait à sa place, qu’au temps voulu ce soit l’homme ressuscité qui abolisse la mort.

Des scènes diverses de gloire L’entoureront, et des caractères variés de gloire s’attacheront à Sa personne. Le caractère même du royaume consistera en ceci : il sera rempli des gloires de Christ, gloires variées, mais s’harmonisant et se fondant toutes ensemble. La croix nous a déjà présenté un exemple de cette œuvre parfaite. Là se sont rencontrées « la bonté et la vérité ». Là Dieu se montra « juste » et cependant « justifiant » le pécheur. Il en sera dans les jours à venir de la puissance, comme autrefois dans les jours de la faiblesse. De même que la bonté et la vérité, la justice et la paix, se sont rencontrées et embrassées, ainsi l’autorité et le service, la bénédiction et le gouvernement, un nom de toute majesté et de toute puissance, et cependant un nom qui descendra d’en haut « comme une pluie fine sur l’herbe tendre », seront connus et appréciés ensemble. Il y aura la domination universelle de l’homme sur l’étendue entière des œuvres de Dieu, les honneurs du royaume dans le gouvernement de toutes les nations, avec la présence du Père d’éternité pour répandre et maintenir partout la bénédiction. « On appellera son nom Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix ».

Tout tend vers l’établissement de cette bénie et glorieuse seigneurie et suprématie du Fils de Dieu, bien que, pour plusieurs, ce soit à travers des océans de tribulations, et à travers le jugement complet de ce « présent siècle mauvais ». Dieu conduit à ce dénouement, et l’homme ne peut l’empêcher, quoiqu’il cherche à fixer la terre sur ses fondements actuels, refusant de voir qu’ils sont vermoulus, que la terre et toutes les choses en elle, vont être dissoutes, et que Christ seul en soutient les colonnes. « Le faisceau des vivants », comme le disait celle qui reconnaissait la gloire de David au temps de son abaissement, est un faisceau ferme, compact et sûr, parce que le Seigneur est en lui, de même qu’autrefois Il était dans le buisson ardent. Mais en dehors de ce faisceau faible et méprisé dans les pensées de l’homme, et semblable à un buisson d’épines sans valeur, tout est chancelant, et les temps approchent qui le feront connaître comme un fait historique à ceux qui ne veulent pas ou ne cherchent pas à l’apprendre en esprit dans la vigilance et la prière.

L’épée et le sceptre de ce jour de puissance à venir sont seuls dans leurs gloires respectives. Nulle autre épée, nul autre sceptre, n’est et ne peut leur être semblables. L’épée doit être « enivrée dans les cieux » (És. 34, 5). Quelle expression ! Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang ; les puissances des cieux seront ébranlées, l’obscurité sera sous Ses pieds, et les épaisses nuées du ciel L’accompagneront au jour où l’épée sera tirée pour le carnage. Sa puissance foulera la cuve de l’indignation et de la colère du Dieu le Tout-puissant. Tout ce qui est haut et élevé, les principautés et les puissances qui régissent les ténèbres de ce monde, la bête et son prophète, les rois, les capitaines et les hommes puissants, aussi bien que le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, sont parmi les ennemis qui sentiront le poids de cette épée — « l’armée d’en haut, en haut, et les rois de la terre, sur la terre ». Les sources aussi bien que les agents du mal seront sondées et visitées par la lumière et la puissance de l’épée redoutable du Seigneur.

N’est-elle pas unique dans sa gloire ? L’épée de Josué ou celle de David auraient-elles pu opérer de semblables conquêtes ? Les principautés des ténèbres auraient-elles cédé devant elles ? La mort et l’enfer s’y seraient-ils soumis ? « Tireras-tu le léviathan avec un hameçon ? ». Mais « Celui qui l’a fait lui a fourni son épée ».

Dans quelles mains donc cette épée doit-elle être placée pour subjuguer de telles armées ? Son emploi même dans ce jour de puissance, comme tout le service du Seigneur, dans la faiblesse ou dans la force, nous dit quel est le vainqueur. Qu’Il agisse ou qu’Il souffre, il y a par Lui, touchant Lui, et autour de Lui, une lumière brillante et une divine puissance qui s’affirment elles-mêmes. Nous les avons retracées et admirées, quoique bien faiblement, et nous voulons encore les proclamer et les adorer. Les victoires de ce Dieu des combats ont toujours eu, en d’autres temps, ce même caractère de grandeur. Autrefois, comme aujourd’hui, elles révélaient Sa personne et Sa gloire, ainsi qu’il est écrit : « L’Éternel est un homme de guerre ; l’Éternel est son nom ». La guerre qu’Il conduit — l’Esprit Saint le déclare — révèle Sa souveraineté, Sa gloire, Son nom, Sa personne. Les dieux d’Égypte, comme ceux des Philistins et de Babylone, sentiront le poids de Sa main. Dagon tomba « la face contre terre, devant l’arche de l’Éternel » ; « Bel s’est affaissé, Nebo se courbe ». Ce sont les faits opérés par la même main.

Et tel qu’est l’épée, tel est le sceptre. Celui de Salomon n’en était qu’une ombre bien légère, et devant lui s’éclipsent la domination donnée à Adam et le gouvernement confié à Noé.

Le monde entier Lui sera assujetti ; la création aussi bien que les nations. « Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ; chantez à l’Éternel, toute la terre ! Chantez à l’Éternel, bénissez son nom, annoncez de jour en jour son salut ! Racontez parmi les nations sa gloire, parmi tous les peuples ses œuvres merveilleuses ». Sous l’ombre de ce sceptre et à la lumière de ce trône de gloire, habiteront d’un bout de la terre à l’autre les nations justes et de bonne volonté. Il y aura une alliance entre les hommes et les bêtes des champs. Le désert aussi se réjouira. Le boiteux sautera comme un cerf et la langue du muet chantera. Le soleil de ce royaume ne se couchera pas, et la lune ne se retirera pas, car l’Éternel en sera la lumière perpétuelle. On ne fera point de tort et on ne détruira pas dans toute la sainte montagne de Dieu, car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel.

Israël revivra ; les os secs seront rappelés à la vie. Les deux bois de Juda et d’Israël seront rapprochés de nouveau pour ne faire qu’un. La cité sera appelée : « L’Éternel est là ». Du pays, il sera dit : « Cette terre qui était désolée est devenue comme le jardin d’Éden ». Et de nouveau elle sera saluée en termes qui parleront de ses saintes dignités : « L’Éternel te bénisse, demeure de justice, montagne de sainteté ! ».

Les Gentils seront amenés à une intelligence saine, la raison leur reviendra. Le monde insensé, bien que formé par Lui, ne L’avait pas connu. Les rois et les gouverneurs de la terre s’élevèrent contre l’Oint de l’Éternel. Ils regimbèrent contre les aiguillons, trahissant ainsi l’excès de leur folie. Mais ils recouvreront l’intelligence. On reconnaîtra dans ce qui arriva à Nebucadnetsar un mystère non moins qu’un fait historique. La raison fut rendue à celui que représentait la tête d’or, le grand chef de la puissance gentile. Il la retrouva après que les sept années de folie — juste châtiment de son orgueil — eurent passé sur sa tête, et qu’il eut reconnu et confessé que les cieux dominent. Et c’est ainsi que bientôt le monde, cessant de renier dans sa folie son Créateur, Le reconnaîtra et Le confessera avec un sentiment aussi profond qu’avait été autrefois son incrédulité insensée. Car « des rois fermeront leur bouche en le voyant », en signe de profonde adoration. « Le cœur de bête » leur sera ôté, et il leur sera donné « un cœur d’homme » (Dan. 7). Il ne leur sera plus reproché d’être au-dessous du « bœuf qui connaît son possesseur », ou de « la cigogne qui connaît sa saison », et « de la tourterelle, de l’hirondelle et de la grue, qui prennent garde au temps où elles doivent venir », mais ils voleront « comme les colombes vers leurs colombiers ». « Voici, ceux-ci viendront de loin ; et voici, ceux-là, du nord et de l’ouest, et ceux-ci, du pays de Sinim ».

Les œuvres de la main de Dieu, aussi bien qu’Israël et les nations, se réjouiront sous le même sceptre. « Le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ». Le sol lui-même connaîtra de nouveau les bienfaits de « la pluie de la première et de la dernière saison », et le travail du divin laboureur. « Tu as visité la terre, tu l’as abreuvée, tu l’enrichis abondamment : le ruisseau de Dieu est plein d’eau. Tu prépares les blés, quand tu l’as ainsi préparée ».

Quel sceptre que celui du Seigneur ! N’est-il pas, de même que l’épée, unique dans sa gloire ? Quel sceptre lui fut jamais semblable ? La puissance a-t-elle jamais pu être en une main pareille à la sienne ? Ce qu’Adam a perdu sur la terre, ce qu’Israël a perdu dans la terre d’élection et de la promesse, ce qu’Abraham a perdu dans sa semence dégradée, rejetée et dispersée, ce que la maison de David a perdu dans le trône, ce que la création elle-même a perdu à cause de celui qui l’a assujettie à « la servitude de la corruption » ; — tout sera réuni et maintenu et manifesté, par la présence et la puissance du Fils de l’homme en Son jour.

« Le Fils » seul pouvait prendre un tel royaume. L’efficacité du sacrifice accompli, comme nous l’avons déjà vu en méditant sur ce divin sujet, repose sur la personne de la victime ; de même, le sanctuaire est rendu agréable et accessible par la personne du souverain sacrificateur et du médiateur qui le remplit et y exerce ses fonctions ; et ainsi, les gloires et les puissances du royaume à venir, ne peuvent être déployées, exercées et administrées que par la même personne. Le Fils de Dieu accomplit Son service dans la condition la plus humble ou la plus élevée, dans la pauvreté et dans la richesse, dans l’honneur et dans le déshonneur, comme le Nazaréen et comme le Bethléhémite, sur la terre et dans le ciel, dans le monde des gloires millénaires, à la fois terrestres et célestes ; mais tout ce service, du commencement à la fin, et quels que soient les phases ou les changements de ce grand mystère, nous dit qui Il est. S’Il n’eût pas été sur la croix la même personne glorieuse qu’Il était, Il ne pourrait l’être davantage maintenant qu’Il est assis sur le trône du Père. La foi ne s’occupe pas du lieu où elle Le voit, ni du chemin où elle Le suit ; elle a devant elle le même radieux objet, ineffablement précieux, et sent douloureusement toute parole qui, même inconsciente, porterait atteinte à Sa gloire.


Mais nous avons encore à contempler d’autres gloires de ce royaume à venir qui Lui appartient.

« Le second homme est venu du ciel », et Son apparition doit être accompagnée d’une gloire à laquelle la domination de Salomon ne saurait être mesurée. Oui, en la présence de Celui qui « est venu du ciel », les gloires les plus brillantes de Salomon seront surpassées. « La lune rougira, et le soleil aura honte ; car l’Éternel des armées régnera en la montagne de Sion et à Jérusalem, et devant ses anciens, en gloire ». Dans ce royaume, il y aura des choses célestes, aussi bien que des choses terrestres restaurées. Adam possédait le jardin d’Éden dans toute sa riante beauté et son abondance de fruits. Outre cela, l’Éternel Dieu venait y marcher avec lui. Noé, Abraham, et d’autres encore, dans les jours des patriarches, avaient de riches troupeaux et du bétail, et Noé avait reçu la puissance et la suprématie sur la terre. Mais, privilège bien plus grand, ils étaient visités par les anges, et même le Seigneur des anges venait s’entretenir avec eux dans des visions, ou sous leur tente. La terre de Canaan était un bon pays, riche et agréable, un pays de lait, d’huile et de miel ; mais de plus, la gloire s’y trouvait, et le témoignage de la présence divine y demeurait entre les chérubins.

Il en sera de même, en ces jours à venir où se manifestera la puissance du Fils de Dieu. Le ciel fera resplendir sur la scène une gloire toute nouvelle et toute spéciale, aussi certainement qu’autrefois l’Éternel Dieu se promenait dans le jardin d’Éden, aussi certainement que les anges montaient et descendaient, dans la vision du patriarche, ou que la présence divine se trouvait dans le sanctuaire à Jérusalem, au pays de la promesse. Or non seulement ces visites divines à la terre se renouvelleront, non seulement la gloire se manifestera du ciel, mais tout revêtira un caractère nouveau et merveilleux. La terre recevra le témoignage de ce mystère étrange et excellent, c’est qu’elle-même, du sein de la poussière et de son asservissement, a donné une famille aux cieux, famille qui, resplendissante de gloire, reviendra la visiter, bienvenue plus que les anges, et qui, avec l’autorité et la puissance qui lui sont destinées, sera au-dessus d’elle pour gouverner et pour répandre la bénédiction. « Car ce n’est point aux anges qu’il a assujetti le monde habité à venir dont nous parlons ; mais quelqu’un a rendu ce témoignage quelque part, disant : Qu’est-ce que l’homme que tu te souviennes de lui ? ».

Quels liens nous voyons entre ce qu’il y a de plus élevé et ce qu’il y a de plus abaissé ! « Le second homme est venu du ciel ». La sainte cité descendra du ciel, ayant la gloire de Dieu, et en sa présence sera administré le gouvernement du royaume ou la puissance sur la terre. Que seront en comparaison, la souveraineté d’Adam et la gloire du règne de Salomon ?

Dans la scène qui eut lieu sur la sainte montagne, et qui est décrite en Matthieu 17, et lors de la royale visitation faite à la sainte cité, en Matthieu 21, ce jour de la puissance du Fils de Dieu, ce « monde à venir », est vu en mystère et dans les lieux célestes, et sur la terre. La gloire céleste brille sur la sainte montagne ; Jésus est transfiguré. Son visage resplendit comme le soleil, Ses vêtements deviennent blancs comme la lumière, et Moïse et Élie apparaissent en gloire avec Lui. De même, à l’occasion de Son entrée royale dans la cité sainte, l’humble Jésus, mais toujours le même Jésus, prend un caractère glorieux. Il se montre comme Seigneur de la terre et de tout ce qu’elle contient, et comme le Fils de David reçu en triomphe. Ici, sur la route qui conduit de Jéricho à Jérusalem, on Le voit, en un moment mystique, revêtu de Ses droits et dignités terrestres, comme en un autre moment semblable, Il était apparu, « à l’écart sur une haute montagne », dans Sa gloire personnelle et céleste.

Ces occasions solennelles présentaient, chacune dans sa propre sphère, une transfiguration, bien qu’autre soit la gloire céleste et autre la gloire terrestre. Mais dans ces deux circonstances différentes, Jésus fut glorifié, sorti pour un instant du sentier d’humiliation qu’Il parcourait, Lui, le Fils de Dieu, abaissé, brisé, rejeté. Les deux grandes régions du monde millénaire se sont alors déroulées devant nous en vision ou en mystère. Ce n’étaient que des ombres passagères, bientôt perdues pour nous, mais ce qu’elles présentaient et ce dont elles étaient le gage, demeurera dans toute sa splendeur et sa force durant le jour de gloire qui approche. Car ce jour de lumière, ce monde de bonheur, sera rempli des gloires du Fils de Dieu. C’est cette plénitude qui lui donnera son caractère et sa valeur, comme nous l’avons dit précédemment. Chef de la famille ressuscitée, ou soleil de la gloire céleste, Il sera alors Seigneur de la terre et de sa plénitude, Roi d’Israël et des nations. D’une manière étrange et mystérieuse, dans ce système de gloires diverses, toutes choses seront unies ensemble, « les parties les plus basses de la terre », et ce qui est « au-dessus de tous les cieux ». « Dieu a été manifesté en chair — reçu dans la gloire ». Le « second homme » n’est rien moins que le Seigneur « venu du ciel »[16].

Quels mystères ! Quels conseils de Dieu touchant les fins de la création, cachés dans la profondeur des siècles avant les commencements de cette création ! Puissent les affections de nos cœurs être réveillées par ces méditations ! Puissent-elles nous conduire à adorer ! Le Fils qui est de toute éternité dans le sein du Père, fut dans le sein de la vierge, participant avec les enfants à la chair et au sang ; comme Fils de l’homme, Dieu manifesté en chair, Il traversa les âpres sentiers de la vie humaine, les achevant par la mort sur la croix ; Il laissa le tombeau pour la gloire, les parties inférieures de la terre pour monter au-dessus de tous les cieux, et Il va revenir sur la terre revêtu de Ses dignités, entouré de louange, dans tous les droits, les honneurs et l’autorité d’une grandeur et d’une splendeur ineffables, pour remplir le monde à venir de joie et de bonheur.


Or avant que cette scène de gloire — le monde à venir — puisse être inaugurée selon les voies de Dieu, il faut qu’un autre mystère s’accomplisse. L’Église doit être introduite dans les cieux, comme son Seigneur l’a déjà été.

Le sentier de l’Église à travers le monde est celui d’un étranger qui passerait inaperçu. « Le monde ne nous connaît point, parce qu’il ne l’a point connu ». Et comme son passage sur la terre n’attire point l’attention, il en sera de même à son départ de la terre. Tout ce qui la concerne est le fait d’une étrangère ici-bas. Et comme le monde qui l’entoure ne connaît pas l’Église, et ne sera pas témoin de l’acte de sa translation au ciel, elle-même en ignore le moment. Mais nous savons que ce lien entre nous et les cieux sera formé avant que le royaume, ou « le monde à venir », soit manifesté. Car les saints seront les compagnons du Roi dans ce royaume lors des premiers actes qu’Il accomplira, c’est-à-dire quand Il prendra l’épée du jugement pour purifier la scène où s’exercera le règne de la paix et de la justice. Il l’a promis : « Celui qui vaincra, et celui qui gardera mes œuvres jusqu’à la fin, je lui donnerai autorité sur les nations ; et il les paîtra avec une verge de fer ».

« Je lui donnerai l’étoile du matin ». Cela ne nous donne-t-il pas l’idée d’un lien, d’une action commune ?

Le soleil est dans les cieux le luminaire qui regarde directement la terre, les intérêts et les actes des enfants des hommes. Le soleil domine sur le jour, la lune et les étoiles ont domination sur la nuit. Mais l’étoile du matin n’est pas nommée dans ce système : « Il a fait la lune pour les saisons ; le soleil connaît son coucher. Tu amènes les ténèbres, et la nuit arrive : alors toutes les bêtes de la forêt sont en mouvement ; les lionceaux rugissent après la proie, et pour demander à Dieu leur nourriture… Le soleil se lève : ils se retirent, et se couchent dans leurs tanières. Alors l’homme sort à son ouvrage et à son travail, jusqu’au soir ». L’étoile du matin n’a aucune place dans ces arrangements. Les enfants des hommes se sont couchés et, par la divine miséricorde, goûtent un doux sommeil, tandis que l’étoile du matin orne le firmament.

Le temps pendant lequel le soleil brille est le nôtre. Je veux dire que le soleil est le compagnon de l’homme. Mais l’étoile du matin n’appelle pas l’homme à son travail. Elle apparaît à une heure qui lui est propre : ce n’est pas le jour et ce n’est pas la nuit. Celui qui devance l’aube, l’homme qui est debout avant le soleil, le veilleur qui a passé la nuit, la voient seuls.

Le soleil, selon le langage et les pensées de l’Écriture, est pour le royaume. « Celui qui domine parmi les hommes », est-il écrit, « sera juste, dominant en la crainte de Dieu, et il sera comme la lumière du matin, quand le soleil se lève » (2 Sam. 23, 3, 4 ; voyez aussi Matt. 13, 43 ; 17, 2-5).

Je le demande donc : N’y a-t-il pas pour nous une lumière qui brille avant celle du royaume ? N’y a-t-il pas dans les cieux des signes qui annoncent les temps et les saisons ? Ces astres n’ont-ils pas des voix ? L’étoile du matin apparaissant à son heure solitaire, n’est-elle pas un mystère, aussi bien que le soleil se levant avec puissance sur la terre ? N’est-elle pas dans les cieux le signe de Celui dont l’apparition n’est pas pour le monde, mais pour Son peuple, attendant un Seigneur qui vient bientôt et qui n’est pas de la terre ? L’espérance d’Israël, peuple terrestre, salue « l’Orient d’en haut » (Luc 1, 78) — mais l’Église tourne les yeux vers l’étoile du matin. « Je suis la racine et la postérité de David, l’étoile brillante du matin. Et l’Esprit et l’épouse disent : Viens » (Apoc. 22, 16, 17).

Tout est à nous ; mais parmi toutes ces choses glorieuses, l’étoile du matin est pour notre transfiguration, à l’image de Jésus, et le soleil levant pour le jour de notre puissance avec Jésus.

Comme ces liens mystérieux sont admirablement formés, comme ces merveilleuses voies se retracent et se poursuivent du commencement à la fin, d’éternité en éternité. Nous ne les perdons jamais de vue, l’intérêt que nous y prenons n’est jamais diminué, non, pas même dans le moment le plus sacré, le plus intime. Dans la suite de nos méditations sur le glorieux sentier du Fils de Dieu, nous venons de contempler dans les cieux un astre qui précède la lumière de l’aurore, astre que Jésus, le Fils de Dieu, parmi Ses autres gloires, réclame comme étant Lui-même, et veut partager avec Ses saints : « Je lui donnerai l’étoile du matin ».

Et lorsque l’étoile du matin aura brillé pendant le temps de sa courte apparition, le soleil se lèvera à son heure : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Et ce sera « un matin sans nuages : par sa clarté l’herbe tendre germe de la terre après la pluie ». « Que les cieux se réjouissent, et que la terre s’égaie ; que la mer bruie, et tout ce qui la remplit ; que les champs se réjouissent, et tout ce qui est en eux ! Alors tous les arbres de la forêt chanteront de joie devant l’Éternel ; car il vient, car il vient pour juger la terre ». Scènes qui, dans leur réalité, dépassent tout ce que l’imagination de l’homme peut concevoir.

Quelqu’un a dit : « La foi a un monde qui lui est propre ». Assurément nous pouvons le dire, après avoir contemplé le Fils de Dieu dans Son abaissement profond et Son exaltation suprême, reliant ensemble les choses les plus élevées et les plus basses, et les introduisant toutes dans la splendeur de Son royaume — oui, la foi a un monde à elle. Puissions-nous avoir dans nos âmes la puissance pour y marcher ! Mais cette puissance réside dans le sérieux et la ferveur de la foi, et cette ferveur n’est autre que la simplicité et la réalité de la foi. David et Abigaïl marchaient dans ce monde de la foi, quand ils se rencontrèrent au désert de Paran. Selon les apparences et dans l’estime des hommes, David à ce moment n’était que le jouet des méchants, errant dans les cavernes et les antres de la terre. Il aurait consenti, pour un morceau de pain, à être le débiteur d’un homme riche. Mais la foi découvrait en David quelqu’un d’autre. Aux yeux d’Abigaïl, tout était nouveau. À cette heure bénie, bien qu’invisible à d’autres, à cette heure où les saints de Dieu se rencontraient au désert, le royaume était manifesté en esprit. Le désert de Paran était le royaume dans la communion de pensées des saints. Le fugitif dans le besoin, poursuivi et persécuté, était à ses propres yeux, comme à ceux d’Abigaïl, le seigneur du royaume à venir, l’oint du Dieu d’Israël. Abigaïl se prosterne devant lui comme devant son roi, et lui, avec la grâce d’un roi, « accueille avec faveur sa personne ». Les provisions qu’elle apportait, son pain, son vin, ses gâteaux de raisons secs et de figues, n’étaient pas l’expression de sa libéralité envers David, dans le besoin, mais le tribut qu’un sujet porté de bonne volonté apportait à David, son roi. Elle s’estimait elle-même trop heureuse et trop honorée d’être la servante des serviteurs du roi. C’est ainsi que, par la foi, dans cette circonstance si belle, elle entrait dans un autre monde, et témoignait qu’en effet « la foi a un monde qui lui est propre ». Ce monde-là avait, pour le cœur d’Abigaïl, une importance infiniment plus grande que tous les avantages que lui présentait la maison de son opulent mari. Le désert avait pour elle plus de charmes que les champs et les troupeaux du mont Carmel. Son esprit s’y abreuvait de ces joies que sa foi avait découvertes dans les pures, bien que distantes, régions de la gloire.

Heureux sommes-nous, bien-aimés, lorsque nous avons la même puissance pour entrer et demeurer dans le monde qui nous appartient en propre. N’était-ce pas un tel monde que possédait Noé, lorsqu’il bâtit une arche qui semblait faite pour la terre et non pour les eaux ? Abraham n’avait-il pas aussi ce monde en vue, lorsqu’il quittait son pays, sa famille et la maison de son père ? N’était-ce pas aussi ce même monde qui occupait la pensée de Paul, quand il disait : « Notre bourgeoisie est dans les cieux, d’où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire » ? N’avons-nous pas tous un monde qui nous est propre, quand, par la foi, nos âmes ont accès « à cette faveur dans laquelle nous sommes » ? Cette grâce ou cette faveur est actuellement la demeure paisible et heureuse de la conscience lavée et purifiée ; elle est aussi la demeure lumineuse de l’espérance qui de là contemple « la gloire de Dieu », et s’en réjouit (Rom. 5, 1, 2). Ce sont des choses faiblement connues, si j’ose parler pour d’autres comme pour moi, mais elles sont à nous. Et au milieu de toute cette infirmité dont nous avons conscience, notre foi n’a qu’à glorifier le Fils de Dieu, car jouir de Lui plus profondément est le progrès le plus divin.


En terminant cette méditation dans laquelle, selon notre faible mesure, nous avons contemplé « le monde à venir », je voudrais ajouter qu’il y a peu de choses qui doivent occuper nos cœurs dans le jour actuel, comme la réjection de Christ. La chose est naturellement à sa place, car aussi certainement qu’Il doit être glorieux dans le monde, Il est maintenant rejeté dans ce « présent siècle mauvais ».

On l’oublie aisément ; le dieu de ce monde veut qu’il en soit ainsi, et il y travaille. Il y a de grands perfectionnements dans la société et une civilisation très raffinée — des progrès sociaux, intellectuels, moraux et religieux, mais tout cela n’a pour résultat que de faire oublier un Christ qui n’est pas de ce monde. Mais la foi contemple un Jésus rejeté et un monde jugé. La foi sait que si la maison a été « vidée, balayée et ornée », elle n’a pas changé de maître, mais a été seulement rendue plus propre à servir ses desseins.

Erreur fatale, bien-aimés, que de songer à cultiver et à orner le monde actuel pour le Fils de Dieu !

Si David, dans une occasion, ne recherche pas la pensée de Dieu relativement au transport de l’arche, il fut ignorant aussi de cette même pensée, en voulant bâtir pour l’arche une maison de cèdre. Il cherchait à donner à l’Éternel une demeure permanente dans un pays incirconcis et souillé. Il se trompait grandement, ne connaissant pas la pureté de la gloire de l’Éternel. Il en est ainsi de ceux qui veulent unir le nom du Seigneur Jésus Christ, le Fils de Dieu, à la terre telle qu’elle est maintenant, ou aux royaumes du siècle présent. Quelle que soit leur droiture et la sincérité du désir de leur cœur, comme dans le cas de David, nous répétons encore avec une profonde conviction qu’ils errent grandement, ne connaissant pas la pureté de la gloire du Seigneur. C’est un enseignement que nous avons besoin de saisir avec une puissance croissante. Le Fils de Dieu est encore un étranger sur la terre. Il ne la revendique pas, mais Il veut en retirer un peuple qui y soit pour un temps étranger avec Lui, au milieu des vanités et des ambitions qui, à chacune de ses époques, constituent l’histoire de ce monde.

« Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations. Et moi, je vous confère un royaume, comme mon Père m’en a conféré un ».