Dans les chapitres 6 et 7, nous avons vu que la présence du Seigneur Jésus au milieu des hommes avait mis en évidence la corruption et l’incrédulité du monde social, politique et religieux. Tous les témoignages de Sa grâce étant repoussés, le Seigneur quitte les endroits fréquentés, et on Le trouve « dans un lieu désert », seul sur « une montagne » et « marchant sur la mer » (6, 31, 46, 48).
Au chapitre 8, le Seigneur s’associe les siens dans cette position à l’écart et les exhorte à Le suivre (v. 1, 10, 27, 34). Nous découvrons en outre la plénitude des ressources qui sont en Christ pour ceux qui Le suivent dans le sentier de la séparation. Leurs besoins sont satisfaits (v. 1-9) ; les opposants sont réduits au silence (v. 10-13) ; le discernement spirituel est donné pour voir toutes choses clairement (v. 14-26). De plus, nous sommes avertis que le fait de suivre Christ au travers d’un monde qui L’a rejeté entraînera de la souffrance, de l’opprobre et des pertes dans le temps présent ; mais nous sommes aussi encouragés par la perspective de la gloire du royaume auquel ce chemin de souffrance conduit. Si nous souffrons avec Lui, nous régnerons aussi avec Lui.
Versets 1 à 9. La première multiplication des pains, dans laquelle le Seigneur avait nourri cinq mille hommes, avait une portée nettement dispensationnelle, car elle était un témoignage solennel que Celui que la nation rejetait était véritablement leur Messie. Et c’est immédiatement après que le Seigneur se retire sur une montagne, comme intercesseur, tandis que Ses disciples ont à rencontrer l’opposition du monde. C’est assurément un tableau du service actuel de Christ dans le ciel en faveur des siens.
Le second miracle de la multiplication des pains a plutôt une signification morale, en ce qu’il présente non seulement les ressources qui sont dans le Seigneur pour répondre aux besoins des siens, mais aussi la compassion de Son cœur pour ceux envers lesquels Il intervient. Les disciples ne viennent pas vers le Seigneur, comme dans le premier miracle, pour attirer Son attention sur les besoins de la foule. Ici, tout procède du Seigneur. Il voit les besoins ; Il appelle les disciples à Lui ; Il exprime devant eux Sa compassion ; Il donne du repos à la foule en la faisant asseoir ; Il prend ce qui est à disposition et, rendant grâces pour cela, Il le distribue à la multitude par l’intermédiaire des disciples ; Il satisfait ainsi leur faim.
Souvenons-nous qu’Il est le même aujourd’hui. Il connaît nos besoins ; Son cœur est là pour aimer et Sa main pour nourrir et chérir les siens (Éph. 5, 23, 25, 29). Trop souvent, comme les disciples, nous avons conscience des besoins et de l’insuffisance absolue de nos ressources pour y faire face. Mais si, comme le Seigneur, nous mettions le peu que nous avons en contact avec le ciel et que nous rendions grâces pour ce peu, ne ferions-nous pas l’expérience que Dieu peut le multiplier, et non seulement satisfaire notre faim, mais même nous laisser quelque chose de reste ?
Versets 10 à 13. Dans une précédente occasion où les disciples étaient montés dans une nacelle, le Seigneur était allé sur une montagne pour intercéder pour eux (chap. 6, 45-47). Dans cette seconde occasion, le Seigneur va « avec ses disciples », nous montrant ainsi qu’Il n’est pas seulement dans le ciel pour nous, mais qu’Il est aussi avec nous pour nous soutenir dans les tempêtes de la vie et lorsque nous avons à faire face à l’opposition de l’ennemi. Cette opposition est toujours dirigée contre Christ ; aussi lisons-nous que lorsqu’Il fut arrivé à terre, les pharisiens « se mirent à disputer avec lui ». Il avait déjà donné de nombreux signes ; en demander un supplémentaire ne faisait par conséquent que trahir l’inimitié et l’incrédulité de la chair. Toutefois, la méchanceté de l’homme fournit une occasion de révéler la perfection du cœur de Christ. Leur opposition malveillante ne provoque ni colère ni ressentiment chez le Seigneur, alors que trop souvent nous réagissons ainsi à la moindre petite opposition. Chez le Seigneur, elle éveille des sentiments de peine et de pitié ; en effet, nous lisons qu’Il soupira profondément en Son esprit. Il pose une question qui les sonde : « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? ». Les signes ne servent à rien et les preuves sont inutiles pour ceux qui, poussés par la méchanceté, refusent de croire. Les pharisiens scellent ainsi leur propre jugement, car nous lisons que le Seigneur, « les laissant… s’en alla à l’autre rive ». Que les hommes quittent le Seigneur est certes une chose solennelle, mais combien plus terrible encore est la condition de ceux que le Seigneur laisse.
Versets 14 à 21. Nous apprenons que, lorsque les disciples montèrent pour la seconde fois dans la nacelle, ils avaient oublié de prendre des pains et, chose plus grave encore, ils avaient oublié la grâce et la puissance avec lesquelles le Seigneur avait répondu aux besoins de la foule affamée. Occupés de leurs besoins matériels, ils ne comprennent pas l’avertissement du Seigneur concernant le levain des pharisiens et le levain d’Hérode. Bien qu’associés à Christ dans un sentier de séparation du monde corrompu, ils étaient en danger, comme les croyants le sont aujourd’hui, d’être contaminés par l’esprit opportuniste du monde politique qui caractérisait les hérodiens, ou par la forme de la piété sans sa puissance, qui caractérisait les pharisiens.
Comme cela nous arrive si souvent, les disciples raisonnent sur les paroles du Seigneur ; ils passent ainsi à côté de leur portée spirituelle en les prenant de façon simplement matérielle et en cherchant à les abaisser au niveau de la compréhension humaine. Le Seigneur leur reproche leur manque de perception spirituelle et leur peu de mémoire à l’égard de Sa grâce et de Sa puissance. Il leur pose quelques questions pénétrantes que nous pouvons bien nous adresser à nous-mêmes : « Pourquoi raisonnez-vous ? ». Pourquoi « n’entendez-vous pas encore, et ne comprenez-vous pas ? ». « Avez-vous encore votre cœur endurci ? ». « N’avez-vous point de mémoire ? ».
Au lieu d’accepter les faits et de recevoir la vérité, il nous arrive de raisonner, et alors notre raisonnement naturel obscurcit notre entendement spirituel. Derrière l’aveuglement de la nature se cache trop souvent la dureté de cœur qui vient de ce que l’on oublie si rapidement la grâce et l’amour de Son cœur — nous ne nous « souvenons pas ». Ces questions pénétrantes parlent à la conscience de tous les croyants, car elles ont été adressées non pas à des opposants, mais à de vrais disciples.
Versets 22 à 26. Le récit de la guérison de l’aveugle établit clairement la différence entre la nation et les disciples. La nation comme telle était dans un aveuglement total. Les disciples, bien que croyant véritablement dans le Seigneur, manquaient à ce moment d’intelligence spirituelle. Ils ne voyaient qu’indistinctement la gloire divine. Ils Le reconnaissaient et Le confessaient comme le vrai Messie, mais leurs préjugés juifs et leur manière de penser les empêchaient de discerner pleinement Ses autres gloires de Fils de l’homme et de Fils de Dieu. Pour cela, il fallait qu’ils soient complètement séparés de la nation ; telle est la signification de l’acte du Seigneur, menant l’aveugle hors de la bourgade, comme auparavant Il avait tiré à l’écart, hors de la foule, le sourd qui parlait avec peine.
Dès que le Seigneur le touche, l’homme recouvre la vue, mais il n’en reçoit pas immédiatement le plein usage. Il dit : « Je vois des hommes, car je vois comme des arbres qui marchent ». Spirituellement, les disciples étaient dans la même condition. La haute idée qu’ils avaient de la grandeur et de l’importance de l’homme les empêchait de discerner la gloire du Seigneur. Nous avons besoin non seulement de la grâce qui donne la vue, mais encore d’une grâce supplémentaire qui nous rende capable d’utiliser cette vue pour voir « tout clairement » — pour voir les hommes tels qu’ils sont réellement, pour nous voir nous-mêmes dans toute notre faiblesse, et par-dessus tout, pour voir Jésus dans toute Sa perfection.
Le Seigneur renvoie l’homme dans sa maison. Il ne devait pas retourner dans la bourgade, et ne dire à personne ce qui lui était arrivé. Le moment de rendre témoignage à la nation dans son ensemble était passé.
Versets 27 à 33. L’entretien du Seigneur avec Ses disciples, que nous trouvons ensuite, montre non seulement l’incrédulité de l’homme naturel, mais aussi combien peu les disciples discernaient Sa véritable mission et Sa gloire. La grande question test, maintenant comme alors, c’est : « Qui disent les hommes que je suis ? ». Toute la gloire de Dieu et toute la bénédiction de l’homme dépendent entièrement de la personne de Christ. Il est alors évident que l’intelligence humaine seule ne parviendra jamais à la vérité. Parmi les hommes de ce temps, il y avait beaucoup d’érudits doués de grandes capacités intellectuelles ; pourtant toutes leurs réflexions au sujet de Christ aboutissaient à des spéculations et à des incertitudes. Certains disaient qu’Il était Jean le baptiseur ; d’autres, Élie ; d’autres enfin qu’Il était l’un des prophètes. Aucun ne parvenait à la vérité. En contraste, nous voyons en Pierre ce qu’opère une foi simple dans un homme qui, en comparaison des intellectuels de ce monde, est ignorant et illettré. La foi ne spécule ni ne raisonne, mais elle parvient avec la plus grande certitude à la vérité, car la foi est le don de Dieu. Aussi Pierre peut-il dire : « Tu es le Christ ».
Le Seigneur leur défend expressément de dire cela de Lui à personne. Il avait été rejeté par la nation, aussi Sa position comme Messie est-elle mise de côté pour le moment, et Il prend le titre plus large de Fils de l’homme. Ce titre implique des gloires plus étendues que la domination terrestre en relation avec Israël, car, comme Fils de l’homme, Il aura la domination universelle sur toutes les choses créées. Mais avant qu’Il puisse prendre Sa place comme Fils de l’homme ayant toutes choses assujetties sous Ses pieds, et exercer Sa grâce envers tous les hommes, Il doit entrer dans la mort, accomplir la rédemption, et briser la puissance de Satan, de la mort et du tombeau. Pensant à la croix qui est devant Lui, Il commence à enseigner à Ses disciples qu’il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’Il soit rejeté et mis à mort, et qu’Il ressuscite après trois jours. Le moment était venu de parler ouvertement aux disciples de cette grande vérité, et non plus en paraboles.
Il apparaît tout de suite que les disciples, malgré la réalité de leur foi en Christ, ne discernaient que bien imparfaitement la gloire du Seigneur comme Fils de l’homme, tout comme l’aveugle qui avait recouvré partiellement la vue. Pierre ne pouvait pas supporter la pensée que son Maître et Seigneur serait méprisé et rejeté des hommes ; c’est pourquoi il reprit le Seigneur. Connaissant l’effet que les paroles de Pierre produiraient sur les disciples, le Seigneur, les regardant, « reprit Pierre, disant : Va arrière de moi, Satan, car tes pensée ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes ». Combien il est solennel que de vrais croyants puissent, avec la plus grande sincérité, faire des déclarations qui proviennent de Satan. Pierre pensait sans doute n’exprimer qu’un sentiment d’affection pour son Maître ; en fait, il faisait l’œuvre de Satan en cherchant à détourner le Seigneur du sentier de l’obéissance à la volonté de Son Père, et en mettant une pierre d’achoppement sur le chemin des disciples. Il considérait les choses d’un point de vue purement humain. En ce moment, il voyait des hommes comme des arbres qui marchent.
Versets 34 à 38. Ayant appelé la foule avec Ses disciples, le Seigneur détourne leurs pensées des « choses… des hommes » et leur enseigne la pensée de Dieu. S’ils voulaient Le suivre dans le monde nouveau de bénédiction et de gloire qu’Il inaugurait comme Fils de l’homme, ils devaient être préparés à partager Sa position de souffrance et de rejet dans ce monde. Ici il ne s’agit pas de Ses souffrances expiatoires, qu’Il a endurées lorsqu’Il a été abandonné de Dieu, mais de la contradiction des pécheurs contre Lui-même et des souffrances de la part des hommes ; dans leur petite mesure, les croyants ont part à ces souffrances, qui peuvent même aller jusqu’au martyre. Suivre Christ dans un monde qui L’a rejeté implique le renoncement à soi-même, la perte de sa propre vie et le refus du monde. Mais quoi que ce chemin puisse comporter dans ce monde, il conduit au jour glorieux dans lequel le Fils de l’homme viendra dans la gloire de Son Père, avec les saints anges.
En contemplant le Seigneur tel qu’Il est présenté dans ce chapitre, nous Le voyons prendre une place à l’écart avec les siens. Nous voyons qu’Il a une connaissance parfaite de nos besoins, un cœur qui sympathise avec nous dans ces besoins et une main qui y pourvoit. De plus, suivre Christ signifiera pour nous, non seulement marcher où Il a marché, c’est-à-dire dans la séparation, mais marcher comme Il a marché. Dans notre petite mesure, nos cœurs seront émus de compassion pour les besoins des autres ; nous rendrons grâces pour les bienfaits de Dieu, et nous rencontrerons l’opposition de ceux qui disputeront avec nous, sans esprit de ressentiment, mais avec des cœurs attristés. Nous nous renoncerons aussi nous-mêmes, accepterons un chemin d’opprobre, et refuserons ce que nous offre la vie ici-bas et le présent siècle mauvais, tout en fixant nos yeux sur la gloire du monde à venir ; comme Celui qui, « à cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu » (Héb. 12, 2, 3).